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comptant pour ainsi dire sous mes pas les larges pa- a ll vés de la voie latine construite par les empereurs. De temps en temps je m’arrêtais, et je me retournais ‘4 pour mesurer l’espace parcouru et la hauteur vertigineuse à laquelle j'étais arrivé. Sous mes pieds se ca- (ll chaïent déjà dans la verdure des bosquets les petites 4 | | villes que je venais de quitter, et plus bas, au loin D dll s'étendait à perte de vue la cam pagne romaine, sans 1 fl arbres, sans haies, sans culture, solitaire, abandon- 1 Il née comme un désert, ou plutôt comme un immense À | sépulcre au milieu duquel se dressaient les arêtes ir- $ l régulières et croulantes des grands aqueducs romains. 4 Et je me disais: Voilà ce que deviennent les anciens # | peuples! Partout ici je n'aperçois que des ruines. Sur | H ma gauche, de l’autre côté de ce ravin, s'élevait autre- pe | | fois Albe-la-Longue : il n’en reste plus rien. Ces amas il de pierres, ces tronçons de colonnes renversées qui
|] couronnent le sommet de la montagne, c’est tout ce \ | | qui subsiste de Tusculum, la ville chérie de Cicéron !
| Et ma pensée franchissant dans son vol l’Europe et se l'Atlantique, revenait vers la patrie, toute palpitante “ 1 de bonheur. Vivent les peuples jeunes! m'écriai-je, î | vive mon jeune pays tout brillant de promesses, auquel | l'avenir sourit, et qui peut regarder son passé sans y
| voir de ces ruines que l’on admire sans doute, mais | qui attristent profondément |
ll Messieurs, cette grande fête nationale dont les specil tacles variés se déroulent sous nos regards, c’est une ii halte dans la marche ascensionnelle d’un peuple ;
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c’est une station de toute une race sur les hauteurs déjà glorieuses que ses efforts ont su atteindre, et d'où elle veut embrasser l’espace parcouru, sonder du regard la route qui s'ouvre devant elle, pour s'assurer qu’elle suit le droit chemin, et reprendre ensuite sa marche vers les sommets éclatants qui couronneront ses destinées.
Devant cette race qui ne forme aujourd’hui qu'une seule famille, et qui se contemple elle-même avec un légitime orgueil, devant cette race dont les pères ont civilisé et christianisé cette terre d'Amérique, et qui peut se dire fille de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, je tremble d'émotion et de crainte respectueuse, parce qu’on m’a chargé de lui dire quel est son rôle dans ce beau pays du Canada qui est devenu sa patrie. La tâche est au-dessus de mes forces et demanderait plus de temps que je n’en ai à ma disposition; mais je compte sur les sympathies d’un auditoire dont tous les cœurs doivent battre en ce moment à l’unisson,
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Pour juger sainement de la mission d’une race, il faut nécessairement étudier son histoire et remonter jusqu’à son origine. Les seules lumières du passé peuvent éclairer l’avenir.
Reportons-nous donc, Messieurs, à cette époque mémorable de l’histoire où le seizième siècle va commencer.
Le moyen âge, que l’on a si longtemps calomnié,
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et auquel on commence à rendre justice, a terminé | son œuvre de Titan. Du creuset où tous les éléments | les plus hérétogènes ont été jetés en ébullition, où le | paganisme vermoulu est venu s’engloutir, où les barbares poussés par une force invisible sont venus
{ {| mêler leurs insatiables passions et leurs instincts
| farouches, où les guerres les plus sanglantes ont ‘
Î (fl entassé pêle-mêle les religions détruites, les races 1
{ll décimées, les villes en ruines et les croyances nou- ‘
velles, de ce creuset, qui rappelle l’antique chaos, est 4 sortie l'Europe chrétienne, grande et forte, drapée de 4
majesté, revêtue d’armes brillantes, plus belle que la Minerve de Phidias.
Mais, chose triste à dire, aberration étonnante de \1l l'humaine nature, c’est lorsque le christianisme vient | | d'achever la première partie de son œuvre, et va réa-
11 | liser tout ce qu’il peut produire de véritable civili- | | sation et de bien-être social, c’est alors que l’Europe . Î chrétienne, parvenue à l’adolescence la plus brillante 4 Fe
ql grandir sans lui!
