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de fil de cuivre de la grosseur des tringles de rideaux), dix corbeilles, deux haches, une caisse de sel, dix pierres à fusil, dix miroirs, des pierres assorties et vingt-cinq pieds de tabac. Probablement, sûrement même, cinq ou dix esclaves achetés avec ces marchandises descendront d'ici, dans trois ou quatre mois, à la côte pour être vendus aux mulâtres portugais de
l'Ile du Prince à Saint-Thomas, lesquels continuent ce trafic. Ceci ne me regarde pas, mais sois assuré du plaisir avec lequel je me rappelle la prise par le Marabout il y a quelques mois déjà de deux pirogues portant un pareil chargement.
Presque tous les esclaves qui sont envoyés à la côte, viennent du fleuve Mgumé qui se jette dans l'Ogôouéà la pointe Fétiche.
Ilimba-Reni, 10 janvier 1876
Demain matin je pars pour le pays des Okanda qui est situé à mi-chemin des rapides; je me mets en route avec neuf pirogues et cent-vingt Galoa ou Ininga. J'y arriverai après enviion treize jours de pirogue et ne vas pas croire que ce soit une mince fatigue, treize jours passés continuellement en pirogue, au soleil et à la pluie, sans cesse occupé à batailler avec les hommes qui ne veulent pas ramer, assis enfin, sur une table placée à l'arrière.
Bah! je suis maintenant en bonne santé et, arrivé chez les Okanda, je pourrai prendre un peu de repos.
Ces pirogues qui forment ma tlotte sont larges d'environ 1 mètre, longues de 15 à 17 mètres, hautes sur l'eau (quand elles sont chargées), de 0"',08 à 0'",10. Les plus grandes contiennent vingt rameurs ou plutôt pagayeurs.
Pour te donner une idée de ce que sera mon voyage, tu sauras qu'on part le matin de bonne heure et qu'on voyage jusqu'à midi; à midi on descend sur un banc de sable, on fait une courte halte et on en profite pour déjeuner. A deux heures, de nouveau en route jusqu'à la soirée. Alors, on redescend de
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nouveau sur un banc de sable, et tous se préparent à passer la unit et à dormir tout en se garantissant de la pluie du mieux qu'on peut, chose fort difficile.
Cette première partie de mon voyage, partie la plus facile, j'espère te la raconter quand je serai arrivé, au pays de Okanda et je souhaite à ma lettre, d'arriver sauve à destination.
Aujourd'hui, je vais vous donner de mes ^nouvelles à partir de ma dernière expédition.
Rien de nouveau les premiers jours; j'ai continué à recruter avec peine mes rameurs pagayeurs, ce qui m'a causé les plus grandes difficultés à cause du passage du docteur Lenz qui, à présent comme tu sais, est toujours retenu chez les Okanda qui ne veulent pas lui permettre d'avancer. Gela m'a causé grand préjudice car il avait réellement semé et éparpillé sur sa route marchandises et eau-de-vie.
Enfin, j'ai réussi à réunir le nombre nécessaire, c'est pareeque j'ai mis en concurrence les Akellés qui ont fait déjà le même trajet avec les Ininga et les Galoa. Avec les quelques Akellés que j'avais, j'ai envoyé Marc/ie droit à Sam-Quita avec ordre de remonter avant moi chez les Okanda. Je lui ordonnai, en outre, s'il n'en trouvait pas un nombre suffisant, de m'envoyer chercher par les Okanda même. Apprenant cela, les Galoa et, les Ininga se décidèrent vite à venir.
Profitant des jours qui devaient se passer avant mon départ et en même temps d'une chaloupe à vapeur de la factorerie, je voulus moi-même remonter des marchandises à Marche à Sam-Quita.
Je partis d'ici le 20 décembre. Le petit vapeur remorquant une de mes grandes pirogues et je profitai de l'occasion pour me mettre à faire la carte du fleuve.
M'étant surmené à faire des observations, le second jour, la fièvre me reprit.
