‹ Conférences faites au Musée Guimet en 1903-1904Chapitre 24 sur 27 · LES PEINTURES PRÉHISTORIQUES DE LA CAVERNE D’ALTAMIRA (ESPAGNE · texte numérisé non relu

LES PEINTURES PRÉHISTORIQUES DE LA CAVERNE D’ALTAMIRA (ESPAGNE

PAR

M. ÉMILE CARTAILHAG Correspoodant de l’Institut

L’aathropolog-ie et l’archéologie préhistorique étaient admirablement représentées à notre Exposition universelle de 1878. Ce fut pour beaucoup do visiteurs une révélation. Quelques-uns plus vivementintéressés résolurent de faire des recherches dans leur pays. Parmi eux M. Marcellino de Santuola se hâta d'explorer les cavernes des environs de Santillana, province de Santanderet il y découvrit les vestiges de plusieurs stations humaines de l’âge de la pierre. La plus vaste, au lieu dit Altamira, fut aussi la plus riche et lui livra d’abondants débris de cuisine, coquilles marines comestibles et ossements d’animaux, des silex taillés,

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des os ouvragés. Déplus M. de Santuola remarqua dans la première galerie et précisément sur la voûte au dessus du dépôt archéologique une vingtaine de figures en couleur^ des animaux peints en noir et en rouge, de grandeur naturelle ou à peu près, parmi lesquels on distinguait des Bisons et un Cheval, représentés de profil et dans une grande variété d’attitudes. Quelques dessins d’un genre bien différent, plutôt géométriques et d’une signification inconnue, se voyaient sur les parois de la deuxième galerie. Il y en avait d’autres encore plus loin.

L’archéologue espagnol publia ces faits. Très prudent il n’affirmait pas la contemporanéité des peintures et du gisement de l’âge de la pierre. Il se contentait de poser la question.

Ne pouvant me rendre à l’appel de M. de Sautuola, je décidai à faire le voyage un confrère d’une compétence parfaite, auteur lui-même de belles découvertes paléontologiques. A Santander et à Santillane M. l’Ingénieur Edouard Harlé fut accueilli avec empressement et fit une enquête minutieuse. Le gisement, le contenu des foyers étaient des plus curieux. Il y avait là des reliques comparables à celles que les très anciens habitants de la Gaule ont laissées dans une foule de

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cavernes et notamment dans le Périgord et les Pyrénées. C’étaient des objets paléolithiques, semblables à ceux de notre âge du Renne. Toutefois cette espèce caractéristique faisait défaut à Altamira. Dans ses migrations annuelles ou séculaires elle n’avait pu probablement descendre jusque-là ^

Quant aux dessins ils étaient bien tels que M. de Santuola nous Pavait dit, mais contre eux des objections sérieuses s’élevaient. Le jour n’arrive pas dans la salle au plafond peint. Aucune figure ne peut être aperçue et examinée sans le secours d’une lumière artificielle. Or on ne voit nulle part les taches noires qu'aurait occasionné l’éclairage fumeux des sauvages dessinateurs et de tous ceux qui auraient voulu admirer leur œuvre de longue haleine. Aujourd’hui le visiteur attentif et surveillant sa bougie évite mal de laisser de semblables traces. Le noir de fumée des épais foyers sous-jacents pétris de débris organiques carbonisés a disparu ; pourquoi les fresques auraientelles conservé intactes toute leur fraîcheur? Les

Le Renne ne paraît pas avoir dépassé les environs de Bayonne d’un côté et de Perpignan de l’autre. Le mot paléolithique, employé ci-dessus, s’applique à l’ancien âge de la pierre. L’âge suivant est dit néolithique. Le paléolithique est antérieur à tous les animaux domestiques, à l’agriculture, à la poterie, aux constructions mégalithiques, etc.

incrustations calcaires qui recouvrent quelques parties sont beaucoup trop minces pour conclure à une grande antiquité. La valeur artistique remarquable de certaines images, les formes mêmes étranges et inexplicables de plusieurs animaux, des Aurochs^ par exemple, et d’autres raisons, soigneusement énumérées par M. Harlé, ne semblaient pas permettre d’attribuer ces œuvres à l’ancien âge de la pierre. . . jusqu’à plus ample informé.

Je publiai ce rapport dans ma revue, les Matériaux pour [histoire de r homme , en 1881, et peu à peu, après quelques timides rappels des compatriotes de M. de Sautuola, le silence se fit sur les peintures de la grotte d’Altamira.

