‹ Conférences (volume 3)Chapitre 8 sur 36 · VINGT-HUITIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIEME CONFERENCE

DE LA RELIGION PRODUITE DANS l'aME PAR LA DOCTRINE CATHOLIQUE.

Monseigneur.

Messieurs,

J'avais, en dernier lieu, à établir trois choses : premièrement, que la religion est une passion et une vertu de Ihumanité; deuxièmement, que, en dehors de la doctrine catholique, nulle autre doctrine n"a produit cette vertu de la religion ; et tel a été Tohjet des deux conférences qui ont précédé celle-ci. Il me reste à établir un troisième point, savoir, que la doctrine catholique produit ce commerce positif et efficace avec Dieu que nous appelons du nom de religion, et à montrer par conséquent que cette doctrine évite les deux écueils où échouent toutes les autres, la superstition et lincrédulité. Or, j'atteindrai ce terme de ma pensée en vous prouvant que la doctrine catholique jouit dune efficacité surhumaine de mœurs et d'une efficacité surhumaine de raison qui est le fruit du commerce qu'elle établit entre Ihomme et Dieu.

Je ne commence pas. Messieurs, sans éprouver au dedans de moi une certaine tristesse. Car c'est la dernière fois de cette année que nous sommes réunis, et votre attention , votre zèle, l'unanimité de votre assentiment m'ont trop consolé, pour ne pas

voir avec regret l'heure qui nous séparera. Mais, grâce à Dieu, le temps passe vite, et, en nous emportant vers l'éternité, il nous ramène dès ici-bas les uns aux autres. Je vous donne donc, comme pour demain, un rendez-vous nouveau au pied de cette chaire que vous avez tant de fois , depuis dix ans , honorée de votre assiduité.

Que la doctrine catholique jouisse d une eflîcacité surhumaine de mœurs, en vertu même du commerce qu'elle entretient de l'homme à Dieu, la démonstration m'en est facile, après tout ce que j'ai dit. Car, n"ai-je pas prouvé que l'humilité, la chasteté, la charité de l'apostolat et celle de la fraternité sont dans l'âme des effets exclusifs de la doctrine catholique? Or, en vertu de quoi la doctrine catholique opère-t-elle cette transformation surhumaine de Tâme? Est-ce directement? Est-ce simplement parce qu'elle nous a dit : Soyez humbles , soyez chastes, soyez apôtres, soyez frères? Eh! Messieurs, mais tout le monde nous le dit plus ou moins vivement. Il n'est pas d'homme enivre d'orgueil qui n'ait appelé l'humilité des autres ; pas d homme abruti dans la volupté qui n'ait appelé la pureté de ses victimes ; pas d'homme qui n'ait appelé l'apostolat pour propager ses pensées, et la fraternité pour fonder son empire. Mais l'oreille de l'homme demeure fermée à ces invitations de l'égoïsme ou à ces rêves de la raison ; elle les écoute sans entendre, elle les entend sans obéir. La doctrine catholique n'eût pas fait davantage, si elle n'eût parlé à l'homme que de l'homme, si elle ne lui eût proposé pour mobile que son intérêt, son devoir même et sa dignité. Pour le rendre humble, chaste, apôtre, frère, elle a pris son point d'appui en dehors de lui-même : elle l'a pris en Dieu. C'est au nom de Dieu , par la force des rapports qu'elle a créés entre lui et nous, par l'efficacité de ses dogmes, de son culte et de ses sacrements, qu'elle change en nous ce cadavre rebelle à la vertu, qu'elle le ranime, le ressuscite, le purifie, le transforme, le revêt de la gloire du Thabor, et que l'ayant ainsi armé de pied en cap, elle le jette comme un homme nouveau dans la mêlée du monde, faible encore par sa nature, mais fortifié par Dieu, vers

qui monte son incessante aspiration. Cest ainsi, Messieurs, que s'accomplit dans la doctrine catholique le miracle de notre transfiguration ; rhumilité, la chasteté, la charité et toutes les élévations intérieures qui résultent de celles-là, ne sont que leffet dune vertu plus haute donnant le branle à tout le reste. Sans la religion, sans le commerce de l'âme avec Dieu, tout l'édifice chrétien périt; et par conséquent ce commerce qui est la clef de voûte, est surhumainement efficace, puisqu'il porte l'homme plus haut que l'humanité.

Dès à présent , Messieurs , je pourrais regarder ma thèse comme achevée, et conclure fermement que la doctrine catholique jouit d'une efficacité surhumaine de mœurs, qui est le fruit du commerce qu'elle établit entre nous et Dieu. Mais l'humilité, la chasteté, la charité de Tapostolat et de la fraternité, l'obéissance, la pénitence, la pauvreté volontaire, toutes ces vertus dont j ai parlé ne sont que des rameaux d'un fleuve unique. En vous conduisant le long de leur cours, j'ai agi comme ces navigateurs qui explorent un pays inconnu et en remontent les rivières, jusqu à ce que, satisfaits de ces travaux et de ces découvertes de détail, ils descendent enfin la voie large et grande qui conduit à 1 Océan.

Il est donc un fleuve où aboutissent toutes ces vertus éparses que j'ai nommées ; et ce fleuve, c'est la sainteté. Je ne veux pas dire la sainteté commune , qui consiste dans l'observance des commandements divins et dans cette conformité de notre vie à lEvangile qui suffit pour être sauvé. Je parle de la grande sainteté, de celle qui est reconnue et vénérée dès ici-bas, qui a des autels, et dont la magnifique histoire est contenue dans ce livre mystérieux que nous appelons la Vie des Saints. La vie des saints ! Avez-vous jamais songé. Messieurs, à ce phénomène de la vie des saints? Nous avons bien entendu parler des héros et des sages de l'antiquité; nous lisons dans Plutarque la vie des hommes illustres ; nous voyons autour de nous des gens de bien ; mais les saints, où découvrons-nous rien qui leur ressemble? Où sont les saints du brahmisme. du polythéisme, de 1 islamisme, du

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