1h L'art de la Renaissance va chercher ses inspirations
{| | en dehors de Lui. La Réforme va lui enlever une | grande partie de la société européenne, qui semble
dire au Christ : ‘Je suis majeure maintenant, laissez-
| de promesses, se détourne du Christ et croit pouvoir | !
moi marcher seule.” | |! Et Dieu, voulant punir ce vœu impie, l’exauce, et il | décrète qu’il ira prendre possession d’un monde nou- |
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Mais qui deviendra l'instrument de cette œuvre divine ? Sera-ce l'Italie? Non, parce que l’art italien retourne au paganisme. Sera-ce l'Allemagne? Non plus, parce qu’elle va devenir la mère de la Réforme. Sera-ce la France? Plus tard peut-être; mais elle ne sera pas la première appelée, parce qu’une partie de son peuple sera bientôt calviniste.
Cette gloire appartient à l'Espagne, dont le trône est glorieusement occupé par Ferdinand le Catholique et par Isabelle de Castille, qui ne sera pas atteinte par le protestantisme, et qui lutte courageusement depuis huit siècles contre l’islamisme, le grand ennemi de l'Eglise.
Aussi, chose bien remarquable, c’est dans la même année 1492, que l’illustre Gonzalve de Cordoue chasse définitivement les Maures de l'Espagne, et que l’immortel Colomb découvre l'Amérique.
Ces deux grands événements plaçaient l'Espagne à la tête de la civilisation, et la récompensaient de sa lutte persévérante contre la domination musulmane. Quelle année glorieuse pour cette noble nation! Elle triomphait enfin de son terrible ennemi, et elle doublait l'univers !
Je ne connais rien de plus admirable que le génie et le courage du grand chrétien que Gênes, sa patrie, a éconduit, et que l'Espagne accueille; qui s’affranchissant des terreurs et des préjugés du vulgaire, dominant les tâtonnements de la science, bravant tous les dangers réels et imaginaires, s’élance le premier,
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tête naute et le regard assuré, dans l’immensité de la mer Ténébreuse, comme on appelait alors l’Atlantique, et traverse ce formidable inconnu qui était la
terreur de tous les marins de l’époque.
Je ne connais pas dans l’histoire moderne de spectacle plus sublime que celui de Christophe Colomb quittant le petit port de Palos. Debout sur la dunette de la Santa Maria qui porte à son grand mât le royal étendard de la Croix, il salue avec sérénité la foule haletante qui se presse au rivage, et de sa voix sonore, il donne cet ordre qu’on trouverait aujourd’hui bien étrange, peut-être même ridicule: ‘ Au nom de Jésus- Christ, déployez les voiles.”
Puis, le grand homme rentre dans sa cabine, et prenant sa plume, il écrit en tête de son journal de bord: In nomine Domini nostri Jesu Christi.
Messieurs, ce seul trait suffit à démontrer le caractère éminemment chrétien de l’expédition espagnole en Amérique. L'Espagne y venait au nom du Christ et pour sa plus grande gloire. Dieu voulait établir en Amérique des peuples nouveaux qui remplaceraient ceux que le schisme allait lui enlever en Europe, et dans ce moment c'était l'Espagne qui accomplissait les œuvres de Dieu, gesta Dei.
Malheureusement, ceux qui vinrent après Christophe Colomb ne comprirent pas cette mission providentielle. La cupidité et l'ambition remplacèrent l’esprit chrétien et civilisateur, et l’œuvre qui devait être apostolique devint une entreprise de lucre, de violence et de cruauté.
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L'Espagne manquant à sa mission, Dieu se tourna vers la France.
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Cette terre magnifique qui est devenue notre patrie était alors couverte de forêts immenses. Notre grand fleuve, le plus beau du monde, roulait ses flots majestueux et féconds au milieu de vastes solitudes, et ne connaissait d’autre navire que le canot d’écorce de lPIndien.
A l'endroit où nous sommes s'élevait un amas de cabanes, abritant une peuplade sauvage qui ne connaissait pas encore le Christ, après quinze siècles de christianisme !
Quel Prométhée allait donc apporter à cette terre la céleste étincelle que l'étoile miraculeuse des rois Mages avait laissé tomber en Orient? Quel génie allait recevoir du ciel la vocation d'ouvrir à la civilisation chrétienne les chemins de ce pays inconnu et barbare ?
Car, n’en doutons pas, Messieurs, tous les acteurs des grands drames de ce monde et tous les chefs des peuples reçoivent une mission spéciale de celui qui les a créés.
Le prophète Ezéchieï r#coute qu’un jour l'Esprit de Dieu le souleva et l’eniporta vers les exilés de Tel-Abid qui habitaient le long ci fleuve de Chobar.
Ce prodige est une iraige fidèle de l’action de Dieu sur les hommes et des 7ocations qu’il leur inspire.
