III
Nos frères séparés dans la foi nous disent: pourquoi dans l'Eglise catholique donnez-vous la communion sous une seule espèce, sous l'espèce du pain ?
Pourquoi ne pas communier, comme les Apôtres, sous les deux espèces du pain et du vin ?
Je répondrai que le prêtre qui dit la messe est obligé
de communier sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin, pour qu’il y ait sacrifice complet. Mais lorsqu'un prêtre communie, sans célébrer la sainte messe, il ne communie que sous une espèce, sous l'espèce du pain, comme tous les autres fidèles.
Nous croyons que Jésus Christ est réellement présent sous chacune des deux espèces; et que celui qui ne communie que sous une espèce, recoit Notre-Seigneur tout entier, absolument comme sil communiait. sous les deux espèces.
Celui qui reçoit une seule espèce, reçoit Jésus-Christ tout entier, parce que le corps de Jésus-Christ, sous. l'espèce du pain, y est vivant et immortel, Or, un corps vivant n'est pcint sans sang; et le prêtre qui recoit dans la célébration de la messe les deux espèces, ne reçoit pas davantage qu’un laïque qui communie sous
une seule espèce. De même que celui qui reçoit deux hosties, ne reçoit pas plus que celui qui n’en reçoit qu'une, de même aussi le prêtre qui reçoit les deux espèces ne reçoit pas plus que celui qui n’en reçoit qu’une.
Le prêtre, en célébrant la sainte messe, est obligé de consacrer le pain et le vin, et de communier sous l’espèce du pain et sous l'espèce du vin, parce que le calice fait partie du sacrifice,
Nous lisons dans le sixième chapitre de saint Jean, ver, 50: “ C’est ici le pain qui est descendu du ciel, afin que si quelqu'un en mange, il ne meure point,”
Et au cinquante-deuxième verset du même chapitre, nous voyons ce qui suit : “ Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, C'est ma chair, pour la vie du monde.”
Le Sauveur promet donc par ces paroles la vie éternelle à ceux qui ne reçoivent qu’une seule espèce, Comme à ceux qui reçoivent les deux, et on voit dans l'Evangile que J ésus-Christ se contenta de donner l’espèce du pain aux disciples d'Emmaüs, Nouvelle preuve que la communion sous les deux espèces n’est point nécessaire,
Saint Luc ne nous dit-il pas au chapitre Xx1v, 30 et 81: « Lorsqu'il était à table avec eux, ” c'est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Chi'st, “ il prit du pain, le bénit, le rompit et le présenta ; aussitôt ils le reconnurent et il disparut ?? :
Cela doit s'entendre de l'Eucharistie, disent les saints Pères,
La primitive Eglise s'est souvent contentée de don-
ner une seule espèce aux fidèles, et saint Cyprien
raconte qu’une femme avait apporté le pain sacré chez elle et l'avait serré dans une armoire, Et voulant en suite le prendre pour communier, elle fut épouvantée par une flamme qui sortit de l'armoire : elle n’avait pas la conscience pure.
Saint Basile nous dit: Que les solitaires qui étaient éloignés des villes, avaient coutume d’emporter du pain sacré dans le désert pour un an entier. On ne voit point que ces solitaires emportaient avec eux du vin consacré. Ces exemples nous prouvent que dans la primitive Eglise, on ne communiait souvent que sous une seule espèce.
Notre-Seigneur dit: “ Celui qui mange ce pain vivra éternellement.” Il ne dit pas celui qui mange ce pain et boit ce sang vivra éternellement ; non, ici, il parle seulement du pain qui est le vrai corps de Jésus-Christ, Il est vrai que les Apôtres ont communié sous les deux espèces, parce que les Apôtres étaient prêtres.—On ne voit pas que les autres fidèles aient communié avec les Apôtres de la main du Seigneur, ;
Quand les premiers chrétiens emportaient avec eux la sainte hostie pour se communier aux-mêmes avant d’aller au martyre, ils ne communaient que sous une seule espèce,
Nos frères séparés dans la foi nous disent: Est-ce qu'on ne voit pas en termes exprès dans saint Matthieu, chap. XxVI, ver. 27: “ Buvez-en tous?”
Ces paroles s’adressaient aux Apôtres et non à tous les fidèles. Cela se prouve encore par ces autres paroles de Notre-Seigneur qui suivent immédiatement : “ Vous vous scandaliserez tous à mon sujet cette nuit.”
Saint Marc, chap. x1v, nous dit:
tous,” c’est-à-dire tous les Apôtres, On dira peut-être : Si le Commandement de‘bcire le calice n’a été donné ici qu'aux seuls Apôtres, pourquoi ne pas conclure de Ià que le commandement de man-
ger le pain sacré n’a été donné aussi qu'aux Apôtres seuls ?
