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CONFÉRENNES ET DISCOURS 387
l'humanité selon le désir de Dieu. “La volupté, ditil, n’est pas le but de l'union conjugale, et mes ont en vue la satisfaction de leur enfants seront vicieux.”
La même austérité de mœurs exista chez les Perses jusque vers l’époque de Cyrus, et l’on peut dire, en invoquant le témoignage de l’histoire universelle, que chez tous les peuples jeunes et vertueux, la sainteté, l'unité, l’indissolubilité du mariage ont été reconnues et acceptées aussi longtemps que les mœurs sont restées pures. Le divorce a toujours été un fruit de la corruption.
Tacite, parlant des mœurs des Germains, affirme que
les vierges seules pouvaient s’y marier, et une fois seulement.
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Mais descendons les âges, et venons à la grande nation qui est devenue la maîtresse du monde. Rome est arrivée, par la pratique de vertns austères que les
peuples modernes, même chrétiens, mettent souvent
t la plus glorieuse. Les lois ont atteint le plus haut sommet que
le génie humain laissé à ses seules forces puisse gravir.
Eh bien ! voulez-vous savoir quelle idée ses grands jurisconsultes avaient du mariage, écoutez cette définition qu’en donnait Modestus : Nuptiæ sunt conjunctio maris et feminæ et consortium omnis vilæ, divin et humani juris communicatio. “ Le mariage est l’union
de l’homme et de la femme pour la vie entière, dans
la participation du droit divin et du droit humain,’
Messieurs, cette définition est admirable, et nous sommes bien forcés d'avouer que parmi les jurisconsultes modernes, même ceux qui se disent chrétiens, il en est très peu qui comprennent aussi bien la grandeur, la dignité et les caractères essentiels du mariage. On ne saurait trop s'étonner d’entendre un jurisconsulte payen mettre en communion le droit divin et le droit humain pour créer ce contrat qui doit durer toute la vie, et aflirmer aussi catégoriquement le caractère religieux, l'unité et l’indissolubilité du mariage.
Mais il faut l'avouer, lorsque le jurisconsulte romain s’exprimait ainsi, il n'était plus qu'un écho du
passé; car les mœurs de Rome étaient alors en pleine décadence. C'était encore l'expression du droit, mais
elle tendait de plus en plus à devenir lettre morte, et 1 les effets désastreux du divorce étaient déjà visibles L
pour tout le monde.
Voulez-vous savoir maintenant de quelles formes était accompagnée la célébration du mariage, dans les 1 temps primitifs de Rome, à l’époque où ses mœurs |
conservaient encore l’austérité et la vigueur?
Il y avait trois modes différents de contracter ma-
riage; mais, comme dit M. Lucien Brun, la forme
religieuse seule donnait à la fois la plénitude des effets civils au mariage, et aux époux la dignité, l'honneur et la considération publique. Tel était le mariage contracté au milieu des solennités en quelque
sorte sacramentelles de la confarréation.
Après le consentement du père de famille, après les
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fiançailles et l'échange des présents, le jour des noces avait été indiqué. Ce jour-là, avant l'aurore, les fiancés 8e rendaient au temple, où les dieux étaient invoqués, puis une victime immolée en présence de dix témoins, et où le prêtre offrait le pain de pur froment dont le partage entre les époux donnait son nom au mariage. Un cortège de parents et d'amis conduisait à la maison conjugale la nouvelle épouse, voilée du Jflammeum, couronnée de verveine cucillie de ses mains, et vêtue de la laine des brebis. Devant elle ses parents portaient un bouquet d’épines blanches et des flambeaux de cire, emblèmes de la pureté de l'amour conjugal. Elle arrivait dans la maison dans laquelle devait dorénavant s’écouler sa vie; elle était portée par les amis de son enfance au delà de ce seuil que sa pudeur hésitait à franchir, et de nouveaux sacrifices, offerts aux dieux qui présidaient à chacune des obligations du mariage, terminaient une journée qu’avaient remplie toute entièie la pensée et, pour ainsi dire, la présence de la divinité.
Ces noces par la confarréation, justæ nuptiæ, étaient,
selon l'upinion de Niebuhr, les seules qui ne pussent être dissoutes par le divorce.
