‹ Conférences faites au Musée Guimet en 1903-1904Chapitre 3 sur 27 · Bouké cho hatto · texte numérisé non relu

Bouké cho hatto

{Buke siyo hatuto)

probation manifestée, le seigneur reste maître de ses actes, libre dans son administration. Contre la seigneurie qui résiste aux ordres du bakou-hou, il n’y a de ressource que l’expédition de châtiment,

séibatsou [seibatu)^ séilô 'fîE wif [seitau)^

prévue et ordonnée dans les CentLois de Ihéyasou,

séiken hyakka djô ^ Wü# {seiken hiyakii

ka deu) « contre tout seigneur qui violerait les lois et tyranniserait le peuple » (Rudorff, 100 Geselze,

art. 11) K A partir de 1863, le JNagato [Na-

gato) suit une politique agressive contre les étrangers, opposée à celle du bakou-hou, attaque la résidence impériale parce que Tinfluence du cbôgoun y domine : de là résulte la double expédition de 1864 et de 1866 qui mène à la chute des Tokougawa.

Le seigneur a seul le droit d’accorder la naturalisation à un homme d’un autre clan, le passage d’une seigneurie à une autre étant interdit. Ainsi

Bouké cho hatto ultérieurs, ne paraît avoir été strictement mise en vigueur qu’au début du chôgounat. Les principaux daimyô n’en ont pas tenu compte, l’exemple du Satsouma le prouve.

1. Les Cent Lois n’étant pas numérotées, je les cite d’après Rudorfl', Tokugawa — Gesetz — Sammlung (voir bibliographie) ; j’ai toujours comparé la traduction au texte japonais.

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Kousakabé Mourazi 0 [Kusakabe Mu-

razi) s’étant enfui du Satsouma en 1849-bO, son

fils Isazi — ^(Isazi) fut agrégé au clan de Mito par une entente spéciale des deux seigneurs. Quant aux paysans, on verra plus loin quelles difficultés l’organisation communale opposait au simple passage d’un village à l’autre.

Pour la justice, le seigneur a plein pouvoir : jfindiquerai plus loin l’organisation judiciaire. Si l’on se borne aux affaires d’un intérêt général et qui sont notées par les historiens, les exemples de condamnations diverses prononcées parles daimyô contre leurs sujets, ne se comptent pas dans les années qui précèdent la Restauration ; ils sont fréquents dans toute la période des Tokougawa. Sur ce terrain également, lebakou-hou intervient, soit directement par ses agents, soit par injonctions aux seigneurs, lorsque sa politique est intéressée.

C’est ainsi qu’il emprisonne Houdzita Tôkoj^ B0

^ (Hudiia Touko)^ de Mito, en 1844; qu’il se fait livrer par le Nagato et qu’il exécute (1859)

Yosida Ghôin w œ # it [Yosida Siyouin).

Dans d’autres circonstances, il remet le coupable à son seigneur chargé de le punir. Mais parfois le

seigneur se sousirait à Tordre donné : ainsi, profitant d’un suicide manqué (fin de 1858), le gouvernement du Satsouma déclare mort Saigô Takamori

S@ IP15 [Saigau Takamori) et Texile aux

îles Ryoukyou sous un nom supposé.

Pour les relations extérieures, les seigneurs sont dans une plus stricte dépendance. 11 n’est plus question d’ambassades en Europe, comme celles

qui furent envoyées par Otomo Sôrin ^ ^

^^[Ohotomo Sourin), de Boungo ^ [Bmigo),

Arima Harounobou ^ ^ {Arima Harii-

nobu), de Kouroumé ■M{K iiTumé), Ômoura

Soumilada ^ n m [Ohomura Sumitada)^

d’Ômoura (1582), puis par Daté Masamouné

M5E 7j> (Date Masamtme) de Sendai fiiifi (Sendai) (1613). Des ordres du bakou-hou, en date

du 6 mai 1633 et du 22 juin 1636, ont cbassé les étrangers du Japon, défendu aux Japonais de sortir de l’Empire, à ceux qui sont absents d’y rentrer passé un délai de cinq ans; la peine de mort est prononcée contre les délinquants. Pour assurer Tobéissance et arrêter les voyages lointains, la

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construction des grandes jonques* est interdite.

Mais les Sô {Sou), de Tsousima {Tu-

sima), sont investis du privilège de commercer avec la Corée® ; jusqu’à la Restauration, ils transmettent les messages entre Édo et Séoul, plus rarement ils escortent les envoyés de Tune ou

l’autre cour. Les Simadzou ^ {Simadu), de Satsouma, ont soumis ^ à leur suzeraineté le roi des Ryoukyou (1609) ; ils ont réorganisé Tadministion de son royaume et mis à sa cour un agent politique, chargé surtout de surveiller les rapports

1. 500 kokou, [ki}ku) et au-dessus (Bouké cho hatto, de 1617, art. 17). La construction de nouvelles jonques de guerre était défendue depuis 1609.

