‹ Conférences et discours [microforme]Chapitre 2 sur 13 · MESDAMES, MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESDAMES, MESSIEURS

‘IL m'est permis de juger de vos sentiments par les miens, vous êtes, en ce moment, sous le charme. Les brillants artistes que vous venez d’entendre, et l’œuvre admirable qu'ils interprètent si bien ont remué

délicieusement vos cœurs.

Mais aussi quel grand événement ils rappellent ! Et quel artiste, tant soit peu doué de génie, ne se sentirait pas inspiré par ce nom illustre de Christophe Colomb, et par sa merveilleuse découverte ?

Cette épopée où le génie de l’homme, le cœur de la femme, et la Providence des nations jouent chacun son rôle, est pleine d’enseignements sublimes que tout un long discours ne suffirait pas à faire ressortir ; mais je ne veux en tirer, ce soir, qu’une leçon très courte qui me semble convenir aux circonstances.

(1) C'était dans le Taschereau,

Cette leçon, la voici en deux mots: c’est que le glorieux événement dont nous faisons mémoire n'aurait pas été accompli si le génie de Christophe Colomb n'avait pas été servi par une foi inébranlable, et s’il n'avait pas rencontré sur ses pas cette charité inépuisable et féconde qui distingue les grandes âmes, et qui, émanation de la Puissance Créatrice qui se nomme aussi Charité, fait sortir du néant toutes les grandes choses de ce monde.

Reportons-nous, Messieurs, à cette année mémorable de

Il y avait plus de trente siècles que les marins sillonnaient les mers. Il y en avait quinze que le Christ s'était incarné, Le monde civilisé était devenu chrétien; et cependant la moitié du globe terrestre lui était encore inconnue.

Les uns croyaient qu’ils habitaient le dessus de la terre, mais qu’il était impossible d'atteindre le dessous, et que si l’on parvenait aux antipodes on serait précipité dans l’espace infini.

Les autres croyaient à la rotondité du globe ; mais alors, disaient-ils, l'océan Atlantique est comme une montagne colossale, et les navires qui en dépasseraient le sommet seraient entraînés vers l'Occident, et ne pourraient jamais remonter.

Quant aux navigateurs, ils ne s’aventuraient pas au-delà d’un certain horizon connu, et tous étaient convaincus que cet océan terrible qu’ils entendaient mugir au loin devait avoir des vagues gigantesques, des gouffres sans fond, et des cataractes infranchissables. Aucun d’eux ne s'était jamais dit : « Au delà de cette Mer Ténébreuse, il doit y avoir des continents ignorés ; je veux les découvrir » !

Mais voici qu’un marin génois, le fils d’un cardeur de laines, se met enfin en tête ce projet audacieux.

On se moque de lui, on le traite de fou, une commission de savants réunie à Salamanque, la grande métropole scientifique d'alors, proclame l'expédition projetée un rêve impos-

sible. Mais la foi de Colomb dans l'existence d’un monde à découvrir n’est pas ébranlée.

On l’accuse d'impiété, en prétendant qu'il contredit les Écritures ; on le raille, on le Calomnie, on le menace. Mais rien ne l’arrête : il a la foi, cette foi inébranlable et rdente qui transporte les montagnes. Il croit que Dieu n’a pas fait notre globe pour que la moitié en reste inconnue |

Il croit que le Verbe en descendant parmi les hommes a voulu être connu de toute Ja terre.

Il croit que les accents divins qui ont rempli la Judée doivent prolonger leurs ondes sonores au delà des mers, et réveiller les peuples endormis dans les ombres de Ja mort. Il croit en la Providence qui l’inspire, et dont l'heure a sonné pour accomplir ses desseins. 11 croit à son génie qui le presse de suivre l'inspiration d’en haut.

