‹ Conférences (volume 3)Chapitre 9 sur 36 · VIA · texte numérisé non relu

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proleslanlisrne, du rationalisme? J'en clierclie vainement dansées doctrines le nom, l'apparence ou la contrefaçon. Depuis trois siècles que le protestantisme seflbrce de détruire la véritable Eglise et d'en usurper le caractère, il a compté parmi les siens dhonnèles gens et même des gens [>ieux , mais il n"a pas encore osé écrire ses légendes de saints . Pour le rationalisme , il ne faut pas lui en parler; il se contente d'avoir des gens d'esprit, et n'aspire pas à ce qu'on dise jamais, par exemple, saint Helvétius ou saint Diderot.

Ouest-ce donc que les saints, ce nouveau privilège à nous? Qu'est-ce que la sainteté? La sainteté, Messieurs, n'est pas uniquement, comme je semblais 1 insinuer tout à l'heure, le confluent de toutes les vertus chrétiennes dans une même âme; ce n est là que la sainteté commune, celle qui est nécessaire à tout chrétien pour être sauvé, et dont je n'entends point parler ici. Il n'est point de chrétien, lorsqu'il est à l'état d'union avec Dieu, en qui ne se rencontrent, à un degré plus ou moins parfait, l humilité, la chasteté et la charité; nous les appelons alors des hommes pieux; nous pourrions même, à largement parler, les appeler des saints ; mais enfin ce n'est pas ce que nous entendons par cette grande expression : les saints/ Qu'est-ce donc que les saints? Qu'est-ce donc que la sainteté ainsi entendue?

La sainteté, c'est l'amour de Dieu et des hommes poussé jusqu'à une sublime extravagance. Et vous concevez très-bien , Messieurs, que si réellement il y a communion de l'infini avec le fini, si le cœur de Dieu se fait une habitation et une vie dans le cœur de l'homme, il est impossible qu'au moins dans certaines âmes plus ardentes , la présence d'un élément aussi prodigieux ne déborde pas, et ne produise pas des effets extraordinaires, que l'infirmité de notre nature et de notre langage nous contraindra d'appeler extravagants. Car, que veut dire ce mot? Il veut,dire ce qui va en dehors , ce qui est excentrique , pour user d une expression moderne, sauf que le mot extravagant est un mot bien fait, tandis que le mot excentrique est un mot mal fait. L'un peint l'action que l'autre définit géométriquement ; or , un mot doit être peintre et non géomètre. C'est pourquoi je préfère me servir

du premier, et en cela je reste encore bien au-dessous de Ténergie de saint Paul, qui a dit, sans précautions oratoires, que le monde n^ ayant pas voulu connaître Dieu par la sagesse , il a plu à Dieu de le sauver par la folie de la prédication. Je noserais pas dire que la sainteté est une folie, même après saint Paul, parce que je craindrais que vous ne m'imputassiez daller trop loin, et je suis bien aise de vous montrer aujourdhui que je sais unir la prudence du serpent à la simplicité de la colombe, quoique ne vous rien déguiser, je suis tout à fait du sentiment de saint François de Salles, lorsqu'il disait : « Ma chère Philothée, je donnerais vingt serpents pour une colombe. »

Il y a donc dans la sainteté un phénomène d'extravagance, un amour de Dieu et des hommes qui blesse le sens humain. Mais ce ne peut être là, Messieurs, le caractère unique de la sainteté; l'extravagance toute seule ne serait que de la bizarrerie, et la bizarrerie ne prouve rien en faveur de l'homme qui la met dans ses actes, si ce n'est peut-être beaucoup de vanité et un peu de mauvaise éducation. L'extravagance doit donc être corrigée dans la sainteté par un autre élément , et elle Test , en effet , par le sublime, c'est-à-dire, par la beauté morale à son plus haut degré, par cette beauté qui cause le ravissement du sens humain, en sorte qu'il y a tout ensemble dans la sainteté quelque chose qui blesse le sens humain et quelque chose qui le ravit , quelque chose qui produit la stupeur et quelque chose qui produit l'admiration. Et ces deux choses n'y sont pas séparées, comme deux fleuves qui coulent l'un à côté de l'autre ; mais l'extravagant et le sublime, ce qui blesse le sens humain et ce qui le ravit, mêlés et fondus l'un avec l'autre , ne font de la sainteté qu'un seul tissu où il est impossible à l'esprit d'analyse le plus vif, au moment où il voit Je saint agir, de démêler ce qui est extravagant de ce qui est sublime, ce qui est sublime de ce qui est extravagant, ce qui terrasse l'homme de ce qui l'enlève jusqu'à Dieu. Voilà la sainteté.

Je vous citerai un exemple , afin que vous me compreniez mieux.

Sainte Elisabeth de Hongrie, ayant abandonné le palais de ses

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