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depuis des siècles sous l'empire du prince des ténèbres, elle sera désormais chrétienne. Elle portera sur son front le signe vainqueur des enfants de Dieu, et c’est un fils de la France qui lui aura conféré ce sacrement du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! Heureux temps, Messieurs, où l’envoyé de la France pouvait dire: l’étendard de mon roi, c’est l’étendard de mon Dieu!
Et l’année suivante, le héros chrétien remonte le fleuve jusqu’à Stadaconé ; il met ses navires sn sûreté dans la rivière Saint-Charles qu’il baptise du nom de Sainte-Croix, et il fait planter sur les bords une croix haute de 35 pieds, portant les armes de France et cette loyale inscription : ‘ François 1°", par la grâce de Dieu roi des Français, règne.”
Encore la croix, toujours la croix protégeant les armes de France, et tendant ses bras vers les deux extrémités de cette terre, qui recevra d'elle la vérité, la lumière, les bienfaits et les gloires de la vraie civilisation |
Voilà comment notre première gloire nationale, Jacques Cartier, remplit sa mission de découvreur. Il découvre pour son roi, mais aussi pour le Christ.
Le sol de la patrie est découvert, et la Providence y a inscrit le nom de la France ; mais la colonie n’est pas encore fondée.
Plusieurs tentutives restent sans résultats. Dieu les fait échouer parce qu'aucune d'elles n’a le caractère catholique, et plus d’un demi-siècle s'écoule avant que l’homme providentiel, digne successeur de Jacques
1 AE Be Cu totales
Cartier, ne vienne jeter sur la grève de Stadaconé les
fondements de ce qui deviendra l'incomparable ville
de Québec. Samuel de Champlain, âme d'élite s’il en | fut jamais, a fondé la colonie pour le roi et pour le | Christ.
Mais, au commencement de toute œuvre providentielle, il faut un sacrifice, un holocauste à Dieu. Il a fallu le sang du Christ pour purifier la terre, et l’arbre de la vraie civilisation ne croît qu’autant qu’il est planté sur un calvaire !
Accourez donc, généreux fils de Loyola! Les bourreaux sont nrêts et attendent les victimes! Paraissez, nobles Jean de Brébeuf et Jérôme Lalemant, lavez dans votre sang cette terre souillée de crimes, afin que la ser. nce ü vérité y plonge de profondes racines |
Le sacrifice est consommé. La nationalité canadienne-française est née, et elle a reçu le baptême de sang! 1 Mais qui veillera maintenant sur son enfance ? Où est ll: le père qui l’adoptera pour fiile, qui l’aimera d’un amour vraiment paternel, et qui sacrifiera tout pour son bonheur et sa prospérité ?
Messieurs, levez vos regards, et vous lirez au fron- HU tispice de cette grande institution le nom de ce père | de la patrie, François de Montmorency-Laval !
J'étais sûr que ce nom soulèverait vos applaudisse-
ments. Mais permettez-moi, Messieurs, de les remet-
k tre à leur véritable adresse, c’est-à-dire aux nobles continuateurs de l’œuvre de Laval,
Le grand évêque a rempli sa mission, et le petit peuple qu’il a formé, devenu plus fort, poursuit courageusement sa carrière. Entouré d’ennemis cruels etinfatigables, il lutte héroïquement pendant un siècle.
Maïs au moment où il va triompher enfin des tribus sauvages qui le harcèlent sans cesse, une guerre à mort s'engage entre l'Angleterre et la France. Il lutte toujours, malgré l’abandon de la mère patrie devenue infidèle à ses hautes destinées, et son sang généreux inonde les champs de bataille.
Enfin, l’époque fatale et douloureuse est arrivée. Le rire de l’impiété française est monté jusqu’à Dieu. Il a détourné ses regards de la fille aînée de l'Eglise, et son doigt divin s’abaissant sur les rives du Saint-Laurent, y a rayé le nom de la France.
Est-ce donc fini? le petit peuple né d’une race illustre, que la Providence avait entouré de ses maternelles complaisances, est-il vraiment tombé pour ne plus se relever ? Est-il mort tout à fait ?
Non, Messieurs, cette mort apparente n’est qu’une seconde naissance à la vie des peuples, et ce que vous croyez un tombeau, c’est un berceau. Le nouveau-né paraît à peine viable ; mais par bonheur il a eu deux mères, la France et l'Eglise, et si la première l’a abandonné, la seconde est restée près de lui. Elle a pris soin de ses jours, et sous son égide il a grandi et prospéré.
M. de Maistre a dit: ‘ Quand la Providence efface, c’est pour écrire.” Lors donc que la Providence a ef-
facé le nom de la France sur les bords du Saint-Laurent, c'était pour y écrire celui de Canada, et il dépend de nous de le rendre désormais ineffaçable sur la terre d'Amérique !
Après ce coup d’œil rétrospectif sur notre histoire, et plus particulièrement sur notre origine, réunissons en faisceau les lumières qui s’en dégagent, et comme les Colomb et les Cartier, qui s’élançaient hardiment dans l'inconnu, essayons de pénétrer l’avenir. Elevons les regards, et tâchons de découvrir, au delà de cet horizon borné qui se nomme le présent, la route que la race française doit s’efforcer de suivre.
Un des caractères les plus remarquables des œuvres de Dieu, c’est la variété dans l'unité, et ce caractère se trouve dans la grande famille humaine. Les nations ont chacune leur type particulier et leur mission spéciale dans le coin de terre où Dieu les a placées. Les unes, comme la république voisine, possèdent à un degré suréminent le génie des affaires, concentrent toutes leurs facultés sur les développements de l’industrie et du commerce, et semblent n'avoir d’autre but que d'agrandir leurs intérêts matériels et d’accumuler les richesses,
D’autres, comme notre ancienne mère patrie, se préoccupent plus spécialement du progrès et de la marche des idées, de la diffusion des vérités chrétiennes, de la culture des sciences, des lettres et des arts.
Or rappelons-nous d’abord, Messieurs, que la France, notre mère, a été pendant dix siècles un foyer de civilisation chrétienne dont le rayonnement a été immense. Eile n’a pas toujours marché à la tête du monde civilisé ; mais aucune nation n’a exercé une magistrature aussi vaste, aussi durable. Quand une rivale l’a devancée, c: ne fut presque toujours qu’une prééminence temporaire, et la France s’est hâtée de reprendre la première place.
N'oublions pas non plus la date de notre naissance, et celle de notre séparation de la couronne de France. Ces deux dates ont une importance majeure et ne sont pas un effet du hasard ; car rien n’est fortuit dans les destinées d’un peuple. Et d’ailleurs ce que nous appelons hasard n’est qu’un pseudonyme de la Providence, ou, suivant l'expression d’un poète, c’est Dieu agissant incognito.
Eh bien, c’est à l’aurore du dix-septième siècle que la France est devenue notre mère, et nous en avons été séparés à l’heure où elle glissait entraînée par l’irréligion sur la pente fatale de la Révolution.
Nous ne sommes donc pas les fils de 89, mais les enfants de la France très chrétienne, et nous sommes nés à l’époque la plus brillante peut-être de la civilisation.
Observons encore que la nation dont nous sommes devenus les loyaux sujets a été moins atteinte que les autres par les doctrines subversives de tout ordre social, et a su garder les fortes traditions des croyances
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