NOMINATION DU SERGENT MALAMINE
1" Xoiiiinalio)i du sergent Malauiine
Le sergent Malamine est iioinmé provisoirement chef de la station française de Ncouna ; il gardera ce poste jusc{u'au jour où il sera remplacé par le chef définitif.
Comme chef de la station française de Ncouna, le sergent Malamine doit, dans la mesure de ses moyens, protection, aide «t assistance aux voyageurs européens qui viendraient dans la contrée, quelle que soit leur nationalité.
Le sergent Malamine fixera sa résidence soit à Okila, soit au village d'Otiulu ou à n'importe quelle autre place voisine, sans toutefois sortir des Étals de Makoko.
L'enseigne du vaisseau, Comniaiidant iiruvisuiie des Statiuns Fnuieaises du Ilaut-Ogôoué et du Congo intérieur.
Signé : P. Savoronan ue Brazza.
Okila, le 3 octobre 1880.
LETTRE IJU R. P. AUGOUARD
Banana (Eiuùonclmre da Coiv/o)
Le 2.J août 1881
Mardi 2 août. — Nous iravoiis eu aujourd'hui rien de particulier, sinon que du haut d'une colline nous avons aperçu les dernières catacartes, au-delà desquelles' s'élargissait, comme une mer, l'étang de Stanley. Gela donna du courage à mes hommes; aussi, le lendemain nous fîmes une marche rapide au milieu d'une immense plaine où nous relevions continuellement des traces d'éléphants et d'hippopotames.
A onze heures nous arrivâmes à la rivière Djué (nommée Gordon Bennet par Stanley). Mais nous fûmes arrêtés par le mauvais vouloir et les exigences du canotier qui ne consentit pas à nous passer à moins de quarante hrasses d'étofïe. A peine
avais-je passé la rivière que je vis arriver M. Stanley, venant à ma rencontre. Notre entrevue fut des plus courtoises. Je remis à l'illustre explorateur le pli dont je m'étais chargé pour lui et nous causâmes pendant plus de deuxlieures. Il meraconta qu'il était arrivé cinq jours avant moi. Il avait été fort mal reçu par les indigènes, qui avaient construit une immense barricade derrière laquelle ils s'étaient retranchés, armés de leurs fusils et de leurs zagayes.
Évidemment M. Stanley, avec ses blancs et ses soixante-dix • Zanzibars armés de fusils à quatorze coups, pouvait balayer toute la place en moins de dix minutes. Mais il ne voulait point avoir recours à la violence, et le hardi voyageur se laissa conduire dans une espèce de marécage d'où les indigènes lui défendirent de sortir.
C'est dur pour un homme qui avait ouvert lui-même le chemin et qui trois années auparavant avait laissé le pays ami et parfaitement tranquille. Toutefois je le félicitai de la conduite pacifique qu'il tenaitpourne pointcompromettre l'avenir. M. Stanley meconseilla décamper à l'endroit où je me trouvais, car si j'allais directement au village // craignait que je ne fusse reçu à coups de fusil. Je suivis son conseil et j'envoyai prévenir le roi de l'arrivée d'un Français, les seuls nationaux qu'il soufraitdepuis le passage de M. de Brazza.
Jeudi 4. — Le lendemain, sur l'invitation du roi, je me rendis à son village et je voulus aller m'établir sur les bords du fleuve. Mais les sauvages Batékés, qui nous regardaient avec un air moins que rassurant, s'y opposèrent.
Je voulus m'établir alors dans un village voisin, mais les habitants déclarèrent formellement qu'ils ne permettraient jamais à un blanc de dormir sur leur terre. Cela me paraissait d'autant plus extraordinaire que je voyais le pavillon français ilotter au-dessus de tous les villages. Enfin le roi lui-même
DANS L'OUEST AFIIICAIN 419
vint me chercher et fit étal)lir mon camp près de sa tente mais non sans me réclamer le paiement.