2. Les relations entre les Sô, seigneurs de Tsousima, et la Corée remontent au moins à une convention passée en 1443

avec Sô Sadamori âK {Sou Sadamori) et autorisant

ce seigneur à envoyer annuellement 50 jonques marchandes. Les envoyés de Tsousima venaient alors jusqu’à Séoul; après la guerre de 1592-1598, ils ne furent plus autorisés à dépasser

Pou-sao Hlil.

3. Les Simadzou avaient, dès le troisième quart du xii® siècle, soumis les plus septentrionales des Ryoukyou. En lti09, ils

firent une expédition jusqu’à la capitale, Chou-i ■tM , em-menèrentle roi prisonnier, le conduisirent rendre hommage au chôgoun (1610) et le relâchèrent en lui imposant un traité.

extérieurs ; au xix« siècle, un ag*ent japonais, habillé en Loutchouan, assiste incognito à toutes les entrevues des officiers européens avec les mandarins du pays ; une garde japonaise le soutient. Depuis 1631, quelques fonctionnaires duSatsouma, mêlés aux marchands loutchouans, vont annuellement faire à Fou-lcheou Isffl de fructueuses opérations commerciales pour le compte de leur maître; des transactions régulières sont établies à

Nafa ^5 ® entre les sujets du Satsouma et les Chinois.

Dans ces relations extérieures traditionnelles, le bakou-hou ne s’immisce que pour les consacrer. Au début du xix® siècle, les principaux seigneurs maritimes voient l’impossibilité de maintenir la clôture du Japon. Sigétaka, de Satsouma, profite du crédit que lui assure à Édo une alliance de famille, pour exposer un plan d’établissements commerciaux dans rinde, en Annam, en Chine, en Corée. Ses idées ne sont pas adoptées, mais l’ouverture du pays conserve des partisans : Nariaki, de Mito, fait passer, dit-on, aux États-Unis une lettre, peu après arrive le commodore Perry. Nariaki, de Satsouma, obtient du bakou-hou (1839)

la suppression de quelques-uns des règlements

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restreignant la construction des jonques de mer;

il projette l’ouverture au commerce d’Osima

^ {Ohosima), l’une des Ryoukyou, et de Yama-

gawa ojjii (Yamagaha), à l’entrée de la baie de

Kagosima ^ {Kagosima). Quand s’accentue la décadence du bakou-hou, les rapports avec les « barbares » se multiplient : ce sont des fonctionnaires du Satsouma qui vont, en novembre 1863, régler avec le colonel Neale, chargé d’affaires britannique, la question du meurtre de Richardson; les officiers du chôgoun ne paraissent que pour attester Tidentité des envoyés du Satsouma. A la même époque, le Satsouma, le Nagato ont des

agents à Nagasaki {Nagasaki), à Yoko-

hama [Yokohama), à Chang-hai Jl ,

pour l’achat de bateaux et de matériel de guerre*

En 1867, Iwasita Masahira ^ [lhasita

Masahira), de Satsouma, est envoyé à Paris; l’em voyé accrédité par le bakou-hou empêche qu’il soit reçu par l’empereur Napoléon III : mais à l’Exposition Universelle, les produits du Satsouma sont à part, sous la mention : gouvernement du Sa-

tsouma, Japon 0 et sous le pa-

villon national japonais ; l’exposition du bakouhou porte la mention : gouvernement du laikoun,

Japon 0 ^ ^ ^ ^ , et arbore aussi le

pavillon national. Les deux gouvernements sont mis sur la même ligne. Iwasita profile de son voyage pour engager au service des Simadzou un Français, le comte de Montblanc.

Sous tous les Tokougawa, les rapports des daimyô entre eux et avec la Cour impériale sont surveillés de près : le chôgoun, au milieu de tous les daimyô chef d’état, maintient sa prééminence, en partie, par des combinaisons d’alliances, par des oppositions d’influences qui ont tout le caractère d’une politique extérieure. La maison des Tokougawa a confirmé ou établi les feudataires, qui subsistent pour la plupart pendant les xvii®, xviii® et XIX® siècles; elle peut ainsi compter sur la reconnaissance et l’appui d’une partie des maisons seigneuriales. Les liens ainsi formés se perpétuent par la tradition, qui est une force de premier ordre dans la société japonaise; ils sont renforcés par rintérêt, le chôgoun s’étant réservé la plus grande part des revenus et des troupes, ayant directement la distribution des domaines et des fonctions, indi-

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rectement la disposition des titres que toute la noblesse ambitionne Les faveurs, les préséances, les compétitions adroitement employées mettent presque chaque famille seig’neuriale dans une situation à part qu’elle doit défendre contre des rivaux, qu’elle cherche à accroître en face d’autres plus ou moins favorisés. Les rapports entre les Tokougawa et les principaux seigneurs sont resserrés par des alliances, mariages et adoptions. Le caractère politique de ces alliances est si marqué que les chôgoun répètent avec insistance la défense formulée par Hidéyosi relativement aux mariages; on la retrouve dans presque tous les Bouké cho hatto, publiés sous chaque règne chôgounal. « Les seigneurs kokouchou H 3E [kokusiyu) et djôchou

3E {ziyansiyii)^ ceux qui ont plus de dix mille kokou de revenu nominal, aussi bien que les

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