R10LA
» h'ès-nécessaire à l'art Ces paitics de raiiatomie
» sont tellement nécessaires à un médecin qui veut tenir
» son rang, conserver sa dignité et montrer son savoir
)) dans les consultations et conseils des chirurgiens, que
» s'il les ignore, il faut qu'il acquiesce à leurs opinions
)) et jugements; car, de tous les remèdes de chirurgie^
» de pharmacie et de la diète, que les chirurgiens ont
» proposés par un long discours, ils ne laissent aux
» médecins que la seule faculté de prescrire de leur
» propre main la purgation et la saignée. De sorte que
» les chirurgiens seront dorénavant avec nous, si on les
» laisse faire, les consulteurs des choses de la médecine,
)) les qualificateurs des maladies, et les directeurs des
n cures.
1) Je rougis de honte de rapporter et de voir le mépris
» qu'ils font des médecins, étant remplis d'ignorance,
» de ce qu'ils savent l'anatomie, de laquelle ils se vantent
)) d'être les vrais possesseurs et professeurs. »
Sauvin, qui en 1652 publia, avec l'assentiment de Riolan, une traduction française de VFnchi?idium, est plus explicite encore : «Joint, dit-il, que les chirurgiens
)) ayant gagné cet avantage d'être appelés en consulta-
)) tion avec les médecins, font les premiers l'ouverture
)) de la consulte, et, selon qu'ils qualifient le mal et
)) ordonnent les remèdes, tant internes qu'externes, les
)) médecins suivent leur avis, lesquels n'ont que la di-
)) rection et description des remèdes que les chirurgiens
» ont proposés aussi hardiment que s'ils étaient méde-
» cins ; de sorte qu'il semble aux assistanfs quils ne diffèrent
» des médecins qu'en ce que ceux-ci allèguent quelques mots
» grecs et latins d'IIippocrui.e et Galien pour se faire valoir.
» Mais les chirurgiens parlent bon français^ hardiment et
)) méthodiquement de la maladie, suivant la connaissance
)) quils ont des parties du corps humain par Vcxercice fré-
■) qLcnt de l'anafotaic. A «.juui les médecins ne ^'étudient
120 COJNFÉRENCES HISTORIQUES.
)) pas volontiers, laissant l'anatomie aux chirurgiens. Ce )) qui fait qu'ils seront plus estimés que les médecins )) avec leur grec et leur latin, si l'on ne prend le soin )) d'instruire les jeunes médecins en l'anatomie, comme )) font les chirurgiens avec leurs aspirants. »
Cette répugnance des docteurs en médecine pour la pratique de ranatomie devait être bien grande pour que Riolan, dans son Anthropofp'aphie, même dans l'édition française parue en 1628, alors qu'il était professeur d'anatomie, crut devoir se justifier de tenir lui-même le scalpel.
(( Qu'on dise maintenant, tant qu'on voudra, que » j'exerce une publique escorcherie, que je faicts le )) chirurgien et que je ftiicts tort à ma profession, dont )) les docteurs ne doivent apprendre l'anatomie que dans » les livres, et ne sont tenus de l'enseigner que dans les » harangues publiques, (juoi ! peut-on bien dire que je )) fais une publique boucherie des corps, pour ce que je » les dissèque de mes propres mains^ qui est une action )) indigne d'un médecin, au dire de mes censeurs, et qui » n'appartient qu'au chirurgien.
» J'avoue bien qu'il y a en ceci plus de prolit pour » mes spectateurs que d'honneur pour moi. Gomment )) peut-on jamais devenir bon anatomiste sans s'y exercer
» de l'œil et de la main » {Anthropographie^ livre VI,
page 1007.)
Avec les idées qui régnaient alors, avec des professeurs d'anatomie ne disséquant pas eux-mêmes, la défaveur qui s'attachait à la pratique de toute œuvre manuelle, la rareté des cadavres, comment les élèves pouvaient-ils apprendre l'anatomie ? Presque toutes les démonstrations se faisaient sur des planches gravées.
Il existait, du reste, à cette époque de magnifiques atlas d'anatomie, et ceux de Yésalc, d'Etienne, d'Albinus, sont aussi remarquables sous le rapport de
KIOLAN. 121
l'exactitude que sous celui de la gravure. Le frontispice de l'ouvrage de Vésalc, en nous faisant assister à une leçon d'anatomie, nous montre qu'on prati([uait aussi des dissections sur le chien, la chèvre, le singe, etc. Quant aux planches anatomiquos de cet atlas, si elles ne sont pas du Titien, comme quelques auteurs l'ont assuré, elles sont de Calcari, son élève. Elles avaient été, à l'époque de Riolan et du temps même de Vésale, copiées par beaucoup d'auteurs de livres ou de manuels d'anatomie, après toutefois avoir été réduites à des dimensions plus petites, exemple de piraterie littéraire suivi souvent plus tard et qui l'est encore quelquefois aujourd'hui.
