‹ Conférences et lecturesChapitre 4 sur 14 · EXCELSIOR · texte numérisé non relu

EXCELSIOR

c( Les ombres de la nuit tombaient rapidement. Un jeime homme traversait un village des Alpes. Il portait, au milieu de la neige et de la glace, une bannière avec celte étrange devise : Excelsior! Plus haut !

« Triste était son front ; son œil avait la flamme du poignard tiré de son fourreau ; sa voix, comme un clairon de cuivre, répétait ces sons d'une langue inconnue : Excelsior !

«Dans d'heureuses demeures il voit la lumière, la flamme du foyer qui pétille claire et chaude, et devant lui, là'haut, les spectres du glacier : de ses lèvres tombe, comme un sourd murmure: Excelsior!

« Ne tentez pas la passe, dit U vieillard, la noire tema pète gronde sur nos têtes, 4e torrent mugit vaste et pro - « fond. » Plus fort, la voix de clairon répond : Excelsïor !

« Oh l reste, murmure la jeune fille, et sur mon sein « repose ta tête fatiguée. » Une larme s'arrêta dans son œil bleu ; il soupira, mais il reprit : Excelsior !

n Gare aux branches des pins arrachés par la foudre I « gare à Tavalanche en fureur ! » Ce fut le dernier adieu du villageois. Une voix répéta déjà sur la hauteur : Excelsior!

« A Taube du raaiin, au moment où, vers le ciel, les pieux moines du Saint-Bernard répètent l'office accoutumé, une voix fend Tair vibrant: Excelsior /.

« Le chien fidèle découvre un voyageur à moitié enseveli dans la neige ; sa main glacée serre encore une banuière à la devise mystérieuse : Excelsior !

« Là, dans le crépuscule terneet froid, sans vie, toujourfi beau, il est étendu; et de l'azur des cieux, de la sérénité lointaine, tombe, comme une étoile, une voix divine: Excelsior!))

Henry Longfellow joint à l'énergiç fit à l'élévation un autre don. 11 a l'imagination ingénieuse. Chaque pièce de ses poésies s'achève par un tour, un jet, une finale, inattendues, originales et souvent d'une rare beauté. Je ne

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puis me porter garant de la perfection de la forme. En traduisant, on efface, on affaiblit 1^ langue native ; puis on s'expose à prendre pour beau ce qui vous a coulé de la peine ; l'attention intense vous semble de l'admiration, comme l'enfant appelle diamants les pierres brillantes qu'il abat à coups de marteau. Mais la beauté de Tinvention reste au moins toute entière, et ce don fait le vrai poêle. On peut dire de Longfellow qu'il a au plus haut degré Toriginalité de l'invention et la facilité de la splendeur.

Jugez-en par le Sablier. Le poëte suppose qu'il est seul, dans sa petite chambre, la nuit. Il travaille, et devant lui se trouve, marquant sans bruit le pas des heures, un sablier rempli par une poignée de sable qu'un ami a rapporté du désert:

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