‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur les trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886. Texte publié et coordonnéChapitre 17 sur 89 · T R O I S E X P LO R A I IONS · texte numérisé non relu

T R O I S E X P LO R A I IONS

m'excuseras, J ai pour lauipe une vieille boîte de sardines pleine d'huile de palme et les mille papillons et autres insectes qui abondent dans ce pays arrivent, attirés par la lumière, et finissent par tomber dans l'huile dans lequelle ils font le diable. Ils viennent ensuite se poser sur mon papier.

Le lendemain je pénétrai, comme je te l'ai déjà dit, dans la forêt, le premier jour je fus tout seul, sans voir trace d'animaux et l'on ne fit que monter et descendre. Je n'avais même pas vu Zaburet consulter les autres guides pour savoir si nous étions dans le bon chemin et j'avais cru que nous n'en suivions aucun. Pour t'en donner une idée, sache seulement que lorsque je perdais de vue l'homme qui marchait devant moi, j'étais obligé de crier mon nom pour qu'on sache où me retrouver. A chaque moment, nous traversions des ruisseaux et trois fois nous fûmes obligés de monter et de descendre pendant vingt ou trente minutes le long d'un petit fleuve avec de l'eau jusqu'aux genoux. Par bonheur, les arbres gigantesques de la forêt formaient un dôme [de verdure que le soleil ne traversait pas, autrement il eût été impossible pour moi de faire pareille marche, bien que j'en eusse pris l'habitude lorsque j'étais chez les Okanda.

Souvent, quelques-uns de ces arbres immenses tombés par vétusté ou abattus par la foudre servaient de route et on cheminait alors sur leurs troncs pendant une cinquantaine de pas. Quelle b auteur devaient-ils avoir quand leur tronc était chargé de branches? Ailleurs de petits ruisselets barraient la route, on suivait leurs cours jusqu'à ce que l'on pût trouver un pont naturel fait d'un tronc abattu à travers le fleuve. Je traversai le ruisselet Boall sur un de ces troncs long de cinquantesix pas et à une hauteur de 0 à 8 mètres de l'eau. Mes hommes pesamment chargés cheminaient sur ce pont et moi, bien que j'aie la réputation d'être bon équilibriste, j'étais souvent obligé

de les laisser passer devant moi, et de marcher seul pour que les oscillations que produisait leur marche ne me fissent pas tomber. Là comme sur la terre, le seul signe de vie qui m'arrivait aux oreilles dans la forêt était le croassement lointain dutouraco bruyant. J'oubliais de te dire que, presque toujours, on est obligé de marcher courbé et enfin à quatre pattes en écartant avec les mains le réseau des lianes et des bambous qui barrent la route.

Enfin, arrivé au village de Zaburet, je vis avec grand déplaisir mon pauvre chapeau entièrement usé par devant à force d'avoir rasé les branches.

On était dans la saison des pluies et "la route étant inondée d'eau retardait notre marche. Lorsque la forêt devint plus obscure, ce qui prouve que le soleil que nous n'avions pas vu se tournait au couchant, nous nous arrêtâmes.

Et, alors qu'un Européen se fût trouvé embarrassé pour

manger et dormir sur la terre humide ou plutôt sur les débris

de feuilles tombées, les Pahouins, vrais hommes des bois,

surent avec énormément de prestesse, allumer le feu, construire

une case et se faire des lits. Les uns recueillèrent du bois, les

autres, à l'aide de petits échalas, formèrent l'armature légère

d'un toit, sur lequel ils appliquèrent de larges feuilles que

d'autres étaient allés chercher; l'eau ne traverse pas de pareils

toits et ils ne craignent que le vent, qui cependant ne souffle

jamais au pied de ces arbres immenses. Lorsque les leuilles

vinrent à leur manquer, ils se servirent de l'écorce d'un certain

arbre, écorce qui pouvait facilement se détacher du tronc, et en

firent les toits de leurs cases.

