‹ Conférences et lecturesChapitre 2 sur 14 · TUÉ AU PASSAGE DU GUÉ · texte numérisé non relu

TUÉ AU PASSAGE DU GUÉ

« Il est mort, le beau jeune homme, cœur d'honneur, langue de vérité, notre vie et notre lumière à tous, dont la voix résonnait comme le cor du pâtre, que tous les yeux suivaient, le jeune homme dont le sourire et les paroles charmantes chassaient les murmures et les déplaisirs.

« C'est seulement la nuit dernière. Nous suivions à

cheval dans les ténèbres le sentier de la gorge des montagnes pour aller visiter la sentinelle du gué ; un peu méfiant de quelque aventure, il fredonnait la vieille chanson : ff II portait deux roses rouges à son bonnet et une autre a au bout de son sabre. »

c< Soudaine et vive, une balle siffla, partie du bois, et la voix s'arrêta ; dans les ténèbres, j'entendis tomber ; mon sang se glaça; je ne pus que parler bas, comme dans la chambre d'un mort ; à ma parole, il ne répondit rien

a Nous l'avons remis sur sa selle ; nous l'avons rapporté, à travers le brouillard, la boue, la pluie, au camp silencieux ; nous l'avons couché, comme s'il dormait, dans son lit, et à la lueur de la lampe du chirurgien, je vis deux roses blanches sur ses joues, et une autre, rouge de sang, juste à Tendroit du cœur.

a Et je vis dans une vision combien loin et combien vite cette balle funeste allait porter jusqu'à une ville éloignée du Nord, jusqu'à une maison éclairée par le soleil, jusqu'à on cœur qui cessa de battre sans uii murmure, sans un cri..., et puis une cloche tinta dans cette ville lointaine pour une âmé qui venait de passer de la croix à la couronne, pendant que les voisins s'étonnaient de sa mort. »

Si vous craignez, Messieurs, de vous laisser attendrir

n CONFÉRENCES AMÉRICAIKES.

par les larmes des poètes , consultez les calculs froids et impassibles des statisticiens. Ils vous apprennent que, de 1 856 à 1 866, en dix ans, depuis la guerre de Crimée jusqu'à la guerre d^ Allemagne, les peuples chrétiens oot dépensé quarante-cinq milliards de richesses péniblement acquises et sacrifié dix-huit cent mille vies * I La France compte pour cent yingt mille et les Étals-Unis pour huit cent mille dans cette immolation de jeunes hommes, choisis parmi les plus beaux, les plus braves, les plus intelligents des enfants de la terre. Voilà ce qui a été répandu de sang et d'argent, en plein dix-neuvième siècle, depuis Sébastopol jusqu'à Sadov^a. Puissent ces morts et ces ruines répandre et faire enfin dominer parmi nous Thorreur de la guerre !

Plus qu'aucune nation, les États-Unis d'Amérique auront connu toutes les grandeurs, mais aussi toutes les abominations de la guerre, et cela est dû aux conditions mêmes qui font de ce grand peuple un objet continuel d'admiration et d'inquiétude. Tous ses mouvements ressemblent aux convulsions d'une puissante anarchie plutôt qu'à la marche d'une société régulière, et la nation française, placée sur la pente inévitable des institutions démocratiques, se dit souvent, en contemplant les Étals-

* Voy, les admirables travaux du docteur Chenu sur la mortalité dans Varmée, iSlO, Hachetlo.

LE GÉNÉRAL ULYSSE GRANT. . î 3

Unis avec un mélange de sympathies et d'alarmes : « Voilà ce que je serai demain ! »