“Et ils en burent
Le commandement de manger le corps et de boire le sang de Notre-Seigneur J ésus-Christ n’a été donné, dans cet endroit, qu'aux seuls Apôt:
légitimes, c’est-à-dire aux évê
Le Sauveur dit à ses Apôtr c'est à eux seuls qu’il dit ensuite: “ Faites ceci en mémoire de moi” C'est aux Apôtres seuls et à leurs successeurs qu’il s'adresse en ce moment,
Par ces paroles, Notre-Seigneur donne donc à ses Apôtres et à leurs légitimes successeurs le pouvoir de consacrer et de distribuer la sainte Eucharistie,
Si les Apôtres et leurs successeurs ont reçu l’ordre de consacrer et de distribuer la sainte Eucharistie, les fidèles sont donc obligés’ de la recevoir, Notre-Seigneur , dit à ses Apôtres : “ Faites ceci en mémoi-; de moi,” Quand est-ce que le Sauveur dit Pureme: 5 simple. ment ces paroles ? Il les dit après avoir donné le pain et non pas après avoir donné le calice,
Les Apôtres et leurs successeurs ont Jésus-Christ l'ordre de di présenter le calice.
Les protestants nous diront encore: Mais le Sauveur ne dit-il pas dans l'Evangile de saint Jean, an chap, #1: “ Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme,
res et à leurs successeurs ques et aux prêtres, es: Mangez et buvez, et
donc reçu de stribuer le pain, et non de
et si vous ne buvez son sang, Vous n'aurez pas la vie en vous ? ”—
L'objection est de nulle valeur. En effet, ces paroles se prennent purement dans un sens divisé : “ À moins que vous ne mangiez ou que vous ne buviez..…”—absolument comme ce texte : “ Qui aura tué son père et sa mère, sera puni de mort.” (EXODE, xxi, 15),
Les protestants nous diront: Le Pape Gélase n’ordonna-t-il pas à tous les catholiques de communier aussi sous l'espèce du vin ?—I1 ne l’ordonna qu’à cause des Manichéens, parce que ceux-ci croyaient que le vin était la créaturé du démon. C'était une de leurs erreurs.
Le Pape Gélase, pour les empêcher de se mêler avec les catholiques en allant communier, ordonna à ceux-ci de communier sous ies deux espèces, comptant bien que les Manichéens, par horreur pour le vin, n approcheraïent pas de la table sainte.
Nous devons certainement conclure qu ’avant cet ordre du Pape, l’usage était de ne recevoir que l'espèce du pain,
Si l’usage eut été de recevoir les deux espèces pour la sainte communion, pourquoi alors le Pape Gélase aurait-il ordonné de nouveau aux fidèles de son temps de communier $ous les deux espèces ?
Puisque les protestants se prévalent d’un détail de l'institution eucharistique pour prôner la communion sous les deux espèces, on peut alors exiger qu'ils pratiquent tout ce que Notre-Seigneur fit en instituant l’Eucharistie :
Il faut qu’ils aient à se laver ies pieds, qu’ils aient à
CONFÉRENCES SUR L'ÉGLISS 111
touchant les dive
On donnait p ous une seule espèce plusieurs siècles avant Luther, et celui-ci ne dit-il pas ces paroles : “ Si vous arrivez dans un endroit où l'on ne donne qu’une seule espèce, contentez-voug d’une seule espèce, et ne vous OPposez pas au grand nombre ?” On voit donc par ces paroles de Luther, un des pères du protestantisme, qu'il admettait lui-même le communion sous une seule espèce,
Nos frères séparés nous demandent Pourquoi nous
avoñs la messe en latin, et non pas en langues vulgaires ? ; L'Eglise catholique a conservé la langue latine pour
curer un de ces livres p l'Eglise,
:e8 ! C’est encore Pour conserver l’unité que l'Eglise catholique a adopté la langue latine dans sa liturgie, L'Eglise catholique, dans ses prédications, dans ses
112 UONFÉR ENCES SUR L'ÉGLISE
instructions, dans ses catéchismes, emploie toujours la langue parlée par le peuple.
L'Eglise, en faisant ses offices divins dans la langue latine, n’a conservé qu’une langue de l'Occident qui était autrefois en usage. Cette langue latine n'est pas complètement inconnue au peuple, parce qu’il y a dans tous les pays un grand nombre de laïques qui savent le latin.
