LE PSAUME DE LA VIE
a Ne me dis pas dans des sentences mélancoliques : La yie n'est qu'un rêve inutile, car l'âme sommeille presque morte et lest choses sont un mensonge.
a Non, la vie est réelle, la vie est ardente. Le tombeau n'est pas une prison. Tu es poussièi^e, tu retourneras en poussière^ cette parole n'a pas été dite de Fâme.
« Jouir, souffrir n'est pas notre destin. C'est agir qui chaque matin nous trouve plus loin que la veille.
a L*art est long, le temps est mobile ; nos cœurs, quoique forts et braves, sont comme des tambours couverts de crêpes qui battent des marches funèbres vers le tombeau.
« Dans le grand champ de bataille du monde^ dans ce bivouac qui est la vie, ne sois pas comme un muet bétail qu'on pousse, sois un héros qui combat! Ne te confie pas à l^avenir, quoique séduisant; laisse le passé qui est mort enterrer ses morts; agis, agis dans le présent qui
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vit, ion cœur dans ta poitrine, Dieu au-dessus de ta tête.
« Nous souvenant de la vie des grands hommes, nous pouvons rendre la nôtre sublime et laisser derrière nous au départ la trace de nos pieds sur la poussière du temps. Et ces traces, peut-être qu'un autre, naviguant sur la haute mer de la vie, pauvre frère perdu et naufragé, îes trouvera et reprendra du cœur.
a Laisse-nous donc nous lever et agir, appliquer tout notre cœur à chaque effort, achever une œuvre, en prendre une autre, prêts au travail et pleins d'espoir ! »
Le poète qui composait ces strophes viriles à dix-neuf ans, quand la vie paraît belle, pleine, lumineuse, comme au malin de la bataille, a subi depuis les^ coups inévitables du malheur. Il a aimé, il a souffert dans le véritable et solide amour qui est l'amour conjugal. Des enfants aux tètes blondes pleurent à ses côtés leur mère. Quoique la vie ait été dure, quoique son âme soit déchirée, il plie mais il nfe rompt pas, et, en face de la sévère réalité de nos chagrins et de nos fautes, vous allez voir ce qu'il écrit àquaranjteans.
Choisissons une pièce dont le litre est singulier : Echelle de saint Augustin. Saint Augustin a dit — ce que je. ne savais pas avant de Tavoir lu dans ce poêle — que nos vices étaient comme les degrés d'une échelle, et que nous
HENRY LOKGFELLOW. 109
'devions monter sur eux pour les vaincre. Longfellow a pris cette pensée, et voici comme il la développe :
l'échelle de saint AUGUSTIN.
a Saint Augustin ! tu Tas bien dit, que de nos vices nous pouvons faire une échelle si nous voulons fouler sous nos pieds chaque action honteuse.
0 Toutes les choses vulgaires, tous les petits événements de chaque jour, que l'heure amène et que Theure emporte, petits plaisirs, petits murmures, sont les degrés par lesquels nous pouvons monter.
a Les désirs bas, les desseins ignobles qui diminuent la vertu, les orgies du vin, tous les excès, l'envie des choses honteuses, les combats pour ce qui n'est pas vrai, la dureté de cœur qui fait mépriser les rêves de la jeunesse, toutes les pensées mauvaises et les mauvaises actions qui sortent des mauvaises pensées, tout ce qui arrête où entrave les mouvements nobles de la volonté ; tout cela doit être foulé sous nos pieds si, dans les champs lumineux du bon renom, nous voulons gagner une large place.
« Nous n'avons pas d'ailes, nous ne pouvons pas prendre notre vol ; mais nous avons des pieds pour escalader et gravir par petits degrés, peu à peu, de plus haut en plus haut, les sommets nuageux de notre vie.
110 CONFÉRENCES AMÉRICAC^ES.
« Les puissantes pyramides de pierre qui, comme un coin, fendent l'espace au-dessus du désert, quand on les regarde de près, ne sont qu'une rampe de degrés gigantesques.
« Les montagnes lointaines qui dressent leurs solides remparts jusqu'aux nuages sont sillonnées par de petits sentiers que nous découvrons à mesure que nous nous ' élevons sur les plus hauts sommets.
« Les hauteurs que les grands hommes ont su conquérir et garder^ ils ne les ont pas atteintes par un vol subit; pendant que leurs compagnons dormaient, eux^ ils travaillaient toute la nuit pour s'élever.
« Nous tenant debout sur ce que nous avons trop longtemps porté, avec nos épaule»* courbées et nos yeux à terre, nous pouvons discerner ce que nous ne voyions pas d'abord : une route ouverte à de plus hautes destinées.
« Même le passé irrévocable ne nous parait plus perdu , ne nous parait plus tout à fait vain si, nous élevant sur ces ruines, nous touchons enfm à quelque chose de plus noble que lui. x>
Je ne puis pas oublier une pièce plus connue, celle qui a répandu dans le monde entier la renommée de ce grand poète. Je veux parler à^Excelsior. En Angleterre,
IltKRY LONGFELLOW. il!
eu Amérique, on a donné ce titre à des entreprises commerciales, à des morceaux de musique, à des navires qui portent ce beau nom au milieu des vagues et des tempêtes : Excelsior !
Plus liaut! toujours plus haut! C'est le cri de cette âme poétique et vaillante à mesure que la vie s'avance et que le temps précipite ses pas. Je r>e connais dans aucune langue une inspiration plus pure et plus vraiment sublime, dans le sens de ce beau mot sublime qui veut dire au-dessus de nos fanges et de nos misères d'ici-bas.