Convenons hautement que le triomphe du Nbrd et la rapidité de la reconslruction de l'Union tout entière méritent de donner l'avantage aux sympathies sur les alarmes. Sanâ juger ici les États-Unis, laissons-nous aller sans regret à tous les souvenirs qui entrelacent si intimement leur histoire à l'histoire de la France. Il y a bien longtemps que le nom de Tillustre Marie de France, la reine d'Angleterre célébrée par Bossuet, devenait le nom du Maryland, et que la Louisiane recevait le nom de Louis XIV. Mais surtout, à des jours plus rapprochés, nous avons été les parrains des États-Unis au premier baptême de leur glorieuse indépendance. Au-dessous de chacune des étoiles dont le drapeau de FUnion est parsemé on pourrait écrire un nom français : La Fayette, Rochambeau, Ségur, Broglic, Noailles, Chastellux. La gloire de ce peuple fait ainsi à jamais partie de notre gloire, et c'est pourquoi nous aimons à saluer de loin, comme s'il était 1 un des nôtres, le général Ulysse Grant, ce héros des combats, ce président pacifique, cet ancien ouvrier, passé de son atelier aux camps, et des caiDps à la maison du gouvernement, qui probablement, à l'heure où je parle, fume silencieusement son cigare avec quelques officiers, ne se doutant pas que quelques Français célèbrent ensemble

ses destinées étonnanles et le félicitent de s'être élevé au plus grand honneur que puisse atteindre un homme icibas, à la plus grande joie qu'un homme puisse goûter, l'honneur et la joie d'avoir sauvé l'indépendance *de son pays par la guerre, et de le gouverner librement dans la paix.

Messieurs, et Mesdames ,

La Société générale d'éducation et d'enseignement, très-récemment et très-heureusement fondée, a établi une série régulière de cours instructifs et variés, qui sont Tobjet d un remarquable empressement; elle a voulu, en outre, mêler à ces cours des conférences, des entreliens, des lectures^ comme on les appelle en Angleterre, sur des sujets littéraires. La Société m'a fait Thonneur de me choisir pour inaugurer ces conférences.

Je crois qu'elle a mal fait pour moi , très-bien fait pour vous.

Oui, elle a bien fait en s'efforçant de multiplier les occasions d'élever, d'exciter, de tourner les esprits vers les beautés radieuses et délicates de la littérature, de les

arracher ainsi aux préoccupations monotones de la destinée quotidienne, aux bruits assourdissants de la vie des grandes villes. Les villes ont le défaut de nous cacher les mondes, le monde charmant de la nature, le monde invisible des idées, le monde céleste des croyances. Nous sommes envahis par le tapage de la rue, environnés de murailles uniformes, étourdis par les mille voix de Tindustrio ou de la politique, noyés dans une immense multitude indifférente et agitée. Nous vivons comme dans un port où les navires se pressent les uns contre les autres, où les mais s'entre-choquent et s'entrelacent, où les pavillons, les costumes, les langages sont différents et inconnus. Quel plaisir d'échapper à ce bruit, de monter plus haut, de s'élancer vers les régions lumineuses, et, comme dit le poète :

: Vers les régions pures,

Bien loin dé nos douleurs, bien loin de nos murmures I

Ce plaisir, nous le trouvons dans l'étude de Târt on de la littérature. Je remercie la Société cl enseignement de nous convier à en jouir plus souvent. Elle n'abat pas nos murailles, mais elle y ouvre des fenêtres, et si elles ne sont pas bien larges, du moins, comme celles des prison*-, elles sont ouvertes du côté de l'azur et du côté du ciel. Tournons, Messieurs, nos regards vers ces régions,

HENRY LOKGFELLOW. , 97

prenons notre essor un instant dans les champs élyséens de la poésie t

Mais quelle mauvaise idée ont eue les membres de votre Société d'aller chercher, pour guider vos premiers pas dans ce voyage, un homme plus plongé que tout autre dans la vie de la politique et des affaires? Cette attention trop inexplicable m'oblige à un effort dangei['eux. Je le tenterai pourtant. J'ai même voulu augmenter les difficultés, c'est bien téméraire, j'ai voulu augmenter les difficultés en choisissant un sujet littéraire très-ingrat : je veux vous entretenir de la poésie chez les Américains,