Notre divin Sauveur, après nous avoir donné ses mérites, ses souffrances, sa vie, sa Mère, ses ‘Apôtres, son épouse immaculée, l’Eglise catholique, nous donne encore le sacrement de l’Eucharistie, sacrement d'amour dans lequel se trouvent son corps adorable et son sang précieux, afin de s’incorporer et de s'identifier par la communion avec ceux qu’il aime et de leur assurer le ciel.
Puisque Notre-Seigneur nous aime d’un amour incompréhensible, d’un amour infini, d’un amour de pure bienveillance, aimons-le d’un amour de reconnaissance, d’un amour que rien ne puisse démentir, d’un amour au-dessus de tout ce qui nous environne. Dès aujourd’hui et jusqu’à notre dernier soupir, nous lui donnerons notre cœur avec toutes ses affections ; nous accomplirons sa volonté suprême et nous ferons constamment ce qu’il nons commande,
Efforçons-uous donc de pratiquer tous les jours de notre vie les vertus dont il nous donne de si touchants exemples, et après l'avoir véritablement aimé ici-bas, sur cette terre reraplie de larmes, de souffrances et de chagrins, nous continuerons de l'aimer plus parfaitement dans la céleste patrie,
La Grâce : Sa nature, sa nécessité, sa source et ses effets
UE
2 NATURE DE LA GRACE Nous commencerons aujourd’hui à vous donner une
54 suite d'instructions sur le té notre divin-Sauveur, e bien compren.
sé dre ce qu'est la grâce qui nous est donnée par les sacre. °8 ments, » La grâce est un don Purement surnaturel et gratuit le qui tous est donné par Dieu.
| C’est un don que la bonté infinie de Dieu nous fait, De sans que nous l’ayons mérité, en aucune manière, Le : Pour mieux faire comprendre ma pensée, permettez. e moi la comparaison suivante :
de Au lieu de vous demander : qu'est-ce que la grâce ? ee je vous poserai cette question : qu'est-ce que le sang ? Le Le sang est un liquide qui circule dans nos veines et De dans nos artères, qui maintient en nous la vie du corps. se Je suppose un accident quelconque, par exemple une
blessure mortelle, par laquelle vous perdriez tout votre de ‘Sang, a Qu'arriverait-il? Vos idées deviendraient confuses ; 5, votre cœur cesserait de battre ; vos poumons refuse. le raient de vous donner l'air nécessaire à la vie. Que
s'ensuivrait-il ? la mort à bref délai.
Maintenant, la grâce de Dieu est à la vie de notre Âme ce qu'est le sang à la vie de nos corns, Qu'une âme soit privée de la grâce de Dieu ; à ce moment même elle devient morte aux yeux de Dieu,
A la naissance de chacun de nous, notre Âme était morte devant Dieu, parce qu’elle était privée de la grâce divine.
Par le sacrement de baptême que nous avons reçu, après notre entrée dans cette vie, notre âme a reçu la grâce sanctifiante et a recouvré sa vie devant Dieu,
Il y a deux espèces de grâce, la grâce sanctifiante ou la grâce habituelle, et la grâce actuelle,
La grâce sanctiliante ou habituelle est un don de Dieu qui demeure dans nos âmes d’urie manière permanente, nous rend juste, saint et agréable aux yeux de Dieu, C’est l’âme en état de grâce.
La grâce actuelle est une lumière qui nous vient du ciel, comme une bonne inspiratiun, un secours bienfaisant que la bonté de Dieu nous accorde à différentes circonstances dans lesquelles nous sommes placés, pour nous aider à résister aux tentations, à pratiquer la vertu, à éviter le péché, et qui augmente dans nos âmes la justice et la sainteté.
Permettez-moi une autre comparaison qui rendra ma pensée plus:claire.
