CELA ME DONNE L AIK D LN ECHAPPE DE MASCARADE
tous enfuis épouvantés, commencèrent à s'approcher de moi et lorsque le pharaon fut cuit, j'en donnai un quartier au chef, un quartier à une femme qui portait un petit bébé dans ses bras, j'en gardai un quartier pour moi, et le reste, je le distribuai aux plus pauvres. Gela suffit pour les rassurer tous sur mon compte etnous rendre amis.
Ensuite, le chef m apporta des nattes et du manioc. J'ai dormi tranquillement et le lendemain matin je me sais fait condu ire ànotre campement par le chef auquel je payai son manioc et à qui je fis présent d'un miroir qui le rendit le plus heureux de tous les hommes.
9 mars 1884.
Il a plu toute la nuit et cela continue plus ou moins. Ce matin, entre deuxgoutteset pour passer le temps, je jetai l'hameçon dans le fleuve; les poissons qui, d'ordinaire, résistent à l'amorce, probablement à cause de la limpidité de l'eau, aujourd'hui paraissaient mordre par mépris ; mon hameçon fut emporté cinq où six fois jusqu'à ce que ayant attaché une grosse amorce à une forte ficelle j'amenai sur le bord un magnifique poisson qui pesait bien ô à 0 kilos. C'est dommage que, étant ici seul, je n'aie pu partager avec le commandant le produit de ma pêche ; au lieu de cela, j'ai du me contenter de faire le bonheur de deux noirs qui sont avec moi.
C'est incroyable à dire, mais dans ce pays, coupé de fleuves et de ruisseaux dans tous les sens, on ne peut jamais avoir un peu de poisson frais. Depuis que je suis parti du Gabon je n'en ai mangé qu'une dizaine de fois, pas davantage. Les indigènes ne pèchent que fort peu et n'aiment pas le poisson, en vendent rarement ; il est également étrange que moi, qui ne pouvais pas le souffrir en Europe, je le trouve maintenant à mon goût. Je
crois que cela dépend du besoin qu'on éprouve de clianger d'alimentation quand on est astreint comme ici à l'éternel régime du poulet — quand il y en a. En ce moment, mon boy est en train de m'aclieter deux poulardes et du manioc. Les poulets se payent ici un petit miroir; le tour est un métal doré ou argenté et, si je ne me trompe, coûte en Europe deux centimes et demi ; la glace mesure environ quatre centimètres et demi sur trois centimètres et demi.
Le manioc se paie en raison d'une perle pour deux pains, les perles les plus courantes sont les Congolais ; ce sont de petits anneaux en verre bleu d'une épaisseur de deux millimètres. Puis viennent ensuite les perles bleues et blanches en verre de six millimètres de diamètre.
Le manioc peut s'acheter sous trois formes différentes :
l'En racine.
Et alors il sert spécialement à faire la farine après que la tige est grattée et torréfiée.
2" En racine fermentée.
C'est la forme sous laquelle les Apfourou font leurs expéditions. Dans cet état, il peut se conserver trois ou quatre mois.
3" En pain, et cuit et prêt à être mangé.
Pour rendre comestible cette racine, on la prépare et on la broie énergiquement après sa fermentation, après en avoir enlevé les fibres ; on en forme ensuite des bâtons un peu plus grands qu'une saucisse et on l'enveloppe de feuilles.
Ainsi préparés ces bâtons se mettent dans une marmite avec très peu d'eau et bien couverts de feuilles de façon que la cuisson est faite exclusivement par la vapeur.
La forme et la grandeur du manioc varient suivant les pays; les Aduma en font des boules du poids de 5 ou G kilos. Voici la chaloupe, au revoir.
13 mars 1884.
Pierre est parti hier soir pour le Congo et je reste de nouveau seul ici avec mes deux noirs et cette fois, si Dieu ne m'aide, je ne sais pour combien de temps j'y suis.
P. S. Aujourd'hui, trois heures de l'après-midi, les pirogues viennent d'arriver, et je pars demain.
Gancin, 9 mai 1884.
Pierre, Ballay et Gliavannes sont déjà partis depuis quatorze jours pour Ncuna donner la dernière main aux opérations. Pierre et Gliavannes retarderont un peu leur départ et Ballay remontera le premier; il retournera ensuite en Europe porter, en personne, les nouvelles de chacun.
La vie que nous menons ici est des plus monotones : On fait des collections et on est fort heureux les jours où la chasse et les promenades suffisent cà user le temps. Quand je n'ai pas à préparer des petits oiseaux, je dessine et je fais de la photographie, j'écris mon journal qui, comme tu peux le croire, est très monotone. A l'heure où je t'écris, je suis de retour d'une petite excursion faite en forêt; j'ai encore pu tuer deux délicieux petits oiseaux au coloris superbe. Je ne peux pas te dire àquelles espèces ils appartiennent maisceque je sais, c'est qu'ils feraient fureur sur un chapeau de femme. Ils ont toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, du rouge à l'azur, et tout ce coloris est métal- ^. lique.
La chasse, dans ce pays, est des plus divertissante. Je suis, à
l'heure qu'il est, obligé d'aller moi-même à la chasse plus souvent que d'habitude, mes hommes n'étant pas des chasseurs. J'en ai bien quelques-uns, mais ceux-ci sont occupés aux travaux essentiels de la station, laquelle, du reste, sera bientôt terminéeet alors Casimir retournera à lâchasse.