Parler de poésie au milieu des préoccupations extérieures, parler de poésie sans être poète, transporter les vers en prose, l'anglais en français, l'Amérique en Europe, c'est élever quatre ou cinq obstacles à la fois et s'exposer à quatre Ou cinq chutes au moment de les franchir. Toutes les fois que l'on prononce ce nom charmant, poésie ^ poëme^ il semble que l'imagination se porte d'elle-même au-devant d'une personne vivante, et, pour employer le vieux langagc,^au-devant d'une muse. Oui, l'imagination enfante aussitôt l'image charmante d'une créature douée de vie et de grâce, elle entend une voix musicale, souple cl cadencée, qui' se plie à toutes les délicatesses de la pensée; elle cherche la Hamme des yeux, de celte partie si parfaite de la matière qu'on ne sait si vraiment elle

est de la matière ou si elle s*allume à Tesprit intérieur, si elle se coloré des clartés de Fâme elle-même. On s'attend à respirer cette vapeur chaude et colorée que la vie répand autour d'elle.. . et, à la place de cette vision que le nom seul de poésie évoque à Tinstant, je n'ai pas même à vous présenter, dans une froide analyse , une peinture, un marbre, des couleurs, des lignes, mais un simple crayon presque effacé, et la plate description eo paroles banales de Timage que votre esprit appelle et que je ne lui offre pas. Quelle déception !

Messieurs, ces premières difficultés de mon sujet ne sont rien. J'affronte une difficulté bien plus grave ; je viens vous présenter comme très-beau le portrait d'une personne qui passe généralement pour très-laide. Vous devez trouver cette hardiesse impardonnable ; vous m'accorderez tout ce que je voudrai sur la nation américaine, excepté qu'elle soit poétique* Je me brise contre un préjugé puissant fondé sur des motifs trop réels. J'ai Tair de soutenir une gageure, de tenter un jeu d'esprit et de vous annoncer Apollon pour ne vous pré^ scnter que Vukain !

Ayez quelque indulgence, et j'espère vous démontrer qlie la poésie , partout présente ici-bas pour qui veut la chercher^ n'est pas bannie de l'Amérique.

Quoi de plus poétique, reconnaissez-le d'abord, que rhistoire de T Amérique?

Nous sommes très-fiers, nous autres Français, de notre histoire nationale, et nous en avons le droit, surtout après avoir lu le grand et beau livre sur les épopées nationales, dont j'aperçois avec reconnaissance dans mon auditoire l'éloquent auteur, M. Léon Gautier.

Est-ce que Thistoire et les origines de l'Amérique ne sont pas poétiques^ dignes d'un Dante ou d'un Milton? Qu'y a-t-il de plus poétique que les aventures du grand, du saint Christophe Colomb? On a dit que V Imitation est le plus beau livre sorti de la main de Thomme, puisque l'Evangile n'en vient pas. Est-ce que la découverte de l'Amérique ne peut pas être nommée de même le plus bel événement de l'histoire des hommes, puisque la venue du Messie n'est pas un événement humain? Figurez-vous quel effet immense produirait aujourd'hui la nouvelle qu'un navire monté par un hardi navigateur a découvert un grand continent, peuplé par des êtres qui sont nos frères, couvert par une magnifique végétation, baigné par des fleuves majestueux ! Il n'y a rien de plus beau que cette histoire, rien de plus poétique, rien de plus merveilleux. La Genèse nous montre le premier homme, à son réveil, ravi de trouver à ses côtés une compagne pour partager sa destinée. Il y a quelque chose do cette déli-

cieuse surprise dans celte découverte, dans ce réveil du vieux monde s'apercevant, un matin, qu*il lui a été donné une sœur pour partager désormais sa destinée!

Je ne vous présente pas comme poétique Thistoire des premières colonisations de TAmérique. Sans doute, il s'y trouve de magnifiques tablçaux et des scènes bien dramatiques, mais trop de combats sanglants et de violences abominables déshonorent la conquête de Pizarre, de Certes et des autres aventuriers espagnols. Si je cherchais la poésie au milieu de ces conquêtes, je la trouverais du côté des vaincus, dans les larmes des Indiens, de ces pauvres opprimés, si indignement traités. La poésie n'est jamais du côté de la force; elle est on se trouvent la faiblesse, Tinnocence et la pitié, elle est réservée aux vaincus.