Mais, hélas! la vie terrestre est ainsi faite que le génie de l’homme, pour accomplir de grandes choses à besoin de cet auxiliaire méprisable et vil qu’on appelle l'or. Q misère | Trop souvent, le génie, ce don divin, le génie qui peut tout, ne peut rien sans argent! Le génie qui a des ailes et qui ne demande qu’à s'envoler vers l'infini, ne peut mouvoir ses ailes sans un mécanisme doré qui lui donne le mouvement !

Puissance mystérieuse de l'or, à la fois vil et grand, tout- Puissant pour le bien comme pour le mal, faisant trop de mal pour qu’on s’y attache, faisant trop de bien pour n’être pas précieux !

Qui donc va fournir à Colomb ces ailes dorées qui lui sont nécessaires pour s'envoler vers les terres nouvelles que son œil d’aigle aperçoit au delà des brouillards de la Mer Ténébreuse ?

Sera-ce quelque millionnaire de ce temps-là ? Quelque soldat heureux enrichi des dépouilles des ennemis qu’il a vaincus ? Sera-ce quelqu'un de ces marins qui ont remporté de leurs lointains voyages tous les trésors de Golconde ? Ou quelque monarque opulent que ses conquêtes ont porté

au sommet des grandeurs humaines ? Non, ce sera une femme, une de ces femmes dont le cœur tient lieu de génie, dont les vertus font la force, et qui ont l'intuition des grandes choses mêmes qu’elles ne comprennent pas !

Ce sera une reine que les circonstances ont placée sur l’un des plus beaux trônes du monde, mais dont le trésor est vide, parce qu’elle en a dépensé les millions à expulser les fils de Mahomet du sol bien-aimé de sa patrie.

Que va-t-elle donc faire cette femme à l’âme vibrante et au cœur ardent, pour accomplir l’œuvre que le génie a rêvée ?

Ah! Mesdames, regardez-la bien ; elle arrache les pierres précieuses qui ornent son diadème, elle dépouille son cou des diamants qui l'entourent, elle entasse les uns sur les autres dans son écrin royal tous ces vains hochets de la vanité et elle dit au génie : tiens, prends ces trésors, et cours à la conquête de ton nouveau monde. Tu m'assures qu'il existe ; mes savants le nient, et moi, je n’en sais rien ; mais une voix mystérieuse qui sort de mon cœur me dit que Dieu t'inspire : Va ! et que le ciel te conduise !

O grande reine Isabelle, c’est une des ioies de ma vie d’avoir contemplé de mes yeux, dans la cathédrale de Grenade, cet écrin précieux, qui nous a valu la découverte d’un monde. Sois-en bénie.

Et dire, Mesdames, que si cette femme n'avait pas voulu sacrifier un succès de vanité à son prochain bal de cour, l'Amérique ne serait peut-être pas découverte !

Voilà d-nc à quoi tiennent les plus grandes choses, et les résultats incalculables qu’un simple acte de charité peut produire.

Et maintenant, voyez-le, ce noble et audacieux génie, poursuivant sa course étonnante à travers des mers jusqu’alors inexplorées. Il a trioinphé de l’ignorance, des préjugés, de l'envie, de la calomnie, de la pauvreté, de tous les petits hommes qui ont voulu lui barrer le chemin. Il n’a plus en face de lui que les éléments.

36 CONFÉRENCES Er DISCOURS

Les grandes brises du Levant cre céan, et il admire c

dans lequel les astronomes de Gênes Jui i i l’âge de douze ans, et qui

MEspaMEs er MEssreurs,

Il y a parmi nous un vieillar voulu être aussi, dans la sphère où s’acco un collaborateur de Dieu. Un jour, à ses oreilles un co,

ouché, il se mit à l’œuvre,

trouver dans un hôp ure, le vêtement, les aient tant besoin.

et bientôt les ital fondé par soins et l’édu-

Non, certes, nous ne permettrons pas que la postérité puisse dire un jour, qu’en 1892, la vieille cité de Champlain, en même temps qu'elle célébrait le 400 anniversaire de la découverte de l'Amérique, refusait de s’associer à Son Éminentissime archevêque dans sa collaboration aux œuvres divines, et laissait tomber en ruine une institution éminemment patriotique et sociale,