Quant aux lits, ils les avaient construits avec quatre fourches fichées en terre sur lesquelles ils avaient étendu d'autres branches pour y dormir, il fallait y être habitué ; cependant ces lits ont l'avantage de vous garantir de l'humidité du sol, les leux

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allumés des deux côtés tiennent Lieu d'habits el de couvertures. Toutceci est fait, comme je viens de le dire, avec une telle prestesse qu'en moins de vingt minutes mes hommes avaient fini et se tenaient autour du feu en bavardant.

J'admirais leur habileté sans pensera mon lit qui était facile à faire ; je ne suis pas marin pour rien, j'avais un hamac suspendu entre deux arbres à un mètre ou deux de hauteur et ma couverture étendue au-dessus de ma tète me servait de tente ; tout cela parfaitement arrangé grâce à un morceau de toile et à quelques cordes.

Lorsque j'avais marché du matin au soir sous la pluie, c'était pour moi un grand bonheur de pouvoir me coucher sur ce bienheureux morceau de toile que je faisais sécher devant le feu. Et quand les Ossyeba (Pahouins) bien qu'ils aient construit sous la pluie leur lit de feuilles, se furent sèches, ils se couchèrent et leur couverture fut une simple écorce flexible.

Le 28 mai nous repartîmes tous au point du jour. Le pays présentait alors le même aspect, il fallait monter et descendre continuellement, la forêt gardant un silence majestueux. Vers midi, un Pahouin tua avec sa lance un serpent gros mais court et portant trois cornes sur le nez : je reconnus que c'était une vipère cornue (très dangereuse vipère). Nous commençons à voir les traces d'éléphants et Zaburet m'avertit que, la pluie ayant retardé notre marche, sept jours de route nous séparaient encore de son village ; il me prévint, en outre, que n'ayant pas assez de vivres pour arriver à un village abandonné depuis peu et où nous comptions nous ravitailler, il était absolumentnécessaire de tuer quelque animal.

Je fis triste mine quand j'entendis de quelles folles espérances se flattaient les Pahouins pour avoir à manger et je restai très découragé quand, les passant en revue, je m'aperçus qu'ils avaient des vivres pour deux jours à peine et que, en

comptant mes ressources, on ne pouvait à la rigueur donner des vivres à toute la troupe que pour trois ou quatre jours seulement. Et cependant la sobriété des Pahouins est exemplaire quand ils sont en voyage.

La réputation de chasse ar dont je jouis parmi eux fait qu'ils croient qu'il m'est toujours possible de tuer quelque animal, et surtout depuis que j'ai eu la chance, étant au milieu d'eux, d'abattre au vol des grues et surtout une énorme antilope ; que j'ai tirée à Bingilli quand j'allais à la chute de Bné.

Je pensai d'abord retourner sur mes pas, craignant la faim, et si je ne m'y décidai pas, ce fut parce queZaburetme parla comme d'une chose certaine des vivres que nous devions trouver au village voisin. Je continuai donc ma route toujours pensif. Je m'étais proposé de ne jamais tirer qu'à coup sûr, toutes les fois que je serais en présence des Pahouins, néanmoins je marchais scrutant souvent la cime des arbres pour tâcher de découvrir quelque singe ou autre animal sur lequel j'aurais tiré encore que je n'eusse eu que peu d'espérance de le tuer.

Versles deux heures nous nous arrêtâmes pour manger et les Pahouins se partagèrent le serpent qu'ils avaient tué. Quels marcheurs que ces Pahouins! sur l'épaule, une caisse de 24 kilos, ils parcourent les chemins les plus difficiles comme s'ils ne portaient rien.

Vers le soir étant resté un peu en arrière je m'entendis appeler à voix basse par les Pahouins; je croyais qu'ils avaient découvert quelque singe et, passant devant ma petite troupe, mon interprète me parla d'un éléphant qu'ils avaient entendu arriver; tous les yeux se tournèrent vers moi; pleins de joie comme si l'animal eût déjà été abattu (chose de laquelle je n'étais pas du tout sûr, d'autant plus que ma carabine avait seulement un de ses canons rayé).