En avril 1895, M. Emile Rivière, bien connu par ses découvertes d’bommes « fossiles » à Menton et ses ^intéressantes publications, faisait exécuter des fouilles dans la grotte de La Moutbe, commune de Tayac-les-Eyzies (Dordogne). Elles dégagèrent par hasard l’entrée d’une galerie, inconnue de tous, par laquelle deux surveillants des travaux péné-

1. On donne le nom &' Aurochs au Bison d’Europe qui s’est éteint sur le territoire de la Gaule avant la période romaine, mais qui survit dans quelques forêts de la Lithuanie et du Caucase. Le Bison d’Europe est le frère de celui d’Amérique qui pullulait naguère et dont il ne reste plus qu’un troupeau aux Etats-Unis. Aurochs et VUrus^ malgré les analogies du nom, sont des espèces tout à fait distinctes.

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trèrent en rampant jusqu’à une distance de plus de 200 mètres, et là, les premiers ils aperçurent quelques dessins gravés sur les parois. M. Rivière ayant constaté le fait fit déblayer la galerie. Il constata que la grotte après avoir été occupée par la Hyène et le Grand Ours avait été fréquentée par l’Homme paléolithique ; on recueillit ses débris de cuisine, ses silex taillés d’un type franchement archaïque, ses ustensiles et ses parures en os. Plus tard M. Rivière trouva même une lampe fort curieuse ornée sur le fond d’une silhouette de bouquetin au trait. Les dessins gravés sur les parois et les voûtes de la galerie, à 128 mètres de l’entrée et au delà et qui représentent des animaux se prolongent parfois sous des couches de stalagmites et aussi sous l’argile rouge constituant le sol. Dès ses premières observations, M. Rivière put affirmer que les gravures étaient anciennes et contemporaines de la faune quaternaire. Il voulut bien faire appel à mon témoignage et comme toutes les personnes qui furent également admises à voir ces découvertes, je dus reconnaître sans hésiter qu’il ne se trompait pas. Les recherches ont continué; M. Rivière a dégagé une longue suite de la galerie, on ne cesse pas de trouver de nouvelles figures. Ce sont des bovidés, parmi lesquels l’Aurochs; des

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équidés variés, THémione peut-être; un Renne admirable; des Antilopes, un Bouquetin, un Éléphant. La faune est donc bien caractéristique, c’est celle des foyers mêmes de la caverne. Ce sont des croquis au trait plus ou moins profondément gravés dans la roche tendre et quelquefois suivis par une ligne de rouge brun. Il y a un singulier dessin en bandes rouges, on dirait une butte. La surface de plusieurs de ces images est couverte d’une sorte de slriage léger et peut-être d'un peu de couleur. Elles ont en général 1 mètre de long, une exceptionnellement a 1™,88. Le visiteur a le sentiment très net qu’il contemple une ornementation voulue de la grotte.

Il faut bien se rendre à l'évidence! Aucune lumière du jour ne pouvait pénétrer à ces grandes profondeurs. On ne voit nulle part de trace de fumée. Les traits ont en général un air de fraîcheur qui déconcerte. On les dirait d'hier. Mais des épaisseurs notables de stalagmite les recouvrent par places. De plus la technique, le style des gravures sont ceux de toutes les gravures sur os que, depuis 1864, on est habitué à rencontrer dans les stations paléolithiques, de l’Angleterre aux Alpes et de la Belgique aux Pyrénées. Finalement les conclusions de M. Rivière s’imposaient et l’un des savants qui

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ont le plus contribué aux progrès de l’archéologie préhistorique, M. Édouard Piette émit le premier la pensée qu’il y avait lieu de revoir la grotte espagnole d’Allamira.

Quelques jours après, instruit par les faits de la Mouthe, un autre de nos confrères, M. Fr. Daleau^ explorateur patient et habile d’une importante grotte dite de Pair-non-Pair, commune de Marcamps (Gironde), étudiait les grandes raies entrecroisées qu’offraient les parois enfin dégagées d^un haut remblai riche en os et en silex ouvrés. 11 discernait à son tour des silhouettes d’animaux. Une d’elles avait des traces de rouge. Les observations concordaient pour faire attribuer ces œuvres d’art sans aucun doute à un niveau paléolithique assez ancien, au début de ce que nous appelons l’âge du renne. La Mouthe et Pair-non-Pair se prêtaient ainsi un mutuel appui.*

Plusieurs années s’écoulent sans qu’aucun de nous ait pu se rendre à Altamira.

Mais en 1901 la question des cavernes ornées va faire un pas décisif. Le 16 septembre MM. le D*" L. Capitan et l’abbé H. Breuil présentaient à rinstitut, Académie des sciences^ une note sur la grotte des Combarelles, commune de Tayac (Dordogne) avec parois gravées. Les mêmes auteurs,

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huit jours après, informaient encore l’Institut que dans la même région classique des Eyzies une autre grotte, au lieu dit Font de Gaumes, était couverte de figures 'peintes à Tépoque paléolihique.

