CHAPITRE III
A Lambaréné. — Ballay sur TAlima. — Le canot à vapeur est monté. — N'Djolo, Ashouka, Madiville fondées. — Départ pour l'Europe de M. de Illiins. — A Franceville. — Le D' Ballay chez les Apfourou. — Le portage de l'Ogôoué au Congo, organisé par M. de Ghavannes. — Heureuse issue de négociations. — Je rejoins Ballay. — Les Apfourou le conduisent au Congo.
A peine si je touchai de nouveau à Libreville où les mêmes amoncellements de marchandises et de matériel gisaient encore sur les mêmes quais, toujours exposés aux mêmes avaries et aux mêmes risques. Tout inquiet sur mes ravitaillements avenir, je dis adieu au (jabon, où je laissai l'agent comptable et deux Européens.
A trois jours de là j'étais pour la seconde fois à Lambaréné, où se trouvaient groupés tout le reste de mon personnel et les ravitaillements qui avaient pu monter, tant bien que mal, dans le désordre naissant de la côte.
M. de Lastours se trouvait aussi là, exact au rendez-vous que je lui avais assigné; il était descendu de Franceville avec une flottille de cinquante-huit pirogues et un armement de plus de huit cents pagayeurs.
On chargea le convoi, mes dernières instructions furent envoyées en Europe, M. Decazes reçut mes pouvoirs généraux sur la côte et devait les remettre à M. Laporte, commandant de
VOloirmo, à son arrivée. Le 10 juin, nous étions définitivement en route pour l'intérieur.
Le docteur Ballay venait de m'apprendre par lettre qu'il était installé surl'Alima, à Ossika;le montage de son canota vapeur allait ètie terminé. J'avais grande hâte de revoir mon ancien compagnon. M. Mizon, que j'avais rencontré dans le delta du fleuve, remontait avec moi pour explorer, à l'aide des moyens que je lui fournissais, une nouvelle route directe de Franceville à la côte. Deux Pères de la mission apostolique du Gabon, le Père Davezac et le Père Bicliet, avaient demandé à m'accompagner, pour chercher à fonder un établissement d'instruction dans le haut Ogôoué. Le gros du personnel partait avec moi.
En remontant, nous fondions des stations et des postes. N'Djolé était établi à la porte des rapides par M. de Kerraoul, puis, successivement, Asouka et ^ladiville (1).
M. Dutreuil de Pihins, qui était venu prendre une idée générale du pays et avait exécuté un croquis très détaillé de rOgôoué, nous quittait au confluent de la rivière Lolo, pour rentrer en Europe. Il devait par la suite nous envoyer des ravitaillements qui nous parvinrent au moment où nous en avions le plus grand besoin. Le 22 juillet, sans péripéties bien remarquables, la tète du convoi arrivait à Franceville.
La situation de Franceville est réellement belle sur la haute pointe d'un mouvement de terrain qui, après s'être sensiblement élevé à partir du confluent de l'Ogôoué et de la Passa, tombe, i)ar une pente rapide, d'une hauteur de plus de cent mètres sur la rivière qui coule à ses pieds. L'horizon lointain des plateaux, dans un panorama presque circulaire, les alignements réguliers des villages qui couvrent les pentes basses, la note fraîche des plantations de bananiers tranchant sur les tons