Quelques heures après mon arrivée au village d'Omfoa, je vis apparaître le sergent Malamine, laissé par M. de Brazza à la garde du pavillon français à Stanley-Pool. II me montra le traité d'annexion fait par M. de Brazza et dont je vous envoie la copie.
Le soir, j'allai rendre visite au roi avec le sergent et l'on m'offrit un siège, le plus riche que j'aie jamais eu de ma vie.
C'était vingt-cinq grandes défenses d'ivoire sur lesquelles on étendit une nntie. Le roi me dit que les indigènes voyaient d'un mauvais œil les hlancs venir dans leur pays et ne permettraient absolument à personne de faire une case avant l'arrivée de M. de Brazza, (ju'ils attendent depuis plus de six mois.
Vendredi ô. — Le lendemain j'allai au camp de M. Stanley pour lui rendre la visite qu'il m'avait faite. Il était établi dans un horrilde bas-fond resserré entre le fleuve et une forêt épaisse et ayant à peine vingt mètres carrés.
C'est là que l'ont relégué les noirs, à deux kilomètres du village, complètement bloqué avec défense expresse de lui vendre aucune nourriture. Nous causâmes pendant plus de quatre heures et les officiers belgesme direntque jamais ils ne l'avaient vu aussi expansif et aussi causeur.
Il voulut absolument me retenir à dîner et en mon honneur il invita à sa table MM. Braconnier, Valke et France, ce qu'il ne fait que très rarement.
Avec la plus grande amabiliié il me donna la latitude et la longitude de Stanley-Pool et de Manienka, observations (fu'il venait de faire avec la plusgrande précision, il me dit lui-même que sur sa ju-emière carte il a commis une erreur de soixantedeux milles et demi, et que cela est dû à ce qu'il n'a fait que des observations rapides et approximatives, ayant perdu son chro-
nomètre qui aurait été cassé dans le dernier combat soutenu dans le haut du fleuve.
En rentrant à mon camp^ je vis une foule de Batékés armés, qui entouraient mes hommes et qui leur montraient des dispositions hostiles en leur demandant ce qu'ils venaient faire ici et en leur disant qu'ils n'avaient qu'à partir, car les indigènes n'avaient pas besoin d'eux. J'allai me plaindre au roi de la conduite de ses sujets, mais il me répondit que ce n'était point lui qui avait parlé et que je pouvais encore rester trois ou quatre jours (c'est à dire que, si je n'étais pas parti à cette date, luimême me ferait la guerre).
Samedi 6. — Le lendemain je retournai au camp de Stanley qui m'avait prié devenir le voir. Gomme la veille il fut d'une courtoisie et d'une amabilité très grandes et pendant près de trois heures je pus jouir du charme de sa conversation pétillante d'esprit et de finesse. Pendant notre entretien douze Zanzibars, qui étaient allés au loin pour chercher des vivres, revinrent avec de sinistres nouvelles. Ils avaient appris que, pendant la nuit, les trois chefs influents de Stanley-Pool avaient décrété la mort de tous ceux qui vendraient des vivres à Stanley et que, si dans quatre jours les blancs n'étaient pas partis, ils seraient massacrés. Je lui dis que je ne croyais guère à ces rumeurs, mais il me répondit qu'il en était d'autant plus certain, qu'il avait reçu confirmation de cette nouvelle par des espions particuliers qui avaient assisté à ce conseil de mort.
Je retournai à mon camp et j'allai immédiatement chez le ivl qui m'assura que, moi Français, je n'avais absolument rien à craindre, mais que je ne pouvais pas faire de case immédiatement.
Voyant qu'il n'y avait rien à faire devant cet entêtement, je lui annonçai que j'allais partir, et je lui fis présent d'un manteau rouge brodé d'or et d'argent. Sa joie ne connut plus de
bornes et il proclama bien haut que j'étais son meilleur ami. Je lui expliquai le but de ma mission et il me répondit que, lorsque je reviendrais je pourrais, m'établir pourvu que je lui apporte deux ânes et un grand chien noir, parce que Stanley avait fait ce cadeau à un autre chef et qu'il en était jaloux.