N'y faisant pas attention, je continuai à relever mes points et le soir même de mon arrivée à Sam-Qnita, je voulus faire des observations astronomiques, observations lunaires pour relever la position exacte de Sam-Qnita. Ces observations avivèrent la fièvre qui m'avait repris, et le peu de facilité que j'avais à lire les indications de mes instruments (j'étais obligé de faire usage de magnésium) me donneront j'en suis sûr des résultats peu exacts. Le lendemain matin, après avoir fait d'autres observations solaires cette fois, je me remis de nouveau en voyage pour retourner à Ilimba-Reni.
Je croyais alors aller mieux mais je m'aperçus vite que mon état de santé s'était aggravé; la migraine et le vertige m'interdirent toute occupation et j'avais en outre des vomissements incessants. Heureusement, mon hamac suspendu dans le roufle du vapeur, me donnait un gîte commode. Le roule, comme tu le sauras, se trouve à l'avant du bateau.
Nous n'étions pas loin d'Ilimba-Reni, où j'étais impatient d'arriver, quand tout à coup, un grand choc et le roufle, le hamac et moi, nous nous trouvâmes dans l'eau. Quelques instants avant je ne croyais pas avoir la force de remuer les pieds et cependant, je t'assure que je mis peu de temps à me débarrasser du roufle, du hamac et de la couverture et à me mettre à la nage : Tu peux supposer ce que ce bain improvisé me fit du bien, malgré mes habits je pus remonter sur le bateau avant d'être entraîné par le courant très violent en cet endroit ; le vapeur descendait le fleuve à grande vitesse, avait rencontré un grand arbre ensablé et pendant ce temps, le roufle sous lequel j'étais, fort peu solide, avait continué sa route et était tombé à l'eau.
Le soir, j'arrivai à Ilimba-Reni dans une petite pirogue, laissant bien entendu le vapeur et l'arbre à la place où ils s'étaient rencontrés.
Par bonheur, dans toul ce bouleversement, mes deux chronomètres n'ont pas souffert, seulement une de mes boussoles a été fracassée.
J'ai perdu ma couverture n'ayant pu la prendre avec moi en retournant à la nage au bateau ; ce n'est pas un grand malheur, j'en ai une autre. Tout ceci s'est passé le 2 janvier. Une fois de retour, je me suis soigné et, de l'ipécacuana, du sulfate de soude et 2 grammes et demi de quinine m'ont, en trois jours, remis sur pieds et en bonne santé.
Quant à la carte de Sam-Quita, pour laquelle j'avais mis un certain amour-propre, il me sera difficile de l'avoir n'ayant pu faire les observations nécessaires quand je redescendais le fleuve. De plus, je suis occupé à mettre au net et à recopier les observations déjà faites.
Les difficultés que me donnaient mes cent-vingt hommes n'étaient pas encore au bout; trois jours après mon retour réunis autour de moi pour faire la distribution de tabac et d'eau-de-vie promise de montant des 10 francs) ils voulaient avoir le double de ce que je devais leur donner pour cette somme; n'ayant pu céder à leurs prétentions, ils sont tous repartis à l'exception des Ininga qui sont moins turbulents que les Galoa. Deux jours après voyant que je ne cédais pas, ils revinrent me faire des excuses et accepter mes conditions. A la première occasion je renverrai au Gabon deux deslaptots sénégalais qui sont malades et pourraient nuire par la suite à la marche de l'expédition.
Mon personnel se compose comme suit :
Samba Gamon, chef de ïaptots sénégalais, Samba Sidnon, Iougo Falli Gem, Amar Guin, Amadi Samba, Metonfa, Ditre, Malie Cumba, Balla Turi, Nonni, Damba Gialo, tous Laptots du Sénégal, Gico Gabunese ancien esclave, Congo cuisinier et interprète en Mpungoué, Mando Mango d'Oguta, interprète en
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Mpungué ,Mpangué Bakelle, Incigoue Mpungué, interprète en Mpangné Mpongué.
Voilà tout le personnel du ministre de la marine. Deux Sénégalais Birohim. Il reste au Gabon, Ton et Latir Drop. J'ai pris à ma solde comme interprète un esclave de Renoki, roi des Ininga lequel esclave est originaire d'une tribu très éloignée de la côte.