DISCOURS PATRIOTIQUE PRONONCÉ A OTTAWA, A L'OCCASION DE LA FÊTE LE SAINT JEAN-BAPTISTE, EN 1894

MEsDaMEs, Messieurs,

E spectacle que vous avez donné, hier, à la capitale du Canada, et que vous donnez encore ce soir, n'est pas seulement réjouissant pour les yeux ; il est consolant pour le cœur.

Je suis particulièrement charmé de voir Son Excellence le Gouverneur Général du Canada rehausser par sa présence l'éclat de cette démonstration. Le représentant actuel de Sa Majesté Britannique est une de ces âmes d’élite qui se prodigue pour témoigner ses sympathies à toutes les races, et c’est son exemple qui me fait un devoir de répr-dre aujourd’hui à votre appel.

Si j'avais obéi au besoin de repos que j'éprouve, après mes durs labeurs de ces derniers mois, et si j'avais compté les travaux nombreux et impératifs qui me sollicitent, je ne serais pas ici ce soir. Mais quand votre zélé Président m'a demandé le secours de ma parole au nom de mes sentiments patriotiques, il m’a semblé que j'étais un simple soldat dans la grande armée nationale et que le clairon des batailles m'’appelait en avant.

Il m'a été impossible de rester sourd à la voix du patriotisme

que j'ai senti vibrer dans tout mon être, et je suis venu, sans trop savoir ce que j'aurais à vous dire, mais avec l'espoir que l'âme de la patrie entrerait en communication avec la mienne, et me dicterait des accents dignes de vous et de la circonstance.

Qu'est-ce done, Mesdames et Messieurs, que cette puissance mystérieuse qui nous commande en certaines occasions, et que nous appelons le patriotisme ?

C'est une des forces les plus formidables de la nature morale et psychologique.

Voyez, par exemple, ces milliers d'hommes rangés en bataille, et qui, l'arme au poing, s’élarcent à travers la fumée de la poudre et les jets meurtriers de la mitraille, au-devant d’une batterie monstrueuse qui vomit la mort. Est-ce une force brutale, matérielle, qui les pousse ainsi en avant ? — Non, c'est à une force d'attraction qu'ils obéissent ; c’est un aimant qui les attire.

Mais quel est donc cet aimant ?

O mystère de la nature humaine, énergie latente mais irrépressible du sentiment national, ce qui attire invinciblement vers la mort ces masses d'hommes asmés, c'est ce chiffon de diverses couleurs que vous voyez flotter au bout d’un long bâton ! — C'est cette loque symbolique et sacrée devant laquelle .outes les races se prosternent et qu'elles appellent un drapeau !

Et, remarquez-le bien, ces milliers d'hommes qui s’élancent à la suite de ce drapeau ne se demandent pas s’il est en soie, ou s’il est en laine, s’il est rouge, ou bleu, ou blanc, s’il se compose de deux ou de trois espèces d’étoffes différentes : C'est le drapeau, cela suffit.

C'est la bannière qui renferme dans ses plis les gloires du passé, et les vivants souvenirs des ancêtres! C'est l’'emblême de la patrie, c'est son image visible ; et pour défendre cette image contre les profanations de l'ennemi, ces milliers d’hommes sont décidés à mourir !

Voilà ce qu’est le patriotisme dans son expression la plus éloquente, et dans son plus glorieux symbole, C'est tout ce qu'il y a de plus idéal Parmi les sentiments de la nature humaine. C'est l'amour naturel le plus fort, le plus constant, le plus indestructible qui puisse s'emparer du cœur de l’homme et le posséder.

Mais quel est l'objet de cet amour ? Quel est l’être moral d’où cet amour dérive son nom, et que nous appelons la patrie ?

