‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886Chapitre 11 sur 71 · IV, A · texte numérisé non relu

IV, A

FEMME ET ENFANT OSSYEUA OU PAHOUINE

Les Okanda avaient cherché en m'effrayant à me dissuader d'aller chez les Ossyeba, ils furent curieusement surpris de me voir revenir accompagné par leurs ennemis qui venaient passer trois jours à Lopé.

«/i TROIS EXPLORATIONS

En outre je déjouais leurs machiavéliques combinaisons.

La menace d'abandonner leur territoire en employant des Ossyeba au transport de mes bagages^ fit faire aux Okanda tout ce que je voulais.

Quand Mamiaka partit, je lui dis que sous peu je retournerais le voir, et hier soir, non sans être fort étonné, j'ai vu arriver à Lopé, Mamiaka accompagné de trente-cinq Ossyeba qui venaient me chercher.

Pour faire croire aux Okanda que je compte retourner chez eux après être allé à Adouma et pour attendre en même temps le plus commodément possible la fin de la saison des pluies, je fis construire une grande case à l'admiration des Okanda (jui n'en avaient jamais vu de pareille. Je profitai du temps pendant lequel je comptais rester encore ici pour envoyer Ballayau Gabon. Il emmène aveclui quatre hommes malades démon escorte, fera les achats qui nous sont nécessaires et remontera avec quatre hommes remplaçant les malades. Il sera de retour ici, je l'espère tout au moins, à la fin de juillet, époque à laquelle je commencerai les préparatifs du départ.

•le profite de cette circonstance que je n'espérais pas depuis quinze jours, pour t'envoyer ces lettres. La route qu'elles suivront sera plus rapide et plus sûre. Le docteur Ballay partira demain matin à la pointe du jour, dans une pirogue d'un Okanda, qui le conduira jusqu'à Lambaréné où on l'attendra pour le ramener ici. Vos nouvelles qu'il m'apportera seront, je l'espère, bonnes.

Demain, je pars et je vais avec Mamiaka chez les Ossyeba dont je n'ai maintenant rien à craindre d'autant plus que j'y vais sans marchandises. Si, comme je l'espère, je puis arriver au pays des Aduma, les difficultés que je rencontrerai par la suite seront, je crois, moins grandes que celles que j'ai déjà surmontées. Mais alors les communications avec l'Europe

seront complètement interrompues, probablement jusqu'à l'époque de mon retour.

Rappelez-vous bien que plus je m'avancerai dans l'intérieur, plus je suis en sûreté et plus mon voyage deviendra facile. Donc, le manque de nouvelles sera toujours une bonne nouvelle.Ce sera avec un sensible plaisir que je pourrai entrer dans notre case quand celle-ci sera finie et que je pourrai apprécier la douceur d'un lit bien lait sur une table.

En vérité je n'aurais jamais cru qu'il y eût tant de diflerence entre dormir par terre et dormir sur une table quoique moi qui parle de posséder une case je ne doive en profiter que fort peu, étant le plus souvent en excursion.

Je suis heureux de vous dire que je suis en excellente santé, le climat d'ici est beaucoup plus sain que celui du bas tleuve.

Lopè, 23 novembre 1878 MA. CHÈRE MAMAN,

J'avais commencé àt'écrire au mois d'avril le commencement de mon voyage. Aujourd'hui manquant d'autre papier, je t'envoie cette lettre écrite sur les feuilles de mon album, j'ai perdu le premier récit de mon voyage au pays inconnu des Sébé.

Quand Ballay fut parti pour le Gabon, je partis à mon tour pouraller chez les Pahouins des chutes de Dumé ; ceux-làmêmes qui attaquèrent et firent reculer le marquis de Compiègne et Alfred Marche. Je ne pouvais arriver sans difficulté, lechefNaaman refusant de me laisser visiter son village. Je finis cependant par réussir et après être resté avec lui quelques jours, nous nous séparâmes en bons termes. Il ne me fut pas possible de pénétrer jusqu'au village du fleuve Ivindo.

A mon retour au village de Mamiaka (le chef qui était venu, avec moi, à Lopé) je trouvai le docteur Lenz, qui, s'étant décidé à suivre mon exemple, était arrivé enfin chez les Ossyeba.

Tu sais déjà que le D' Lenz était arrivé chez les Okanda en juin 1875.

Ils s'étaient fait payer pour le conduire chez les Aduma et chez les Ossyeha mais, après un simulacre de départ ils l'avaient abandonné à l'embouchure du fleuve Ofué. Depuis un an il n'avait pas avancé.

Quanta moi, je voyage en toute sécurité chez les Ossyeha, malgré leur mauvaise réputation. Ami des chefs les plus influents j'étais connu partout et accueilli avec des démonstrations de joie. Les chefs du fleuve Ivindo ayant su mon intention d'aller chez eux, vinrent me voir au village de Mamiaka et m'invitèrent aies accompagner chez eux. En outre ils me demandaient de les conduire chez les blancs quand je redescencendrais vers le fleuve.

Etre voisin des blancs est le but auquel tendent sans cesse tous les Ossyeha.

Le 21 mai, j'étais de retour à Lopé, ramenant des Ossyeba destinés à me servir de piroguiers.

Mamiaka m'avait fourni les hommes, son neuveu Zaburet devait me servir de guide. Ses guerriers faisaient campagne contre les villages des bords du fleuve et ne pouvaient, par conséquent, prendre la route ordinaire. Ils me dirent que le chemin qu'ils allaient parcourir traversait la forêt vierge, d'ailleurs on ne rencontrait aucun village, suivant des sentiers tracés à peine par les chasseurs. Après quatre jours de marche, nous serions arrivés dans leur village qui est à une journée de route des villages Ossyeba.

Arrivé le 26 au village de Mamiaka je lui donnai du sel pour qu'il pût acheter des vivres, et quatorze:hommesetdeux femmes Ossyeba devaient porter mon bagage. Le lendemain nous partîmes à travers la forêt.

... Avant de continuer j'ouvre une parenthèse. Tu t'étonneras sans doute de trouver tant de taches d'huile sur ma lettre. Mais comme je ne suis pas très à mon aise pour t'écrire, tu

m'excuseras, J ai pour lampe une vieille boîte de sardines pleine d'huile de palme et les mille papillons et autres insectes qui abondent dans ce pays arrivent, attirés par la lumière, et finissent par tomber dans l'huile dans lequelleils font le diable. Ils viennent ensuite se poser sur mon papier.

Le lendemain je pénétrai, comme je te l'ai déjà dit, dans la forêt, le premier jour je fus tout seul, sans voir trace d'animaux et l'on ne fit que monter et descendre. Je n'avais même pas vu Zaburet consulter les autres guides pour savoir si nous étions dans le bon chemin et j'avais cru que nous n'en suivions aucun. Pour t'en donner une idée, sache seulement que lorsque je perdais de vue l'homme qui marchait devant moi, j'étais obligé de crier mon nom pour qu'on sache où me retrouver. A chaque moment, nous traversions des ruisseaux et trois fois nous fûmes obligés de m.onter et de descendre pendant vingt ou trente minutes le long d'un petit fleuve avec de l'eau jusqu'aux genoux. Par bonheur, les arbres gigantesques de la forêt formaient un dôme [de verdure que le soleil ne traversait pas, autrement il eût été impossible pour moi de faire pareille marche, bien que j'en eusse pris l'habitude lorsque j'étais chez les Okanda.