Les Combarelles sont un boyau d’une longueur totale de 22o mètres. A 119 mètres de Tentrée commencent les premières figures nettes, et des deux côtés la bande continue jusqu’au bout. Bon nombre sont recouvertes d’un endui t stalagmitique ; on voit souvent le trait sortir de dessous la stalagmite^ il est alors d’une fraîcheur étonnante. Elles ont de 0“,20 à 1 mètre de long, les unes bien distinctes, les autres entremêlées. Les poils des animaux sont représentés par une sorte de grattage. Sur quelques images les traits sont rehaussés d’une bande de peinture noire. Mieux encore qu’à La Mouthe et à Pair-non-Pair elles rappellent exactement les gravures sur os, ivoire ou pierre de l’âge du Renne. Ce sont d’ailleurs les animaux de cette période. Il n’y a pas moins de quatorze représentations certaines du Mammouth, cet éléphant d’espèce éteinte qu’on a trouvé en chair avec sa toison épaisse et longue dans les terres de la Sibérie glacées éternellement et dont les défenses recourbées et les molaires ne sont pas rares dans les

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alluvions anciennes, quaternaires des vallées de TEurope. Les chevaux sont nombreux. MM. Capitan et Breuil marquent avec sûreté l’époque. C’est un niveau ancien du paléolithique comme à Pairnon-Pair.

Plus étonnante est la découverte de Font-de- Gaumes due à M. Peyrony, l’instituteur des Eyzies. La grotte s’ouvre dans le flanc d^’une haute falaise et l’on y accède par des éboulis et en suivant une étroite corniche dominant la vallée. Après une entrée grandiose on suit une étroite galerie. A 65 mètres les parois se rapprochent, il faut franchir tout en grimpanl ûn peu un pas difficile. On débouche dans une longue salle de 40 mètres de long sur une largeur de 2 ou 3 mètres et une hauteur de 5 à 6 mètres. C’est elle qu’ornent d’une façon extraordinaire des gravures et surtout des peintures exécutées à l’ocre rouge et au noir de manganèse. Il y a là de véritables fresques. Les images d’animaux, une cinquantaine d’Aurochs,un Renne, un Cerf, des Chevaux, des Antilopes, des Mammouths, d’autres encore indéterminées sontpeintes. Mais la gravure est associée à la peinture. Quelques figures sont en partie peintes, en partie gravées, d’autres fois seulement gravées comme aux Combarelles. Un emploi judicieux du noir et du brun a

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donné aux fonds rouges un modelé surprenant, tantôt vrai, d’après nature, tantôt bizarre. Les teintes sont souvent nuancées. Ailleurs ce sont des touches vigoureuses et linéaires sur un fond uni; des grattages de la roche, qui est jaune, interviennent ça et là.

Toutes ces œuvres sont souvent, ici et là, légèrement voilées par une mince couche transparente de stalagmite, beaucoup se perdent sous d’épais rideaux de draperie calcaire.

Aux Combarelles et à Font de Gaumes MM. Capitan et Breuil ont signalé des signes particuliers, accouplés et répétés, ce qui paraît prouver qu’on leur donnait un sens compris de tous ou des initiés. Nos confrères les appellent tectiformes et de fait on consent volontiers à voir en eux comme des esquisses de huttes.

Ces constatations en provoquent de nouvelles. Dès 1893 M. Léopold Chiron, instituteur à Saint- Just l’Ardèche avait publié la description de la grotte de Chabot à Aiguèse (Gard), où sur les rochers qui dominent la station humaine, les foyers paléolithiques, il distinguait des traits gravés enchevêtrés. En avril 1899 M. Lombard Dumas, de Sommières^ heureusement inspiré y reconnaissait deux vagues profils de Mammouth. En 1901,

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M. le docteur Capitan se joignait à eux, confirmait leur hypolhèseetvoyaitàsou tourd’autres croquis.

En 1885 M. Tabbé Gau Durban^ aujourd’hui curé à Lavelanet, avait exploré la grotte de Marsoulas, dans les petites Pyrénées de la Haute-Garonne, et avait exhumé les nombreux vestiges d’une station de l’âge du Renne, période ancienne. Plus tard, M. Félix Régnault, de Toulouse, revoyant le terrain en vue de fouilles nouvelles, remarqua sur une paroi des dessins, un semis de points rouges, des lignes rouges barbelées, deux grands animaux bruns et noirs.

