‹ Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'ouest africain de 1875 à 1886Chapitre 48 sur 71 · BANANIERS ET PALMIERS · texte numérisé non relu

BANANIERS ET PALMIERS

faits, etc. Les Apfourou ouBajanji (ce qui est la même chose) sont de vrais marins et ne peuvent vivre, s'ils ne sont pas toujours en pirogues.

Je te disais que le village de Bonga est pittoresque, de fait, outre les cotonniers colossaux hauts de 50 à GO mètres, et chargés

de grappes blanches et de « plongeurs » il y a une grande quantité de palmiers à huile, sous lesquels croissent de beaux bananiers.

Ça et là, près d'une case, un champ de maïs ou quelques plants de tabac, de citrouilles. Le tabac est extrêmement rare ; au Nord de l'embouchure de l'Alima, jusqu'aux chutes de Stanley il manque entièrement. Ici on a l'habitude de fumer le chanvre; le précieux tabac se fume d une façon fort curieuse; on détache la feuille du plant, on la sèche devant un grand feu, et ce n'est que lorsqu'elle est devenue cassante, on lametdans la pipe et alors on la fume.

A Bonga,le gibier' abonde. Je me rappelle que, une aprèsmidi, comme quatre bœufs sauvages gisaient dans le village, toute la population, hommes, femmes et enfants s'étaient groupés autour de leurs cadavres et s'en disputaient la chair comme une bande de vautours.

Ce que j'ai trouvé de plus curieux à Bonga, ce sont les couteaux et les lances. Quels beaux couteauxet quelles belles lances! Malheureusement, il n'y a|"pas moyen d'en acheter: c'était le couteau du père ou de l'aïeul, ou le couteau fétiche : c'était le couteau qui avait tranché telle tète, ce qui le rendait sacré ; en somme, la canclusion fut que j'en devais faire la collection en les dessinant sur mon calepin.

Plusie-urs de ces armes ressemblent à celles des Niam-Niam-

Il y amaintenaut à Bonga une station française.

De Bonga, en trois ou ({uatre jours nous arrivâmes au village de Mongo, nous étions alors dans les premiers dix jours de novembre.

Mongo est située sur des petites îles qui sont sur le bord septentrional du Congo. Ce sont les premiers ilôts du fleuve qui ne soient pas à fleur d'eau. Ces ilôts émergent d'une trentaine de mètres et sont formés à peu de chose près comme ceux qui se trouvent en abondance au Gabon.

Le Congo est un vrai labyrinthe sans fin, et la carte détaillée n'en sera pas faite avant un demi-siècle. Pour te faire une idée de ce qu'est le Congo, figure-toi que sur la rive opposée, où est la station internationale de l'Equateur, on ne savait pas que de l'autre côté du fleuve, existaient des Européens.

Et si je te disais que pendant huit jours nous avons positivement cru être sur un autre fleuve, taudis que nous étions toujours sur le Congo, je crois que cela suffira à te donner une idée de ce Congo, qui, près de l'Alima, n'est plus un grand fleuve, mais un faisceau de fleuves, l'un voisin de l'autre, et communiquant ensemble.

Pour ne pas te fatiguer la mémoire, je ne te nomme pas tous les villages rencontrés. Qu'il te suffise de savoir que nous sommes passés à l'embouchure de la Licona, qui ne s'appelle nullement la Licona dans ce pays-ci, du moins les indigènes la nomment, soit Ncumta, soit Oubargui.

Le point extrême où nous sommes arrivés est à environ O-SO lat. N. Le P' de l'an 1885 nous sommes redescendus, M. Dolisie étant très malade (maintenant il est remis et se porte assez bien).

Pendant ce voyage, j'ai fait la carte de l'embouchure de l'Alima, jusqu'au point extrême atteint. J'ai pu prendre des latitudes et des longitudes sérieuses ave^ un bon théodolite.

Fin janvier nous étions à la station de Diélé, où nous commençâmes à emballer nos collections pour descendre les rapides^ de rOgùoué.

NOTES ET DOCUMENTS

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