Elles donnaient à la femme les noms de justa uxor, lola uxor, materfamilias. L’épouse entrait dans la s0ciété des mêmes dieux et des mêmes cultes que son mari, les biens lui devenaient communs. Elle était héritière de son mari décédé sans enfants, elle parta-
geait son héritage avec ses enfants, si elle était devenue mère,
Tel était le mariage chez les Romains, quand Rome avait encore quelque vertu. Mais les nations vieillissent, et, chose étrange, c’est dans la vieillesse qu’elles sont le plus corrompues. Or, si vous suivez la marche de la corruption chez un peuple, vous y remarquerez toujours qu’elle s'attaque d’abord à la famille, et qu’elle comm 2nce par dissoudre le lien conjugal. Les époux sans mœurs engendrent des enfants sans mœurs, et quand il n’y a plus de famille, la nation se meurt; car le fondement de l’ordre social, c’est l’ordre domestique.
Done, la polygamie règne, la décadence romaine est à son comble, et le grand peuple qui composait alors tout ls monde civilisé tombe en pourriture. Mais l'heure de la régénération des lois humaines va sonner.
Un homme étrange a paru sur les bords du Jourdain, et la voix puissante de cet inconnu trouble Hérode sur son trône. Cette voix dénonce l’adultère; elle proclame l’unité et l’indissolubilité du mariage. Hérode fait trancher la tête à saint Jean-Baptiste, afin que la voix du droit domestique outragé se taise à jamais.
Est-ce donc fini, et la famille va-t-elle périr? Non, Messieurs, un nouveau prophète va se faire entendre. Que dis-je? ce n’est plus un simple prophète, c'est un Dieu qui va parler au monde.
Ecoutez Jésus-Christ parlant aux Pharisiens: ‘“Celui qui a fait l’homme dès le commencement l’a fait
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fait
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homme et femme; à cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, et il s’attachera à sa femme ; et ils seront deux dans une seule chair. C’est pourquoi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme ne sépare donc point ce que Dieu a uni.”
Voilà, Messieurs, la loi dernière et irréformable du mariage jusqu’à la consommation des siècles. C'est l’évolution définitive du droit qui devra régir la société domestique, ou plutôt, ce nest pas une évolution, c’est le retour au droit primitif et divin promulgué dans le paradis terrestre.
Admirez avec moi l'énergie et la précision des paroles employées par Jésus-Christ.
Les Pharisiens lui posent largement et clairement la question : ‘ Est-il permis à l’homme de quitter sa femme pour quelque cause que ce soit ?” Jésus-Christ répond en leur rappelant la création de l'homme et de la femme, le premier mariage contracté en présence de Dieu et béni par Lui, et il répète l’ordre primitif, le principe donné dès le commencement : “Ils seront deux dans une seule chair.”
Mais, chose étonnante, il semble que Jésus-Christ n’est pas satisfait de cette expression de ga pensée. Il ne la trouve pas suffisamment énergique. Les derniers mots, une seule chair, expriment bien toute l'intimité et la force de l’union conjugale; mais les premiers mots, is seront deux, semblent laisser encore une place à la division, l’idée d'unité semble exclue par le mot deux. Alors Jésus-Christ ge reprend, il se
corrige en quelque sorte, et il ajoute: ‘Ils ne sont plus deux, mais une seule chair.” Sentez-vous toute l’énergie et toute la précision de cette nouvelle formule? Toute idée de séparation, de division est bannie: ils ne seront plus deux, ils sont un. C’est l’union indissoluble,
Mais ce n’est pas tout. Cette manière de parler semble être la forme ordinaire de l’enseignement. Or Jésus-Christ n’est pas seulement le docteur enseignant toute vérité ; il est aussi le Roi des rois, le souverain Maître de ce monde, auquel il a le droit de commander, et il lui fait alors ce commandement solennel : ‘Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni!” C’est le législateur suprême complétant le docteur infaillible, et donnant à son enseignement la force d’une loi !
Maïs les Pharisiens avaient l’entêtement et l’opiniâtreté que donne toujours l’orgueil. Ils font semblant d’avoir un grand respect pour Moïse et ils invoquent son autorité contre la parole de Jésus-Christ. ‘Pourquoi donc, lui disent-ils, Moïse a-t-il commandé au mari de donner à sa femme un acte de répudiation et de la renvoyer ?”
Jésus-Christ leur répond : ‘ À cause de la dureté de votre cœur, Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes ; mais au commencement il n’en était pas ainsi.”
Voilà comment Jésus-Christ met le sceau divin au Droit sur le mariage. Il en fait un sacrement de la
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loi divine, mais en même temps il atteste que le contrat primitif a été soumis à la même législation dès le commencement.