Ce fut seulement après avoir eu connaissance de tous les faits énumérés ci-dessus que je me rendis à Marsoulas. A peine entré dans la grotte je reconnus que les dessins entrevus par M. Régnault n’étaient qu’une partie de la décoration du rocher, quhl y avait d’autres peintures à la suite dans la galerie étroite où je ne pouvais passer qu’en rampant et que les gravures abondaient partout. Je pus annoncer que ces œuvres sont semblables à celles des grottes du Gard, de la Gironde et de la Dordogne. Quelques jours après M. l’abbé Breuil voulait bien se joindre à moi pour l’étude de cette station et ses yeux exercés augmentèrent la série des constatations d’un haut intérêt.

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Le mois suivant, enchanté des heureux résultats de cette collaboration je partais avec M. Tabbé Breuilpour l’Espagne, Santander et Santillana.

Je n’avais pas attendu jusque-là pour modifier mon opinion première sur les peintures d’Altarnira et j’avais nettement avoué que notre scepticisme dbl y a vingt ans n’était plus justifié» A la lumière de nombreux faits nouveaux la réhabilitation de la découverte de M. de Santuola s’était imposée. Mais une étude plus attentive, moins superficielle était évidemment nécessaire. Nous avons eu la bonne fortune de l’accomplir grâce à l’accueil excellent que nous ont réservé les Espagnols, aux facilités qu’ils nous ont procurées à l’envi.

En fait nous avons consacré à la grotte d’Altamira un grand mois de travail assidu en 1902. M. l’abbé Breuil y est revenu en 1903. Maintenant nous sommes en mesure de publier l’ensemble si considérable des découvertes de M. Santuola et les nôtres.

La région est à trois ou quatre kilomètres de la mer, qui s’aperçoit d’Altamira entre les collines. Elle appartient au calcaire crétacé. Son aspect révèle une grande circulation souterraine des eaux, et sur des points très nombreux le sol a des effondrements circulaires. La grotte est entourée de

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semblables dépressions qui révèlent des grottes écroulées. Elle-même est le type parfait de cet accident : on marche dans plusieurs galeries sur un plafond tombé dont les grandes plaques polygonales sont encore contiguës, tandis qu’une assise formant voûte est craquelée et soutenue sur de vastes largeurs par de simples pressions latérales. La ruine sur quelques points, est imminente et la circulation devient de jour en jour plus dangereuse pour les visiteurs.

Une série d’amples éboulements a ainsi ouvert la première partie de la caverne actuelle sur une longueur de 2o0 mètres. Plus loin, et suivant les dislocations préalables de la roche^ existent des galeries étroites et surbaissées dues à Taction des courants. L’une d’elles a SO mètres de long.

Les traces d’habitation préhistorique sont considérables et localisées à l’entrée. Là aussi sont accumulées les peintures et les gravures, presque exclusivement d'abord sur le plafond et assez loin déjà de la lumière du jour. On les retrouve jusqu’au fond. Leur distribution est très inégale et singulièrement mystérieuse. De nombreux petits signes noirs, formés de points et de traits, un peu comme des caractères chinois ou cunéiformes,

mais sans qu’il y en ait deux pareils, se voient uni-

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quement dans les galeries profondes disséniinés sans aucun ordre, sans signification appréciable. En noir également sont cinq figures compliquées^ juxtaposées dans un recoin du boyau terminal; elles ont quelque analogie avec de longs boucliers australiens ou autres décorés de dessins linéaires variés.

Une étroite ramification de la grande galerie est très spécialement marquée au plafond de signes noirs et sur les côtés de longues bandes rouges en forme d’échelle.

De nombreux animaux s’observent un peu partout : les uns figurés en noir, en général de petite dimension (0“,40, 0"',80 etc.), souvent indiqués par un simple contour. Les autres en pointillé rouge ou bien en teintes plates, tracés avec plus d’ampleur, spéciaux à la salle d’entrée de gaucbe. Ces deux catégories sont parfois entamées par des gravures au trait qui se rencontrent isolément sur toute rétendue de la caverne.

Dans la première salle, sur ces images et par conséquent plus récentes, d’autres peintures ont été établies qui ont une valeur bien supérieure. L’exactitude des proportions,la rigueur des lignes laissent peu à désirer. Cette perfection du dessin est bien secondée par une technique perfectionnée, par l’u-

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tilisation de toutes les teintes et des effets qui peuvent résulter du mélange et de la juxtaposition du noir et du rouge. Les attaches des membres où les membres eux-mêmes se détachent en relief brusque grâce à des bandes claires obtenues par le lavage habile delà couleur. Une légère gravure, préalable en général, ou de simples raclages dessinent ordinairement l’esquisse de l’animal représenté. Les traits des pieds, des yeux^ des narines, des cornes sont plus accentués. Certaines parties ou particularités ne sont parfois que gravées.

