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Messeigneurs, Mesdames, Messieurs,
Je termine par la naïve et grande parole d’un enfant.
À sa mère qui lui racontait la vie du Sauveur, cet enfant disait qu’il aurait bien voulu vivre avec lui.
“Et qu'auruis-tu fait pour lui? reprit la mère.
—Eh bien, dit l'enfant, j'aurais fait ses commissions | ”
Messieurs, cette simple parole est l'expression lumineuse de la mission du peuple canadien-français sur la terre américaine.
Il ya été jeté pour être le commissionnaire de la France et de Dieu! Son patron, saint Jean-Baptiste, a été le précurseur du Christ sur les bords du Jourdain, et le Canadien doit être le précurseur de la Foi et de la civilisation sur les rives du Saint-Laurent.
Faire connaître et aimer sur ce continent la langue, la littérature, les gloires de la France, y propager la civilisation chrétienne et la foi catholique, apostolique
et romaine, tel est notre rôle.
Il est noble, grand et difficile.
Mais pour le remplir dignement, nous avons un guide éclairé et sûr: l'Eglise.
En traversant l'Atlantique, il y a quelques années, je fus témoin d’un spectacle de la nature, qui me parut une image fidèle de ce qui se passe dans le monde
moral,
C'était la nuit, et nous longions les côtes d'Irlande dont les sombres falaises s’étendaient au loin comme un grand voile de deuil. De lourds nuages roulaient sur nos têtes, et par intervalles, à travers leurs déchi-
t. rures, nous apercevions quelques étoiles craintives qui et | s’enfuyaient comme des colombes effrayées, et se cachaient dans les profondeurs du firmament,.
Peu à peu les ténèbres s’épaissirent, et bientôt le
\8- ciel et la mer se confondirent dans une obscurité profonde, d’où s'élevait lugubre et solennelle la grande
ai- voix des flots.
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Le pilote ne pouvait plus chercher sa route au milieu des mystérieux flambeaux que Dieu a sus-
la pendus à la voûte céleste.
Fe Mais à l’avant du navire, sur les côtes lointaines, se quelques phares tournants venaient d’apparaître. De la temps en temps leurs lumières variées se montraient, grandissaient, diminuaient et s’éteignaient pour renai- Lg tre, resplendir et mourir encore. C’étaient les flam- ji la beaux de la terre qui suppléaient à ceux du ciel et eut que nous traçaient la route. 1; Tout à coup des brumes épaisses s’élevèrent de l’O- 4 Le céan, enveloppèrent les phares tournants, s’étendirent 4 sur nos têtes, et nous replongèrent dans une nuit plus à dé sombre.
“id Comment donc alors le pilote pouvait-il connaître
de son chemin, quand les lumières du firmament et celles
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de la terre lui faisaient défaut ? C’est que la boussolelui restait, et que ce prodigieux instrument suffisait à le diriger. !
Jetons maintenant un coup d'œil sur le monde moral, et nous y observerons le même spectacle.
Les astres que Dieu à donnés à l’homme pour le guider dans cette nuit de la vie que nous traversons, ce sont la conscience, la raison, les vérités primordiales qui s’y trouvent gravées, celles que Dieu même lui a révélées dès le commencement et qui se sont transmises dans l’humanité de génération en génération.
Mais sur ce fond étoilé, bien souvent les nuages de la nature corrompue s’amoncellent et plongent l’âme humaine dans la nuit. Alors elle consulte les phares tournants, c’est-à-dire les grands génies, les savants que Dieu envoie de siècle en siècle, que nous voyons naître, briller, grandir, puis disparaître, plusieurs dans la nuit de l'erreur, tous dans la nuit de la mort.
Qui donc peut guider l'humanité dans ces époques ténébreuses, où le doute universel se répand sur le monde, et obscurcit à la fois la conscience et le génie?
C'est alors qu’il lui faut, comme au navire, une boussole invariable qui lui indique le vrai chemin, et cette boussole, c’est l'Eglise de Jésus-Christ, que le divin Pilote a donnée au monde pour le conduire au port à travers les obscurités et les écueils.
Messieurs et chers compatriotes, la route de l'avenir est toujours pleine d'ombres,
Contemplons les cieux et leurs astres sans nombre, examinons les phares qui nrojettent sur l'horizon leurs rayons intermittents; mais surtout consultons la boussole divine, et nous suivrons le droit chemin! (*)
(*) Ce discours et le précédent eurent beaucoup de retentissement dans tout le pays et même en France. Quelques journaux de Paris en firent de grands éloges, et M. Lucien Brun les publia dans la Revue Trimestrielle, en les accompagnant
d’une appréciation très flatteuse pour l’orateur canadien. (NoTE DES ÉDITEURS.)