EXTRAIT DE LA NOTE AU MINISTÈRE DE LA MARINE
Monsieur le Ministre,
« Les dernières découvertes en Afrique nous ont appris que » le Congo, barré dans son cours inférieur par des rapides et par » des chutes, est navigable dans son cours supérieur pendant «près de deux mille kilomètres sans compter la partie navi- » gable que peuvent présenter neuf affluents qu'il reçoit dans » cette région.
» L'embouchure du Congo n'appartient à aucune puissance » européenne. Un peu au-dessus se trouve la colonie portugaise » d'Angola ; un peu au Nord la colonie française du Gabon. Le » fleuve, venant du Nord, sa portion navigable se trouve vers » le Gabon. Des explorateurs français venant du Gabon ont » déjà planté le pavillon national sur deux grands affluents du » fleuve qui coule à l'Est du Gabon.
» Frappés des avantages commerciaux que présente celte
» grande artère, diverses nations cherchent à en prendre pos- » session. Le gouvernement helge, en particulier, vient d'y » envoyer Stanley avec un matériel considérable et des res- » sources illimitées. Seule la France, qui a plus de droits que » toute autre puissance etparla situation de sa colonie du Gabon » et par l'exploration officielle faite par un officier français, ne » peut s'abstenir dans cette lutte pacifique. Il suffirait pour » réserver nos droits, et sans engager l'avenir, d'aller planter le )) drapeau français à Stanley Pool avant que l'expédition belge » n'ait pu le faire. Ce serait possible si, pendant que Stanley. » obligé de se frayer une route dans un pays difficile, a sa » marche ralentie par un matériel considérable et des impèdi- » menta nombreux, M. de Brazza connaissant le pays partait de )) la colonie française sans bagages et arrivait par une marche » rapide au-dessus des chutes du ileuve.
» 1" M. de Brazza partirait immédiatement avec un petit » nombre d'hommes qui lui seraient fournis par le gouverneur » du Gabon : une dizaine environ. Il remonterait l'Ogôoué en » pirogue jusqu'à Moshogo et de là irait par terre le plus rapi- » dément possible jusqu'à Stanley-Pool, tête de la région navi- » gable, où il planterait le pavillon français.
» 2° M. Ballay préparerait pendant ce temps tout le matériel » nécessaire pour une expédition complète et l'établissement » de deux stations : l'une sur l'Ogôoué, l'autre sur le Congo, et » ferait construire deux canots à vapeur démontables. Ces pré- » paratifs demanderaient environ quatre mois. M. Ballay parti- » rait alors et transporterait tout ce matériel sur le hautOgôoué.
» 3" M. de Brazza viendrait rejoindre M. Ballay. On lui in- » diquerait un point sur le Congo où M. Ballay devrait le » rejoindre après avoir fondé la station sur l'Ogôoué.
» 4° Les canots à vajjeur seraient lancés sur le Congo. On » ferait l'hydrographie du Ileuve et de ses affluents.
DANS L'OUEST AFlUCAlX 415
» Pour arriver à ce résultat il faudrait :
» 1" Que M. le ministre de la marine consentit à donnera » M. de Brazza la mission d'aller planter le drapeau français à » Stanlej'-Pool. Cette mission resterait secrète, et ne serait mise » à exécution que dans le cas où il arriverait avant Stanley.
» Dans le cas contraire, il paraîtrait faire une simple explo- » ration géographique.
» 2" Que M. le ministre de la marine donnât l'ordre au gou- )) verneur du Gabon de fournir à M. de Brazza, sur le personnel V noir de la colonie, dix hommes disposés à le suivre.
» 3' Que M. le ministre de la marine donnât l'ordre de cons- » truire les deux canots à vapeur démontables.
)) 4" Que M. le ministre fournit à M. Ballay les moyens de » préparer son expédition dans les arsenaux et fit porter le ■ » matériel par les transports de l'État.
» 5" Qu'on fournit au Gabon les trois Européens et les vingt- » quatre noirs nécessaires pour conduire les canots à vapeur.