‹ Conférences et discours [microforme]Chapitre 4 sur 13 · D APT · texte numérisé non relu

D APT

évêques, prêtres, religieux, ont été proscrits du coin de terre qu'ils avaient comblé de leurs bienfaits et agrandi de leurs œuvres.

Bien des fois, leur exil sur la terre étrangère a duré longtemps, et quand ils revenaient au pays de leurs pères, ils \4 !ouvaient le feu sacré à demi éteint sous la boue de l'impiété et de l’immoralité.

Mais la flamme de la charité embrasait toujours leurs âmes, et le rayonnement de cette flamme, se communiquant à la boue, y ranimait peu à peu le feu sacré.

C'est que les âmes vraiment apostoliques ressemblent à ces lentilles de verre qui font converger les rayons du soleil vers un centre avec une intensité telle qu’elle arrache, pour ainsi dire, au grand astre une étincelle du feu qui le consume, et brûlent les matières inflammables qui sont leur objectif.

De même, en traversant ces âmes, l'amour de Dieu se concentre, et devient un feu si ardent qu’il embrase celles qui les entourent, et fait tomber en poussière la fange qui les enveloppait.

Messieurs, quand notre Pays rouvrit ses portes aux fils de Loyola, ils n’y trouvérent pas le feu éteint ; car notre clergé national l'y a yait soigneusement entretenu. Mais des œuvres particulières qu’ils avaient fondées, il ne restait plus que des ruines.

L'arbre planté par eux au centre de la vieille cité de Champlain, à l'ombre de la vénérable cathédrale des évêques de Québec, avait été renversé par la tempête. Que dis-je ? Le tronc en avait été coupé, et la souche même en avait été arrachée.

Mais quelque racine vivace était sans doute restée dans le sous-sol. Elle avait échappé à la hache des démolisseurs, et elle se mit à croître lentement sous terre, traversant la ville, franchissant les remparts, cherchant la terre sacrée du champ de bataille que les héros français avaient arrosée de leur sang.

Et quand, après des années, le sang des martyrs eut rejoint le sang des héros, une sève nouvelle pénétra les fibres toujours vivaces de la vieille racine, et sous l'impulsion de cette force elle sortit de terre, et forma ce bel arbre à l'ombre duquel iront se reposer les âmes fatiguées, et qu’en souvenir de leur fondateur, les fils de Loyola ont appelé Manrèse.

Saluons ici, mesdames et messieurs, le jardinier modeste qui a si bien soigné cette belle plante nouvelle, et dont le nom seul, Désy, est tout un éloge. ;

Saluons également ce laïque généreux qui est resté célibataire parce qu'il devait épouser la charité, et qui sait ouvrir à la fois ses oreilles et sa bourse à l’appel des bonnes œuvres (1).

Messieurs, je ne sais si je me fais illusion; mais il me semble que depuis quelques années, nous nous ressouvenons mieux de nos pères, et que nous sommes résolus à perpétuer ce souvenir dans le bronze et dans la pierre.

C'est un mouvement patriotique qui ne fera que grandir, je l'espère. .

Champlain aura bientôt son monument qui promet d’être digne de l’œuvre qu’il a fondée (2).

Jacques Cartier a son mémorial en fer et en pierre. Frontenac a sa statue de bronze et son château.

Laval a son temple, la nouvelle chapelle du Séminaire, que je voudrais voir finir par quelque riche citoyen de Québec, et dans laquelle je voudrais voir ériger, en l’honneur du grand évêque, un tombeau de marbre et d'or.

Or, il est juste que les fils de Loyola aient aussi leur monument dans ce berceau de la colonie qu'ils ont fécondée de leurs sueurs et de leur sang.

Naguëre encore, les étrangers qui visitaient notre ville, nous demandaient souvent : Que sont donc devenus le collège des Jésuites et leur chapelle ? Et leur montrant quelques

(1) M. le chevalier G. Baillargé, maintenant décédé. (2) Ce monument a été érigé depuis.

mess

pierres éparpillées sur le sol, nous répondions tristement : Voilà tout ce qui reste de cette fondation des premiers âges de la Nouvelle-France.

