LE CHEVALIER ERRANT
a Bien qu'il ait vécu, bien qu'il soit mort parmi nous, son nom pourrait figurer parmi les noms des chevaliers dont les exploits remplissent les vieilles chroniques,
« Encore enfant, il rencontra la Pauvreté, et combat- . tit longuement, gagnant plus de force à chaque effort, jusqu'à ce qu'il eût éprouvé la puissance de son bras.
« C'est alors qu'il offrit son cœur et sa vie à sa rayonnante maîtresse, la Vérité. Jamais une pensée, un rêve, une chute, n'ont faussé le serment de ses jeunes années.
« Il se leva pour la défendre, pour proclamer son prix
saDS égal, défiant tout ennemi douteur qui eût voulu ternir son nom immaculé.
<c La première, sur son chemin, se dressa V Ignorance, puissante, brutale, hideuse. La bataille fut longue et les coups furent terribles; enfin le monstre s'enfuit.
« Alors, dispos et sans peur, il osa braver le Préjugé; il chassa et fit reculer en arrière jusqu'à sa noire caverne le honteux reptile.
«Suivi par ses courtisans serviles, VUsage ^ \ieuK géant, se leva, et lui aussi, à la fin, il fut terrassé par les coups puissants du bon chevalier.
« Alors il se tourna, enhardi par la victoire, et, frappant sur le bouclier de bronze de la grande souveraine de ce monde, V Opinion, il osa lui porter défi.
a Encore une fois il triompha, et, quoique blessé dans la lutte, il vit — et il sourit de joie en tombant vainqueur — il vit la Vérité en possession de ses droits.
« A son oreille mourante parvint Técho du bruit qui se faisait autour de son trône. Peu lui importait que l'avenir unit son nom au nom de la Vérité !
« Épuisé par tant de combats terribles, il sentit sa vie se tarir lentement, et la foule qui, autour d'elle, se pressait pour la complimenter, marcha sur lui, tombé à terre.
« Rassemblant toutes ses forces, il la vit couronnée et régnant enfin dans tout son éclat; une dernière fois, il
contempla sa beauté, leva les yeux vers Dieu, et mourut. »
N'est-cç point là le portrait de Burke, d'O'Connell, de Wilbcrforce, de Howard? N'est-ce point aussi le portrait de lout honnête homme, usant de son droit et faisant obscurément son devoir, dans le coin du dernier hameau?
VIIî
En souhaitant à mon pays des caractères dignes de cet éloge, en demandant, afin qu'ils se forment plus aisément, la mâle école d'une vie publique plus libre, je veux encore répéter que, si les Français avaient autant de liberté que les Anglais, ils ont reçu de la nature, à mon avis, tout ce qu'il faut pour en user mieux que les Anglais, dussent-ils passer encore par les épreuves d*un rude apprentissage.
Ainsi donc, le mariage de quelques-unes des institutions anglaises avec quelques-unes des dispositions françaises, voilà mon idéal !
C'est là, je le suppose, ce que l'auteur des Souvemrs (Tun exilé di voulu exprimer par un emblème, en mariant son exilé français avec miss Mary Mason ; c'est Thymen de notre fraternité avec leur liberté.
Stl en est ainsi, je retire ma critique, et je loue sans réserve ce charmant livre sur la Vie de village en Angleterre, qui m'a aidé à mener la vie de village en France, en m'ofTrantune lecture attachante, un parallèle instructif, une occasion salutaire de rêver, de réfléchir, de comparer, d'espérer et d'agir, en pensant à mon pays.