Mais continuons.

N'y a-t-il pas une autre époque poétique? Suivez d'abord es colons français qui arrivent pour s'emparer des bouches du Mississipi. Puis voyez, en 1620, ce navire au nom gracieux , la Fleur'de-Maij qui aborde au rocher de Plymouth; suivez cette petite poignée de puritains qui fuit la persécution et va chercher une patrie nouvelle pour y porter la religion et- la liberté. Quelle poésie dans ce pèlerinage, dans ce contre-coup involontairede la persécution qui fonde au loin la liberté, dans cette rencontre

HENRY LONGFELLOW. iOl

sur une terre lointaine de ces frères séparés, catholiques et protestants, qui, après bien des démêlés, finiront par s'accorder dans ce respect mutuel qui termine les querelles et commence la réconciliation !

Voici venir une autre date encore bien plus poétique, c'est cette date dont le centième anniversaire sonnera bientôt, c'est le grand anniversaire du jour célèbre où une poignée de jeunes gens français, les la Fayette, les Broglie, les Chastellux, les Ségur et tant d'autres, sont partis, quittant la cour et la vie brillante pour aller semer de noms français le territoire du nouveau monde affranchi par leur secours enthousiaste. Messieurs, l'avenir ne séparera pas ces deux dates, 1787 et 1789, Tune rendue si célèbre en Amérique par le vote de la Constitution, et rautrcen France par la proclamation de la liberté et de l'égalité. L'avenir trouvera réunis autour de ces deux dates des noms français. Les grands citoyens qui abandonnaient leurs privilèges à la nuit du 4 août, les vaillants jeunes gens qui entouraient Washington dans la campagne de 1781, ont cessé de vivre depuis longtemps. Mais quand sonneront les heures anniversaires de ces heures mémorables, leurs'cendre^ tressailleront, vous saluerez leurs mémoires, Messieurs, vous honorerez leurs descendants, et, puisque nous parlons de poésie, vous trouverez le plus beau sujet d'épopée dans l'expé-

loi CONFÉRENCES AHËRICAINGS.

dition des Français allant planter au nouveau inonde oc drapeau de la liberté que l'ancien monde ne lient pas encore bien fermement dans ses mains. Le héros du poème, l'un des héros de l'histoire, depuis qu'il y a une histoire , ce sera ce Georges Washington , ardent sans emportement, opiniâtre dans l'infortune, modeste dans la victoire, vainqueur des Anglais et vainqueur de luimême, plus rayonnant encore de vertu que de gloire, seul triomphateur qui n'ait pas abusé de son triomphe, fondateur de la liberté, père de la patrie.

Nous n'avons pas vu Washington, mais nous avons été,

Messieurs, les contemporains d'un autre Américain, d'un

autre héros vraiment bien poétique à son tour. Que de

poésie dans la vie de ce bûcheron, de ce batelier^ Ahraham

Lincoln, ouvrier, puis avocat, homme de droit privé, piiis

homme de droit public, qui, après avoir représenté sa

petite ville, représente ensuite son pays, s'élève de degré

en degré, au milieu d'une tourmente épouvantable, jus>

qu'à la première place et la plus périlleuse! Cet honnête

homme est chargé de conduire les finances, l'administra-

l'armée, la marine, sans toucher à la

a la liberté, pendant les bonlevcrso-

e civile gigantesque. Après quatre

t triomphe, l'union de la patrie est

ouvrier, devenu président, peut, en

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trempant sa plume dans une goutte d'encre, en écrivant les deux syllabes de son nom , mettre en liberté quatre millions d*esclaves. Une mort violente termine par un dénoûment pathétique cette existence extraordinaire. Par un de ces mystères de Thistoire qui rappelle le nom d'Henri lY, le nom de Rossi^ le nom de Mgr Affre, Lincoln succombe au moment même où sa vie est le plus nécessaire. Le bras d'un assassin fait tomber sur sa tête à la fois la mort et l'immortalité. Mais accablée, humiliée, déshonorée par ce crime, la cause qu'il a combattue succombe avec lui, l'union se refait, la patrie se relève, et le libérateur des esclaves va prendre place auprès de Washington, avec la couronne du martyre, dans les annales si courtes et déjà si glorieuses de sa nation régénérée.