Et maintenant, Messieurs, si vous voulez mesurer, À la fois, toute la grandeur de ce sacrement et la raison profonde de son indissolubilité, il faut méditer un peu le merveilleux Commentaire que fait à ce sujet le grand Apôtre des nations.
Je tremble de toucher au mystérieux rapprochement que fait saint Paul, entre l'union de l’homme avec la femme, et celle de Jésus- Christ avec l'Eglise; mais je ne puis résister au désir de me laisser emporter, par le grand docteur, sur les sommets mystiques et sublimes où il plane avec la même aisance que l'aigle dans les hauteurs de l'atmosphère.
D'après la doctrine de saint Paul, telle que développée par les saints Pères,le mariage a figuré, dès l’origine, les noces mystérieuses du Verbe avec l’humanité: et comme tout sacrement est un signe, le mariage est le signe sensible et perpétuellement renouvelé de l’union
indissoluble du Christ avec l'Eglise, consommée sur le Calvaire.
Toutes les circonstances du premier mariage sont des images de la grande union qu’il figure, et que les siècles futurs devaient voir s’accomplir; les deux unions ont très probablement été contractées dans le
même endroit sur la terre, à quatre mille ans d’intervalle.
Jésus-Christ est le nouvel Adam, et l'Eglise, représentant l’humanité, est la nouvelle Eve. La terre est la chambre nuptiale décorée pour l’auguste cérémonie, avec toute la tendresse de l’amour infini, et toute la splendeur de l’opulence divine. Les fiançailles s’accomplissent à Nazareth, dans le sublime mystère de l’Incarnation, où la sainte Vierge représente l’humanité; mais le mariage n’est vraiment consommé que sur le Calvaire.
C’est là que le Christ s'endort sur la croix, comme Adam sous les berceaux de l’Eden, et que la’divine épouse du Verbe sort du côté ouvert de son époux, comme la première Eve était sortie du flanc d'Adam.
Les noces mystiques sont accomplies. De même que l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, le divin Epoux descendu du ciel restera avec son épouse jusqu’à la consommation des siècles. Il n’aura pas d'autre épouse. Elle sera son aide dans la génération des enfants de Dieu et des futurs habitants du ciel, comme Eve a été l’aide d'Adam pour donner naissance aux habitants de la terre; et la glorieuse fécondité qu’il lui communiquera peuplera les siècles et l'éternité d’une postérité innombrable.
Ah ! Messieurs, comme ce rapprochement fait bien sentir la grandeur et la dignité du mariage, et comme les époux se détacheraient de la terre et des grossiers appétits du corps, s’ils contemplaient quelquefois ce type sacré du mariage.
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Arbre généalogique des peuples, le mariage chrétien plonge ses racines dans l’union mystique du Christ avec l'Eglise, et il y puise ses deux grands caractères, l'unité et l’indissolubilité. Saint Paul les affirme et prescrit avec la même énergie que son Maître, dans des textes que je n'ai pas le temps de vous citer, mais que vous connaissez sans doute.
Après lui, les saints Pères, commentant soit les Epîtres de saint Paul, soit les Evangiles, proclament et imposent aux chrétiens le mariage un et indissoluble,
Cette doctrine paraissait bien dure à la société d’alors, livrée à la polygamie, et pendant longtemps encore le monde résista aux préceptes du droit chrétien. Mais vous savez qu'enfin le christianisme triompha. De l'Orient à l'Occident, les payens, civilisés et barbares, s’inclinèrent devant la Croix et se soumirent au joug de la loi chrétienne. Le jour vint où la loi de Dieu sur le mariage devint le droit civil des nations.
De siècle en siècle, des résistances, des révoltes, parfois puissantes, se produisirent. C'était tantôt un roi, tantôt un empereur, voulant briser le lien conjugal qui gênait leurs passions ou leur ambition. Mais alors s'élevait la voix infaillible d’un concile, d’un pape, pour venger le droit divin transgressé, et pour en publier de nouveau les règles dans l’univers catholique.
Enfin, le XVI: siècle s’ouvrit. Ce fut l'heure de la plus terrible épreuve qui ait assailli l'Eglise, Luther
et les autres réformateurs, entraînant à leur suite des peuples entiers, se séparèrent violemment de celle qui avait été leur mère, et les états généraux de la chrétienté furent convoqués à Trente, sous la présidence du vicaire de Jésus-Christ, pour sauver la foi et la morale catholiques également vuuagées.