Le manque de vivres me décida clone à donner la chasse à

l'éléphant; mais, n'ayant pas de projectile pour le canon lisse de ma carabine, j'y introduisis une balle du calibre de son autre canon ; résolu alors de ne tirer qu'à « brûle poil » et pour nie détendre. J'avais en outre peur de voir éclater mon arme.

Je m'avançai donc avec Métouta, un de mes deux Sénégalais, pendant que les Pahouins très prudents se cachaient derrière les cases, d'ailleurs n'ayant que leurs fusils à pierre, je comprenais parfaitement qu'ils pussent avoir peur du pachyderme.

Après avoir suivi sa piste pendant quelque temps, ce fut alors Métouta qui, lui aussi, commença à avoir peur, il resta un peu en arrière mais me suivit cependant à quelque distance. Je désespérais déjà de trouver l'éléphant et je m'avançais rapidement sans faire aucune attention quand, sur ma gauche, le bruit de branches et de feuilles brisées m'annonça sa présence. Faisant volte-face je le vois à vingt pas à peine entre les feuilles et les lianes, qui me présentait le front et me regardait.

Sur le premier moment, surpris de me trouver aussi près de ce gros animal, j'eus une certaine émotion, émotion que je ne crois pas devoir désavouer; il n'est pas même certain que l'idée de fuir ne me vint pas tout d'abord à l'esprit.

« Attention! il faut tirer juste, » me dis-je à moi-même.

Et pour cela, je mis un genou en terre, prêt à faire feu. A ce moment j'éprouvai une émotion, ma foi, très agréable ; je restai ainsi au moins deux minutes. L'éléphant me regardait et ne bougeait pas ; pendant ce temps, j'attendais qu'il changeât de place. Enfin, je pris mon point de mire avec grande attention, cherchant à lui envoyer la balle de façon à ce que, rasant la tète, je pusse lui fracasser l'épaule et le cou. Le coup partit, je ne bougeais pas, je ne distinguais rien; la fumée m'empèchant totalement de voir, je crus l'éléphant frappé au cœur et mort sur le coup. J'allais m'approcher plus près de lui quand un énorme fracas m'avertit qu'il n'était nullement mort, et

qu'il allait me charger. A l'instant, en deux bonds je m'élançai le fusil sur l'épaule, mais la bête était déjà en fuite, bien que tout le sang répandu sur le sol me montrât qu'elle avait été frappée mortellement.

Je rappelai alors Métouta, qui, mecroyantabsolument broyé, criait mon nom d'une voix épouvantée. Jusqu'alors je n'avais pas eu peur et cependant je confesse qu'à ce moment, l'émotion me prit en pensant aux dangers courus. J'avais si bien toute ma présence d'esprit que je me rappelle avoir crié à Métouta de sauter de côté au moment où je croyais que l'éléphant allait courir sur moi.

Deux des Pahouins le sachant frappé à mort, décidèrent de suivre avecmoisestraces.Nousmarchonspendantau moins une demi-heure en suivant les larges taches de son sang. Arrivés près d'un ruisseau, un grandbruit dans l'eau me fit croire que nous avions trot vé ; nous nous trompions, c'était un troupeau de quatre bœufs sauvages que notre présence faisaitfuir. J'en abattis un l'épine dorsale brisée par une balle.

Le bifteck de filet de bœuf que je désirais tant en quittant la côte était enfin trouvé et je n'avais plus à craindre la faim pour lereste du voyage. C'était une vraie bonnefortune. Meshommes et moi serions facilement morts de faim, attendu que nous n'avions rien trouvé dans le village abandonné, les éléphants avaient tout mangé.

Nous nous arrêtâmes dans ce village pour fumer la chair du bœuf , niais je ne pus cependant avoir le « beefsteah » tant désiré, les Pahouins l'ayant dépecé de telle façon qu'il fut impossible de trouver un peu de filet.

Le lendemain nous fûmes éveillés par une pluie torrentielle et passâmes la journée à fumer notre bœuf.