Quanta moi, je suis en excellentissime santé. Le Docteur Ballay et le quartier-maître se sont également remis.
Nous partirons demain et si Marche n'est pas parti d'ici quelques jours, il partira sous peu avec les Akillés.
Adieu, je pars dans de bonnes conditions avec bon espoir et surtout fort satisfait de ma santé qui me semble bien résister au climat.
P.-S. — Xe pas t'épouvanter de mes bains, je t'assure que cela ne me tourmente pas.
Accolade.
Lopê, le 6 avril 187G
Depuis le 12 janvier je n'ai pas dormi une seule fois dans une case; jamais je n'ai eu une table pour écrire et je n'ai pas écrit une fois sans me donner une courbature de reins. Voilà pourquoi mes lettres ont été jusqu'à présent si laconiques.
Aujourd'hui encore je dois t'écrire sur mes genoux, ce qui est pour moi un vrai supplice.
Par les lettres que j'ai expédiées de Lopé (quand les Okanda partirent pour aller chercher Ballay) au président de la Société de Géographie (lettres que je l'ai prié de vous communiquer) vous devez connaître mes désastres dans les gorges du fleuve.
Je dois ajouter que la Providence m'a puissamment servi dans la nuit qui suivit le désastre des pirogues chavirées dans le fleuve. Cette nuit là, après les fatigues de la journée pendant que couché sur un banc de sable, je cherchais en vain le sommeil, partageant avec Marche alors malade, ma seule couverture restée sèche, une de mes pirogues mal amarrée se détacha et s'en fut à la dérive. La perte était certaine parce que, entraînée par le courant, elle devait inévitablement se rompre contre les rochers du dangereux passage traversé pendant le jour. Je
considérais les quarante-quatre caisses que contenait la pirogue comme perdues. Néanmoins, je tentai l'impossible pour arriver à sauver quelque chose du naufrage. Me levant en toute hâte pieds nus, je pris mon revolver; je descendis rapidement le fleuve sur les rochers du rivage, laissant de distance en distance un homme de mon escorte en observation. Durant trois heures je descendis ainsi le long du rivage, et déjà depuis longtemps, tous mes laptots étaient bien loin derrière moi.
Quand j'arrivai à un passage assez étroit où le fleuve est barré par les rochers, là, réunissant des broussailles et des herbes sèches sous un arbre immense abattu dans le fleuve, j'allumai un vrai incendie qui, se reflétant surles eaux, me permit de voir si la pirogue passait, emportée par le courant. J'étais tellement occupé à regarder que je ne sentais même pas la douleur que me causaient mes pieds mis en sang par les cailloux. Les heures passaient, je ne voyais rien; alors, perdant toute espérance je cherchai à m'accommoder le mieux possible pour passer le reste de la nuit, situation peu agréable quand demivètu on a seulement pour se garantir du froid vif et du vent matinal un feu qui vous brûle le visage, sans réchauffer le corps.
Tu t'étonneras certainement de in entendre nie lamenter du froid; c'est d'ailleurs la première fois.
A présent, au furet à mesure que j'avancerai dans l'intérieur, je dois m'y attendre.
Le temps passait lentement et je restais pensant à mes pertes que je cherchais à évaluer. Tant de caisses perdues ! une grande partie de mes instruments de précision gâtés par l'eau, mes cartes et mes journaux trempés : et, pour comble d'infortune, les documents recueillis avec tant de peine qui devaient me servir à faire une carte du fleuve, détrempés par l'eau, à tel point que je n'ai jamais pu m'y reconnaître. Ce travail m'avait
non seulement coûté grand'peine, mais m'avait, en outre, valu la fièvre. Je me rappelais encore toute la peine et tout le temps employés à mes préparatifs en Europe, peine et temps perclus. Ce qui m'affligeait le plus, était l'idée que tout ce temps, j'aurais si bien pu le consacrer à ma famille.