Souvent, quelques-uns de ces arbres immenses tombés par vétusté ou abattus par la foudre servaient de route et on cheminait alors sur leurs troncs pendant une cinquantaine de pas. Quelle hauteur devaient-ils avoir quand leur tronc était chargé de branches ? Ailleurs de petits ruisselets barraient la route , on suivait leurs cours jusqu'à ce que l'on pût trouver un pont naturel fait d'un tronc abattu à travers le fleuve. ;Je traversai le ruisselet Boall sur un de ces troncs long de cinquantesix pas et à une hauteur de 6 à 8 mètres de l'eau. Mes hommes pesamment chargés cheminaient sur ce pont et moi, bien que j'aie la réputation d'être bon équili])riste, j'étais souvent obligé

de les laisser passer devant moi, et de marcher seul pour que les oscillations que produisait leur marche ne me fissent pas tomber. Là comme sur la terre, le seul signe de vie qui m'arrivait aux oreilles dans la forêt était le croassement lointain dutouraco bruyant. J'oubliais de te dire que, presque toujours, on est obligé de marcher courbé et enfin à quatre pattes en écartant avec les mains le réseau des lianes et des bambous (]ui barrent la route.

Enfin, arrivé au village de Zaburet,je vis avec grand déplaisir mon pauvre chapeau entièrement usé par devant à force d'avoir rasé les branches.

On était dans la saison des pluies et la roule étant inondée d'eau retardait notre marche. Lorsque la forêt devint plus obscure, ce qui prouve que le soleil que nous n'avions pas vu se tournait au couchant, nous nous arrêtâmes.

Et, alors qu'un Européen se fût trouvé embarrassé pour manger et dormir sur la terre humide ou plutôt sur les débris de feuilles tombées, les Pahouins, vrais hommes des bois, surent avec énormément de prestesse, allumer le feu, construire une case et se faire des lits. Les uns recueillèrent du bois, les autres, à l'aide de petits échalas, formèrent l'armature légère d'un toit, sur lequel ils appliquèrent de larges feuilles que d'autres étaient allés chercher; l'eau ne traverse pas tle pareils toits et ils ne craignent que le vent, qui cependant ne souffle jamais au pied de ces arbres immenses. Lorsque les feuilles vinrent à leur manquer, ils se servirent de l'écorce d'un certain arbre, écorce qui pouvait facilement se détacher du tronc, et en firent les toits de leurs cases.

Quant aux lits, ils les avaient construits avec quatre fourches fichées en terre sur lesquelles ils avaient étendu d'autres branches pour y dormir, il fallait y être habitué ; cependant ces lits ont l'avantage de vous garantir de l'humidité du sol, les feux

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allumés des deux côtés tienuent lieu d'habits et de couvertures. Tout ceci est fait, comme je viens de le dire, avec une telle prestesse qu'en moins de vingt minutes mes hommes avaient fini et se tenaient autour du feu en bavardant.

J'admirais leur habileté sans penser à mon lit qui était facile à faire ; je ne suis pas marin pour rien, j'avais un hamac suspendu entre deux arbres à un mètre ou deux de hauteur et ma couverture étendue au-dessus de ma tête me servait de tente ; tout cela parfaitement arrangé grâce à un morceau de toile et à quelques cordes.

Lorsque j'avais marché du matin au soirsous la pluie, c'était pour moi un grand bonheur de pouvoir me coucher sur ce bienlieureux morceau de toile que je faisais sécher devant le feu. Et quand les Ossjœba (Pahouins) bien qu'ils aient construit sous la pluie leur lit de feuilles, se furent sécliés, ils se couchèrent et leur couverture fut une simple écorce flexible.

Le 28 mai nous repartîmes tous au point du jour. Le pays présentait alors le même aspect, il fallait monter et descendre continuellement, la forêt gardant un silence majestueux. Vers midi, un Pahouin tua avec sa lance un serpent gros mais court et portant trois cornes sur le nez : je reconnus que c'était une vipère cornue (très dangereuse vipère). Nous commençons à voir les traces d'éléphants et Zaburet m'avertit que, la pluie ayant retardé notre marche, sept jours de route nous séparaient encore de son village ; il me prévint, en outre, que n'ayant pas assez de vivres pour arriver à un village abandonné depuis peu et où nous comptions nous ravitailler, il était absolumentnécessaire de tuer quelque animal.

Je fis triste mine quand j'entejidis de quelles folles espérances se flattaient les Pahouins pour avoir à manger et je restai très découragé quand, les passant en revue, je m'aperçus qu'ils avaient des vivres pour deux jours à peine et que, en

comptant mes ressources, on ne pouvait à la rigueur donner des vivres à toute la troupe quepourtroisou quatre jours seulement. Et cependant la sobriété des Paliouins est exemplaire quand ils sont en voyage.

La réputation de chasseur dont je jouis parmi eux fait qu'ils croient qu'il m'est toujours possible de tuer quelque animal, et surtout depuis que j'ai eu la chance, étant au milieu d'eux, d'abattre au vol des grues et surtout une énorme antilope ; que j'ai tirée à Bingilli quand j'allais à la chute de Bué.

Je pensai d'abord retourner sur mes pas, craignant la faim, et si je ne m'y décidai pas, ce futparce que Zaburet me parla comme d'une chose certaine des vivres que nous devions trouver au village voisin. Je continuai donc ma route toujours pensif. Je m'étais proposé de ne jamais tirer qu'à coup sûr, toutes les fois que je serais en présence des Pahouins, néanmoins je marchais scrutant souvent la cime des arbres pour tâcher de découvrir quelque singe ou autre animal sur lequel j'aurais tiré encore que je n'eusse eu que peu d'espérance de le tuer.

Vers les deux heures nous nous arrêtâmes pour manger et les Pahouins se partagèrent le serpent qu'ils avaient tué. Quels marcheurs que ces Pahouins 1 sur l'épanle, une caisse de 24 kilos, ils parcourent les chemins les plus difficiles comme s'ils ne portaient rien.

Vers le soir étant resté un peu en arrière je m'e«ntendis appeler à voix basse par les Pahouins; je croyais qu'ils avaient découvert quelque singe et, passant devant ma petite troupe, mon interprète me parla d'un éléphant qu'ils avaient entendu arriver; tous les yeux se tournèrent vers moi; pleins de joie comme si l'animal eût déjà été abattu (chose de laquelle je n'étais pas du tout sûr, d'autant plus que ma carabine avait seulement un de ses canons rayé).