La patrie ! mot extraordinaire dont on sent toute la douceur, et qu’on se plaît à prononcer sans trop savoir Pourquoi. Mot magique qui vient naturellement sur les lèvres de l’homme, comme le nom de la mère sur les lèvres de l'enfant, et qu'il prononce en pPleurant sur la terre de l'exil, et avec des cris de joie quand il en revient ! Mot puissant, qui soulève les nations et bouleverse les empires |

La patrie! c’est le sol béni qu'ont habité les ancêtres, qu'ils ont Conquis et colonisé, qu'ils ont fécondé de leurs Sueurs et de leur sang! C'est la terre sacrée où dorment les aïeux, et qui nourrit les descendants !

l’humble village, où vous :

de l’église qui, lever les yeux

La patrie! c’ grandeurs et des gloires du passé ; sor des vieux Souvenirs et des vieilles Croyances ; des inoubliables Promesses d'amour et des espérances immortelles !

La patrie! c’est l'héritage de famille, tantôt modeste et tantôt opulent, mais toujours aimé, conservé précieusement pendant des siècles, et que l'on chérit d'autant plus qu'il a coûté de larmes et plus de sang! C'est la religion que vous avez sucée avec le lait de vos mères ; c’est Ja langue que Vous avez balbutiée sur leur x; c’est le sang que vous avez tiré de leurs veines ; c’est le Patrimoine d'amour, d'espérance et de foi qu’elles vous ont légué en mourant !

Oui, Mesdames et Messieurs, la Patrie; c’est tout cela, et

plus encore. Et fui cela se résume pour nous dans un nom qui nous est cher : tous, et qui, malgré son origine sauvage, nous semble doux sorime un revon de miel — le Canada !

Le Canada est un géant, presque aussi grand que l'Europe entière, étendu en travers de l'Amérique du Nord, baignant sa tête dans l’océan Atlantique et ses pieds dans le Pacifique, allongeant son bras droit presque jusqu'au pôle, touchant de son bras gauche les étoiles de la grande république Américaine, et la face tournée vers le ciel, c’est-à-dire vers l’Infini et les régions de l’Idéal !

Quel pays splendide, n'est-ce pas ? Et pourquoi donc les deux races qui l’habitent ne pourraient-elles pas vivre dans l'harmonie ? Est-ce qu'il n’est pas assez vaste pour les contenir toutes les deux ? Est-ce qu'il ne produit pas assez pour les nourrir ?

Dira-t-on qu’il manque de soleil ? — Mais lorsque les habitants de Vancouver voient se coucher le soleil dans la belle saison de juin où nous sommes, celui de la Nouvelle- Écosse est bien près de voir briller l’aurore !

Sans doute, notre soleil manque de chaleur en certaines saisons, et il ne fait guère mûrir le raisin, ni fleurir l’oranger, mais il est assez chaud pour môûrir les blés, et il ne l’est pas assez pour amollir le courage et les cœurs.

Sans doute, notre pays n’a pas la variété de richesses et de ressources des contrées du midi ; mais il a de vastes régions qui produisent les céréales ; il a des forêts immenses, des houillères inépuisables, des richesses minières abondantes, des rivières et des lacs remplis de poissons, des voies d’eau incomparables, des chemins de fer qui relient les extrémités au centre, des communications directes avec l’Europe d’un côté, avec l'Asie, de l’autre.

à Que faut-il de plus pour que nous devenions une grande nation ?

Je sais que nous avons con Sueurs, et tous les désavantage mais n'oublions pas ce que l’his nir appartient aux peuples du

Pour devenir, avec le temps, une des grandes puissances de ce continent, une seule chose nous manque quelquefois, c'est l’union, c’est l'harmonie entre les races ; c'est un pa-

ré qui ne s'inspire que de justice et de fraternité,

et qui sache respecter les droits et les libertés de tous.

Voilà la condition de nos progrès füturs et le seul élément qui puisse nous faire défaut dans la solution du grand probléme de notre avenir national.