Dorénavant nous pourrons leur montrer Manrèse, et nous considérerons comme un devoir de reconnaissance et de patriotisme d’embellir ce temple, et d'y faire revivre le souvenir de nos premiers martyrs, les Jogues, les de Brebeuf et les Lallemant,

notion Ein con

DISCOURS PRONONCÉ, AU COLLÈGE DE SAINT-BONIFACE, MANITOBA, DANS L'ÉTÉ DE 1896

MEsDAMESs, MESSIEURS,

ous connaissez probablement une romance touchante qui a obtenu en France et en Canada un grand succès populaire, dont le refrain répète avec attendrissement : ;

« C’est un oiseau qui vient de France ».

Comme poésie, cette romance n’a rien de remarquable ; mais elle exprime d’une façon pathétique le sentiment patriotique d’une famille exilée de France, qui chérit le souvenir de la patrie absente, et qui croit la revoir même dans les hirondelles voyageuses qui viennent du pays natal.

Mesdames et Messieurs, c’est à ce même sentiment que vous avez obéi, je présume, en venant m’entendre ce soir, et vous reconnaissez en moi une voix qui vient de votre pays natal, nommé jadis : la Nouvelle-France.

C'est mon meilleur titre à l’accueil chaleureux que vous venez de me faire, et votre sentiment a d’ailleurs en moi son écho. Pendant que vous pensez : c’est un frère que nous allons entendre, je me dis : c’est à des frères éloignés du foyer paternel que je vais parler.

Elle est douce à mon cœur la mutuelie sympathie que ce

double sentiment établit entre nous. Et je m’estime heureux d’avoir cette occasion de vous exprimer l'attachement profond que votre pays d'origine garde pour vous.

Oui, Mesdames et Messieurs, s’il est vrai de dire que vous conservez précieusement au fond de vos cœurs le souvenir de la terre natale, rappelez-vous que la Province de Québec a pour devise « Je me souviens ».

Et de qui donc se souvient-elle ? Sans doute, elle se souvient de la France, sa mère, qui lui a donné le jour à l’époque la plus glorieuse de son histoire. Elle se souvient de l’église catholique qui l’a protégée et défendue dans les jours sombres de l’adversité, et de l'éclipse nationale. Elle se souvient de ses enfants que les revers de fortune et les accidents de la vie ont entraînés dans la Fédération Américaine, et qu’elle voudrait bien repatrier. Mais elle se souvient surtout de Vous qui n’avez pas voulu sortir de ce beau Canada qui nous est si cher à tous, et qui travaillez généreusement à perpétuer au centre de notre immense territoire la race, la langue et les croyances religieuses de nos ancêtres.

N'en doutez pas, Mesdames et Messieurs, la province de Québec vous aime. Elle vous veut grands et prospères, et c'est avec ardeur et dévoñment qu’elle prend sa part de vos joies et de vos douleurs.

Elle est heureuse quand le télégraphe lui annonce que vos récoltes sont abondantes et que les blés encombrent vos greniers. Elle souffre quand vous Poussez vers elle des gémissements et des plaintes.

Mesdames et Messieurs, toute vie nationale a ses mauvais jours comme toute vie individuelle, Les races ont leurs temps d'épreuves comme |: familles, et comme l’Église, dont elles sont pour la plupac les filles. Bien souvent, les commencements de leur existence s’écoulent dans les catacombes, parce qu’on leur refuse leur place au soleil. Elles en

souffrent d'autant plus que les races ont besoin de lumière, comme les plantes, pour se développer et grandir. C'est une des lois les plus admirables de la nature que la lumière est la grande génératrice des êtres ; et c'est pourquoi la première parole de Dieu au premier jour de la Création, a été : « Que la lumière soit ».