Le manque de vivres me décida donc à donner la chasse à

l'éléphant; mais, n'ayant pas de projectile pour le canon lisse de ma carabine, j'y introduisis une balle du calibre de son autre canon ; résolu alors de ne tirer qu'à « brûle poil » et pour me défendre. J'avais en outre peur de voir éclater mon arme.

Je m'avançai donc avec Métouta, un de mes deux Sénégalais, pendant que les Pahouins très prudents se cachaient derrière les cases, d'ailleurs n'ayant quêteurs fusils à pierre, je comprenais parfaitement qu'ils pussent avoir peur du pachyderme.

Après avoir suivi sa piste pendant quelque temps, ce fut alors Métouta qui, lui aussi, commença à avoir peur, ilresta un peu en arrière mais me suivit cependant à quelque distance. Je désespérais déjà de trouver l'éléphant et je m'avançais rapidement sans faire aucune attention quand, sur ma gauche, le bruit de branches et de feuilles brisées m'annonça sa présence. Faisant volte-face je le vois à vingt pas à peine entre les feuilles et les lianes, qui me présentait le front et me regardait.

Sur le premier moment, surpris de me trouver aussi près de ce gros animal, j'eus une certaine émotion, émotion que je ne crois pas devoir désavouer; il n'est pas même certain que l'idée de fuir ne me vint pas tout d'abord à l'esprit.

« Attention! il faut tirer juste, » me dis-je à moi-même.

Et pour cela, je mis un genou en terre, prêt à faire feu. A ce moment j'éprouvai une émotion, ma foi, très agréable ; je restai ainsi au moins deux minutes. L'éléphant me regardait et ne bougeait pas ; pendant ce temps, j'attendais qu'il changeât de place. Enfin, je pris mon point de mire avec grande attention, cherchant à lui envoyer la balle de façon à ce que, rasant la tète, je pusse lui fracasser l'épaule et le cou. Le coup partit, je ne bougeais pas, je ne distinguais rien; la fumée m'einpèchant totalement de voir, je crus l'éléphant frappé au cœur et mort sur le coup. J'allais m'approcher plus près de lui quand un énorme fracas m'avertit qu'il n'était nullement mort, et

qu'il allait me charger. A l'instant, en deux bonds je m'élançai le fusil sur l'épaule, mais la bête était déjà en fuite, bien que tout le sang répandu sur le sol me montrât qu'elle avait été frappée mortellement.

Je rappelai alors Métouta, qui, me croyant absolument broyé, criait mon nom d'une voix épouvantée. Jusqu'alors je n'avais pas eu peur et cependant je confesse qu'à ce moment, l'émotion me prit en pensant aux dangers courus. J'avais si bien toute ma présence d'esprit que je me rappelle avoir crié à Métouta de sauter de côté au moment où je croyais que l'éléphant allait courir sur moi.

Deux des Pahouins le sachant frappé à mort, décidèrent de suivre avec moisestraces. Nous marchons pendant au moins une demi-heure en suivant les larges taches de son sang. Arrivés près d'un ruisseau, un grandbruit dans l'eau me fit croire que nous avions troL vé ; nous nous trompions, c'était un troupeau de quatre bœufs sauvages que notre présence faisaitfuir. J'en abattis un l'épine dorsale brisée par une balle.

Le bifteck de filet de bœuf que je désirais tant en quittant la côte était enfin trouvé et je n'avais plus à craindre la faim pour lereste du voyage. C'était une vraie bonnefortune. Meshommes et moi serions facilement morts de faim, attendu que nous n'avions rien trouvé dans le village abandonné, les éléphants avaient tout mangé.

Nous nous arrêtâmes dans ce village pour fumer la chair du bœuf ,mais je ne pus cependant avoir le « heefsteak » tant désiré, les Pahouins l'ayant dépecé de telle façon qu'il fut impossible de trouver un peu de filet.

Le lendemain nous fûmes éveillés par une pluie torrentielle et passâmes la journée à fumer notrebœuf.

Le soir, Métouta avait la fièvre et crachait le sang. J'en fus fort découragé, car de tous mes Sénégalais, c'était lui qui m'était

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le plus dévoué; j'avais de mon côté une grande affection pour lui. J'eusse été très malheureux, s'il m'avait fallu me séparer de lui, je donnai à Métouta ma propre couverture, la sienne étant encore trempée.

Nous partîmes au lever du jour. Mes hommes portaient vraiment une lourde charge, outre les caisses ils avaient encore la chair de notre bœuf dont nous n'avions laissé que la carcasse.

Nous nous arrêtâmes à nuit close, trempés jusqu'aux os par la pluie qui tombait depuis longtemps sans interruption. Mouillé comme je l'étais, je ne me couchai pas, je m'assis devant le feu. Ce fut ce qu'on peut appeler une nuit musicale, attendu que j'en passai la plus grande partie à chanter tous les airs qui me venaient à l'esprit et qui me faisaient penser aux pays lointains. J'avais dîné de manioc et de bœuf séché et j'avais bu du thé, que j'avais à ce moment le bonheur de posséder : du thé sans sucre bien entendu, le sucre étant un luxe permis seulement en Europe.

La pluie avait continué toute la nuit, accompagné notre marche toute la journée et n'avait cessé que le soir. Gela me permit défaire sécher mes vêtements et je pus dormir le reste delà nuit.

Nous cheminons tout le lendemain sur les larges traces des éléphants et des bœufs sauvages. Nos Pahouins ne se rassurèrent que lorsqu'ils eurent constaté que ces animaux suivaient une direction opposée à la nôtre.

Le trois juin j'arrivai auxbords du fleuve et ce qui me récompensa de mes fatigues, ce fut l'émotion profonde que j'éprouvai. Le premier Européen je voyais l'Ogôoué au-delà des chutes. J'allais les voir ! je me trompais ! les chutes étaient encore à plus de quatre jours de marche.

De mon côté je construisis un radeau avec quelques arbres légers, et passai le fleuve, large en cet endroit de 7 ou 800 mètres.

Ces radeaux ou barques des Ossyeba , comme on les appelle dans le pays, sont un moyen de transport assez peu agréable, mais c'est le seul qu'emploient les habitants pour traverser le fleuve. Trois ou quatre troncs d'arbres coupés dans la forêt et attachés ensemble par des lianes forment un radeau qu'on abandonne au courant après s'en être servi. Pour comble d'infortune, en traversant ainsi le fleuve, les quelques provisions d'Europe, que j'avais avec moi, furent entièrement gâtées par l'eau.

4 juin. Nous campons sur l'autre rive du fleuve, et les fièvres me reprennent. La nuit, un coup de fusil a été tiré sur un tigre qui tournait autour de nous. L'espèce en est commune dans ce pays, et j'en ai souvent vu les traces.

5 juin. — Marché toute la journée.

Nous sommes arrivés au village de Zaburet. Ce village est composé moitié d'Ossyebaet moitié de Shake qui sont un peuple très nombreux. Ils me semblent d'ailleurs difl'érerpeu des premiers, et se trouvent, d'après mes renseignements, au Sud-Est des Ossyeba.

