TRENTE-SIXIÈME CONFÉRENCE
DE l'influence DE LA SOCIÉTÉ CATHOLIQUE SUR LA SOCIÉTÉ NATURELLE QUANT A LA COMMUNAUTÉ DE BIENS ET DE VIE.
Monseigneur, Messieurs,
En vous exposant l'influence de la société catholique sur la propriété, jai dit que la communauté volontaire de biens et de vie était une idée chrétienne ; mais je lai dit sans m'y arrêter. Cependant, Messieurs, nous ne saurions avoir une idée complète des effets de la doctrine catholique sur la société humaine, si nous ne nous arrêtons à considérer cette grande institution de la communauté volontaire de biens et de vie ; car, parmi les créations de la société catholique, il n'en est peut-être aucune qui présente des caractères plus frappants, plus difficiles à réunir, et où se résume mieux , avec tout l'empire de la doctrine , toute la démonstration de sa divinité.
Vous le savez, dès les premiers jours de la prédication générale de l Evangile, après la résurrection du Christ et Tébranlement de la Pentecôte, dès ces premiers jours, il est écrit que la multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme, que personne d'entre eu.v n'appelait sien ce qui lui appartenait, mais que toutes choses leur étaient communes ^ et quil n'y
avait point de pauvre dans leur assemblée, parce que ceux qui possédaient des maisons ou des champs les vendaient, et en apportaient le prix aux apôtres, pour être distribué à chacun suivant ses besoins (l). Ce sont les propres expressions du texte sacré, et vous vous en souvenez aussi, le premier usage que la puissance apostolique fit du droit danathème, fut contre deux disciples qui avaient trompé les apôtres sur le prix de leurs biens, en en retenant une partie frauduleusement. Ce texte si clair, cet événement si remarquable de l'apôtre saint Pierre mettant par sa parole deux disciples à mort pour avoir trompé lEglise dans un dévouement qui n "était point commandé, tout cela vous révèle limportance que le Saint-Esprit, auteur de l'Ecriture, attachait aux premiers linéaments d'où devait sortir un jour, par un développement merveilleux, cet institut cénobitique qui a rempli le monde de son histoire.
Je n'ai pas l'intention, Messieurs, d'envisager la communauté de biens et de vie par son côté spirituel. Ce point de vue me rejetterait dans les questions de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, questions que j'ai traitées l'an dernier, en vous exposant les effets de la doctrine catholique sur lame. Notre thèse daujourd hui est tout autre , et je dois rechercher seulement quelle a été l'influence de 1 institut cénobitique sur les destinées de la société naturelle. Cette influence a-t-ellc existé? A-t-elle été pour le bien ou pour le mal ? Voilà l'objet de notre examen, et par où nous terminerons les conférences de cette année.
Je ne puis les finir. Messieurs, sans vous remercier de votre pieuse attention en des sujets si graves, si délicats souvent, et j'ose le dire, que je n'ai point abordés de mon propre choix, mais contraint i)ar la force logique de mon sujet. Car, si quelque chose est étranger à mon caractère comme à mes devoirs, c'est de chercher des éléments d'émotion dans ce qui s'éloigne de Téternité, pour s'approcher du temps. On n'est pas toujours le maître d'éviter absolument ce péril ; mais quand il s'est présenté
(i) Acles des Apôtres, cli. 4. vers. 32 et 34.
à moi, j'ai cherché à mettre dans ma parole autant de prudence que de vérité, et si je ne me trompe, entre ce charybde et ce scylla de la parole, je veux dire la sincérité et la réserve, jai rarement échoué. Quoi qu'il en soit, Messieurs, quelle que soit ma part de mérite, je reconnais la vôtre, et je vous en remercie. J'ai besoin aussi de remercier le premier pasteur de ce diocèse, qui , depuis tant d'années, ne cesse d'apporter à nos réunions le concours de son haut jugement et la splendeur de sa présence, ajoutant ainsi, pour ce qui me regarde, à la dette personnelle que j'ai contractée envers lui, un poids qui croît chaque jour, mais qui ne fait, en croissant, que soulager ma reconnaissance et ma vie.
Je soutiens deux choses au sujet de la communauté volontaire de biens et de vie, savoir, quelle est la plus haute pensée économique et la plus haute pensée philanthropique qui soit au monde. D'abord, la plus haute pensée économique : car, Messieurs , économiquement parlant , que cherchons-nous ? Nous avons des biens bornés, et des désirs qui le sont peu; il s'agirait de trouver le secret de diminuer les désirs en multipliant les biens et en les partageant. Or, la communauté volontaire de biens et de vie produit ce triple effet : elle partage les biens, elle en accroît la mesure, elle diminue le besoin que nous en avons. Sous ce régime, celui qui a plus apporte volontairement à celui qui a peu ou qui n'a rien ; celui qui n'a rien ou peu de chose du côté du corps, mais qui est riche par l'esprit, apporte sa part en intelligence ; celui qui est pauvre à la fois du corps et de l'esprit, peut donner mieux encore à la communauté, en lui apportant une solide vertu. De la sorte, il y a communion du patrimoine avec le dénùment, de la grande capacité avec la petite capacité, de la force avec la faiblesse, de tous les inconvénients compensés par tous les avantages, et il en résulte un partage, une fraternité, une famille artificielle qui, aussi libres qu'ils sont équitables, présentent à notre imagination et à notre sentiment de justice l'idéal de la perfection .