Le soir, Métouta avait la fièvre et crachait le sang. J'en fus fort découragé, carde tous mes Sénégalais, c'était lui qui m'était

le plus dévoué; j'avais de mon côté une grande affection pour lui. J'eusse été très malheureux, s'il m'avait l'allume séparer de lui, je donnai à Métouta ma propre couverture, la sienne étant encore trempée.

Nous partîmes au lever du jour. Mes hommes portaient vraiment une lourde charge, outre les caisses ils avaient encore la chair de notre bœuf dont nous n'avions laissé que la carcasse.

Nous nous arrêtâmes à nuit close, trempés jusqu'aux os par la pluie qui tombait depuis longtemps sans interruption. Mouillé comme je l'étais, je ne me couchai pas, je m'assis devant le feu. Ce fut ce qu'on peut appeler une nuit musicale, attendu que j'en passai la plus grande partie à chanter tous les airs qui me venaient à l'esprit et qui me faisaient penser aux pays lointains. J'avais dîné de manioc et debœuf séché et j'avais bu du thé, que j'avais à ce moment le bonheur de posséder : du thé sans sucre bien entendu, le sucre étant un luxe permis seulement en Europe.

La pluie avait continué toute la nuit, accompagné notre marche toute la journée et n'avait cessé que le soir. Gela me permit défaire sécher mes vêtements et je pus dormir le reste delà nuit.

Nous cheminons tout le lendemain sur les larges traces des éléphants et des bœufs sauvages. Nos Pahouins ne se rassurerent que lorsqu'ils eurent constaté que ces animaux suivaient une direction opposée à la nôtre.

Le trois juin j'arrivai aux bords du fleuve et ce qui me récompensa de mes fatigues, ce fut l'émotion profonde que j'éprouvai. Le premier Européen je voyais l'Ogôoué au-delà des chutes. J'allais les voir ! je me trompais ! les chutes étaient encore à plus de quatre jours de marche.

De mon côté je construisis un radeau avec quelques arbres légers, et passai le fleuve, large en cet endroit de 7 ou 800 mètres.

Ces radeaux oubarquesd.es Ossyeba, comme onles appelle dans

le pays, sont un moyen de transport assez peu agréable, mais c'est le seul qu'emploient les habitants pour traverser le fleuve. Trois ou quatre troncs d'arbres coupés dans la forêt et attachés ensemble par des lianes forment un radeau qu'on abandonne au courant après s'en être servi. Pour comble d'infortune, en traversant ainsi le fleuve, les quelques provisions d'Europe, que j'avais avec moi, furent entièrement gâtées par l'eau.

4 juin. Nous campons sur l'autre rive du fleuve, et les fièvres me reprennent. La nuit, un coup de fusil a été tiré sur un tigre qui tournait autour de nous. L'espèce en est commune dans ce pays, et j'en ai souvent vu 1ers traces.

5 juin. — Marché toute la journée.

Nous sommes arrivés au village de Zaburet. Ce village est composé moitié d'Ossyebaet moitié de Shake qui sont un peuple très nombreux. Ils me semblent d'ailleurs différer peu des premiers, et se trouvent, d'après mes renseignements, au Sud-Est des Ossyeba.

A peine arrivé j'envoie un Shake, N'dolla, chez les Ossyeba pour leur faire dire qu'un blanc est arrivé qui désire visiter le pays. Je demandais en outre une pirogue pour remonter le fleuve; afin d'être cru je remets au porteur mon bâton et un feu de bengale.

N'dolla devait être de retour le 7. Le 8, le 9, le 10 et le 11 juin j'attendis vainement N'dolla et la pirogue.

Je me décidai alors àpartirmoi-mêmechercherla pirogue chez les Ossyeba; je repassai alors le fleuve accompagné de Zaburet et de ses hommes. Le soir je m'arrêtais à Gioconda, village shake.

Le 13 juin, je quitte le village de Gioconda. Mais épuisé par trois mois de voyage en pleine saison des pluies, je fus repris par une très forte fièvre qui m'empêcha de marcher et fus obligé de revenir sur mes pas.