Car il ne faut Pas perdre de vue la situation toute particulière que la Providence nous a faite.

Le Canada n’est Pas seulement une réunion d'États possédant chacun une demi-souveraineté. C'est un dualisme na-

tional, c’est-à-dire une réunion de deux peuples également jeunes et Vigoureux, fils de deux races nobles et glorieuses, différents par le type, par le caractère, par la langue et par la religion.

Lequel des deux est su moi, ne serions des ju et il y a autant de

pas qui ne

et je crois que sous

lement plus justes à l'égard

grand nombre d'eux ne le sont vis-à-vis

Une opinion généralement accréditée Parmi eux nous considère et nous représente comme une race inférieure. Un grand nombre vont jusqu’à s'étonner que nous occupions

une place si importante, et que nous prétendions jouer un rôle dans la Confédération.

Qu'est-ce donc, MM. qu'être Canadiens-Français ?

Je vais vous le dire, non pas pour vous l’apprendre à vous, mes chers comvatriotes ; non pas pour l’apprendre au noble représentant de 5a Majesté, dont je connais 1es idées larges, l'esprit éclairé et le cœur généreux ; mais pour éclairer certains esprits naturellement bienveillants que le fanatisme a pu aveugler.

Être Canadiens-Français, MM., c’est être Anglais par l’allégeance, Français par l’origine, catholique par la foi.

Or, être catholique c’est appartenir à la société la plus glorieuse de l’histoire ; c’est remonter dans le passé jusqu'aux origines mêmes de l’ère chrétienne ; c’est se rattacher à travers les siècles, par une suite merveilleuse de génies et de saints, au chef le plus illustre que les sociétés humaines aient jamais connu, puisqu'il était à la fois homme et Divu.

Être Français, c’est être issu d’un peuple dont le nom est écrit en lettres d’or dans les annales de la civilisation, et dont les gloires impérissables se sont quelquefois voilées mais jamais éclipsées !

Être sujet anglais, c’est reconnaître comme suzeraine la Reine auguste qui fait l’étonnement et l'admiration du monde entier, et dont l’empire, semblable à l’anneau colossal qui entoure la planète Saturne, enlace notre globe de ses possessions sans limites !

Être Canadiens-Français, c'est avoir au sein du monde civilisé trois grandes capitales: Rome, Paris, et Londres. Rome, où le Canadien-Français voit son chef dans la foi. le grand pontife auquel il dit « Mon Père » et qui lui répond « Mon fils»! Paris, qui est pour lui l’ancienne mère patrie qu'il aime toujours, et dans le rayonnement de laquelle il gravite irrésistiblement ; Londres, qui résume sa nouvelle mère patrie, qu’il sert loyalement, pour laquelle il a versé son sang plusieurs fois, et à laquelle il a juré fidélité et obéissance.

Voilà ce que vous êtes, Canadiens-Français qui m'écoutez ; et je ne vois PAS Ce que vous pourriez envier aux autres races.

Lors donc que vous rencontrerez un Anglais sur votre chemin, saluez-le ; car il est votre frère cadet dans la grande famille nationale. Serrez loyalement sa Main ; car il a comme vous de nobles aspirations, des vertus sociales solides et de brillantes qualités,

Mais s’il vous regard s’il jette sur Vous un regard de a tête et regardez-le bien en face.

je viens de vous dire. Di et qu’il a droit à l'exist titution du Canada.

Dites-lui que le Canada français est régi par des lois qui lui viennent de la France, et que la vieille France avaii reçues des plus illustres empereurs de Rome : Justinien, Constantin et Théodose,

Dites-lui que le Canada français parle la langue de Corn

Canada, que

-lacs gardent le souvenir

que l’histoire du Canada

out son lustre, que nous

u Canada et aux États.

‘aux bords du Mississipi

et jusqu'aux Mo et enfin, que si nous

disparaissions co le Canada perdrait son caractère le plus pittoresque et Je plus original.