Hier, nous sommes allés faire une visite à la station d'en
TOUTES LES FEMMES DU VILLAGE VEULENT VOIR LE FRÈUE DU « GRAND COMMANDANT
face, voisine de Gabila ; elle a comme chef un nommé Westmark, un Suédois avec lequel je suis en excellents rapports, comme aussi avec un M. Paghel s, également Suédois, qui esta la station Nena(Kuango). Ces deux stations sont distantes de Gancin d'environ deux heures de pirogue, ce qui fait que nous nous voyons souvent et que nos petits diners sont cordiaux et sans politique, ce qui est à désirer.
Je crois, en outre, que les bonnes relations se maintiennent parce que nous possédons uneexcellentissime cantine, parfaitementfournie de vin,derhumetdecognac,etc.,tandisqu'ils n'ont jamais ou un verre d'alcool ni une bouteille de vin, pas même en cas de maladie. Pour aujourd'hui, je clos mon bavardage en te disant que, depuis quinze jours, je suis un homme très heureux parce que deux chèvres m'ont donné chaque matin une grande tasse de lait.
Gancin, 18 mai 1884.
Ballay, arrivé de Nfa, apporte d'excellentes nouvelles de Pierre et de Ghavannes. La station de Nfa (Brazzaville) est déjà composée de seize cases qui ont été achetées ; les relations avec les indigènes sont excellentes, les rapports avec les Belges de la rive opposée sont très bons, amicaux, mais un peu contenus. En peu de mots, tout va très bien.
Ballay est reparti de Brazzaville avec le père Paris, que j'ai dû accompagner chez Makoko qu'il désirait voir.
Parti d'ici le 13, je suis revenu ce matin à S heures après être resté chez Makoko deux jours. Rien de nouveau chez Makoko, il est toujours le même, j'ai fait sa photographie que je n'ai pas eu le temps de développer, de sorte qu'elle ne part pas avec ce courrier. Makoko nous a reçus d'une façon parfaite, il était assis sur une peau de lion dans sa grande case enfumée, appuyé sur un énorme coussin et entouré de toutes ses femmes; une entre autres était très belle, un vrai type européen, lignes minces, nez non déprimé, figure svelte, œil intelligent et magnifique stature.
Je n'ai rien de nouveau à te dire.. . Si, cependant, une chose qui
mérite d'être remarquée, le système commercial employé dans les stations d'autres rives du Congo.
Pour moi, le commerce du Congo sur place est totalement absurde, je le répéterai mille fois; voici quelquesexemples pour se convaincre :
La pièce de mouchoirs formée de douze mouchoirs ou quatre coudées d'étoffe, est payée vingt-cinq harrettes(fil de laiton long de 65 et épais de 2 millimètres). La barrette coûte en Europe de dix à quinze centimes, ce qui fait revenir la pièce de mouchoirs à un prix bien moindre que celui qu'il coûte en Europe en fabrique (1 fr. 50); les étoffes qui se vendent le mieuxsont vendues pour des barrettes au prix de fabrique d'Europe, ce qui veut dire qu'on ne compte pas aux noirs le prix d'emballage et de transport d'Europe jusqu'au centre de l'Afrique. Figure-toi qu'au Gabon, la moindre pièce de mouchoirs est vendue vingt francs ies quatre coudées, cela peut te donner une idée de leur commerce ici, ce que je te dis pour un article, je puis te le répéter pour tous les autres. Pour conclure, on vend l'ivoire meilleur marché au Gabon et sur la côte qu'on ne le vend dans l'intérieur de l'Afrique.
Aujourd'hui même, Attilio et moi nous avons arrangé la nouvelle petite case que nous avons fait faire et qui est un vrai bijou....
Chavannes à déjà pensé à expédier à de Rhins les photographies de Makoko pour les faire publier en Europe; bien qu'elles n'aient pas été très réussies, elles pourront cependant servir à quelque chose. Inclus deux photographies de Makoko, une de la reine Ngassa et une de la cérémonie qui eut lieu lorsque Pierre remit en grande pompe le traité à Makoko.
La dernière fois que je suis allé chez lui, j'ai fait encore du grand roi trois photographies desquelles, je l'espère, une au moins sera bien réussie.
3/i8 TROIS EXPLORATIONS
Je t'envoie quelques autres photographies qui te feront plaisir et qui te montreront que nous allons tous bien. Il y en a une de Pierre, la mienne (un vrai Jean Labre) et celle d'Attilio laquelle fera un immense plaisir à sa famille, et j'espère pouvoir faire une magnifique collection de poissons du Congo. Les poissons sonttous pareils plus ou moins et parmi eux, j 'en ai trouvé un de la famille desganoïdes dont les représentants se trouventseulement à l'état fossile. Ce poisson, d'après ce que disent les indigènes, va à terre et grimpe sur les arbres, ce qui fait qu'il a les nageoires antérieures très développées et quasiment articulées.
19 mai 188i.
Ballay ne part plus aujourd'hui, le nouveau courrier venant d'arriver enfin.
Une petite pirogue montée par un homme seul nous l'a apporté de Diélé. Tu vois que nous n'avons peur ni du Congo, ni de l'Alima. Le seul accident qui est arrivé . /-- "^^ à la petite pi-'"*^^
rogue est qu'un hippopotame l'a fait chavirer. Le Pahouin qui la montait a tout perdu; heureusement il a pu sauver le courrier qui, bien qu'ayant pris un bain forcé, n'est pas arrivé trop en mauvais état.
Ganci7i,2ù mai 188-5.
La petite pirogue
est arrivée ce ma-
\ tin portant le cour-
rier. Elle fait mes délices, tous les matins je vais chasser clans les petits bras du Congo, dans cette embarcation. .Mais, il faut bien faire attention de ne pas chavirer, vu l'abondance des crocodiles.