A peine arrivé j'envoie un Shake, N'dolla, chez les Ossyeba pour leur faire dire ({u'un blanc est arrivé qui désire visiter le pays. Je demandais en outre une pirogue pour remonter le fleuve; afin d'être cru je remets au porteur mon bâton et un feu de bengale.

N'dolla devait être de retour le 7. Le 8, le 9, le 10 et le 11 juin j'attendis vainement N'dolla et la pirogue.

Je me décidai alors àpartirmoi-mêmechercherla pirogue chez les Ossyeba; je repassai alors le fleuve accompagné de Zaburet et de ses hommes. Le soir je m'arrêtais à Gioconda, village shake.

Le lo juin, je quitte le village de Gioconda. Mais épuisé par trois mois de voyage en pleine saison des pluies, je fus repris par une très forte fièvre qui m'ompèchn do marcher et fus obligé de revenir sur mes pas.

Le 14 juin, je partis de nouveau. Mais après deux heures de marche, malgré l'ipécacuana et une forte dose de quinine, la fièvre me reprit encore avec plus de force.

J'envoyai mon interprète Denis, le seul homme qui me restât, chercher la pirogue tant désirée.

Les Pahouins furent très irrités quand ils virent que Denis mon interprète partait avec ma carabine. Et quand je leur montrai mon petit revolver de poche, ils furent assez peu rassurés et : « Le tigre est grand et le tusil est petit, » dirent-ils, le soir. Croirais-tu que ces « favonches cannibales » de Gompiègne voulaient me faire cuire vivant. Ils avaient déjà réuni et rassemblé autour de moi tant de bois que cela eût certainement suffi à me faire cuire sinon immédiatement du moins à petit feu, après quoi, satisfaits de leur œuvre, ils se sont couchés sur le flanc.

Heureusement, il ne s'est montré aucun tigre ; sans quoi, je crois qu'ils m'eussent faitrôtirde peur d'être mangés tout crus.

L'après-midi arriva l'interprète avec une pirogue de Djumba, roi des Ossyeba.

J'emploie, le mot roi car c'est ainsi que l'appelle Renoqué, lequel n'a pas moins d'influence chez les Inenga que Djumba, dans son pays.

Le soir j'étais de nouveau au village de Zaburet, comptant y passer la nuit, et j'eus l'heureuse surprise d'y rencontrer le docteur Lenz ; je pouvais alors lui faire les honneurs du "pays.

Il était arrivé le matin.

Jusqu'au 24 juin je restai avec le docteur Lenz dans le village de Djumba, explorant les environs. Enfin le 20 je demande à Djumba des pirogues et des hommes pour descendre chercher mes marchandises, mais il me répond qu'il a perdu sa grande pirogue et qu'il fera demain abattre un arbre pour m'en fournir une autre.

DANS LOUESÏ AFRICAiX y9

A mon arrivée eut lieu la cérémonie de la circoncisiou. Le bruit infernal, accompagnement obligé de chaque lete en Afrique, m'empêche pendant trois nuits de dormir. La circoncision se pratique à l'âge de dix-huit à vingt ans, la fête dure trois jours qui se passent en danses et en tam-tam. Après ces trois jours, les jeunes gens sont portés en procession vêtus de leurs habits de fête avec tous leurs ornements, perles et bracelets de cuivre qu'ils peuvent trouver à emprunter; ils ont, de plus, la figure toute blanchie avec une espèce de chaux; ils font de cette façon le tour du village à grand renfort de tam-tam, de chants, de cris et de coups de fusils.

Le sorcier suspend aux hautes branches ou aux troncs d'arbres fichés dans le sol un p(jt de terre ; ce pot renferme de la viande cuite avec diverses herbes, il est ensuite recouvert d'une peau de bête enchantée.

Les jours suivants après la cérémonie, chacun des jeunes gens, après avoir tiré un coup de fusil, va se mettre sous un arbre, chacun a le sien. Un homme qui est grimpé dans l'arbre, fait descendre dans sa bouche, au moyen d'un fil, un peu de la viande en question, après quoi, et après avoir tiré un autre coup de fusil, tous retournent chez eux, les circoncis sont mis dans une case à part où ils vivent seuls. Un mois après, ils reprennent la vie commune.

Le 25. — Je pars pour Dumé.

Le 26. — .Te fais hahe dans un village Aduma voisin de celui où est le D' Lenz avec qui je repars. Lui aussi va à Dumé.

Le 27. — Nous voyageons ensemble et nous passons la soirée au village N'guémé.

Le 28. — Je m'arrête au village de Cumba Maribo. Le docteur Lenz reste un peu en arrière.

Le 29. — A neuf heures du matin, le premier parmi lesEuropéens, j'eus la satisfaction d'arriver aux cascades de Dumé.

1*^ TlîOIS EXPLOKATIONS

Le 3U. — Le docteur Leiiz me rejoint à Dumé et moi, devant trouver chez lesAduma etchez les Ossyeba,le moyen de me procurer hommes et pirogues, je descends de nouveau le fleuve;

JEUNE FÉTICHELU CALOIS

tandis que lui, compte le remonter plus luuit. J'ai su par lui, lorsque le 11 juillet, il a traversé le village de Djum])a pour descendre chez les Okanda et de là rentrer en Europe (il était parti le 2 juillet de Dumé) que, arrivé au confluent du fleuve

Sébé (un jour et demi de pirogue de Dumé) tous ses hommes l'ayant quitté la nuit; il n'avait pu continuer le voyage.

Parti de Dumé je m'arrêtai chez N'guémé, chef influent des Aduma, je fis réunir les chefs des villages voisins et ceux-ci me promirent des pirogues. Je m'arrêtai ensuite au village Aduma

M'BOURI FETICHE

de Numha, ayant entendu dire qu'un chef que j'avais vu à Lopé avait remonté le fleuve et voulait me rejoindre.

L'arrivée de Dumba coniirmait les craintes qui, comme je te l'ai déjà dit, m'avaient en grande partie conseillé ce voyage chez les Okanda. Les événements m'expliquèrent ensuite cette arrivée de Dumba. Les Okanda auxquels il déplaisait de me voir partir chez les Aduma et chez les Ossyel)a l'avaient envoyé

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ici pour les menacer de ne plus faire de commerce avec eux s'ils ne donnaient des pirogues.

Ignorant alors tout cela, je quittai alors le village de Dumba pour aller dans celui de Djumba croyant qu'il ne tarderait pas à arriver avec un nombre de pirogues suffisant pour transporter mon quartier général de Lopé à Dumé, comme j'en avaisl'intention.

Arrivé chez Dumba, je fus très content de voirque lapirogue déjàmise àl'eauserait entièrement finie en cinq jours; six jours après, je remontai chez Dumba pour chercher les autres piroguespromises.

Je ne trouvai dans ce village rien de prêt pour le départ, et Dumba se moqua de moi, faisant repartir ma pirogue et m'en promettant une autre pour redescendre au village de Djumba ; et il me la refusa ensuite.

Je fis fouetter par mes deuxhommes le chef d'un des villages des bords du fleuve où Dumba m'avait conduit et qui, à son instigation, s'était également mocfué de moi.