La perte de la pirogue dont j'attendais les débris au passage m'était encore plus sensible parce que les caisses qu'elle contenait, étaient toutes destinées à être portées à dos d'homme quand je serais obligé d'abandonner le fleuve... Cependant, la
fortune m'avait favorisé : au lever du jour, à quelques portées de fusil devant moi, je vis la pirogue arrêtée par un rocher au milieu du torrent, elle était encore intacte, mais à chaque vague elle menaçait de se rompre pour reprendre sa course vertigineuse.
Une pirogue Apingi qui suivait ma flottille de loin avait aperçu ma pirogue en détresse et ne me sachant pas là, s'avançait doucement pour la pousser à la dérive et la piller ensuite dans le bas du fleuve. Seul et sans pirogue, je ne pouvais rien. Mais,
une balle de mon revolver qui siffla sur leur tête lit arrêter les pillards. Une autre balle tirée plus bas les fit accoster sur la rive où j'étais et ils m'aidèrent à rentrer en possession d'une partie de mes richesses que j'avais bien crues perdues.
Actuellement, je me trouve chez les Ossyeba qui sont la branche d'un peuple, ancienne connaissance à moi : les Pahouins au milieu desquels je me suis trouvé en 1873.
Je confie cette lettre à un des chefs, propriétaire d'une belle «lent d'éléphant : la lettre de change qui l'accompagne (payez deux fusils et deux barils de poudre au porteur) est pour moi un sur garant que ces lettres ne seront pas perdues mais quand arriveront-elles, qui sait ? elles suivront le même chemin que la dent que mon ami noir dit vouloir vendre aux blancs. Le propriétaire Ossyeba confiera la susdite dent à un Pahouin Make ayant en gage deux de ses femmes; les lettres seront de la même manière remises du Pahouin Make à un Pahouin Bachi lequel les remettra à un Skekiani qui les remettra à un Pongone lequel les portera àun établissement. Dix fusils, dixbaiïls de poudre, 200 mètres d'étoffe', etc., etc., prix de la dent, à peine la dixième partie de ce qu'elle vaut, seront donnés à l'Ossyeba qui a tué l'éléphant : voilà comment se fait le commerce clans ce pays. Je suis établi à Lopé près des Okanda d'où je fais de fréquentes excursions dans l'intérieur attendant les temps secs pour remonter à la tète de tous les Okanda au pays des Aduma et des Ossyeba :
Ce peuple voudrait nous barrer le passage, c'est lui qui, en 1874, a arrêté l'expédition d'Alfred Marche et du marquis de Compiègne. Il est vrai que j'ai pour alliés les Okanda, mais ils ne sont point belliqueux. Et les deux cents hommes qui rament sur mes pirogues ne valent pas un seul des Sénégalais démon escorte, seule force réelle sur laquelle je puisse compter. Malheureusement, mon escorte est déjà diminuée parles
maladies et le sera probablement encore pins. En ce moment, je ne puis disposer que de sept Sénégalais. Mais j'espère éviter une attaque qui ne pourrait que nuire à la réussite de l'expédition.
Lopê, 22 avril
Mes hommes craignent en ce moment une attaque des Ossyeba, je suis beaucoup plus inquiet des Okanda, entre les mains desquels je suis. De fait, les Okanda, heureux devoir dans leur pays quatre blancs et même cinq en comptant le docteur Lenz, avec beaucoup de marchandises, peuvent parfaitement ne plus vouloir remonter chez les Aduma; la seule raison pour laquelle ils remontaient le fleuve est d'avoir des esclaves et de l'ivoire.
A présent les blancs leur donnent en échange de leurs poulets et des bananes, les marchandises qui leur sont nécessaires.
Je crains surtout que les Okanda veuillent bien remonter avec moi près des Aduma, mais ne veulent à aucun prix laisser sortir de leur territoire mes marchandises, d'autant plus que si j'emmène mes marchandises plus loin, tout leur commerce s'en ressentira par la suite; l'abondance des objets d'Europe dans ce pays fera, bien entendu, diminuer la valeur de leurs échanges. Voilà pourquoi les Okanda veulent m'opposer la seule force que je craigne, la seule contre laquelle je ne puisse rien : la force d'inertie.