Ces grandes images (long., 1“,25 à 2“,20) sont plus ou moins juxtaposéesdans tous les sens sur un plafond de 40 mètres de long sur 10 mètres de large.

Mais souvent les reliefs naturels de la pierre, ses mamelons quelquefois volumineux ont déterminé le choix de la place et de la direction du corps de telle sorte que tout ou partie de l’animal se présente avec l’apparence d’une sculpture coloriée. Les animaux sont représentés debout, courant ou au repos, couchés ou accroupis; ceux-ci ont des attitudes à la fois exactes et des plus singulières.

Dans les peintures on note des bovidés, en majorité des Bisons, puis des Sangliers, des Chevaux, une biche. Dans les gravures les têtes de biche

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dominent, nous avons en moins le Sanglier et en plus un très beau Cerf à ramure très développée, ainsi que des Chèvres.

De fort curieux grands signes rouges sont multipliés auprès des animaux du plafond en question dont une large partie paraît avoir été réservée pour eux. Il est difficile de leur refuser un sens déterminé. Ils reviennent fréquemment toujours les mêmes et forment des groupes.

D’autres signes, mais gravés, forment une catégorie spéciale : on dirait des huttes en branchages. Plus de vingt sont disséminées dans la même salle. Dans leur voisinage sont quelques silhouettes humaines gravées d’un trait léger, vaguement esquissées, sans art, mais remarquables par certains détails que l’ethnographie comparée expliquerait peut-être, et surtout par le geste des bras qui rappelle l’attitude des suppliants.

En comparant les têtes, on peut noter que dans la plupart le visage humain disparaît comme s’il était remplacé par un masque k museau bestial. En les examinant on ne peut que songer à ces déguisements si fréquents chez les primitifs ayant survécu jusqu’à nos jours, par exemple chez les Peaux-Rouges qui en faisaient usage dans leurs cérémonies religieuses.

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Toutes ces gravures et peintures représentent un travail considérable, il est incontestable qu’elles n’appartiennent pas au même moment. J’ai dit que celles-ci ont été largement refaites et superposées, et qu’il y a progrès entre les premières et les secondes. Comparées à celles de Marsoulas et de Pont-de-Gaumes elles sont bien du même art, du même style mais elles témoignent d’une réelle supériorité. Elles supposent une évolution del’art, une culture ancienne, des traditions bien établies, des études approfondies.

Toutes les grottes maintenant connues (et il faut en ajouter plusieurs dans la Dordogne, l’une àBernifal, avec gravures de Mammouth, de Bisons, d’Antilope, d’Équidé et avec signes tectiformes, l’autre à Teyjat, avec gravures analogues, une troisième dans TAriège au Mas d’Azil, avec des gravures trop altérées) se prêtent un mutuel appui. Nous n’avons pas à Altamira ou à Marsoulas comme à Font-de-Gaumes de puissantes stalagmites qui attestent l’antiquité des œuvres sans cependant la préciser. Nous n’avons pas comme à Pont-de-Gaumes, aux Combarelles, à Aigueze, à Bernifal l’image du Mammouth fixant d’une façon certaine cette antiquité. Mais les traits communs des œuvres suffisent à les rapprocher.

Enfin Télude des stations humaines qu’elles avoisinent, nous permet aussi d’aboutir à une conclusion ferme :

Les peintures de la grotte d’Altamira, comme les autres, appartiennent à l’âge de la pierre, à la première période de cet âge, aux hommes paléolithiques. On peut même assurer qu^elles correspondent à une phase particulièrement intéressante des temps quaternaires, lorsque pullulaient dans les campagnes de l’Europe occidentale les troupeaux d’Éléphants, d’Aurochs, de Chevauxet quantité d’herbivores.

C’est une époque fort reculée. La Grande-Bretagne n’était pas encore séparée du continent et le sol avait partout, même dans les vallées du Nil ou de TEuphrate, un aspect différent à maints points de vue esssentiels de celui d’aujourd’hui. Depuis lors le climat a changé plusieurs fois, produisant une évolution de la faune, l’extinction des anciennes espèces, l’émigration des autres et l’arrivée ou le développement de groupes nouveaux.

La période des précipitations atmosphériques abondantes si favorables au développement des glaciers et des fleuves, de la flore et des herbivores est suivie par les froids rigoureux et secs qui mettent notre Europe au régime des steppes déso-

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