Il en est parmi vous. Messieurs, qui ont visité quelque communauté de la Trappe : je les adjure. Que nont-ils pas éprouvé
en voyant cette assemblée dhommes si divers par leur origine, leur âge, leur histoire, leurs souvenirs : celui-ci portant au visage la cicatrice des combats; celui-là un front illuminé par la splendeur de la pensée ; cet autre le sillon inefîacé d'un amour vaincu; cet autre des mains laborieuses accoutumées aux durs travaux, et qui, retrouvant la charrue près de lautel, ne se doute même pas qu'on pourrait lappeler une charrue triomphale à bien meilleur droit que celle du consul romain : toutes ces vies, enfin, si prodigieusement inégales de naissance et de cours, et que voilà fondues dans la divine égalité dune même destinée jusqu'à la mort? Ce spectacle a frappé au cœur de tous ceux qui lont vu; nul, si incrédule à Dieu quil était, n'a refusé à cet ouvrage de sa droite un quart dheure de foi et d'admiration. Comment y résister, en effet, et que voulez-vous de plus dans 1 "équité? Quoi de plus, pour l'homme qui respire l'égoïsme du monde, et qui, jusque dans la famille, parmi les intérêts les plus saints, a retrouvé la concentration en soi-même et l'exclusion d'autrui ? Quoi de plus d'avoir rencontré des hommes supérieurs à la personnalité , donnant tout leur être pour un peu de pain qu'on leur rend chaque jour, et, fussent-ils princes dans la région de l'esprit ou dans celle de la naissance, se faisant avec amour parmi leurs frères le plus petit et le dernier? Qu'on dise de loin tout ce qu'on voudra contre un semblable institut, nul n'ira frapper à sa porte , pour le voir de près , sans en revenir plus mécontent de soi et sans avoir appris sur l'homme et sur Dieu quelque chose qui lui donnera plus dune fois à penser.
Outre le partage équitable des biens , l'institut cénobite en accroît de beaucoup la mesure et la valeur. Chose singulière ! des trappistes descendent sur un sol qui nourrit à peine une ou deux familles ; ils y vivent cent , et ils y vivent à l'aise ! Cette sueur du dévouement, mêlée à la terre, la féconde et lui fait portée des fruits qu'elle n'accorde jamais à une autre culture. Il semble que Dieu, qui travaille toujours avec l'homme, appuie plus fortement sa main sur la main qui partage, et que la terre elle-même, devenue sensible à la fraternité, se montre jalouse
en cette occasion de s'unir à Dieu et à 1 homme par une plusgrande vertu. Il est facile de le vérifier. Visitez un de ces monastères que je vous nommais tout à Iheure ; étudie2-en tout le système économique; consultez la nature du sol, interrogez les moissons, comptez le nombre des habitants, et vous serez surpris que la terre, si avare ailleurs, se montre là si prodigue, et quelquefois malgré les marais, les sables et les rochers. Vous verrez de vos yeux le pauvre accourir à la maison de la prière, et y recueillir, chaque jour, la part qui est faite par la fraternité du dedans à la fraternité du dehors. Car le cénobite ne senferme pas dans sa pauvreté comme dans un bénéfice personnel ; il en verse le trésor sur la pauvreté étrangère, et obtient du patrimoine commun une fécondité qui rassasie 1 hôte aussi bien que le fils de la maison.
En même temps que les biens s'accroissent par un travail plus profond et une bénédiction plus attentive, les désirs et les besoins diminuent dans une fabuleuse proportion. Lecroiriez-vous? Il y a des religieux qui vivent à deux ou trois cents francs par tète, d'autres à quatre ou cinq cents francs, et je ne crois pas me tromper en affirmant que le chiffre le plus élevé, dans les circonstances* les moins favorables, s'élève à huit cents francs. Quel est l'homme lettré. Messieurs , c'est-à-dire ayant étudié un peu de grec et de latin, qui voudrait et pourrait vivre à huit cents francs par an? En trouveriez-vous un seul? Un tel sort ne paraîtrait-il pas le comble de l'humiliation et de la misère à tout homme sachant tenir une plume ou un crayon ? Cependant, des milliers de cénobites, lettrés eux-mêmes, et quelques-uns lettrés illustres, se contentent à moins, et remercient la Providence de leur donner avec surcroit le pain quotidien. Ils découvrent audessous deux des infortunes qu'ils secourent encore ; ils admirent la place qui leur a été faite au soleil de ce monde, et s'étonnent du choix privilégié qui est tombé sur eux. Ne serait-ce pas, Messieurs, un bénéfice social digne de considération, qu'une levée annuelle de quelques milliers de lettrés voulant bien accepter huit cents francs en échange de leur mérite, et retirant de
la lulte, avec leurs besoins extérieurs, Ihydre plus insatiable encore de leur orgueil et de leur ambition ?