Dimanche 7. — Enfin le lendemain, avec les plus vives protestations d'amitié nous nous séparâmes les meilleurs amis du monde. J'allai seulement camper sur la rivière Djué, car je n'avais pas l'habitude de marcher le dimanche, et je me tins prêta marcher le lendemain. M. Stanley, avec une courtoisie qui me toucha, fit une longue route avec ses officiers pourvenir me faire ses adieux. Sur mon chemin et en partant il mit à ma disposition son vapeur pour descendre de Manianga à Manghila.
Lundi 8. — Le voyage de retour s'efiectua rapidement, car nous n'étions pas arrêtés par l'inconnu et la mauvaise volonté desguides. Aussi parcourûmes-nous en cinq jours la distance qui sépare Stanley-Pool de la station Est de Stanley, en face de Manianga.
Après avoir attendu six jours l'arrivée de M. Valke, que M. Stanley envoyait pour faire le voyage avec moi, nous partîmes de la station belge le vendredi 19, à huit heures du matin, avec le vapeur « Royal ».
Le lendemain (20), vers le milieu du jour, nous arrivâmes à Manghila.
Le lendemain(21)nous nous mimes en marche pour regagner Vivi que nous atteignîmes en deux jours etdemi, après avoir fait douze à quatorze lieues dans les montagnes.
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LETTRE I)E M. F. F. COMBEH
IVIonsienr,
Je suis désireux de vous écrire au sujet du traitemeut suhi parmes deux collègues, MM. Crudingtou et Bentley, à Stanley- Pool par les gens de la ville de Makoko, en janvier dernier.
Je suis à la tête d'une mission et j'ai reçu pour instructions de fonder une station à Stanley-Pool. Depuis longtemps nous avons essayé d'atteindre ce point, de San-Salvador, par Zambo ou Malvuta. Mais nous avons été empêchés par les marchands d'ivoire de ces deux districts. Après votre heureux voyage à la fin de l'année dernière nous décidâmes d'essayer le côté du Nord de la rivière. Et deux de mes compagnons parvinrent à atteindre Stanley-Pool, en passant par Isangila et Manianga.
A la ville de Bwa-bwa-Njali, ils furent très bien reçus. A N'tamo, chez Nga-Liema, ils ne furent nimenacés nimaltraités ; mais quand ils atteignirent Nshasha, escortés par les soldats que vous y aviez laissés, ils se trouvèrent exposés aux dangers les plus sérieux par suite de l'attitude hostile des habitants qui se livraient à leurs danses de guerre autour d'eux avec leurs lances et leurs couteaux. Par l'intermédiaire de leur interprète,
mes compagnons comprirent que la raison de toute cette conduite sauvage et menaçante était qu'on avait dit à ces gens de se tenir en garde contre tous les blancs qui ne viendraient pas avec le pavillon français, à notre mission n'était pas française, était considérée comme ennemie.
Toujours est-il qu'il y eut malentendu. Nous en avons la ferme conviction. Les gens de la contrée que vous avez annexée au nom de la France semblaient croire que, n'étant pas Français, nous étions leurs ennemis: ils nous traitèrent en conséquence. Nous ne sommes que de simples missionnaires anglais, n'ayant aucun rapport avec notre gouvernement, non salariés par celui-ci, et ne ])Oursuivant en conséquence aucun ])ut politique.
Dans six mois environ, nous espérons être de nouveau à Stanley-Pool, pour établir une station dans l'un des grands villages. Si vous y êtes à présent, si vous y arrivez avant nous, ou si vous vous trouvez en communication avec ces gens par l'entremise de l'un des membres de votre expédition, nous serions heureux si vous vouliez bien prendre la peine de chasser l'impression qui a été produite par notre expédition, que nous, n'étant pas Français, nous devions être traités en ennemis.
Vous souhaitant beaucoup de succès dans votre expédition ainsi que bonne santé, je suis, monsieur, votre bien sincère.
Signé .• F . F . G o m b e r, .