Grâce à Dieu, il ne manque pas parmi les Anglais d’intelligences d'élite et de nobles cœurs qui comprennent parfaitement ces choses, parce qu'ils nous connaissent mieux et parce qu'ils ont étudié notr: histoire. Rien n'est plus agréable que de fraterniser avec eux.

Mais il en est qui nous méconnaissent, et qui méconnaissent en même temps les lois générales de l’ethnogénie qui se déduisent de l’histoire des peuples.

Ils s’imaginent qu'il est impossible de former une seule nation avec deux éléments qui ne sont pas entièrement homogènes. C’est une erreur, et pour s’en convaincre, il suffit d'étudier un instant les lois de l’histoire et celles de la nature.

Est-ce que la Belgique n’est pas une nation formée de deux races différentes parlant la langue française et la langue flamande ?

Est-ce que la Suisse n’est pas une union politique de trois groupes, français, allemand et italien, parlant trois langues différentes, appartenant les uns au catholicisme et les autres au protestantisme ?

Est-ce que l’Autriche-Hongrie n’est pas un dualisme national réunissant sous un même sceptre dix ou douze races différentes, parlant diverses langues et professant les croyances les plus variées ?

Et que d’autres je pourrais vous citer! Mais toute l’histoire atteste que la plupart des nations ont été formées d'éléments hétérogènes, comme leurs drapeaux sont formés de lambeaux de soie ou de laine de différentes couleurs, cousus ensemble.

La pierre et la brique ne sont pas homogènes, et toutes deux sont employées dans les constructions les plus monumentales et les plus soliies. Que faut-il pour les unir ? — Un peu de ciment, voilà tout.

Eh ! bien, le ciment ne doit pas manquer entre les deux races qui se partagent le Canada. Car il y a d'abord entre

elles un but commun d’ former dans le Nord de le protectorat plus ou m

Il ÿ a de plus entre les communs, et des croyan fondamentales. Car tous deux livres, et à la divinité de Jés nations.

ses mêmes de la Confédéra-

n danger.

t du développement harmo-.

est là : il faut d’une part, que espectée, et d’autre part que its et privilèges des minorités.

S pas descendre dans l’arène ez donc de ne pas faire l’applivénements qui agitent les es- Mais j'ai bien le droit de vous e fusion et d’assimilation for-

en nous le sentiment national, et tendraient plutôt à nous désaffectionner de l’allégeance britannique.

L'assimilation est, du reste, impossible ; et ceux qui en font le rêve n’ont évidemment pas lu notre histoire. Car notre passé leur aurait appris les insuccès de leurs devanciers, à des époques où nous comptions à peine quelques milliers d'individus, sans puissance, sans richesses, sans influence, disséminés sur des terres à peine défrichées. Non, Messieurs, la fusion n'est pas possible et elle n'est pas nécessaire. L'union seule est possible et nécessaire pour faire des deux races une grande nation.

wv:

Quel est maintenant le devoir des Canadiens-Français, et quelle attitude convient-il de prendre dans les circonstances difficiles que nous traversons ?

Est-ce une attitude d'agression et de“combat ?

— Non certes. Est-ce une attitude de chien couchant ? Non plus.

Il ne faut ni attaquer, ni menacer ; mais il ne faut plier l'échine qu'autant que l'exige un salut loyal. Il faut réclamer avec fermeté, mais avec patience, frapper aux portes et non les enfoncer, protester toujours et savoir attendre, sans ligue et sans autre devise que celle de la couronne britannique elle-même : « Dieu et mon Droit ».

C’est le seul motto qu’il convient d’opposer aux irritantes déclamations du fanatisme, parce que ce sont probablement les seuls mots français que les fanatiques comprennent. Et si les protestations et les réclamations persistantes de ceux qui souffrent étaient considérées par les persécuteurs corime des provocations, il faudrait répliqu:r par cette autre devise française qu'ils doivent comprendre puisqu'elle est inscrite sur les armes d'Angleterre : « Honni soit qui mal y pense »!