Le comte de Maistre a dit, en parlant de Robespierre : « Si cet homme eut été couvert dun froc au lieu dune robe d'avocat, peut-être quelque profond philosophe eût dit en le rencontrant : Bon Dieu ! à quoi sert cet homme? » On a appris depuis en quoi son absence eût été un bienfait pour le monde.
Unissez par la pensée, Messieurs, dune part, l'accroissement de valeur territoriale produit par la vie cénobitique, de l'autre, la diminution dont elle est la cause dans les besoins et les désirs, et vous aurez assurément pour résultat un phénomène économique auquel nul autre ne saurait être comparé. Encore n'est-ce pas tout : car la famille artificielle , en enlevant à la famille naturelle une partie des enfants quelle est chargée de nourrir et de pousser dans le monde, allège considérablement son fardeau. Dans les pays où la vie cénobitique est en vigueur, il est bien peu de maisons qui n'aient au monastère des représentants. Une vocation paie la dot d'une fille et la charge d'un fils. Non-seulement la famille n'a point à se dépouiller ; mais au jour de la succession, la part des morts volontaires retourne en tout ou en partie aux vivants privilégiés. Ces avantages économiques sont tellement sensibles, qu'on a même accusé les parents d'user de ruse ou de violence pour amener leurs enfants à se retirer du monde. Cette accusation a pu être justifiée dans des cas particuliers, malgré la vigilance de lÉglise; elle ne lest point pour quiconque connaît la résistance que la plupart des familles, même chrétiennes, môme pieuses, apportent à consacrer par leur consentement des vœux qui troublent leurs affections.
Je n'insiste pas davantage sur la question économique. Grâce à Dieu ! elle est jugée aujourd hui. Il est admis que l'association est le seul grand moyen économique qui soit au monde, et que si vous n'associez pas les hommes dans le travail, l'épargne, le secours et la répartition , inévitablement le plus grand nombre d'entre eux sera victime d'une minorité intelligente et mieux pourvue des moyens de succès. Je ne prends pas sur moi de louer
tous les plans d'association qui se pressent au jour, toutes les tentatives de communauté qui demandent leau et le feu ; je loue seulement l'intention, parce quelle est un hommage aux vrais besoins de Ihumanité. Ne l'oubliez pas, Messieurs, tant que nous sommes isolés, nous n'avons à espérer que la corruption, la servitude et la misère : la corruption, parce que nous n'avons à répondre que de nous-méme à nous-méme, et que nous ne sommes pas portés par un corps qui nous inspire respect pour lui et pour nous -, la servitude , parce que , quand on est seul , on est impuissant à se défendre contre quoi que ce soitj enfin, la misère, parce que le plus grand nombre des hommes nait dans des conditions trop peu favorables pour soutenir jusqu'au bout son existence contre tous les ennemis intérieurs et extérieurs, s'il n'est assisté par la communauté des ressources contre la communauté des maux. L'association volontaire, où chacun entre et sort librement, sous des conditions déterminées par l'expérience, est le seul remède efficace à ces trois plaies de 1 humanité, la misère, la servitude et la corruption. L'Eglise, dès le lendemain de la Pentecôte, l'a proclamé très-haut; elle a fondé parmi ses premiers disciples la communauté volontaire de biens et de vie ; elle a frappé de mort l'hypocrisie, qui tentait déjà d'en corrompre les lois : et depuis, dans le cours des âges, elle n'a cessé de porter ses fidèles à l'association sous toutes les formes et pour tous les objets. Sa maxime constante a été d'unir pour sanctifier et protéger, comme la maxime constante du monde est de diviser pour régner.
A tous ces titres, la communauté volontaire de biens et de vie est évidemment une institution philanthropique, c'est-à-dire amie des hommes; mais l'histoire de ses bienfaits n'est pas achevée, et nous devons la considérer sous un jour encore plus grand.
Il y a ici-bas cinq services gratuits et populaires, sans lesquels le peuple, ou, si vous aimez mieux une expression plus évangélique, sans lesquels le pauvre est nécessairement misérable : et ces cinq services gratuits et populaires ont été créés parles ordres religieux, qui seuls sont en état de les remplir.
