‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 63 · LEE A · texte numérisé non relu

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religieuses, du respect, de la hiérarchie, et de l’autorité.

Messieurs, rapprochez maintenant ces observations de l’exposé historique que je vous ai fait, et dites-moi s'il n’est pas évident que notre mission dans cette terre du Canada est de propager la foi etln civilisation chrétienne et de répandre la vie intellectuelle, morale et religieuse parmi les races qui s’y rencontrent. Je vous l’ai fait entendre, le christianisme n’a pas réalisé en Europe tout ce qu’il peut produire de perfectionnement social. Sa marche progressive et féconde au milieu des nations européennes a été malheureusement interrompue par la Réforme et la Révolution, et l’idéal de société qu’il avait formé n’a pu arriver à son complet épanouissement.

Les races latines qui devaient en Europe mettre la dernière main à ce chef-d'œuvre, l’ont laissé défigurer par les hérétiques et les révolutionnaires, et l’idéal social chrétien est à refaire.

Il me semble que Dieu veut reprendre cette grande œuvre sur la terre d'Amérique, et si c’est là son dessein, c’est la race canadienne-française qui sera appelée à l’accompiir.

Messieurs, vous allez me dire que mon ambition patriotique est exagérée, et que mes aspirations nationales sont des illusions. C’est possible; mais permettez-moi de dire que je ne connais pas de gloire terrestre assez élevée pour qu’un peuple né de la France et de l'Eglise ne puisse y aspirer.

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Sans négliger le soin de nos intérêts matériels, ne perdons pas de vue notre mission sociale, intellectuelle et religieuse. Que l'ambition de devenir un peuple industrieux et riche, ne nous éloigne pas de la vie chrétienne et patriarcale de nos populations agricoles,

Que la culture de la betterave ne nous empêche pas de cultiver l’éloquence française ; et si de nombreuses manufactures s'élèvent sur les rives de notre grand fleuve, qu’elles n’y arrêtent pas l’éclosion de la poésie et de l’art. La variété dans l'unité, voilà l’idéal.

Et si vous désirez une preuve de l'influence des idées, et de l'avantage qui découle de leur culte, voyez ce que sont devenues les deux colonies rivales que la France et l'Angleterre ont établies en Amérique.

Celle que l'Angleterre a fondée au prix des plus grands sacrifices d'hommes et d’argent n'existe plus. Elle a gardé la langue et la religion de sa mère, et cependant elle n’est plus anglaise, elle est yankee ; tandis que la colonie française, abandonnée par sa mère, conquise, envahie par l’élément étranger, soumise à tous les régimes qui devaient l’absorber, est restée française dans sa langue, dans ses lois, dans ses coutumes, dans tout ce qui constitue son caractère. Pourquoi? Parce que avec sa foi elle a conservé le culte des idées, et parce qu’elle a combattu pour sa foi et ses idées, tandis que l’autre s’est battue pour des intérêts matériels !

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