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Que faire si les Okanda ne voulaient pas remonter le fleuve ?
que faire s'ils ne voulaient pas transporter mes bagages? Rien.
Voilà comment depuis un mois que je suis ici, j'ai jugé la
situation. Heureusement les choses viennent de changer ; en voici la cause :
Pour éviter une attaque des Ossyeba, quand j'eus remonté le fleuve, il ne me restait qu'un moyen : leur donner une telle idée de ma force, que l'impossibilité de me résister leur fût démontrée et les dissuadât d'une entreprise qui leur aurait coûté de grandes pertes. Je résolus d'aller chez eux, en avant-garde.
Je traversai leur frontière, le fleuve Afué, il allait au village deMamiaka qui est à un jour de chemin de ce fleuve.
Mamiaka, chef du village dont il a pris le nom, était prévenu de ma visite, j'arrivai chez lui accompagné par mes quatre Sénégalais et par mes Pahouins.
Bien que les Ossyeba se tinssent à distance, je fus bien reçu et, au bout de deux jours, la glace était rompue et nous étions devenus amis.
Je pus alors leur montrer l'effet des fusées à la Congrève, des armes à longue portée, des balles explosibles et, chose qui les stupéfia le plus, la lumière du magnésium et les petits serpents dits serpents pharaons formés par l'inflammation d'un petit cône blanc comme le plâtre.
Les habitants du village de Mamiaka et des villages voisins proclamaient en peu de temps la renommée de mes hauts faits et après ce voyage les Ossyeba commencèrent à me craindre.
Avant de partir je leur dis que bientôt je reviendrais et qu e je m'avancerais vers l'Est.
Restait à trouver le moyen d'empêcher l'inertie prévue des Okanda.
A cet effet, je proposai à Mamiaka de m'accompagner avec quelques-uns de ses hommes à Lopé, lui expliquant qu'il serait
sous ma protection et que je lui donnerais, en outre, une escorte pour le reconduire dans son pays. J'arrivai non sans peine à le décider à m'accompagner avec neuf Ossyeba. Mamiaka traversa ainsi tout le pays des Okanda, ennemis jurés des Ossveba.
FEMME ET ENFANT OSSYEBA OU PAHOXJINE
Les Okanda avaient cherché en m'efïrayant à me dissuader d'aller chez les Ossyeba, ils furent curieusement surpris de me voir revenir accompagné par leurs ennemis qui venaient passer trois jours à Lopé.
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En outre je déjouais leurs machiavéliques combinaisons.
La menace d'abandonner leur territoire en employant des Ossyeba au transport de mes bagages, fit faire aux Okanda tout ce que je voulais.
Quand Mamiaka partit, je lui dis que sous peu je retournerais le voir, et hier soir, non sans être fort étonné, j'ai vu arriver à Lopé, Mamiaka accompagné de trente-cinq Ossyeba qui venaient me chercher.
Pour faire croire aux Okanda que je compte retourner chez eux après être allé à Adouma et pour attendre en même temps le plus commodément possible la fin de la saison des pluies, je fis construire une grande case à l'admiration des Okanda qui n'en avaient jamais vu de pareille. Je profitai du temps pendant lequel je comptais rester encore ici pour envoyer Ballayau Gabon. Il emmène avec lui quatre hommes malades démon escorte, fera les achats qui nous sont nécessaires et remontera avec quatre hommes remplaçant les malades. Il sera de retour ici, je l'espère tout au moins, à la fin de juillet, époque à laquelle je commencerai les préparatifs du départ.
Je profite de cette circonstance que je n'espérais pas depuis quinze jours, pour t'envoyer ces lettres. La route qu'elles suivront sera plus rapide et plus sûre. Le docteur Ballay partira demain matin à la pointe du jour, dans une pirogue d'un Okanda, qui le conduira jusqu'à Lambaréné où on l'attendra pour le ramener ici. Vos nouvelles qu'il m'apportera seront, je l'espère, bonnes.