Le premier de tous est le service gratuit et populaire de la douleur. Vous me direz : Quest-ce que cela, le service gratuit et populaire de la douleur? Il est aisé de vous l'apprendre, Messieurs : quelle qu"en soit la raison, je ne la cherche pas en ce moment : une somme de douleur pèse sur le genre humain. Depuis six mille ans, de même qu'il tombe du ciel une certaine quantité de pluie par année, il tombe du cœur de l'homme une certaine quantité de larmes. L'homme a tout essayé pour échapper à cette loi ; il a passé par bien des états différents, depuis l'extrême barbarie jusqu'à l'extrême civilisation ,• il a vécu sous des sceptres de toute forme et de toute pesanteur; mais, partout et toujours, il a pleuré, et, si attentivement qu'on lise son histoire, la douleur en est le premier et le dernier mot. Il en change quelquefois la forme, encore tout au plus, mais il n'en change pas la nature ni la quantité. Jésus-Christ lui-même, celui qui a fait dans la douleur la plus grande révolution, Jésus- Christ ne l'a pas matériellement beaucoup diminuée, il en a pris sa part et l'a transfigurée sans la détruire. Faites donc ce que vous voudrez, pensez-en tout ce qu'il vous plaira, soyez riches, puissants, habiles, immortejs, heureux enfin : soyez tout cela, j'y consens, mais sachez que, de votre berceau à votre tombe, vous > ous mouvez dans un vaste système de douleur où, fussiez-vous épargné, la douleur est maîtresse et fait payer à d'autres les coups qu'elle dédaigne de vous porter. Quelque part et pour quelque raison que cela soit écrit, cela est écrit, et, apparemment, par une main qui tient à son ouvrage. 0 vous donc, ô vous ! heureux de la terre, suppliciés qui n'êtes pas vus du bourreau, permettez qu'il y ait ici-bas un service gratuit et populaire de la douleur, c'est-à-dire des hommes qui veulent bien en prendre au delà de leur compte naturel pour diminuer la part que les autres auraient à porter, pour la diminuer, si je voulais parler catholiquement, par le principe de la solidarité. Oui, le principe de la solidarité! Je vous ferai voir un jour que tout homme qui souffre volontairement dans le monde ôte une souffrance à quelqu'un, que tout homme qui jeûne donne du pain à un autre qui en manque, que
tout homme qui pleure aux pieds de Jésus-Christ enlève du sein dune créature quïl ne connaît pas, mais qui lui sera révélée en Dieu, une certaine quantité d'amertume, et cela par le principe de la solidarité, qui fait que, quand il y a un peu plus de douleur dans une àme, il y en a un peu moins dans une autre, de même que, quand il pleut beaucoup dans un pays, il pleut moins dans la région voisine, Tordre moral étant réglé, comme Tordre physique, par la même puissance, la même sagesse, la même justice, la même distribution.
Mais vous ne mentendez peut-être pas ; la solidarité est un mystère qui vous révolte ou qui vous est inconnu : à la bonne heure ! Je m'en tairai d'autant mieux que je n'en ai pas besoin ; car si je ne puis invoquer devant vous le principe de la diminution des peines par la solidarité, je puis du moins vous parler sans crainte de la diminution qui a lieu par voie de sympathie. 11 est certain qu'en voyant les autres souffrir volontairement, nous regardons la douleur dun œil plus ferme et moins révolté. Il est certain qu'un pauvre qui va chercher son pain à la porte d'un monastère, et qui est servi par un homme revêtu comme lui d'habits grossiers et marchant pieds nus, a une révélation de la pauvreté qui la change à ses yeux, et apporte à son cœur un baume qu'aucun autre spectacle ne lui donnera.
Souffrez donc ce premier service gratuit et populaire ; laissez quelques imbéciles se dévouer pour vous, si vous êtes malheureux, se dévouer encore pour vous , si vous êtes heureux ; car vous ne le serez pas demain, et le fussiez-vous toujours, vous avez besoin que le peuple, ce grand pénitent, vous pardonne votre bonheur. Laissez les fanatiques le consoler de sa misère j laissez-les marcher nu-pieds, afin qu'il voie qu'on peut aller les pieds déchaux, comme disaient nos ancêtres, sans perdre la dignité et la joie , et que son regard scrutateur, interrogeant tour à tour le dedans et le dehors, voie la paix de Dieu surgir au front du mendiant.