La Botanique nous enseigne que dans les arbres, il y a deux espèces de sève ; l’une s'appelle ascendante, venant des racines, Celle-ci demeure toujours dans l’arbre, même durant nos longs hivers, et conserve la vie de l'arbre. L'autre se nomme descendante, Celle-ci entre dans l'arbre par les pores de son écorce, de ses
bourgeons et de ses feuilles, et elle ne vient qu’à certaine saison de l'année ; mais lorsqu'elle arrive, elle aide beaucoup au développement et à Ja beauté de l'arbre, qui bientôt se couvre de ileurs, d: fruits et de feuilles verloyant 3,
La grâce habituelle est cette demeure dans nos âmes durant nos occupations jourvalières, durant notre sommeii, et qui fait que Dieu nous regarde toujours d’un œil favorable,
La grâce actuelle est cette bonne inspiration qui vient en temps opportun, lorsque nous en avons besoin et que nous suivons ces inspirations ; elle nous détourne du péché, et nous fait faire les œuvres de charité que Dieu récompensera au ciel,
Lorsque nous avons la grâce habituelle, ou la grâce sauctifiante, quille, car si même un ins aller paraître Les troubl
sève ascendante qui
Aussi les martyrs en face de la mort, au milieu de leurs ‘enuemis, dans leurs cruelles souffrances, avaient des grâces actuelles,
La grâce actuelle est une lumière qui nous vient du ciel, une force d'en haut que Dieu donne dans des cir- Constances particulières de la vie,
NÉC-SSITÉ DE LA GRACE
Sans la grâce, c’est-à-dire, par nous-mêmes, nous ne pouvons rien, nous ne pouvons avoir ni la foi, ni l'espérance, ni la charité, pas même faire un acte de contrition qui serait méritoire pour effacer nos péchés. Sans la grâce, nous ne pouvons ni prier, ni cnncevoir une seule bonne pensée, ni accomplir une bonne œuvre, ni même prononcer le nom de Jésus d’une manière méritoire pour le ciel, Même, en état de grâce, nous ne pouvons persévérer sans un se”urs spécial de Dieu, “Sans moi vous ne pouvez rien,” (ST JEAN xv. 5.) “ C’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon sa bonne volonté.” (St: PAUL aux Phili. 11, 13:)
Permetez-moi de me servir d’une comparaison pour rendre ma pensée plus claire, et démontrer combien la grâce nous est nécessaire, Lorsque vous avez besoin de lever quelque chose au-dessus de vos forces, vous employez un levier, et par son secours, vous acquérez un force dix fois et vingt fois plus considérable que vous n’auriez pas sans lui, Lorsque vous voulez transporter sur le sommet d’un édifice un poids lourd et pesant, vous faites usage de roues et de poulies, Maintenant, ce levier, ces roues et ces poulies font. pour le corps ce que la grâce fait pour l'âme, mais celle-ci le fait dans un degré beaucoup plus éminent,
La ;âce nous est nécessaire absolument, car sans elle, nous ne pouvons garder les commandements de
Dieu, ni accomplir un acte méritoire, ni être agréable à Dieu. Sans la grâce, notre salut est impossible,
Qu'il me soit permis de vous citer les deux exemples suivants pour vous faire bien comprendre la nécessité de la grâce,
Vous connaissez l’histoire de cette pauvre Samaritaine qui est convertie au puits de Jacob, Notre Sauveur lui adresse quelques paroles sûr les choses du ciel, et instantanément son Cœur est changé, Elle devient une sainte, Qui donc a opéré ce changement si subit ? Est-ce que ce sunt les paroles de Notre-Seigneur ? Non, mais la grâce divine qui accompagnait ces paroles,
Les quelques mots que notre divin Sauveur lui adresse auraient peut-être pu la détourner de sa vie de scandale, mais sans la grâce, son âme n'aurait pas été changée,
Voyez saint Augustin, lorsqu'il était jeune homme, il était rempli d'orgueil à «ause de sa grande habileté dans l'enseignement, :] était adonné à la vanité, à l’ambi. tion, à la sensualité, etc, Sa pieuse mère, sainte Monique pleure et prie, Augustin aime sa mère, il sait que sa conduite lui brise le Cœur, Cela lui fait de la peine, le trouble même, mais ne le convertit pas. Un jour une force invisible entre dans l'âme du jeune profes-
seur, Cette force subjugue, Commande et entraîne sa volonté, Alors il devient humble, modeste, cl ste, Il est converti ; il aura désormais pour l'Eglise de Dieu un granda mour, une profonde vénération Pour ses ensei. 8nements, et deviendra enfin un des plus brillants défen-
seurs de la foi et un des grands docteurs de l'Eglise catholique,
Cette force invisible qui a opéré un si grand changement dans l’âme d’Augustin, est la grâce de Dieu ; aussi s’écrie-t-il : “ Sans vous, Ô mon Dieu, l’homme n'est rien, et ne peut rien pour son salut, ”
Tel est le langage de tous les Saints.
Tel est aussi le language de notre Sauveur. “ Sans moi, vous ne pouvez rien.”
Voici donc la conclusion pratique à laquelle nous devons arriver: c'est que sans la grâce de Dieu, nous ne pouvons rien faire pour notre salut,
Ne comptons pas trop sur la force de notre volonté, car les présomptueux tombent quelquefois bien bas dans le péché, et ne sé relèvent que difficilement. Comptons plutôt sur la grâce de Dieu, demandons-lui souvent ses grâces divines; et comme Dieu désire le salut de chacun de nous, sa divine bonté nous accordera celles qui nous seront nécessaires pour arriver sûrement à notre patrie céleste qui est le ciel. £