Demain, je pars et je vais avec Mamiaka chez les Ossyeba dont je n'ai maintenant rien à craindre d'autant plus que j'y vais sans marchandises. Si, comme je l'espère, je puis arriver au pays des Aduma, les difficultés que je rencontrerai par la suite seront, je crois, moins grandes que celles que j'ai déjà surmontées. Mais alors les communications avec l'Europe
seront complètement interrompues, probablement jusqu'à l'époque de mon retour.
Rappelez-vous bien que plus je m'avancerai dans l'intérieur, plus je suis en sûreté et plus mon voyage deviendra facile. Donc, le manque de nouvelles sera toujours une bonne nouvelle. Ce sera avec un sensible plaisir que je pourrai entrer dans notre case quand celle-ci sera finie et que je pourrai apprécier la douceur d'un lit bien fait sur une table.
En vérité je n'aurais jamais cru qu'il y eût tant de différence entre dormir par terre et dormir sur une table quoique moi qui parle de posséder une case je ne doive en profiter que fort peu, étant le plus souvent en excursion.
Je suis heureux de vous dire que je suis en excellente santé, le climat d'ici est beaucoup plus sain que celui du bas fleuve.
Lopè, 23 novembre 1878 MA CHÈRE MAMAN,
J'avais commencé àt'écrire au mois d'avril le commencement de mon voyage. Aujourd'hui manquant d'autre papier, je t'envoie cette lettre écrite sur les feuilles de mon album, j'ai perdu le premier récit de mon voyage au pays inconnu des Sébé.
Quand Ballay fut parti pour le Gabon, je partis à mon tour pouraller chez les Paliouins des chutes de Dunié ; ceux-là mêmes qui attaquèrent et firent reculer le marquis de Compiègne et Alfred Marche. Je ne pouvais arriver sans difficulté, lechef Naaman refusant de me laisser visiter son village. Je finis cependant par réussir et après être restéavec lui quelques jours, nous nous séparâmes en bons termes. Il ne me fut pas possible de pénétrer jusqu'au village du fleuve Ivindo.
A mon retour au village de Mamiaka (le chef qui était venu, avec moi, à Lopé) je trouvai le docteur Lenz, qui, s'étant décidé à suivre mon exemple, était arrivé enfin chez les Ossyeba.
Tu sais déjà que le Dr Lenz était arrivé chez les Okanda en juin 1875.
DANS L'OUEST AFRICAIN s;
Ils s'étaient fait payer pour le conduire chez les Alluma et chez les Ossyeba mais, après un simulacre de départ ils Tavaieut abandonné à l'embouchure du fleuve Ofué. Depuis un an il n'avait pas avancé.
Quanta moi, je voyage en toute sécurité chez les Ossyeba, malgré leur mauvaise réputation. Ami des chefs les plus influents j'étais connu partout et accueilli avec des démonstrations de joie. Les chefs du fleuve Ivindo ayant su mon intention d'aller chez eux, vinrent me voir au village de Mamiaka et m'invitèrent à les accompagner chez eux. En outre ils me demandaient de les conduire chez les blancs quand je redescencendrais vers le fleuve.
Etre voisin des blancs est le but auquel tendent sans cesse tous les Ossyeba.
Le 21 mai, j'étais de retour à Lopé, ramenant des Ossyeba destinés à me servir de piroguiers.
Mamiaka m'avait fourni les hommes, son neuveu Zaburet devait me servir de guide. Ses guerriers faisaient campagne contre les villages des bords du fleuve et ne pouvaient, par conséquent, prendre la route ordinaire. Ils me dirent que le chemin qu'ils allaient parcourir traversait la forêt vierge, d'ailleurs on ne rencontrait aucun village, suivant des sentiers tracés à peine par les chasseurs. Après quatre jours de marche, nous serions arrivés dans leur village qui est à une journée de route des villages Ossyeba.
Arrivé le 2G au village de Mamiaka je lui donnai du sel pour qu'il pût acheter des vivres, et quatorzeliommesetdeux femmes Ossyeba devaient porter mon bagage. Le lendemain nous partîmes à travers la forêt.
... Avant de continuer j'ouvre une parenthèse. Tu t'étonneras sans doute de trouver tant de taches d'huile sur ma lettre. Mais comme je ne suis pas très à mon aise pour t'écrive, tu