Le second service gratuit et populaire dont le pauvre a besoin, c'est le service gratuit et populaire de la vérité. Vous avez,
je le veux, la vérité dans vos livres et dans vos académies, dans l'esprit de vos professeurs décorés et dotés^ mais plus bas ! Qui portera la vérité plus bas? Qui la fera descendre jusqu'au peuple, enfant de Dieu comme vous, et à qui ses loisirs ne permettent de la voir que comme il voit le soleil, venant à lui le matin ? Qui distribuera la lumière de l'intelligence aux pauvres âmes des campagnes, si enclines à se courber vers la terre, comme leur corps, et les tiendra debout devant la face auguste du vrai, du beau, du saint, de ce qui ravit l'homme et lui donne le courage de vivre? Qui ira trouver mon frère le peuple, par amour de lui , avec un désintéressement qui se sente , pour le seul plaisir de traiter avec lui de la vérité, et de causer simplement de Dieu entre la sueur du jour et celle du lendemain? Qui lui portera, non pas un livre mort, mais la chose sans prix, une foi vivante, une àme dans une parole, Dieu sensible dans l'accent d'une phrase, la foi , l'àme et Dieu lui disant ensemble : « Me voici , moi , homme comme toi ; j'ai étudié, j'ai lu, j'ai médité pour toi, qui ne le pouvais , et je t'apporte la science. N'en cherche pas au loin la démonstration ; tu la vois dans ma vie ; l'amour te donne sa parole qu'il est la vérité ! »
Qui pourra , qui osera parler ainsi au peuple , sinon l'apôtre du peuple, le capucin avec sa corde et ses pieds à vif? L'Eglise, dans sa fécondité, avait préparé des bouches d'or pour le pauvre aussi bien que pour les rois, elle avait appris à ses envoyés l'éloquence du chaume autant que l'éloquence des cours. Aujourd'hui la chaire apostolique est muette devant le pauvre peuple; au fond de nos campagnes, des milliers de créatures françaises n'ont pas une seule fois, depuis quarante ans, entendu les foudres de la vérité. Elles ont leur curé, direz-vous : oui, j'en conviens, elles ont un digne représentant de la religion, un pasteur fidèle, le doux spectacle d'une vertu simple et quotidienne, c'est beaucoup. Mais la parole n'égale pas l'autorité dans le pasteur; le temps tout seul la blesserait à mort, en lui étant le charme de la nouveauté. S'il vous faut des accents qui ne vous aient point encore frappé, à vous, homme des villes, il en faut aussi à l'homme
(Jes cliamps. Le pauvre a besoin comme vous des enivrements de la parole; il a des entrailles à émouvoir, des endroits de son cœur où la vérité dort, et où l'éloquence doit la surprendre et l'éveiller en sursaut. Laissez-lui entendre Démosthènes, et le Démoslhénes du peuple, c'est le capucin.
Au service gratuit et populaire de la vérité touche et s'unit un autre service de même nature, le service gratuit et populaire de l'éducation. L'enfant du pauvre est sacré comme l'enfant du riche. Sa nature est aussi rebelle, son sort plus dur, ses moyens de culture et de politesse beaucoup moins multipliés. Bientôt le travail du corps l'arrachera aux exercices de l'intelligence, et s'il n'a reçu les germes précieux du bien avec une autorité qui ait pénétré son cœur, il ne tardera pas à perdre l'esprit de Ihomme chrétien et civilisé, pour vivre dans une dégradation que rien ne déguisera. Tous les vices s'empareront de son être avec une insouciance affreuse pour les choses de l'âme, et la société n'aura plus dans le peuple, qui doit être la source permanente de son renouvellement et de sa vigueur, qu'un fonds pourri par le matérialisme le plus abject. L'instituteur du peuple, un instituteur digne de lui , est donc une des plus hautes nécessités de l'ordre social. Mais qui sera cet instituteur? Qui pourra réunir à la fois, dans un si grand office, une instruction suffisante, des mœurs pures, une foi sincère, une autorité respectée, et enfin une vie assez modeste, pour que le pauvre puisse lentretenir en éciiange des leçons qu'il en reçoit ? L'Eglise y a pourvu par les ordres enseignants , comme elle a pourvu au service gratuit et populaire de la vérité par les ordres apostoliques, au service gratuit et populaire de la douleur par les ordres pénitents. Le Frère des écoles chrétiennes et de tous les autres instituts semblables donne au pauvre une éducation qui ne lui coûte rien ou peu de chose, et qui est digne d'un enfant de la patrie comme d'un enfant de Dieu.
Ici, Messieurs, ma parole est plus à l'aise que tout à l'heure. La France a authentiquement accepté le dévouement des Frères et des Sœurs voués à l'enseignement du peuple ; une popularité qui est la juste récompense de leurs travaux les protège dans toute
l'étendue du pays autant que l'empire des lois. Ma parole, à leur sujet, n'est donc point une parole accusatrice, c'est une parole qui remercie et qui bénit.
Mais nous n'en avons pas fini pour cela avec tous les besoins du pauvre ; après les services de la douleur, de la vérité et de l'éducation, il réclame encore le service gratuit et populaire de la maladie et de la mort. Messieurs, on dit que le tiers des habitants de cette grande cité meurt à l'hôpital ; supposons qu il n'y en ait que le quart : quel chiffre ! Sur un million d'hommes, plus de deux cent mille doivent mourir loin de leurs femmes et de leurs enfants, loin de la famille, entre des murailles étrangères, qui ne disent rien au cœur, si ce n'est détresse et abandon. Que trouvera là le peuple malade et mourant, s'il n'y trouve pas le Frère de Saint-Jean-de-Dieu et la Sœur de charité ? des mercenaires, des serviteurs à gage. Je veux, je dois les respecter partout, mais là ! sont-ils sufiisants pour cette heure sacrée de la mort du pauvre? Est-ce à quarante sous par jour qu'on estimera ceux qui doivent fermer les yeux de deux cent mille hommes parmi nous? Je dis parmi nous, car le peuple est nôtre; mais d'ailleurs , ne vous y trompez pas , dans un autre sens , parmi vous-mêmes, il en est qui mourront à l'hôpital, et peut-être moi-même aussi j'y mourrai. Nous vivons dans des temps assez chargés de vicissitudes pour être inquiets de notre dernier moment. Eh bien, si vous devez mourir là; si la fatalité, expression qui n'est pas chrétienne, mais enfin, si la fatalité vous amenait là ! Écoutez, votre vie se passe, elle est peu de chose peut-être, mais elle aura un grand moment, le moment de la mort, le moment de paraître devant Dieu : y songez-vous ? Voilà un homme qui se dit : Dans un instant je vais voir l'éterr^ité ? qu'il y croie ou qu'il n'y croie pas, c'est un grand abime. Etre ou ne pas être, a dit un tragique, c'est la question! Quelle question! Quelle question pour un homme seul, abandonné dans un hôpital, fac£ à face avec sa conscience, face à face avec Dieu, qui écrit peutêtre du bout de son doigt sa condamnation sur le mur, comme pour Balthazar !