Tous les éléments qui devaient composer l'univers étaient alors créés. Dieu les avait tirés du néant par un simple acte de sa volonté, Mais ils existaient à l’état de chaos, mêlés et confondus dans l’immensité d’une nébuleuse inerte et sans vie. Des milliards de germes y sommeillaient dans l'ombre attendant qu’un rayon divin les fécondât.

Tout à coup, le Créateur fit entendre au milieu des espaces infinis cette mystérieuse parole: « Que la lumière soit ». Et ce fluide merveilleux, dont la nature est encore un mystère pour la science, s’enflamma soudainement ; et sur la masse illimitée de la matière en travail l’on vit germer la fleur de Vie. La luinière se révéla comme une chaleur et comme une force, et sous son action toute-puissante, s’organisérent dans l’ordre et l'harmonie, au milieu de l’espace émerveillé, des milliards de mondes qui marchaient et vivaient.

Mais qu'ai-je besoin de vous démontrer la puissance de la lumière à vous, habitants du Manitoba et travailleurs du sol ? Vous savez cela mieux que moi, vous qui observez jour par jour le progrès de vos récoltes ; vous qui pourriez me dire peut-être combien il entre de rayons de soleil dans la formation d’un grain de blé.

Eh bien, Mesdames et Messieurs, la lumière est encore plus nécessaire à l’homme qu’à la plante ; et comme il est à la fois esprit et matière, il lui faut une double lumière : lumière matérielle pour son corps, et lumière spirituelle pour son esprit. Cette lumière spirituelle, il la trouve dans l'instruction. C'est pourquoi vous dites d’un homme très instruit qu'il est très éclairé.

Si donc on veut qu’une race soit éclairée, et grandisse 606 8

à la lumière, il faut qu’elle ait sa place au soleil de la science ; je dis sa place, c'est-à-dire Pas une place quelconque, mais celle qui convient à sa nature, à son caractère, à son langage, à ses croyances, {

Mais la lumière suffit-elle à la croissance des plantes ? — Non, il faut que vous preniez le soin de les arroser, ou que le ciel leur envoie ses pluies bienfaisantes. Eh ! bien, l'homme ne peut vivre non plus sans eau, et son âme a soif de vérité, non seulement de vérité naturelle, mais aussi de vérité sûrnaturelle, Elle a besoin de s’abreuver aux ondes sacrées de la religion ; et c'est pourquoi l'Église lui verse au cours de sa vie terrestre les eaux du Baptême et celles de la Pénitence,

L'eau, si nécessaire à l'alimentation du corps, est ainsi le symbole des besoins surnaturels de l’âme et elle représente tout spécialement l'éducation religieuse, complément nécessaire à l'instruction profane.

Quand le peuple d'Israël, en route pour la terre Promise, Poursuivait son voyage de quarante années à travers les déserts d'Arabie, c'était un homme de Dieu, Moïse, qui devait lui procurer les eaux vives nécessaires à son alimentation ; et quand les ruisseaux et les lacs faisaient défaut, l'homme de Dieu frappait les rochers et en faisait jaillir des sources d’eau pure. Or, un soir, les Hébreux campèrent aux bords d’un lac dont les eaux transparentes les invitaient à étancher leur soif ; mais quand ils en goutèrent, ils découvrirent qu'elles étaient amères, et ils s’en plaignirent à Moïse.

L'homme de Dieu Coupa alors une branche d’un certain arbre que la Bible ne nomme Pas, mais qui était peut-être un rejeton de l’arbre de vie que Dieu avait planté au milieu de l’Éden. Il jeta cette branche dans les eaux du lac, et elles devinrent immédiatement douces et agréables à boire.

Mesdames et Messieurs, nous avons tous à traverser un désert qui nous sépare de la véritable terre Promise, et

c'est la mission spéciale des hommes de Dieu de veiller à ce que nos intelligences assoiflées du vrai savoir n'aillent pas se désaltérer à des sources impures.