Ah I ne dites plus que la poésie manque à l'histoire de cette nation. Le pays qui porte les noms de Colomb, de Washington, de Lincoln, mérite, je le répète, de rencontrer tin Milton et un Dante pour les chanter.

Si vous voulez juger ce pays , non plus par ses grands hommes, mais par Tensemble de ses habitants, dites, si vous le voulez, qu'il a des goûts communs, des manières grossières, que le commerce y tient trop de place, qu'il n y est pas toujours honnête, que la politique est hautaine et brutale, que les arts sont négligés, mais n'oubliez pas d'ajouter que deux fois dans son histoire ce peuple de

marchands est devenu un peuple de soldats, sans que Tesprit militaire ait engendré l'esprit despotique, sans que la victoire ait tué la liberté. Avez-Tous rencontré dans Thistoire moderne un fait plus remarquable et plus glorieux ?

Vous me direz, et je m'attends à cette objection : « C'est votre poésie que vous faites briller, ce n*est pas la sienne. Vous laissez parler votre imagination , vous ne nous présentez pas la réalité. C'est de la poésie à propos de l'Amérique, ce n'est pas de la poésie en Amérique. Il ne faut pas nous montrer que cettd- nation peut être poétique de loin, en France, il faut nous montrer que cette nation est poétique chez elle. »

Messieurs, vous avez parfaitement raison. Je n'aurai pas démontré ma thèse, je n'aurai pas .établi que l'Amérique du Nord est une nation digne d'être mise en parallèle avec les plus nobles nations, si je ne rencontre pas chez elle des artistes et des poètes. Un peuple n*est pas complet sans les arts, comme une terre n'est pas belle sans les fleurs. Les marchands, les guerriers, les avocats, les fonctionnaires, les riches, les ouvriers, ne forment pas à eux seuls une nation civilisée ; on reconnaît une nation civihsée au nombre des hommes qui s'y consacrent au culte de Dieu , au culte de la science, au culte des arts, de la poésie, de l'éloquence.

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Dans Corimie^ madame de Staël dit admirablement: a Ce n*est pas seulement de pampres et d'épis que la nature a persemé la terre. Elle y prodigue, sous les pas de l'homme, comme à la fête d'un souverain, des plantes et des fle\irs qui, destinées à plaire, ne s'abaissent pas à servir. » Il faut aussi, dans Phistoire d'un peuple, à côté de commerçants et de guerriers, il faut des artistes, des poètes, des peintres, des esprits qui, destinés à plaire, ne s'abaissent pas à servir.

Messieurs, l'Amérique, sans être aussi riche en poëtes que la France, que l'Italie, que l'Angleterre, que l'Allemagne, n'est pas, même de ce côté, indigne de notre admiration. Elle a produit plusieurs poëtes, et je nomme de suite celui qui me parait le premier parmi ses concitoyens, j'ajoute sans hésiter l'un des premiers parmi les poètes de toutes les nations à notre époque, c'est Henry Whadworsth Longfellow.

Henry Longfellow, dont vous connaissez tous au moins le nom, est aussi populaire en Angleterre qu'en Amérique. En Angleterre, il n'y a pas de famille lettrée qui ne possède ses œuvres ; on les voit sur la table du salon, à la ville, à la campagne, toujours présentes pour être ouvertes au premier désir, comme un de ces instruments que les musiciens ont sous la main pour en tirer, ne fût-ce qu'en passant, un accord mélodieux. On peut

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pleurer sans défaillir, porter la croix en mârchaot. Longfellow me plait par cette sensibilité mêlée de force qui est tout à fait chrétienne.

Écoutez le Psaume de la vie^ poésie qu'il écrivait à dix-neuf ans, et pardonnez une fois poyr toutes Tinfirmité de la traduction de vers anglais en prose française :

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