Ah ! laissez l'amour s'approcher de lui, puisqu'il y a sur la terre un amour qui ne coûte rien ; laissez-lui venir un représentant aimable de Dieu. Pourquoi tuer l'amour, parce que cest Jésus-Christ qui la fait pour rien ? Persécuter la sœur des hôpitaux, c'est persécuter la mort du peuple, cest condamner aux gémonies, pour prix de ses sueurs, une portion de Thumanité, et peut-être vous-mêmes aussi. Peut-être, en plaidant cette cause de la mort du peuple, je plaide aussi la cause de votre dernière heure, de votre dernière pensée, de votre dernier souffle. Cest à considérer.
Le dernier service gratuit et populaire est le service gratuit et populaire du sang. L'Europe n'a pas toujours eu des armées régulières comme aujourd'hui. Il fut un temps où chaque nation n'avait que l'épée de ses gentilshommes et des bandes louées à prix d'argent, qui se dissipaient après la guerre. Les désordres inséparables de ce genre de vie étaient plus grands alors, et les peuples en souffraient beaucoup. L'Eglise essaya d'y pourvoir, et de pourvoir aussi à la défense de la chrétienté menacée par l'islamisme, en instituant ces fameux ordres militaires, tels que les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, les chevaliers du Temple, les chevaliers Teutoniques, et d'autres d'un renom moins élevé. Unir la vie monastique avec la vie des camps, rehausser le sacrifice du sang par le sacrifice des bonnes mœurs et de la piété, passer du sanctuaire au combat, telle était l'héroïque pensée qui suscita le nouvel institut, et qui s'est consacrée dans Ihi; toire par des pages que le temps n'effacera jamais. Nous pouvons bien penser que nos régiments valent les saintes cohortes de la chevalerie chrétienne ; mais nous n'oublions pas les temps desCroisés, la défense de Rhodes contre Mahomet II et Soliman II, Jean de la Valette arrêtant une dernière fois, sous les murs de Malte, les forces de l'empire ottoman, et toute cette gloire, enfin, fille de nos chevaliers, que les siècles nous ont apportée de leur part.
Peut-être même ne serait-il pas malaisé de vous prouver qu'aujourd'hui encore le service gratuit et populaire du sang serait une heureuse et admirable institution. Mais le temps nous presse.
Disons seulement que si le présent ne réclame pas le secours de la chevalerie chrétienne , il peut venir des jours où les peuples n'en dédaigneront pas la résurrection. Oui, il peut venir des jours où, pour se défendre contre l'invasion de la barbarie, lépée vulgaire ne suffira plus, où la science, prise dans ses propres inventions, aura besoin de la foi et de la charité pour sauver Ihonneur et la liberté du monde par des armes dont l'ennemi restera dépourvu, toutes les autres étant à son service, parce que toutes les autres ne demandent que de la chimie et des bras. Tôt ou tard, peut-être, le mal prévaudra par la puissance physique, et il faudra que le bien, retrempé à dautres sources, arbore la croix aussi haut que 1 epée.
Je crois, Messieurs, avoir prouvé ma thèse, savoir, que la communauté volontaire de biens et dévie est une institution aussi remarquable au point de vue philanthropique quau point de vue économique, et que rien dans le monde n a été créé de plus utile et de plus grand en faveur du peuple que les ordres militaires, les ordres hospitaliers, les ordres enseignants, les ordres apostoliques et les ordres pénitents. Ce n'est là, toutefois, qu'une partie de l'histoire cénobitique ; si je voulais vous dire le reste, vous parler des services rendus par ce glorieux institut aux lettres, aux arts, aux sciences et dans les missions, je n'achèverais pas ma course avec celle du jour.