Naguère encore, catholiques du Manitoba, vous étiez campés auprès d'une fontaine peu abondante mais limpide, où vos enfants pouvaient boire sans danger pour leur foi. Mais des compatriotes mal inspirés ont commis l'erreur de jeter dans cette fontaine des plantes amères.

Quel Moïse viendra maintenant corriger cette amertume et redonner à votre fontaine ses ondes douces et salutaires 7 Je l'ignore, et je suis prêt à reconnaître que les Moïse sont rares dans le monde politique ; mais il ne faut pas désespérer. Ayons confiance et attendons le jour où justice sera faite, et où les ondes amères redeviendront douces (1).

Élargissons maintenant la question, et demandons-nous

s’il est bien nécessaire de faire une place à Dieu dans l’éducation de l’homme.

Vous le savez, Mesdames et Messieurs, il ne manque pas aujourd’hui de savants qui enseignent les doctrines matérialistes, et qui ont réussi à faire beaucoup d’adeptes. Ils ont chassé Dieu de l’enseignement officiel, et ils ont inauguré en France «l’école sans Dieu ».

Heureusement pour notre ancienne mère-patrie l’enseignement libre est resté religieux à côté de celui de l'État ; mais il n’a pu remédier complètement au mal que déplorent aujourd’hui tous les esprits sans préjugés.

L'école sans Dieu a produit une génération de névrosés, d’anarchistes, de dynamitards, et de décadents, qui est loin de faire honneur à la France.

Non seulement les catholiques en sont affligés ; mais les

() N. BB. — Les espérances que j'avais alors n’ont été qu’en partie réalisées,

et les catholiques de Winnipeg cherchent encore en vain dans l’arène politique l’homme ou le parti qui pourra leur rendre justice complète.

indifférents en matière de religion en sont sérieusement alarmés pour peu qu'ils aiment leur pays et la vérité,

C'est à ce point que chaque jour on entend un‘homme d'État, un philosophe, un écrivain s'écrier : Avouons-le, notre science tant vantée est en pleine faillite. Notre Société est bien malade et il va falloir revenir à la religion.

C’est ainsi que parlait tout récemment Monsieur Brunetière, dans la Revue des deux Mondes. C'est ainsi que Monsieur Jules Simon, qui a été si longtemps un ennemi du christianisme, a fini par confesser qu'il faut en revenir à Dieu.

C'est à ce point enfin qu'il s’est formé en France toute une école qu’on appelle les Pessimistes, et qui renferme les plus beaux talents et les plus brillants esprits.

Cette école ne croit pas. Elle ne peut plus croire ; mais elle s’en aflige et ele en souffre si cruellement qu'elle voit tout en noir, qu’elle a perdu l'espérance, et qu’elle demande avec larmes qu’on lui rende les croyances d'autrefois.

Il en résulte une véritable réaction spiritualiste et religieuse qui met en échec les progrès du matérialisme.

D'où viennent ces tendances nouvelles ? Elles viennent, Mesdames et Messieurs, de ces besoins surnaturels de l’âme que je vous signalais il y a un instant, et que les doctrines matérialistes ne peuvent Pas satisfaire. Elles viennent de la conscience humaine qui finit toujours par surnager sur l'océan des utopies et des rêves.

Car l’homme a beau faire, il ne peut réussir à momifier son âme ; et il a beau s'approprier toutes les conquêtes de la science, il finit toujours Par crier aux savants avec Alfred de Musset :

« Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air »,

C’est une chose remarquable que ni la poésie, ni l'art, n'ont jamais été matérialistes. Le matérialisme, en effet, coupe les ailes à l'imagination, et supprime violemment l'idéal.

Comment voulez-vous que l’on croie encore à l'idéal quand on est convaincu que l’homme n’est qu'un assemblage d’atomes que le hasard, ou certaine sélection naturelle a groupés et organisés, et qu’un autre hasard désorganisera et jettera dans le néant? Pourquoi voulez-vous que l’homme lève les regards vers les cieux, s’il n’a rien qui le distingue des bêtes courbées vers la terre ?