Sachant qu'aucun de mes hommes ne nageait suffisamment, je dus moi-même traverser le fleuve à la nage pour aller prendre au village de Dumba, la petite pirogue qui m'était nécessaire pour redescendre chez Djumba, ce que je fis le jour suivant.

Arrivé à une cascade, ma pirogue chavira, comme je m'y attendais, mes deux hommes n'ayant pas l'habitude de conduire pareil esquif.

J'avais fort ])ien reçu à Lopé le chef Dumba et lui avais fait divers cadeaux; en somme, je ne pouvais d'autant moins m'expliquer sa conduite et le. changement de sa manière d'être vis-à-vis de moi que, dès son arrivée, il était venu avec i)lusieurs chefs qui tout d'abord m'avaient fort bien reçu.

Depuis déjà quelque de temps, j'épargnais mes provisions en cas d'événements imprévus et vivaisde manioc; mais outre que

j'étais repris parla fièvre tierce qui commençait à m'affaiblir, j'avais hâte d'être de retour à Lopé où j'étais sûr de trouver au moins un bien-être relatif. De plus la conduite de Dumba me donnait de grandes inquiétudes ; je craignais que les Okanda ne remontassent pas le lleuve ou le fissent sans mes marchandises.

J'avais trouvé un homme qui voulait bien travailler à la pirogue à mes frais, mais le chef ne voulut pas le lui permettre et m'affirma que Souga ne voulait pas descendre le fleuve et m'avait retenu seulement pour avoir de moi un cadeau d'usage. En dépit de mon impatience, je dus attendre les événements.

Pendant ce temps, j'avais revu Djumba deux fois, chaque fois il avait voulu retourner dans son village, promettant de descendre avec moi, mais je refusai et lui fis des menaces. Je sus par la suite qu'il avait fait une sorcellerie contre moi. Gomme pour donner raison à la sorcellerie, le 12, la fièvre me reprit avec violence accompagnée de vomissements que je ne pouvais retenir. Je commençai alors à être faible, à ne pouvoir manger; je ne pouvais plus supporter autre chose que de l'eau dans laquelle on avait fait bouillir de la canne à sucre.

Il faut que je te dise qu'à mon arrivée dans ce village, j'avais ordonné que Metouta, un de mes Sénégalais, descendrait par le fleuve jusqu'à Lopé pour porter une de mes lettres; il devait descendre dans une pirogue contenant à peine place pour deux hommes. L'indigène qui la montait pouvait à peine se tenir assis dans le fond.

Metouta parti, je me tranquillisai un peu parce que je mettais Eallay en garde contre la mauvaise foi des Okanda.

La pirogue fut conduite par le fils du chef lequel, avant de rien faire, consulta ses sorciers qui procédèrent alors à la cérémonie suivante.

Après avoir mis des ])ananes dans un panier et les avoir

offertes aux esprits, ils prirent la crécelle qui sert à les réveiller, et la secouant, ils demandèrent : « Fais-je bien d'envoyer mon fils chez les Okanda avec l'homme ])lanc? »

La réponse fut sans doute affirmative, puisque, secouant de nouveau la crécelle, le sorcier demanda : « Doit-il partir aujourd'hui?» La réponse dut être de nouveau affirmative attendu que le garçon se prépara à partir et se coupa une mèche de cheveux sur lanuque, une autre sur le haut de la tète, un ongle des pieds et un de la main. Son père prit tout cela et en fit un paquet qu'il mit dans la case du sorcier sous la protection duquel il devait se trouver désormais pendant le voyage.

Je continue donc. Et, d'abord, avant de te dire que j'ai été malade je t'avertis qu'en ce moment je me porte admirablement bien.

Jusqu'au 10 août, je commençai à m'affaiblir de jour en jour et je me souviens qu'un esclave Okota qui avait déjà montré quelque attention pour moi, me voyant marcher avec grand'peine, me donna un bâton pour pouvoir m'appuyer.

Le 11, j'étais tellement faible que je résolus de descendre à Lopé à tout prix et quand j'eusse même dû, à mon grandregret, user même de violence.

Et comme je n'avais jamais pu me mettre en route avec ma petite pirogue, mes hommes ne sachant la diriger, je me décidai à aller le lendemain au village de Djiimba pour y prendre sa grande pirogue et descendre le fleuve tout en conservant, s'il était possible, les hommes qui m'avaient conduit. Le soir, j'envoyai dans ma petite pirogue Denis, mon interprète, voir où était la grande pirogue.

Le 17 août, enfin, je partis avec quatre hommes du village parmi lesquels l'esclave Okota. Arrivé chez Djumba et ne voyant pas sa pirogue, probablement parce que, ayant deviné mon intention, il l'avait cachée, je me décidai à descendre

avec la mienne, menaçant de tner cenx de mes hommes qui ne voudraient pas me conduire chez les Ukafida.

Alors, quand nous fûmes près de leur village, ils voulurent accoster; les ayant menacés en vain, je tirai aux oreilles de leur chefun coup de fusil pour leur faire peur; tous alors se mirent à essayer de faire chavirer la pirogue. Immédiatement, j'arrêtai ce mouvement en tuant le chef pendant que Denis, avec une carabine, en tuait un autre; il se trouva que ce fût Tesclave Okota dont je veux te parler; quant aux deux derniers, ils se jetèrent à l'eau. Du villaoe partirent quelques coups de fusil que je lis immédiatement taire en tirant au-dessus de leurs tètes un coup de revolver. Enfin je descendis le fleuve avec mes deux hommes'.

J'étais désolé de ces deux morts, surtout de celle du

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pauvre esclave Okota, mais je n'en éprouvais aucun remords, je n'avais fait que défendre ma vie. En ce moment je me croyais gravement malade.

Le soir, j'arrivai au village de Zaburet et, le lendemain matin, quand je me préparais à repartir, ce fut avec la plus grande surprise et avec la satisfaction la plus grande que je vis les vingt-deux pirogues des Okanda, lesquelles, conduites par Ballay, portaient la meilleure partie de mes provisions.

Je confesse qu'alors je me sentis guéri.

Le D'Ballaymedit quej'étaisuniqnement fatigué parles privations et que j'avais une fluxion de poitrine mais telleinentlégère que je pouvais poursuivre le voyage, ce que je fis en retournant en arrière avec lui. Nous remontâmes alors le fleuve et nous nous arrêtâmes 1 jours après au village de M'quémé.

La majeure partie de mon bagage était alors déjà remontée, le quartier-maitre Hamon était resté à Lopé avec le surplus que nous nous proposions de faire repartir avec les Aduma ou avec les Okanda même quand ils remonteraient le fleuve une seconde fois.

Quelquesjours après notre arrivée dans le village de M'quémé j'envoyai Marche reconnaître le fleuve au-delà des cataractes de Dumé, il parvint presque jusqu'au territoire des Alzana.