98 TEOIS EXPLORATIONS

Le 14 juin, je partis de nouveau. Mais après deux heures de marche, malgré L'ipécacuana et une forte dose de quinine, la fièvre me repril encore avec plus de force.

J'envoyai mon interprète Denis, le seul homme qui nie restai, chercher la pirogue tant désirée.

Les Pahouins furent très irrités quand ils virent que Denis mon interprète partait avec ma carabine. Et quandje leur montrai mon petit revolver de poche, ils furent assez peu rassurés et : « Le tigre est grand et le fusil est petit, » dirent-ils, le soir. Croirais-tu que ces « farouches cannibales » de Gompiègne voulaient me faire cuire vivant. Us avaient déjà réuni et rassemblé autour de moi tant de bois que cela eût certainement suffi à me faire cuire sinon immédiatement du moins à petit feu, après quoi, satisfaits de leur œuvre, ils se sont couchés sur le liane.

Heureusement, il ne s'est montré aucun tigre ; sans quoi, je crois qu'ils m'eussent faitrôtirde peur d'être mangés tout crus.

L'après-midi arriva l'interprète avec une pirogue de Djurnba, roi des Ossyeba.

J'emploie, le mot roi car c'est ainsi que l'appelle Renoqué, lequel n'a pas moins d'influence chez les Inenga que Djurnba, dans son pays.

Le soir j'étais de nouveau au village de Zaburet, comptant y passer la nuit, et j'eus l'heureuse surprise d'y rencontrer le docteur Lenz ; je pouvais alors lui taire les honneurs du pays.

11 était arrivé le malin.

Jusqu'au 24 j uin j e restai avec le docteur Lenz dans le village de Djurnba, explorant les environs. Enfin le 20 je demande à Djurnba des pirogues et des hommes pour descendre chercher nies marchandises, mais il me répond qu'il a perdu sa grande pirogue et qu'il fera demain abattre un arbre pour m'en fournir une autre.

A mon arrivée eut lieu la cérémonie de la circoncision.

Le bruit internai, accompagnement obligé de chaque fête en Afrique, m'empêche pendant trois nuits de dormir. La circoncision se pratique à l'âge de dix-huit à vingt ans, la fête dure trois jours qui se passent en danses et en tam-tam. Après ces trois jours, les jeunes gens sont portés en procession vêtus de leurs habits de fête avec tous leurs ornements, perles et bracelets de cuivre qu'ils peuvent trouver à emprunter; ils ont, de plus, la figure toute blanchie avec une espèce de chaux; ils font de cette façon le tour du village à grand renfort de tam-tam, de chants, de cris et de coups de fusils.

Le sorcier suspend aux hautes branches ou aux troncs d'arbres fichés dans le sol un pot de terre ; ce pot renferme de la viande cuite avec diverses herbes, il est ensuite recouvert d'une peau de bête enchantée.

Les jours suivants après la cérémonie, chacun des jeunes gens, après avoir tiré un coup de fusil, va se mettre sous un arbre, chacun a le sien. Un homme qui est grimpé dans l'arbre, fait descendre dans sa bouche, au moyen d'un fil, un peu de la viande en question, après quoi, et après avoir tiré un autre coup de fusil, tous retournent chez eux, les circoncis sont mis clans une case à part où ils vivent seuls. Vn mois après, ils reprennent la vie commune.

Le 25. — Je pars pour Dumé.

Le 2G. — Je fais halte dans un village Aduma voisin de celui où est le DrLenz avec qui je repars. Lui aussi va à Dumé.

Le 27. — Nous voyageons ensemble et nous passons la soirée au village N'guémé.

Le 28. — Je m'arrête au village de Cumba Maribo. Le docteur Lenz reste un peu en arrière.

Le 29. — A neuf heures du matin, le premier parmi lesEuropéens, j'eus la satisfaction d'arriver aux cascades de Dumé.