Or, parmi les vérités de la morale que la Réforme attaquait, se trouvait en premier lieu la loi du mariage. L’indissolubilité du lien conjugal était surtout le joug qu’elle voulait secouer.
Le saint Concile voulut donc refondre en quelque sorte, et sanctionner de nouveau toute la législation catholique sur le mariage. Je ne puis m’arrêter à l'étude des canons qui furent alors promulgués, et des chapitres qui règlent la forme et les empêchements du mariage. Il y a là tout un monument législatif, dont l’examen exigerait un volume.
Qu'il me suffise de dire que les plus terribles anathèmes y furent prononcés contre ceux qui repoussent l’unité et l’indissolubilité du lien conjugal. Tout ce que le saint Concile décrète au sujet des mariages clandestins et des empêchements dirimants, faisant nécessairement partie du cours de droit civil donné dans cette université, je ne vous en dirai rien.
Depuis lors, les papes, notamment Pie VIT et PieIX, ont quelquefois été appelés à proclamer la doctrine de l'Eglise dans des circonstances solennelles, et toujours, comme leurs prédécesseurs, ils ont défendu les
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CONFÉRENCES ET DISCOURS 397 rm mn droits imprescriptibles de l'Eglise sur le mariage, et les règles qu’elle a toujours imposées à sa validité.
Je ne puis résister au désir de vous citer quelquesunes des paroles si claires et si énergiques que Pie IX adressait sur ce sujet au roi de Sardaigne, en 1852 :
“C’est un dogme de foi que le mariage a été élevé par Jésus-Christ Notre-Seigneur à la dignité de sacrement, et c’est un point de la doctrine de l'Eglise atholique que le sacrement n’est pas une qualité accidentelle surajoutée au contrat, mais qu’il est de l'essence même du mariage, de telle sorte que l’union conjugale entre des chrétiens n’est légitime que dans le mariage-sacrement, hors duquel il n’y a qu’un pur concubinage,
“Une loi civile qui, supposant le sacrement divisible du contrat de mariage pour des catholiques, prétend en régler la validité, contredit la doctrine de l'Eglise, usurpe ses droits inaliénables, et, dans la pratique, met sur le mêmé rang le concubinage et le sacrement de mariage, en les sanctionnant l’un et l’autre comme également légitimes.”
Un peu plus loin, le Pape ajoutait :
Que César, gardant ce qui est à César, laisse à l'Eglise ce qui est à l'Eglise: il ny a pas d’autre moyen de conciliation. Que le pouvoir civil dispose des effets civils qui dérivent du mariage, mais qu'il laisse l'Eglise régler la validité du mariage même
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398 CONFÉRENCES ET DISCOURS k
de départ la validité ou l’invalidité du mariage comme l'Eglise les détermine, et, partant de ce fait, qu’elle ë ne peut pas constituer (cela est hors de sa sphère), qu’elle en règle les effets civils.”
Messieurs, je n’ajouterai rien à ces paroles autorisées, qui définissent si bien les droits de l'Eglise et ceux de l’Etat en matière de mariage, et qui con- À damnent si formellement l’erreur de ceux qui veulent 4 diviser le contrat du sacrement pour les chrétiens, et | maintenir le contrat comme valide quand il n’y a pas de sacrement, ou invalider le contrat quand le sacrement subsiste.
Je regrette que le temps ne me permette pas de développer ces doctrines. Mais j’ai tenu spécialement à vous démontrer l’unité et l’indissolubilité du mariage, parce que ce sont ces vérités que l’on bat aujourd'hui en brèche. C’est pourquoi j'ai voulu vous raconter brièvement l’histoire de l’origine et des dévelop- 1 pements du Droit chrétien sur cette importante matière, en puisant toujours aux sources du Droit que je vous ai indiquées dès le commencement.
Dans ma prochaine conférence, je vous dirai comment le droit civil des nations modernes s’est graduellement écarté de ces préceptes du Droit chrétien, comment l'Etat a empiété sur lajuridiction exclusive de l'Eglise pour faire du mariage un simple contrat de droit civil, et comment enfin le Divorce, comme conséquence logique, s’est introduit dans plusieurs contrées, et menace d’envahir toute la chrétienté.
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En même temps, je m'efforcerai de répondre à toutes les raisons, plus spécieuses que solides, partisans invoquent Pour justifier cette morale qui est la ruine de la société dome
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