Le27 septembre les Okanda vinrent me dire qu'ils descendaient l)ar rOgôoué mais ils avaient peur d'être attaqués parles Palioulns maintenant ({u'ils n'avaient avec eux aucun blanc; je me décidai alors à les accompagner, mon but étant de dresser la carte du fleuve.

Dix pirogues Aduma s'étaient jointes à celles des Okanda; j'avais donc avec moi environ trente-quatre pirogues de celles qui peuvent contenir plus de trente hommes. Les Okanda avaient acheté cent quatre-vingt-deux esclaves parmi lesquels il y en avait de vieux à cheveux blancs et des enfants de trois ans

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sans leur mère. A mon arrivée je leur fis enlever la pièce de bois (la gangue des Chinois à peu près) où ils avaient les mains prises, c'était d'ailleurs la seule chose que, vu les circonstances de l'expédition, je pusse faire pour eux.

Le 30, dans la soirée, nous nous arrêtâmes à l'embouchure du fleuve Ivindo, dans l'ile même où avait eu lieu l'attaque contre le marquis de Gompiègne et Alfred Marche.

Le lendemain matin, nous repartîmes et un des chefs Okanda, dont la pirogue avait chaviré, se noya. Grâce à moi, six hommes de cette pirogue avaient été sauvés et comme mon embarcation était trop petite, je dus aller abord pour les faire descendre et en retourner chercher d'autres, et ce ne fut pas sans peine.

Le 2 octobre, j'arrivai à Lopé et envoyai Hamon avec les Okanda, lesquels allaient chez les Snenga pour les prévenir de l'heureuse réussite de leur voyage : Hamon devait prendre à la factorerie de Lambarené trois grosses caisses que j'attendais d'Europe; c'étaient des vivres dont nous commencions tous à avoir besoin pour nous donner un peu de bien-être, bienêtre relatif, d'autant plus qu'à présent, nous avions à notre disposition des moyens de transport qui devaient nous manquer par la suite pour communiquer avec la factorerie.

J'écrivis, par l'entremise de Ballay, le priant, s'il y avait moyen, de faire verser ma solde au Trésor du Gabon, et j'attends encore sa réponse; je crois que c'était chose difficile.

Je te prie d'envoyer à mon nom par l'entremise du Ministère, au Trésor du Gabon, la somme de... francs pour payer ce qu'Haraon prendra à lafactorerie, d'autant plus que les dépenses faites par Ballay au Gabon surpassent de 7 à 900 francs la somme que je t'avais demandée de Lopé et celle que j'avais à ma disposition à cette époque au Gabon.

A présent, il m'est indispensable d'y avoir à ma disp'osition une petite somme pour payer les hommes qui, au moyen d'un

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bon sur la lactureiie, consentent à porter mes lettres. Je crois que maintenant cela ne sera plus souvent possible. Quant à la présente, Renoqué descendra la porter d'ici à deux mois, et ce sera probablement la dernière.

Donc, chère maman, c'est le cas ou jamais de dire : « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. » Plus je m'avancerai dans l'intérieur, et plus grande sera la difficulté de t'écrire.

,Ici, les vivres sont en ce moment assez restreints; on se nourrit de viande salée, de bœut sauvage et on s'arrange comme on peut pour se procurer le nécessaire. La cause de ce manque de vivres est que les Okanda, étant partis en voyage, n'ont pas pu travailler aux plantations. J'ai bien peur que pareille chose n'arrive également chez les Aduma au commencement de l'année prochaine; ils se sont occupés de faire du commerce avec les Okanda et n'ont pas travaillé davantage.

Les difficultés devant lesquelles je vais me trouver sont le manque d'interprète chez les peuples au-delà des Aduma ainsi que le manque d'hommes pour conduire les pirogues. Cela me mettra entièrement entre les mains de ces peuples.

J'ai reçu, par l'entremise de Ballay, toutes vos lettres.

Adieu.

Damé, Rebagni, Adama, 2U avril J877

Mon cher Antoine,

C'est le 20 août 1875 que je me suis embarqué pour l'Afrique, voilà donc vingt mois que j'ai quitté l'Europe. La dernière occasion de t'envoyer mes notes s'offre à moi. Bientôt la route fluviale va être barrée par les Ossyeba.

J'en profite pour te faire un récit fidèle de ma situation présente. Je te dirai tout ce que je pense, ce que j'espère ou ce que je crains pour l'avenir.

Le 31 mars 1877, je suis arrivé pour la seconde fois, à Dumé avec les Okanda et j'ai laissé le reste des marchandises à Lopé. C'est là que nous nous sommes trouvés de nouveau tous réunis depuis le 24 avril 1870 et que j'ai définitivement installé mon quartier général.

Quand je suis arrivé ici pour la première fois l'année dernière, le 20 juin 1870, j'avais pour tout bagage un sac de soldat et j'étais accompagné seulement de Denis, l'interprète Paliouin. Je t'assure qu'il m'a fallu une bonne dose de patience

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et de temps pour arriver à installer ici le quartier général en question.

Me voilà avec mes magasins remplis, tandis que nos plantations commencent à donner des résultats : les radis noirs, les haricots indigènes, le sucre, le tabac, les épinards, etc.

Permets-moi une digression. Si par hasard, il te prenait la fantaisie de goûter ces épinards qui ont paru assez souvent sur notre table, tu peux te donner ce plaisir en faisant cuire ces larges feuilles qui sont près de la fontaine de notre jardin à. Rome avec de la graisse de mouton, du poivre et du sel; c'est un mets véritablement délicieux (pour les gens du pays s'entend, à deux mille lieues de l'Europe.

Dumé est le site le plus à l'Est du pays des Aduma. Quand j'arrivai l'année dernière, les eaux étaient basses et se trouvaient barrées par une espèce de gradin gigantesque haut de 1 m. 50 et long de 400 mètres environ. L'eau passait sur ce gradin et formait une petite cascade. La hauteur était trop faible pour que je puisse lui donner le nom de chute. Mais comme ce n'est pas non plus un rapide, je lui ai donné le nom de cataracte. Maintenant les eaux sont hautes, la cataracte n'existe plus et je suis obligé de relirer aussi le nom de cataracte.

Notre village est sur la rive gauche du fleuve à une altitude de (■) ou 8 mètres du niveau moyen de l'eau, bien aéré, et entouré par les bananiers de nos jardins. La position n'est pas mauvaise et, ayant fait cadeau d'une chaîne au chef le plus influent dans un rayon de 20 kilomètres, nous avons l'avantage de ne pas craindre les vols nocturnes.

Ce chef qui nous protège des voleurs s'appelle Le Tigre. Phifin Dumé est la station la plus favorable pour nous au point de- vue (le nos projets de pénétration dans l'iniérienr. Le fleuve commence à devenir très rapide près du territoire des Azzana

OU des Bakani qui se trouvent à cinq ou six jours de Dumé, de là nous continuerons très probablement jusqu'à une chute que les noirs appellent Pubara, ou Publié. Cette chute est située, d'après leurs indications, à quinze ou vingt jours de Dumé, exactement entre le pays des Batékésou Atékés, et le pays des Avombo lesquels sont sur la rive du fleuve et de la rivière Libumbay, affluent à la gauche de l'Ogôoué ou Rebagni.