Non seulement, le matérialisme dessèche le cœur, éteint l'imagination, ruine l'idéal ; mais il anéantit la vertu, et il détruit la morale.

Il fait de l'existence humaine une énigme impossible à résoudre, un rêve douloureux et sombre. Car si Dieu n'existe pas, qui donc vengera la justice si souvent outragée dans cette vie ?

Et toute cette Création dont nous ne pouvons trop admirer les merveilles, «ui nous donnera la clef de ses mystères si l’on supprime Dieu

Ah ! si, au-delà de toutes les choses visibles et invisibles, au sommet de toutes les grandeurs mystérieuses que la Création nous révèle, au centre de tous les mondes en mouvement, vous placez la personne auguste d’un Dieu ; si, dans cet amoncellement illimité de matières en travail, vous mettez l'Esprit infini, c'est comme si vous allumiez un soleil au milieu de la nuit.

Mais si vous niez Dieu ou si vous l’ignorez, dans quel abîme insondable d'ombre vous plonzez l'humanité ! Quelle chute sans fin dans une nuit sans astres !

La Création n’est plus alors qu’un infini ténébreux qui n’a pas une lueur : et l’homme n’est qu’un atome obscur emporté vers le néant, dans un noir tourbillon. ;

Sa vie ne signifie plus rien. Elle n’a plus de raison d’être, et dans la fourmillère des organismes vivants la parole humaine est un cri qui n’a pas plus de sens que celui de l’aigle dans la nue, ou celui du hibou dans la nuit.

Moïse, Homère, Platon, Eschyle, Démosthène, Cicéron,

saint Thomas d'Aquin, Dante, Shakespeare, Pascai, Bossuet ne sont plus que des voix harmonieuses qui ont parlé pour ne rien dire, et dont les accents n’ont pas plus d'importance en vérité que les aboiements de l’animal sans raison.

Car toute parole humaine est alors vide de sens, et tout œil est aveugle, et toute oreille est fermée. Il n’y a plus de fous ni de sages, plus de bons ni de méchants, plus de vertus ni de vices.

Il n’y a ni bien ni mal. Caïn est aussi innocent qu’Abel.

Néron est égal à saint Pierre.

Judas semblable à Jésus.

Un positiviste, plus sincère et plus logique que les autres, l'a déclaré: «Les vertus et les crimes ne sont .plus alors que des produits chimiques ». Et dans l’innombrable multitude des atomes que le tourbillon emporte à travers l'infini, l’homme n’est pas même un chiffre, un numéro.

La vie, la mort ; mots vides de sens. Les êtres, des formes sans nom, des apparences. Le droit, la justice, la vérité, la liberté : des mots, rien que des mots.

Le héros et le traître, le martyr et le bourreau, des monades qu’un hasard a fait rencontrer.

; L'amour, rien. La conscience, une illusion. L’autre vie, un rêve d’enfant.

Mais comment donc pourrait-on expliquer cette vie, s’il n'y en avait pas une autre ?

Victor Hugo, qui fut un trop grand poète pour devenir matérialiste, a dit un jour: «le lieu qu'on a le plus besoin d’aimer sur terre et de sentir vivant, c’est le tombeau ».

Voulez-vous bien comprendre toute la vérité de cette parole ? Écoutez les accents de ceux qui vont accompagner jusqu’au cimetière un être qui leur est cher: Au revoir! A bientôt ! Attends-moi, dans peu de jours j'irai te rejoindre.

Voilà les cris que pousse alors l'amour. Est-ce que ces sentiments de la nature sont des mensonges ? Est-ce à la mort, ou à la vie, que l’on parle ainsi ?

L'être aimé qu’on veut rejoindre, est-ce ce corps qui tombe en pourriture et qui ne sera bientôt plus qu’un peu de poussière ?