Le 30. — Le docteur Lenz me rejoinl à Dumé el moi, devant trouver chez lesAduma et chez les Ossyeba,le moyeu de me procurer hommes et pirogues, je descends de nouveau le fleuve;

JEUNE FETICHEl'I; GALOIS

tandis que lui, compte le remonter plus haut. J'ai su par lui, lorsque le 11 juillet, il a traversé le village de Djumha pour descendre chez les Okanda et de là rentrer en Europe (il était parti le 2 juillet de Dume) que, arrivé au confluent du fleuve

DANS L'O i EST A.FB h : A I X loi

Sébé (un jour et demi de pirogue de Dumé) tous ses hommes l'ayant quitté la nuit; il n'avait pu continuel' le voyage.

Parti de Dumé je m'arrêtai chez N'guémé, chef influent des Adiima, je fis réunir les chefs des villages voisins e1 ceux-ci me promirent des pirogues. Je m'arrêtai ensuite au village Adunia

m'bouri fétiche

de Numba, ayant entendu dire qu'un chef que j'avais vu à Lopé avait remonté le fleuve et voulait me rejoindre.

L'arrivée de Dumha confirmait les craintes qui, comme je te l'ai déjà dit, m'avaient en grande partie conseillé ce voyage chez les Okanda. Les événements.m'expliquèrent ensuite cette arrivée de Dumba. Les Okanda auxquels il déplaisait de nie voir partir chez les Adunia et chez les Ossyeba l'avaient envoyé'

ici pour les menacer de ne plus faire decommerce avec eux s'ils ne donnaienl des pirogues.

Ignoranl alors tout cela, je quittai alors le village de Dumba

pour aller dans celui de Djumba croyant qu'il ne tarderait pas à arriver avec un nombre de pirogues suffisant pour transporter mon quartier général de Lopé à Dumé, comme j'en avaisl'intention.

Arrivé chez Dumba, je fus très content de voirque lapirogue déjà mise à réaliserait entièrement finieen cinqjours; six jours après, je remontai chez Dumba pour chercher les autres piroguespromises.

Je ne trouvai dans ce village rien de prêt pour le départ, et Dumba se moqua de moi, faisant repartir ma pirogue et m'en promettant une autre pour redescendre au village de Djumba ; et il me la refusa ensuite.

Je fis fouetter par mes deuxhommes le chef d'un des villages des bords du fleuve où Dumba m'avait conduit et qui, à son instigation, s'était également moqué de moi.

Sachant qu'aucun de mes hommes ne nageait suffisamment, je dos moi-même traverser le fleuve à la nage pour aller prendre au village de Dumba, la petite pirogue qui m'était nécessaire pour redescendre chez Djumba, ce que je fis le jour suivant.

Arrivé à une cascade, ma pirogue chavira, comme je m'y attendais, mes deux hommes n'ayant pas l'habitude de conduire pareil esquif.

J'avais fort bien reçu à Lopé le chef Dumba et lui avais fait divers cadeaux; en somme, je ne pouvais d'autant moins m'expliquer sa conduite et le changement de sa manière d'être vis-à-vis de moi que, dès son arrivée, il était venu avec plusieurs chefs qui tout d'abord m'avaient fort bien reçu.

Depuis déjà quelque de temps, j'épargnais mes provisions en cas d'événements imprévuset vivais de manioc; mais outre que

j'étais repris parla fièvre tierce qui commençait à m'affaiblir, j'avais hâte d'être de retour à Lopé où j'étais sûr de trouver au moins un bien-être relatif. Déplus la conduite de Dumba me

donnait de grandes inquiétudes ; je craignais que les Okanda ne remontassent pas le fleuve ou le fissent sans mes marchandises.

. J'avais trouvé un homme qui voulait bien travailler à la pirogue à mes frais, mais le chef ne voulut pas le lui permettre et m'affirma que Souga ne voulait pas descendre le fleuve et m'avait retenu seulement pour avoir de moi un cadeau d'usage. En dépit de mon impatience, je dus attendre les événements.