La France... pourrais-je finir sans la nommer dans une occasion oîi son souvenir se présente si naturellement à moi ? la France est le pays cénobitique par excellence. Sans remonter jusqu'à saint Martin de Tours et à ce fameux monastère de Marmoutiers, la France fonda, au dixième siècle, l'ordre de Cluny, qui a gouverné l'Eglise par les grands Papes qu'elle en a reçus, et qui a été le renouvellement de la vie monastique en Occident ; au onzième siècle, l'ordre des Chartreux, ceux de Citeaux, de Fontevrault , des Prémontrés ; au douzième siècle , la réforme de Clairvaux, par saint Bernard , et les Trinitaires pour la rédemption des captifs; au treizième, l'ordre de saint Dominique, par un Espagnol, mais en France et avec des Français; au seizième, la
Compagnie de Jésus, née à Paris mémej au dix-septième, la réforme de la Trappe, par l'abbé de Rancé, les prêtres des missions de saint Vincent de Paul , les Sœurs de la charité , les Frères des écoles chrétiennes. Je ne nomme, Messieurs, que les principales fondations, les autres formeraient une liste sans fin. Aujourd'hui encore, après des révolutions qui ont labouré le sol monastique avec tout le reste, la France reproduit ses anciens ordres religieux et en prépare de nouveaux, en vertu dune fécondité de dévouement qui lui est aussi naturelle que la richesse de ses moissons. Elle ressuscite partout les grands services gratuits et populaires, et tandis que sa surface porte les cicatrices d'une incrédulité qui trompe l'œil, elle tire de ses entrailles une végétation qui réjouit l'avenir. Vous l'ignorez peut-être. Messieurs, vous ne le croyez pas ; mais qu'importe? la France est accoutumée à faire de grandes choses, même sans le savoir.
Je ne dirai plus qu'un mot. Messieurs, sur la communauté volontaire de biens et de vie en dehors de 1 Église catholique. Il est remarquable que l'antiquité païenne, sauf une seule exception dont je vous entretiendrai tout à l'heure, a été complètement stérile sous ce rapport. On y rencontre des collèges sacerdotaux, des prêtres vivant avec leur famille autour du temple auquel ils sont attachés; mais le monastère proprement dit n'existe pas. Le bouddhisme seul fait exception à cette règle générale; le bouddhisme a couvert l'Asie orientale de pagodes et de couvents où la vie commune est pratiquée sous un ensemble de lois qui ont d'apparentes analogies avec les lois chrétiennes du cénobitisme. Les voyageurs ont dit beaucoup de mal de ces réunions , qui ont dû se corrompre par l'oisiveté. Car le bouddhisme n'en a tiré aucun parti pour le service public, sauf le spectacle dune certaine pénitence extérieure, qui ne conclut pas elle-même à un travail utile et régulier. Je n'en dis pas davantage. Une pensée religieuse, favorisée par l'aptitude de l'Orient à la contemplation , a créé ce phénomène singulier, mais elle ne l'a créé que mort, sans profit aucun pour l'avancement de ces peuples dans des voies meilleures que celles où les siècles les ont trouvés et les laissent languir.
Le protestantisme, en se séparant de l'Eglise, n"a pas même gardé la fécondité bouddhique ; loin de pouvoir produire un frère des écoles, ou une sœur de charité, il ne produit pas même un pénitent hindou.
Les Grecs, plus heureux, par la même raison qui leur a fait conserver presque toute la doctrine catholique, ont aussi conservé la tradition du cénobitisme, mais sans mouvement. Leurs monastères sont comme leur foi.
Il résulte de ce coup dœil, qu'en dehors de la pensée religieuse, on n"a jamais vu se réaliser la communauté volontaire de biens et de vie. Quelle en est la raison? Elle est, je crois. Messieurs, facile à entendre. La communauté volontaire de biens et de vie n'est possible qu'à ces deux conditions : que l'homme qui a, entre en partage avec celui qui na pas , et que la grande capacité s'abaisse jusqu'à la petite capacité pour la servir au même rang. Or, cette abnégation répugne invinciblement à la nature égoïste de 1 homme, tant qu'elle nest pas soulevée par un principe religieux. L'homme qui a, veut user de son patrimoine pour lagrandirj l'homme qui peut, veut user de son intelligence pour monter. La religion seule apprend à descendre et à se dépouiller volontairement, par conséquent à s'associer.
Aujourd'hui, Messieurs, que le besoin de l'association se manifeste de toutes parts et qu'après avoir détruit l'association chrétienne, on en veut reconstruire une autre sur des bases de pure raison, que voyons-nous? Nous voyons, entre autres efforts curieux, des hommes se consumer en rêves subtils et les plus ingénieux du monde pour substituer dans l'association la loi du plaisir à la loi du dévouement. On veut se persuader et persuader aux autres qu'il existe dans le chaos des passions, des facultés et des intérêts humains, un ordre mathématique et secret qui, étant découvert, puis pratiqué, substituerait partout la jouissance à la douleur, le goût au devoir, et ferait du monde, dans l'inflnie diversité de ses fonctions , une harmonie où chacun trouverait et garderait volontairement sa place, sans qu'un seul rouage de cette belle machine se plaignît et se déplaçât jamais. Ce serait
Orphée ou Amphion, faisant Thébes avec des hommes, au simple son de la lyre.