Non, certes, c’est à l’âme que ces salutations pleines d'espoir s'adressent, et bien loin de tomber sans écho dans la fosse où le mort est descendu, elles s'élèvent vers les demeures inconnues où l’âme e’est envolée.

Osez dire à l’amour en deuil qu'il a tort, et que sa foi n’est qu'une illusion.

Ah! vous ne le direz pas, vous êtes croyants ; mais ceux qui ne veulent pas de Dieu, sont bien forcés d’en venir aux conséquences extrêmes que j'ai tirées de leur incrédulité; et vous comprenez dès lors combien leurs doctrines sont désastreuses. ‘

Vous comprenez dans quelles ruines et quelles ténèbres l'enseignement sans Dieu plongerait les peuples.

La conclusion qui s'impose c’est que l’enseignement religieux est indispensable dans l'intérêt de l'humanité toute entière.

Allons plus loin. — Considérons la question au point de vue individuel, et demandons-nous d’où peut venir à l'individu cet enseignement religieux nécessaire.

Dans le siècle où nous vivons plus qu’à aucune autre époque, l'homme fait de grands efforts pour se débarrasser de ce qu'il appelle «l’Au-delà ». Mais c'est en vain : il arrive toujours une époque dans son existence où l'étude de ce mystérieux inconnu devient pour lui un tourment.

Plus il en détourne sa pensée plus elle y revient ; et ce qu'il demande avant tout à la science moderne, c'est de lui démontrer qu'il n’y a pas d’autre vie.

Certes, la science moderne fait de son mieux pour arriver à cette démonstration ; mais pour peu qu'elle soit de bonne foi, elle est bien forcée d’avouer de temps en temps qu’elle n’en sait rien.

Et le tourment subsiste. Il grandit à mesure que les années s'accumulent et que le terme de la vie approche.

Que ses espérances soient comblées ou qu’elles soient déçues, qu'il se dégoûte de l'existence ou qu'il s’y cramponne, l'homme voit inévitablement approcher le jour fatal du dernier départ pour le dernier voyage.

Tout lui dit que ce monde est un lieu d’exil, et que cette vie n’est qu’un commencement.

Mais où donc est la Patrie, si la terre est un exil? Et quel est ce voyage qui commence à la tombe, et dont le terme est enveloppé d’insondables mystères ?

C’est la grande question, non pas du jour mais de tous les jours et de tous les âges. C’est la question qui absorbe toutes les autres, qui intéresse tous les hommes et qui est pour eux tous le grand mystère, s'ils n’ont pas recours à l’enseignement religieux pour le résoudre.

Car ceux qui sortent de ce monde n’y reviennent jamais pour nous apprendre ce qu’il y a par delà le tombeau ; et l'esprit humain a beau se vanter de ses conquêtes ; il n’a jamais pu arracher son secret à la mort. Il y a là des ténèbres que ses yeux et ses instruments d'optique sont impuissants à pénétrer.

Quand vous allez à la gare du chemin de fer accompagner un ami qui part pour l’Europe, vous lui dites adieu sans grande émotion, tout en songeant qu’une immense distance vous séparera bientôt.

Car s’il disparaît à vos yeux, il n’en est pas moins vivant, et vous pouvez l'accompagner par la »cnsée, pendant les jours qui suivent. Vous pouvez même indiquer sur votre carte avec plus ou moins de précisicn l'endroit où il se trouve.

Mais au jour du grand départ pour «l'au-delà », il n’en est plus de même. Vous ne le reverrez jamais celui auquel auquel vous dites «adieu». L'océan qu'il va franchir est totalement inconnu aux géographes. Jamais âme qui vive

n’a pu en dessiner la carte; et des millions d'hommes qui l'ont traversé, aucun n’est jamais revenu nous raconter ses aventures.

« Pourtant, que d'appels fous, longs et désespérés,

» Nous poussons jour et nuit vers tous nos enterrés ! » Quels flots de questions coulent avec nos larmes !

