‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 59 sur 63 · D SEA · texte numérisé non relu

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CONFÉRENCES ET DISCOURS 379 rep op me ee ee à la durée, et l'objet ! Et qu’il faut avoir peu réfléchi à la nature du contrat de mariage pour l’assimiler aux contrats qui relèvent de la législation civile!

Voyons plutôt, Messieurs.

Quel est l'objet du mariage, et quelles choses entrent dans la société domestique ?

Dans les contrats ordinaires de société, les associés mettent en commun leurs biens, leur industrie, leur travail, mais c’est tout. Leurs personnes, leurs sentiments, leurs cœurs, leurs esprits, tout leur être moral reste libre et indépendant.

Dans le mariage la société est tout autre. C’est l’être moral qui est la mise. Les époux se donnent tout entiers l’un à l’autre. Tout ce qui échappe par sa nature même au contrôle de la loi civile, leur amour, leurs pensées, leurs désirs, leurs qualités, leurs vertus, leurs espérances, leurs rêves de bonheur dans cette vie et dans l’autre, leur présent et leur avenir, tout est mis en commun.

Peut-on imaginer une union plus entière ? Elle est totale, parfaite, sans réserve quant aux personnes des associés, et sans limite quant à sa durée. Cette totalité du don mutuel que se font les époux exclut nécessairement la pluralité, et l’union est essentiellement une.

En même temps, aucune limite n’est et ne peut être assignée à sa durée, si vous consultez la nature.

Quel est en effet le mobile du mariage ? Quel est le sentiment naturel qui pousse l’homme et la femme à le contracter ?—C’est l'amour, n'est-ce pas ?

Or, je vous le demande, quel est l’amour tant soit peu digne de ce nom qui ne promet pas de durer toute la vie? Quel est le cœur qui ne demande pas pour lui-même, et qui ne jure pas à l’objet aimé un amour éternel ? Avez-vous même jamais vu ces deux mots séparés? Pouvez-vous me citer un exemple de deux êtres que l'amour unisse, et qui ne soient pas fermement décidés au fond de leurs cœurs de s’aimer toujours ?

Ah! Messieurs, c’est le cri de la nature que poussaient Alexandrine de La Ferronnaye et son mari, quand ils se disaient que c’était une souffrance d’aimer pour cette vie seulement, et qu’ils avaient le goût des amours éternels. N'est-ce pas l’auteur de l’Zmitation qui dit que l’amour est plus fort que la mort ?

Oui, Messieurs, l’amour prétend se prolonger au delà de la tombe, et, grâce à Dieu, il y a encore dans ce monde des cœurs généreux quise donnent pour toujours, qui ne veulent pas même de la liberté que la mort leur donne, et qui restent fidèles au souvenir de celui ou de celle qu’ils ont aimés—même après que Dieu a brisé le lien qui les unissait !

Donc, dans la nature, qui dit amour dit unité et perpétuité. L'amour est essentiellement un, et il doit toujours durer; ou bien, ce n’est pas de l’amour.

Que diraient les deux futurs époux, si le ministre de Jésus-Christ leur demandait au pied des autels, combien d’années ils jurent de s'aimer, et pour combien de temps ils veulent se marier?

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Ne seraient-ils pas révoltés et indignés dans le plus intime de leur être? Ils s'aiment sincèrement, profondément, etils ne peuvent pas douter un seul instant de la perpétuité de cet amour. Ainsi parle Ia nature, et le contrat que l'amour lui dicte ne peut avoir d'autre terme que la mort.

Mais allons plus loin, et voyons quelle est la fin de ce contrat, c’est-à-dire quel est le but qu’il doit atteindre,

Les associés, dans le droit civil ou commercial, ont en vue des profits à réaliser, des biens à acquérir, en un mot, un lucre à partager ; tel est le but de leur socicté.

Mais dans la société conjugale, la fin est la plus noble, la plus auguste, et en même temps la plus merveilleuse que l’on puisse imaginer. Nous l’avons déjà dit, le mariage fait de l'homme et de la femme des instruments du Créateur, et ses aides dans le œuvre de la conservation de l'espèce humaine.

La fin principale du mariage c’est de perpétuer l'humanité, c'est de faire des hommes. Mais faire des

hommes, ce n’est pas seulement les mettre au monde ; c'est les élever, nourrir leurs corps, former

grand

leurs cœurs, développer leurs intelligences, apprendre à

leurs âmes les voies du salut.

Or, je vous le demande, suffira: il de quelques années pour accomplir cette grande mission? Qui osera soutenir que l'éducation d’une famille n’absorbe pas toute la vie du père et dela mère? Qui prétendra

de bonne foi que l’enfant n’a pas besoin de ses parents, et qu’on peut impunément l’arracher aux bras qui l’ont bercé ?

Ah! Messieurs, la mort fait bien assez d’orphelins ; malheur à ceux qui lui donnent un auxiliaire dans le divorce !

Donc, ici encore, en ne consultant même que la nature, la fin du contrat de mariage, comme son mobile et comme son objet, prouve son indissolubilité. La nature veut que l'enfant ne soit pas séparé de ceux qui lui ont donné le jour, et pour cela il faut que les époux eux-mêmes restent unis jusqu’à la mort.

Nous avons dit que l’homme, sans la femme, était incomplet ; il semble que la société domestique, sans enfant, est incomplète, Je l’ai définie une unité en deux personnes. Mais quand un fils lui est né, l'idéal de la famille humaine est réalisé. Une trinité humaine, une par le chef, par l'amour, par les liens de la nature, par l’indissolubilité du contrat, prend possession de la terre ; l’homme que Dieu veut créer à son image se rapproche ainsi plus fidèlement de son modèle, et l'harmonie des rapports qui doivent rattacher la famille humaine à la Trinité divine est plus complète.

Ne perdons pas de vue, Messieurs, l’ordre du plan divin.

La société domestique est créée, mais la société civile ne l’est pas encore. Le premier époux, la pre-

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