Pendant ce temps, j'avais revu Djumba deux fois, chaque fois il avait voulu retourner dans son village, promettant de descendre avec moi, mais je refusai et lui fis des menaces. Je sus par la suite qu'il avait fait une sorcellerie contre moi. Gomme pour donner raison à la sorcellerie, le 12, la fièvre me reprit avec violence accompagnée de vomissements que je ne pouvais retenir. Je commençai alors à être faible, à ne pouvoir manger; je ne pouvais plus supporter autre chose que de l'eau dans laquelle on avait fait bouillir de la canne à sucre. . Il faut que je te dise qu'à mon arrivée dans ce village, j'avais ordonné que Metouta, un de mes Sénégalais, descendrait par le fleuve jusqu'à Lopé pour porter une dénies lettres; il devait descendre dans une pirogue contenant à peine place pour deux hommes. L'indigène qui la montait pouvait à peine se tenir assis dans le fond.

Metouta parti, je me tranquillisai un peu parce que je mettais Eallay en garde contre la mauvaise foi des Okanda.

La pirogue fut conduite par le fils du chef lequel, avant de rien faire, consulta ses sorciers qui procédèrent alors à la cérémonie suivante.

Après avoir mis des bananes dans un panier et les avoir

m TROIS EXPLORATION S

offertes aux esprits, ils prirent la crécellequi sert aies réveiller, ei la secouant, ils demandèrenl : « Fais-je bien d'envoyer mon fils chez les ( Ikanda avec l'homme blanc? »

La réponse lut sans doute affirmative, puisque, secouant de nouveau la crécelle, le sorcier demanda : « Doit-il partir aujourd'hui?» La réponse dut être de nouveau affirmative attendu que le garçon se prépara à partir et se coupa une mèche de cheveux surlanuque, une autre sur le haut de la tête, un ongle despieds et un de la main. Son père prit tout cela et en lit an paquet qu'il mil dans la case du sorcier sous la protection duquel il devait se trouver désormais pendant le voyage.

Je continue donc. Et, d'abord, avant de te dire que j'ai été malade je t'avertis qu'en ce moment je me porte admirablement bien.

Jusqu'au 10 août, je commençai à m'affaiblir de jour en jour et je me souviens qu'un esclave Okota qui avait déjà montré quelque attention pour moi, me voyant marcher avec grand'peine, me donna un bâton pour pouvoir m' appuyer.

Le 11, j'étais tellement faible que je résolus de descendre à Lopé à tout prix et quand j'eusse même dû, à mon grand regret, user même de violence.

Et comme je n'avais jamais pu nie mettre en route avec ma petite pirogue, mes hommes ne sachant la diriger, je me décidai à aller le lendemain au village de Djumba pour y prendre sa grande pirogue et descendre le fleuve tout en conservant, s'il était possible, les hommes qui m'avaient conduit. Le soir, j'envoyai dans ma petite pirogue Denis, mon interprète, voir où était la grande pirogue.

Le 17 août, enfin, je partis avec quatre hommes du village parmi lesquels l'esclave Okota. Arrivé chez Djumba et ne voyant pas sa pirogue, probablement parce que, ayant deviné mon intention, il l'avait cachée, je me décidai à descendre

DANS L'OUEST A.FRICA.] X

avec la mienne, menaçant de tuer ceux de mes hommes qui ne vomiraient pas me conduire chez les Okanda.

Alors, quand nousfùmes près de leur village, ils voulurent accoster; les ayant menacés en vain, je tirai aux oreilles de leur chefun coup de fusil pour leur faire peur; tous alors se mirent à essayer de faire chavirer la pirogue. Immédiatement, j'arrêtai ce mouvement en tuant le chef pendant que Denis, avec une carahine, en tuait un autre; il se trouva que ce fût l'esclave Okota dont je veux te parler; quant aux deux derniers, ils se jetèrent à l'eau. Du village partirent quelques coups de fusil que je fis immédiatement taire en tirant au-dessus de leurs têtes un coup de revolver. Enfin je descendis le lleuve avec mes deux hommes.