Les Batékés ou Atékés, sont l'objet de la superstition des noirs. Ils disent que ce peuple a des couteaux dont la lance est énorme. Lorsqu'ils en portent seulement un coup dans une case ils font mourir le village tout entier! Mais voilà qui est plus terrible.

Les Umbétés, un autre peuple, qui habite sur la rive droite, et aune assez grande distance du fleuve, prennent feu lorsqu'il s'élève dans les airs et retombe en pluie de feu sur la terre.... Tous ces noms se trouvent dans les anciennes cartes portugaises exécutées de 10 à 1700 d'après les indications des noirs, mais je les retrouve aune distance et à une place bien différentes de leur place réelle. Ainsi la rivière Libumbay est signalée (sur ces cartes portugaises) comme un affluent de la rive droite du Congo tandis que je suis sûr que la rivière Libumbay est un affluent de la rive gauche de l'Ogôoué.

Quant aux Batékés, aux Umbétés , aux M'bamba, aux Avombo et aux Sliake, je les retrouve tous sur la carte portugaise faite d'après les seules indications que les missionnaires aient pu tirer des noirs de la mission de Goncobella qui est environ à 250 milles au Sud-Sud-Est de l'endroit où Marche et ensuite le Docteur Ballay arrivèrent pendant que j'étais malade. C'est près de cette chute de Pubara que je voudrais transporter mon quartier général. Cet emplacement, que je ne connais que d'après les seules indications des noirs, me semble offrir l'avantage de pouvoir me permettre d'entrer en rapports avec les

Batékés, qui se trouvent au-delà de Pubara. Et comme les Aduma il y a déjà quinze ou vingt ans arrivaient à Puhara pour faire leur commerce, j'espère pouvoir les décider à m'y emmener. Les peuplades au-dessus de Dumé ne savent pas s'en servir et d'ailleurs n'ont pas de ces grandes pirogues avec lequelles j'ai remonté le fleuve jusqu'ici. Ce sont toutes des peuplades de la brousse qui n'ont construit leurs villages sur les rives de l'Ogôoué, que relativement longtemps après que leurs frères noirs y avaient installé les leurs, c'est ce qui explique la rareté des pirogues grandes ou petites, et à plus forte raison celle des pagayeurs sachant les conduire. Jusque-là j'avais un Aduma comme pagayeur.

Il y a quelque temps déjà, quand les communications entre les Aduma et les Okanda n'étaient pas encore barrées par les Ossj^eba, les premiers tiraient leurs esclavesdu pays qui s'étend de Dumé jusqu'aux chutes de Pubara, pays qu'ils n'avaient jamais dépassé. Ils payaient ces esclaves avec des marchandises reçues de la côte par les Okanda.

Lorsque les marchandises vinrent à leur manquer, le chemin étant barré, ils continuèrent à taire leur voyage du côté de Pubara. Et pour se procurer pendant quelque temps encore des esclaves ils prirent le parti de s'emparer par tromperie et par violence de leurs anciens amis et ils les vendirent comme esclaves. Depuis cette entreprise, la crainte des représailles, les a fait renoncer à leur voyage, et ils ne se montrent qu'à trois ou quatre jours au-delà de Dumé.

Le manque de marchandise « esclaves » n'en lit pas augmenter le prix, et depuis, les Aduma ont trouvé utile d'appliquer ce système en famille. Le père a vendu le fils, le frère a vendu son frère et le fils, sa mère... Ne vas pas croire que j'exagère. Sur treize esclaves achetés par moi, trois ont été vendus par le père, trois par leur frère aine, deux par leur frère cadet et un par

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son oncle. Je les ai achetés de seconde ou troisième main aux Okanda et aux Galois.

Pour les raisons que je viens de dire, ces Aduma, sauf quelques rares exceptions, n'ont guère envie de remonter avec moi à Pubara, d'autant plus que maintenant les Batékés ont commencé à apporter des marchandises européennes venant du Congo, ce qui a diminué la valeur des marchandises que les Aduma pouvaient tirer de leur région. Quel peuple est celui-ci, mon cher Antoine ! c'est le plus mauvais de ceux que je connais, et parmi ceux que j'ai rencontrés jusqu'ici, c'est celui qui occupe le rang le moins élevé dans l'échelle sociale. Il n'a pas la plus lointaine idée de quelque chose qui ressemble à un sentiment quelconque. La matière brute est tout pour ces gens. Ils manquent absolument de principe et de tradition quels qu'ils soient. Le plus souvent, le fils ne pourrait te dire où est né son père, et si on lui demande ce qu'étaient les Adumas il y a soixante-dix ou cent ans, il ne sait te répondre 5wr r/e>2. Il n'existe parmi ces sauvages aucune espèce de poésie quelconque, même grossière.

Quand ils vont en pirogue, ils chantent, et battent la mesure pour arriver à plonger leurs rames correctement. Quand avec la voix ils s'accompagnent au son du tamtam, leurs paroles n'ont aucun sens et ne signifient rien du tout. Ils sont lâches, pervers et intraitables. Voilà la perle précieuse que j'ai découverte en 1876 et que j'ai l'honneur de présenter au monde civilisé. Voilà le peuple auquel je dois m'adresser pour m'einmener à Pubara.

Conclusion : Ma seule route est le fleuve, mon seul moyen de transport, la pirogue, mes seuls rameurs, les Aduma. .Je t'avoue que j'ai peur de faire « fiasco ».

Parmi les différents chefs deux s'appelant Mata et Guégo sont ceux qui jouissent de la plus grande influence. Sous leur protection, la route du fleuve en-dessus de Dumé, devient

sûre, et Mata est, en effet, le seul qui puisse réunir les hommes d'un certain nombre de villages pour conduire nos pirogues. Et pourtant au début nos relations étaient peu amicales.

Rapace, fourbe, avare, il me prenait pour une vache à lait. Il prétendit d'abord que les siens ne connaissaient pas le fleuve. Je dus lui prouver le contraire, il finit par me promettre qu'il réunirait tous ses Aduma pour nous conduire ensemble nos marchandises et moi jusqu'à la chute du Pubara.

De mon côté, je lui ai fait un petit cadeau et de grandes promesses pour le moment où nous serions arrivés là-bas. Il va s'occuper de réunir ses gens, réussira-t-il? Je suis presque sûr que non. Si j'ai des hommes, je le devrai aux grandes promesses avec lesquelles j'ai séduit les différents chefs.

Pour transporter là-bas toutes les marchandises, il faudra plusieurs voyages.

Un grand obstacle que tout d'abord, j'esp.érais pouvoir éviter et qui maintenant se présente d'une façon imminente, c'est la petite vérole.

Justement, cette affreuse maladie vient d'éclater dans tous les villages voisins avec une intensité épouvantable, maladie qui, avec le choléra, est beaucoup plus forte qu'en Europe. Quand je pense que d'une semaine à l'autre, je puis perdre la moitié de mes hommes, il me vient des frissons. Impossible de les isolera moins de les exposer à mourir de faim; je dois me limitera desimpies précautions hygiéniques. Une excitation nerveuse m'empêche de rester tranquille dans mon lit plus de six ou sept heures et j'ai recommencé mes promenades nocturnes.