Que de grands hommes ont à certains moments de leur existence senti tout à coup une idée sublime, une résolution généreuse s'emparer de leurs esprits et de leurs cœurs, les envahir, les absorber et leur communiquer une direction presque irrésistible ! C’est la main du Très-Haut dans les cheveux du prophète, c'est son esprit soulevant et emportant les intelligences et les volontés pour en faire les exécuteurs de ses mystérieux décrets!
Parcourez l’histoire avec l’œil scrutateur du philosophe chrétien, et vous verrez la maïinde Dieu planant à certaines époques au-dessus de l’humanité, y choisissant un homme entre des milliers, le touchant à la tête ou au cœur comme pour lui conférer un sacrement, et lui inspirant une mission supérieure, ou le sacrant chef d’une race glorieuse.
Les vraies noblesses ne sont pas toujours créées par les rois ou les empereurs, elles descendent quelquefois du ciel et sont choisies par Dieu.
Il y a de ces fronts illuminés où semblent voltiger des rayons d’aurore et d’avenir, et qui présagent la naissance d’une race nouvelle. Il y a de ces yeux profonds qui regardent au delà de notre horizon rétréci; il y a de ces cœurs ardents et forts qui résonnent sous les doigts de Dieu comme des claviers mystérieux !
Ces âmes d'élite sont né:s pour souffrir, mais aussi pour racheter; c’est à elles quele monde doit 8es
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grandeurs et ses allégresses ; ce sont elles qui sauvent les nations et qui leur donnent naïssance !
Messieurs, les pères de la nationalité canadiennefrançaise ont été de ces élus de la Providence.
Un jour, il s’est rencontré sur la vaillante terre de Bretagne, dans une petite ville battue des flots de l'Atlantique, un homme qui s’est frappé le front, obsédé d’un projet sublime. Il s’est trouvé un marin intrépide dont le regard d’aigle a regardé la mer et au delà, dont le cœur, pris de la soif de l'inconnu, s’est dit: ‘Je ne suis pas né pour passer ma vie à naviguer misérablement sur ces côtes. Cette mer inexplorée je veux la traverser! Cet abîme que nous regardons depuis des siècles comme infranchissable, ic veux le franchir et voir ce qui est au delà. Je partirai, je cinglerai vers l'Ouest malgré les vents, malgré les tempêtes, et j'irai si loin que je rencontrerai une terre nouvelle, des rivages que l’Europe ne connaît pas encore, et j’en donnerai le sol à mon roi et les âmes à mon Dieu ! ”
C’est ainsi que parle le génie lorsque Dieu l’appelle à :’. «complissement de ses desseins, et c’est ainsi que d'uren. parler les Cartier, les Champlain, les Brébeuf, 8 aval et les Maisonneuve. Tous ont eu leur jour uv ‘’ cation.
vomme le prophète Ezéchiel, ils ont un jour senti l'esprit de Dieu qui les soulevait et les emportait de la terre de France vers les exilés des bords du Saint- Laurent ! Comme Abraham, père du peuple juif, ils
ont un jour entendu des voix fortes qui leur ont dit: ‘Sortez de votre pays, egredere de terra tua, traversez l'Océan, et sur les confins du monde je vous montrerai une terre où vous deviendrez les pères d’un nouveau peuple.”
Et si vous désirez savoir comment ils ont accompli leur mission, ouvrez les premières pages de notre histoire, et vous y verrez qu’en mettant le pied sur les rivages du Saint-Laurent, ils n'étaient pas seulement les envoyés : :: roi de France, maï: qu'ils étaient aussi les envoyés « .… Widèles instruments de la Providence, ils ont voir ître en même temps et ils ont été des citoyens soucieux de l’honneur et de la gloire de leur patrie, et des chrétiens jaloux de la gloire du Christ, et pleins de zèle pour la propagation de leur foi.
Voyez quel est le premier acte de Jacques Cartier abordant sur les rivages de la Gaspésie. De quelle manière prend-il possession de ce royaume qu’il vient de découvrir ? Quel étendard arbore-t-il sur rette terre nouvelle où va se lever l'aurore de la civilisation ?
Il fait faire une grande croix portant un écusson à trois fleurs de lis avec cette inscription : ‘ Vive le roi de France!” et lorsque cette croix est plantée, il tombe à genoux, les mains jointes, et il vénère humblement ce signe glorieux de la rédemption du monde. Quel spectacle! Quelle grandeur dans cette espèce de baptême que le chevalier chrétien confère à ce pays infidèle ! La marque du chrétien, c’est le signe de la croix: eh bien, cette terre de malédiction qui gémit