La nature humaine n'a point encore répondu à cet appel ingénieux j elle reste froide devant cette amorce qu'on lui présente, et oppose au plaisir harmom'en, comme on le désigne, sa vieille et égoïste ténacité dans le plaisir individuel. Quand elle \eulperdre .s'on âme pour la sauver, elle regarde ailleurs, elle sait où est la croix qui inspire et qui récompense le dévouement. Elle ne croit pas à ces mathématiques du plaisir, parce que le plaisir est en dehors de toute règle, et qu'en chercher la loi ou l'unité, c'est chercher l'ordre dans le désordre, l'affirmation dans la négation, letre dans le néant. Et dùt-on réussir, quel homme de cœur voudrait vivre dans une société où la jouissance seule aurait satisfaction^ Quel homme de cœur pourrait se passer d'efforts et de vertu ? Si on devait nous tenir un jour sous cette impitoyable loi de la jouissance, nous ferions contre le despotisme du bonheur autant de révolutions que nous en avons faites contre le despotisme sanglant j nous briserions la quenouille comme nous avons brisé la hache. Ce n'est pas le plaisir qui est le fondement de la société, c'est la vertu ; ce n'est pas la jouissance qui est notre vocation ici-bas, c'est le travail et la douleur. Dieu nous a créés tout exprès pour produire par nous une chose qu'il ne peut pas produire tout seul, c'est-à-dire la grandeur dans la bassesse, la force dans l'infirmité, la pureté dans la chair et le sang, l'amour dans légoïsme, le bien dans le mal, la vertu dans un cœur qui avait, à chaque minute , la liberté d'être un scélérat. Voilà notre vocation , notre destinée. Jésus-Christ n'a conquis le monde que parce qu'il la connaissait, et que, du haut de sa croix, esclave et Dieu, il l'a souverainement remplie. Le salut est à sa suite, et toute gloire et tout bonheur aussi. C'est pourquoi, grâce à Dieu! le plaisir et le goût ne fonderont jamais ici-bas une société j le malheur sera le plus fort, afin que la vertu le soit; il y aura des pauvres , précisément pour que l'aumône se fasse ; des plaies , précisément pour quelles soient pansées; des larmes, précisément pour qu'on les accepte j des renversements, pour qu'on as-
pire à la stabilité j des ruines, pour que l'orgueil shumilie j des misères publiques, pour qu'il y ait des services gratuits et populaires; du sang, pour qu'il y ait des saints.
Messieurs, la première partie de nos Conférences est achevée.
J'avais à vous montrer la divinité phénoménale de l'Eglise. Prenant dans le monde l'Eglise, qui est un corps visible et vivant, j'avais à vous prouver qu'il est divin, c'est-à-dire que ce n'est pas l'homme qui Ta fondé, mais Dieu. La démonstration a été longue; car j'y suis revenu à cinq fois. En 1853, j'ai traité devant vous de la constitution organique de l'Eglise, et vous ai fait voir qu'elle était surhumaine. En 1836, j'ai examiné sa constitution doctrinale, et vous ai fait voir quelle était également surhumaine. Dans les trois dernières années qui viennent de s'écouler, je vous ai montré, par les effets de la doctrine catholique sur l'esprit, sur Tàme et sur la société, qui sont les trois théâtres de toute action, que l'Eglise, dépositaire et organe de cette doctrine, était évidemment douée d'un pouvoir incomparable et surhumain. Je n'ai plus rien à dire là-dessus.
Mais qui a fait cet ouvrage? Qui a bâti l'Eglise? Oui lui a tracé sa constitution organique et doctrinale ? Qui lui a donné sur l'esprit la puissance d'y produire la certitude et la connaissance au plus haut degré? Qui lui a donné sur l'àme la puissance d'y produire l'humilité, la chasteté, la charité, la religion? Qui lui a donné, en ce qui regarde Tordre social, une unité sans exemple et une expansion sans limite ? Qui, enfin, lui a donné, par rapport à la société purement naturelle, la puissance de transformer le droit, la propriété, la famille, l'autorité, et de créer la communauté volontaire de biens et de vie? Qui, Messieurs? Ah! je l'ai nommé bien des fois déjà ! C'est celui qui est ici devant vous ; c'est celui dont le nom tôt ou tard fera ployer tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. Je le prononce encore une fois, en finissant, ce nom, le plus cher qui me soit ,• je nomme avec foi, espérance, amour, adoration, le Seigneur Jésus-Christ !
Mais quel est-il? D'où vient-il? D'où vient sa puissance à
lui-même? Quelle est son histoire? Nous le verrons, Messieurs, nous rapprendrons^ dès aujourd'hui, je vous convoque pour lan prochain au pied de sa croix, et puissions-nous y apporter un cœur encore mieux préparé pour la vérité, vous pour la recevoir, et moi pour vous la donner !
DE
NOTRE-DAME DE PARIS