Dans le village voisin, — village de vingt-cinq âmes, — il y a eu hier deux morts et huit cas de maladie.

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De plus, en bas du fleuve, et chez les Okanda, le fléau sévit également. Les Okanda d'Asetuka, fous de peur^ se sont enfuis pour retourner dans leur pays sans attendre les esclaves que nous avons déjà payés. Les Okanda de Lopé sont restés, bien que la petite vérole fît également des victimes. Avec leur départ, je vois se rompre le dernier lien qui m'attachait à l'Europe. La maladie s'étant manifestée le long de la route que je dois parcourir, a mis dans la tête des noirs toujours prêts à croire les choses les plus extraordinaires, que je suis la cause de tout le mal. Ils en sont tous convaincus et me demandent seulement de quelle façon j'ai pu éviter la mort.

Un Aduma me parlant me démontrait qu'il savait parfaitement comment les choses étaient arrivées : « Quand nous » sommes descendus avec toi, dans le pays Okanda, chercher » tes marchandises, la maladie n'existait pas encore, quand » nous avons reçu les marchandises, qui est-ce qui a dit : » Okanda et Aduma, le moment du départ est arrivé, nous » nous mettons en route à la fin de la lune, les Aduma se » sont réunis sur le banc de sable de Passangoi pour partir. Tu » es alors venu sur le banc et as demandé : Où sont les Okanda » et le reste des Aduma? Nous t'avons dit : Ils viendront » demain. Le fléau n'était pas encore arrivé. Tu as attendu trois » ou quatre jours et les Okanda n'étaient pas là. Alors, tu t'es » mis dans une grande colère et quand les Okanda sont enfin » arrivés, tu as envoyé la maladie par l'air de façon qu'elle se » répande sur tous les hommes. »

Voici de plus une seconde version , par une confidence d'un de mes esclaves, j'ai su qu'un chef Okanka avait dit ceci : « Le chef blanc est mauv ais et porte avec lui une caisse pleine » de maladies. Lorsqu'il passe dans un village il ouvre la caisse, » toutes les maladies sortent et ces maladies font mourir tous 5 les hommes du village. »

Voilà donc ton frère métamorphosé en Pandore antique ; ce mauvais renom qui s'est répandu plus vite et beaucoup plus loin qu'on ne le pense, ne m'ouvrira certainement pas la route. Le docteur Ballay est toujours en mouvement pour prescrire des remèdes et soigner les malades.

Jusqu'à aujourd'hui, personne n'a pu être garanti de la mort mais Ballay espère bien en sauver quelques-uns. S'il arrive à ce résultat, il sera pris pour une divinité et une divinité bien utile que nous ne laisserions pas échapper facilement.

Une autre difficulté en face de laquelle je vais bientôt me trouver aux prises est le manque d'interprètes quand je serai à Pubara.

Présentement les langues M'Pongowe, Bakalais, Fan, Make, Bacci et Okanda, que nos interprètes savent à peu près bien, me suffiront. Mais après, je ne sais pas ce que je ferai ; les esclaves que j'avais achetés dans ce but s'étant presque tous enfuis.

« Ma vie n'est pas en danger, et il paraît que quant à présent, » je ne prendrai pas rang dans la glorieuse phalange de martyrs » dont la science s'honore, et qui ont jalonné de leurs cadavres » la route, qu'ils ont ouverte à la civilisation et à la science. »

Rien n'a égalé la stupéfaction des indigènes le jour où la tdinoïimève a. Marabout », qui relâchait près de Renoqué en novembre 1876, m'a salué au départ d'un coup de canon, lorsque je remontai le fleuve. Nous étions alors bien pourvus et possédions environ quatre cents caisses, colis, ballots de toutes dimensions. Figure-toi qu'ils m'avaient pris pour un grand chef des Français et, détrompé par moi, on a demandé avec un grand étonnement : « Quel est donc ce Nabab si magnifique, qui a avec lui des marchandises plus qu'un village n'en peut contenir et qui ne vient pas ici pour faire du commerce? » Ils auraient ])ien voulu me dépouiller sous prétexte de rançon

et de tribut, mais ils me trouvaient armé de trop bonnes dents sous la forme de treize Sénégalais armés de mousquetons système Gras.

Le 1" janvier 187G eut lieu une grande fête dans la factorerie

LE DOGÏEUIl BALLA.Y

en face de Lambaréné et je me rappelle cette date parce que j'ai mangé du pain, la seule fois que j'en eusse mangé pendant l'année 1876. Somme toute, jusqu'à aujourd'hui ma santé était restée bonne et je n'avais eu à déplorer que quelques accès de fièvre. Ceux-ci m'ont repris plus souvent à Lopé parce que, devant m'absenter souvent et pendant longtemps, comme

120 TROIS EXPLOPtAÏIONS

lorsque je fis ma pénible excursion dans le pays des Ossyeba, j'étais forcé alors, de vivre avec les seules ressources du pays. De temps en temps, je retoarnais, pour quatre ou cinq jours, au quartier général de Lopé, et alors je m'y considérais comme dans un Eden, chèvre, mouton, sucre, café, etc., etc., se trouvaient en abondance, grâce auxquels je reprenais mes forces, débilité par les fièvres et par les fatigantes excursions à l'humidité et au soleil dans ces régions malsaines. J'étais alors robuste et avec l'appétit que j'avais, je digérais bien le pain indigeste du pays, pain fait de manioc et de banane.

Quand, le 24 mai, j'ai quitté Lopé, la carabine à l'épaule et accompagné seulement de trois hommes, quand je suis allé chez les Aduma en traversant le territoire Ossyeba, la fièvre commençait alors à faire des siennes; les vivres manquaient et j'étais bienheureux quand je pouvais trouver un œuf et quelques bananes, seules choses qui paraissent sur ma table. Depuis, il m'est arrivé de me nourrir cinq ou six jours seulement de bananes que je ne pouvais plus digérer. ,Je commençais alors à me sentir très débilité et le 10 août je tombai malade d'une maladie à moi inconnue.

Le 17 août, par bonheur, pendant que je descendais le fleuve, avec espérance d'arriver vivant à Lopé, comme tu sais, je rencontrai Ballay qui remontait le fleuve avec plusieurs pirogues .Okanda. Il me fit de suite arrêter au village de Guémé pour soigner ma maladie des organes respiratoires.

La première fois que je sortis de la cabane où on m'avait donné l'hospitalité, j'étais un vrai squelette. Quand je dis « sortis » j'aurais dû dire « je fus transporté » attendu que pendant dix jours deux liommes venaient me sortir de mon lit de bambou, me tenant l'un par la tête, l'autre parles pieds, et me portaient ainsi à l'air et à l'ombre, devant la case. Tu vois (jue je dis franchement par quelles épreuves j'ai passé.

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