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il en ramenait tous les préceptes à sept groupes de vertus et de devoirs qu’il énumérait comme suit: religion et patrie, piété filiale, obéissance et discipline, amour du prochain et humanité, chasteté et pudeur, égalité et justice, véracité et bonne foi, pureté du cœur. Puis il s’écriait:
‘ Quel magnifique symbole ! Quel philosophe, quel législateur que celui qui a établi de pareilles catégories, et qui a su remplir ce cadre! Cherchez dans tous les devoirs de l’homme et du citoyen quelque chose qui ne se ramène point à cela, vous ne le trouverez pas ; au contraire, si vous me montrez quelque part un seul précepte, une seule obligation irréductible à cette mesure, d'avance je suis fondé à déclarer cette obligation, ce précepte, hors de la conscience, et par conséquent arbitraire, injuste, immoral.”
Un des plus grands génies du XVIIe siècle, Pascal, a dit aussi en parlant du Décalogue :
‘‘ La loi par laquelle le peuple juif est gouverné est tout ensemble la plus ancienne loi du monde, la plus parfaite, et la seule qui ait toujours été gardée sans interruption dans un Etat. C’est ce que Philon et Josèphe font voir admirablement.
‘“ Et il est aisé de juger de la perfection de cette loi par sa simple lecture, où l’on voit qu’on y a pourvu à toutes choses avec tant de sagesse, tant d'équité, tant de jugement, que les plus anciens législateurs grecs et romains en ayant quelque lumière, en ont emprunté leurs principales lois; ce qui paraît par celles qu’ils
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appellent des douze tables, et par les autres preuves que Josèphe en donne.”
Je ne multiplierai pas les citations pour vous démontrer que cette première loi écrite est la plus mémorable expression de tous les grands devoirs; mais permettez-moi de citer encore Lacordaire :
“ La loi juive, quoique renfermant tout l’ordre politique, civil, judiciaire et même cérémonial, choses essentiellement variables de leur nature, a été douée d’une immutabilité dont il n’y a pas d’autre exemple dans quelque législation que ce soit. En Moïse, le pouvoir législatif des Hébreux a commencé et a fini. Tandis que toute société humaine a dans son sein un pouvoir législatif permanent, qui retranche, ajoute, corrige, selon les temps et les besoins, et un pouvoir législatif exceptionnel qui va jusqu’à réformer la constitution même, ébranlée par la révolution des mœurs, le peuple juif, depuis Moïse, s’est contenté à l’égard de sa loi d’une simple faculté réglementaire.
‘ La main qui avait gravé les tables du Sinaï, et écrit cette vaste législation comprise dans le Pentateuque, s’est trouvée assez forte pour asseoir à jamais tout un peuple, quelque temps qu’il pût durer; et trois mille ans passés sur son ouvrage ne lui ont pas donné une seule fois le moindre démenti. Nous pouvons mieux que personne (c’est Lacordaire qui parle, et il s'adresse à des Français), après les cinquante dernieres années de notre histoire, apprécier le génie surhumain d’une telle fondation, douée d’une telle
immutabilité ! ”
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Est-ce tout, Messieurs? Les divines manifestations du droit naturel parmi les hommes vont-elles s'arrêter à la Loi mosaïque ?
Il semble qu'aux rayons de ce phare immense, allumé par Dieu lui-même à la cime du Sinaï, l’humanité aurait dû marcher vers sa fin d’un pas assuré, sans plus s'écarter des voies de la justice.
Et cependant, vous savez ce qui arriva. Le peuple juif ne manqua plus de lumières, mais il manqua de forces. La loi écrite lui montrait clairement le chemin, mais il manquait de volonté pour le suivre, et ce n’est qu’à force de châtiments que Dieu l’y ramenait sans cesse.
Vous connaissez toute cette tragique histoire, et vous savez quel lamentable spectacle présentait l'humanité quatre mille ans après sa naissance. L'erreur grandissait, et répandait son ombre jusque sur les sommets, comme on voit la nuit tout envahir, à mesure que le soleil se plonge plus profondément sous l'horizon. La corruption pénétrait partout, et l'humanité descendait rapidement la pente de toutes les hontes et de toutes les dégradations. En un mot, la loi écrite elle-même devenait lettre morte, lorsque le Verbe prêta encore une fois l'oreille aux cris de détresse du genre humain. Alors se produisit dans le monde le plus grand événement de toute l’histoire, celui que l'Eglise catholique rappelle tous les jours à la sainte messe, et dont
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saul souvenir fait tomber à genoux la catholicité toute entière: Æt Verbum caro factum est, et le Verbe s’est fait chair!
Celui qui est la Justice souveraine, le Législateur universel, est descendu du ciel en terre! Mais Il ne se cachera plus au milieu d’un buisson ardent, comme sur le mont Horeb! Il ne s’enveloppera plus de nuages chargés de foudres, comme sur le mont Sinaï! L'homme n’entendra plus sa voix au milieu d’un vent léger, comme dans les bosquets de l'Eden! Il n’apparaîtra plus sous cette forme humaine, illusoire, immatérielle et insaisissable qui conversait avec Abraham !
Non, Messieurs, Il se revêtira d’une chair véritable qu’il se sera formée dans le sein d’une vierge, et il deviendra un homme comme nous: Æt homo factus est. Toute la conception admirable contenue dans son nom étrange et profond, le Verbe, sera cette fois réalisée, le Verbe divin sera en même temps Verbe humain, et sa bouche de chair prononcera des paroles que toute la terre entendra. Ce sera le Droit fait
homme !
Et c’est ainsi que sera parachevé le monumental édifice du Droit chrétien. Le droit naturel, avec ses lumières faibles et incertaines, en sera la crypte enveloppée d'ombre; la loi mosaïque, ou le Décalogue, en composera le majestueux portique, et la loi nouvelle, promulguée par Jésus-Christ, ou l'Evangile, en de-
viendra le corps principal et le couronnement,
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Lorsque le Messie vint au monde, il y avait bien des siècles que la terre l’attendait. La promesse de sa venue, faite au premier homme, avait été renouvelée bien des fois à ses descendants.—Suprême espérance, transmise d’âge en âge, et transportée dans tous les pays par les fondateurs de peuples. Dans les ténèbres où gémissaient les nations les plus abandonnées, et qui n’entendaient jamais la voix des prophètes, cette croyance brillait toujours comme un astre lointain dont les rayons allaient s’affaiblissant. Elle illuminait particulièrement l'Orient, où retertissaient de siècle en siècle les affirmations prophétiques; mais sa lueur mystérieuse se prolongeait en Grèce, en Italie, en Gaule, dans la Germanie, dans les îles lointaines et jusque sur les rives de la Chine. Les poëtes tragiques de la Grèce, et surtout Eschyle,annonçaient sur la scène la prochaine venue d’un dieu nouveau, et cette espérance avait pris des proportions telles, que la ville d'Athènes avait élevé un temple au dieu inconnu.
A Rome, Virgile annonçait le roi des temps nouveaux et une domination universelle qui sauverait le monde. En Chine, à une époque bien antérieure encore, cinq siècles avant Virgile, deux siècles avant Platon, mais mille ans après Moïse, un des plus grands génies de l’antiquité, Confucius ou Koung- Tsée, promettait à son peuple un Saint envoyé du ciel, qui saurait toutes choses, et qui aurait tout pouvoir au
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