Il va sans dire que ce n’est pas aux hommes politiques que je m'adresse en ce moment. Eux seuls sont les juges

de l'attitude Que la situation et les circonstances leur permettent de prendre, et je n'ai pas la prétention de leur donner des conseils, moins encore de leur faire des leçons. C'est notre attitude j'ai

situation impose-t-elle à Chacun de nous ? — C’est de raviver, de développer, d’exalter dans tous les cœurs le sentiment patriotique et national.

Mais ici,

pprendre à vos enfants dès leur plus

tendre enfance à aimer leur race et leur Patrie. Parlez-leur

Souvent de leur nationalité, de ses origines, de ses grandeurs

et de ses gloires. Racontez-leur ses malheurs, ses luttes che-

valeresques, ses victoires et ses défaites, ses rêves d'avenir et les hautes destinées que la Providence lui réserve.

Dites-leur comment le petit peuple dont ils descendent

est né au bord du St-Laurent, et comment, nouveau Moïse, il y a été sauvé Par deux filles d’un Roi plus grand que tous les pharaons, l'Église, fille de Dieu, et la France, fille aînée de l'Église !

Dites-leur comment il a traversé la mer Rouge de la conquête, comment son corps ensanglanté laissé pour mort sur le dernier champ de bataille a été ramassé dans un drapeau blanc fleurdelisé, et placé dans un tombeau sur lequel la fière Albion écrivit : ci-gît la Nouvelle-France, 1763 !

Dites-leur que l’Angleterre plaça des gardes autour du sépulcre, et que ces gardes ne dormirent Pas puisque cette période de notre histoire est celle du despotisme militaire ; mais qu'un jour, en présence des gardes étonnés, la pierre du tombeau se leva, le mort ressuscita, et sortit du sépulcre revêtu de ses armures. I] avait entendu résonner le clairon des batailles, et il allait combattre !

Mais pour qui donc, grand Dieu ? — Ah Messieurs, les

siècles futurs refuseront de le croire : il allait combattre pour cette Angleterre qui le persécutait, mais à laquelle il avait juré fidélité.

Esclave de son serment, fidèle à l'honneur jusqu’à la mort, il a combattu deux iois pour l'Angleterre contre le peuple jeure et prospère qui iui présentait le drapeau étoilé, et qui lui promettait la liberté et l'indépendance !

Messieurs, les Anglais qui peuvent oublier ces deux dates — 1775 et 1812 — sont des ingrats qui, par bonheur, sont rares.

Un quart de siècle passa ; et les représentants d’Albion, se défiant de la loyauté du ressuscité, songèrent à lui tisser de nouveaux liens. Un jour, ils l’attachèrent au lion britannique avec une chaîne que l’on appela l'Union des deux Cana das — en se disant tout bas: «quand le lion aura faim, il mangera son compagnon de chaîne »!

Mais le lion britannique n'eut pas les insticts de fauve qu'on lui supposait ; et, après quelques années, il fraternisa avec sa victime.

Eh! bien, Mesdames et Messieurs, je soutiens que cette fraternité doit continuer, dans l'intérêt des Anglais comme dans le nôtre. Car si ceux qui excitent aujourd’hui le lion britannique réussissaient à prévaloir, et si le noble animal allongeait les griffes, voici ce qui arriverait : la victime pousserait des cris, et, en entendant ces cris, l'aigle Américain fondrait sur le Canada et le lion britannique serait mangé !

Ce serait, à mon avis, un grand malheur ; et nous devons nous conduire de telle façon que si jamais ce malheur arrive ce soit la faute des Anglais et non la nôtre (1).

(1) Quand ce discours fut prononcé l'agitation soulevée par la question des

Écoles au Manitoba était très vive. C’est ce qui en explique le ton, et les allusions à peine voilées.

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