» Mais toujours à travers ses plaintes, ses remords,

» Ses r-ières, ses deuils, ses pleurs, et ses alarmes,

» L'hcmme attend vainement la réponse des morts ».

Interrogez les savants qui prétendent tout savoir, et demandez-leur ce que devient l’homme après sa mort. Tous les vrais savants, ceux qui ont le respect de la vérité et le souci de leur réputation, vous répondront: « Nous” n'en savons rien ».

Ils l'ont pourtant bien étudiée cette nature humaine à laquelle ils appartiennent. Ils l'ont bien des fois disséqué,

analysé, dissout ce corps matériel a vivait hier, et qui est mort tout à coup.

Pendant qu'il vivait, ils en one compté les pulsations et les souffles, les nerfs et les muscles, les cellules et les atomes ; et maintenant qu'il est mort, ils en ont défait pièce à pièce toute l’admirable mécanique, espérant toujours y découvrir le principe qui le faisait vivre, le verbe qui le faisait parler, l'esprit qui pensait en lui.

Vains efforts. La matière transformée, volatilisée, débris, atôme, gaz, est restée muette. Ni le scalpel, ni la cornue n’ont pu lui arracher son secret, et le livre de vie est resté scellé.

Sans doute, les savants pourront vous décrire le travail de décomposition du corps. Ils vous diront que les éléments qui le composent entrent en fermentation, se dissolvent et se volatilisent selon les lois chimiques. Ils vous diront que les gaz, les acides et les sels qui s’en dégagent rentrent dans le tourbillon vital, et vont former d’autres corps, bruts ou organisés.

Mais l'âme, que devient-elle ? Aucun d'eux ne pourra vous le dire,

Et pourquoi la science est-elle impuissante à résoudre ce grand problème ? Parce que la science humaine ne connaît que la nature, et que ce problên.e est en dehors et au-dessus de la nature.

N'y a-t-il donc absolument personne qui puisse nous apprendre les mystères de « l'au-delà » ? N'y a-t-il vraiment aucun Christophe Colomb qui ait traversé l'immensurable océan, qui sépare la terre du ciel, et qui en soit revenu pour nous apprendre la route ?

Oui, Mesdames et Messieurs, ce Colomb a existé. Il est un homme qui est descendu du ciel en terre, qui a vécu parmi les hommes, qui a traversé la nuit du tombeau, qui en est sorti vivant, et qui est remonté au tiel après nous avoir enseigné par quel chemin nous pouvons le suivre.

Mais cet homme était Dieu, et c'est de lui que nous est venue la science de « l'au-delà », qu'un Dieu seul pouvait enseigner à l'humanité.

Non seulement, il s'est fait personnellement le professeur du genre humain, mais il s’est choisi des successeurs, et il a fondé une chaire qui transmettra ses enseignements à la terre, pendant les siècles des siècles.

C’est là qu’il faut aller chercher cet enseignement religieux sans lequel l’homme ne peut rien connaître de ses immortelles destinées.

Toutes les autres chaires, si savantes et si brillantes que vous puissiez les supposer, ne peuvent suppléer à celle-là, et ne pourront jamais lui être comparées, ni en gloire, ni en durée.

Il y a, Mesdames et Messieurs, parmi les grands bois de la Chine un arbre gigantesque qu’on appelle « l’arbre de l’'Empereur », et dont le principal caractère est de s'élever toujours au-dessus des hautes futaies qui l'entourent. Et quand il les domine, son feuillage prend la forme d’une couronne

pour affirmer son empire, et pour les abriter en même temps de son ombre.

L'enseignement de Jésus-Christ ressemble à cet arbre impérial, Vainement les autres chaires dressent à ses côtés leurs têtes orgueilleuses et s'efforcent de le jeter dans l'ombre, il poursuit sans cesse sa croissance merveilleuse et dominatrice ; il s'élève, il s’illumine, il grandit avec les siècles, et toujours sa cime victorieuse transformée en couronne répand autour de lui son influence bienfaisante.

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