J'étais désolé de ces deux morts, surtout de celle du

108 TROIS EXPLORAT IONS

pauvre esclave Okota, mais je n'en éprouvais aucun remords, je n'avais l'ait que défendre ma vie. En ce moment je me croyais gravement malade.

Le soir, j'arrivai au village de Zaburet et, le lendemain matin, quand je me préparais à repartir, ce fut avec la plus grande surprise et avec la satisfaction la plus grande que je vis les vingt-deux pirogues des Okanda, lesquelles, conduites par Ballay, portaient la meilleure partie de mes provisions.

Je confesse qu'alors je me sentis guéri.

Le D'Ballaymedit que j'étais uniquement fatigué parles privations et que j'avais une fluxion de poitrine mais tellement légère que je pouvais poursuivre le voyage, ce que je fis en retournant en arrière avec lui. Nous remontâmes alors le fleuve et nous nous arrêtâmes 1 jours après au village de M'quémé.

La majeure partie de mon bagage était alors déjà remontée, le quartier-maitre Hamon était resté à Lopé avec le surplus que nous nous proposions de faire repartir avec les Aduma ou avec les Okanda même quand ils remonteraient le fleuve une seconde fois.

Quelquesjours après notre arrivée dans le village de M'quémé j'envoyai Marche reconnaître le fleuve au-delà des cataractes de Dumé, il parvint presque jusqu'au territoire des Alzana.

LeTi septembre les Okanda vinrent me dire qu'ils descendaient par l'Ogôoué mais ils avaient peur d'être attaqués parles Pahouins maintenant qu'ils n'avaient avec eux aucun blanc; je me décidai alors à les accompagner, mon but étant de dresser la carte du 11 cuve.

Dix pirogues Aduma s'étaient jointes à celles des Okanda; j'avais donc avec moi environ trente-quatre pirogues de celles qui peuvent contenir plus de trente hommes. Les Okanda avaient acheté cent quatre-vingt-deux esclaves parmi lesquels il y en avait de vieux à cheveux blancs et des enfants de trois ans

sans leur mère. A mon arrivée je leur fis enlever la pièce de bois (la gangue des Chinois à peu près) où ils avaient les mains prises, c'était d'ailleurs la seule chose que, vu les circonstances de l'expédition, je pusse faire pour eux.

Le 30, dans la soirée, nous nous arrêtâmes à l'embouchure du fleuve Ivindo, dans l'île même où avait eu lieu l'attaque contre le marquis de Gompiègne et Alfred Marche.

Le lendemain matin, nous repartîmes et un des chefs Okanda, dont la pirogue avait chaviré, se noya. Grâce à moi, six hommes de cette pirogue avaient été sauvés et comme mon embarcation était trop petite, je dus aller abord pour les faire descendre et en retourner chercher d'autres, et ce ne fut pas sans peine.

Le 2 octobre, j'arrivai à Lopé et envoyai Hamon avec les Okanda, lesquels allaient chez les Snenga pour les prévenir de l'heureuse réussite de leur voyage : Hamon devait prendre à la factorerie de Lambarené trois grosses caisses que j'attendais d'Europe; c'étaient des vivres dont nous commencions tous à avoir besoin pour nous donner un peu de bien-être, bienêtre relatif, d'autant plus qu'à présent, nous avions à notre disposition des moyens de transport qui devaient nous manquer par la suite pour communiquer avec la factorerie.

J'écrivis, par l'entremise de Ballay, le priant, s'il y avait moyen, de faire verser ma solde au Trésor du Gabon, et j'attends encore sa réponse; je crois que c'était chose difficile.

Je te prie d'envoyer à mon nom par l'entremise du Ministère, au Trésor du Gabon, la somme de... francs pour payer ce qu'Hamon prendra à la factorerie, d'autant plus que les dépenses faites par Ballay au Gabon surpassent de 7 à 000 francs la somme que je t'avais demandée de Lopé et celle que j'avais à ma disposition à cette époque au Gabon.

A présent, il m'est indispensable d'y avoir à ma disposition une petite somme pour payer les hommes qui, au moyen d'un

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