Riolan ne veut pas de planches dans ses ouvrages ; on n'en trouve aucune dans son Anthropographie, et dans le premier chapitre, qui est consacré à montrer aux élèves comment ils doivent apprendre l'anatomie, et aux maîtres comment ils doivent l'enseigner, il se prononce énergiquement contre l'usage des figures d'anatomie, surtout de celles qui sont destinées à représenter les vaisseaux et les nerfs.
Ce qui fait l'incontestable mérite des ouvrages de Riolan, c'est que les descriptions faites presque toujours sur nature et d'après les dissections de l'auteur luimême, sont d'une exactitude qui manque souvent dans les livres d'anatomie publiés à cette époque.
Les publications de Riolan sont nombreuses, et je vous citerai seulement les principales, en les examinant rapidement.
Le traité d'ostéologie, ou Discours sur les os, publié en 16n, est un commentaire du livre Des os de Galien. Après avoir fait la description de l'ostéologie humaine, Riolan cherche à démontrer par l'examen comparatif des os de riiomme et de ceux du singe que Galien a écrit son livre d'après Texamen des squelettes humain;?.
Le traité du développement du fœtus, reproduit dans V Antfiropographie, dont il forme le sixième livre (édition en français), est des plus remarquables; Riolan a vu et il décrit les fentes branchiales; il démontre qu'à une certaine époque de la vie fœtale, les testicules sont renfermés dans l'abdomen avant de descendre dans le canal inguinal et de paraître à l'extérieur.
Mais on y trouve une erreur historique qui paraît s'être propagée jusqu'à nos jours. Riolan attribue à Botal la découverte de l'orilicc qui fait commimiquer l'une avec l'autre les deux oreillettes du cœur chez le fœtus ; or, non-seulement Botal n'a pas découvert cet orifice, mais il a cru qu'il restait ouvert pendant la plus grande partie de la vie, tandis que Galien, qui le connaissait déjà, avait bien vu qu'il se fermait à la naissance.
En 1618, Riolan publia son Anthropogrophie. C'est là son plus grand titre de gloire, car ce livre renferme l'histoire anatomique de tout le corps humain, et si Ton n'y trouve pas des découvertes importantes, on y trouve, comme je vous le disais tout à l'heure, une exactitude inconnue jusqu'alors. Ce livre était le développement de ses Scliolœ anatomicœ^ publiées en 1608; il eut quatre éditions, la seconde en 1625, la quatrième en 16/t9. Pierre Constant, en 1628, avait publié, avec l'agrément de Riolan, une traduction française de cet ouvrage.
Après avoir fait l'éloge philosophique de l'homme, il fait celui de l'anatomie, dont il énumère rapidement l'histoire depuis Homère, Aristote et Galien jusqu'à son époque. 11 montre l'utilité des dissections, celle des vivisections, et va jusqu'à se demander si l'on peut disséquer des hommes vivants ; il résoud heureusement cette question par la négative, après avoir répété cette calomnie qui :iccusaiL Michel-Ange d"a\uir fait mettre un
RIULAN. 123
homme en croix pour étudier et peindre, d'après nature, le Christ au Calvaire.
Il étudie l'hygiène des amphithéâtres de dissection et trace les règles qui doivent présider à leur construction et à leur aménagement intérieur.
Dans son Anatomie pneumatique^ il montre la manière d'insuffler les artères et les veines pour étudier leurs anastomoses, et il ne lui a manqué pour inventer l'art des injections que l'idée de se servir, pour remplir le système vasculaire, d'une matière solidifiable.
Sur beaucoup de points, Riolan a mis en lumière de nouveaux faits; il décrit pour la première fois^ d'une manière exacte, l'épiploon et le mésentère, les appendices adipeux du côlon, la valvule del'azygos, les canaux séminifères dont il avait, disait-il, dévidé plusieurs aunes sur un sujet atteint d'abcès.
C'est par son Bouquet anatomique que le nom de Riolan est connu de beaucoup d'entre vous, bouquet qui se composait de sept fleurs correspondant aux muscles et ligaments styliens découverts par Riolan, et qu'il aurait môme, ajoutent les fantaisistes, offert à sa fiancée le jour de son mariage. Il est vrai que sur le portrait de Riolan, que possède la faculté, figure sinon un bouquet de fleurs, du moins une tige de jacinthe; et j'ai entendu plusieurs fois discuter la question de savoir si telle fleur représentait Ici muscle et telle autre tel ligament; mais il est, je crois, une explication moins romanesque. Riolan était à la fois professeur d'anatomie et de botanique, et si le peintre a mis entre les mains de son modèle la pince et le scalpel, emblèmes de l'anatomie, il a mis à côté de lui une fleur, emblème du botaniste, ou mieux du professeur de botanique.
Je ne connais de Riolan aucune publication ayant trait à l<i botanique, sauf ^a demande au i\n pour l'établisse-
\2lx COiNFÉRENCES HISTORIQUES.
ment à Paris d'un jardin des plantes, comme celui que possédait déjà Montpellier. Nulle part Riolan ne parle de son bouquet et de sa soi-disant découverte, et il avait raison. Les muscles stylo -pharyngiens, styloglosses, stylo-hyoïdiens étaient décrits avant lui par Etienne et Vésale, et le ligament stylo-maxillaire qu'il a décrit le premier, et dont il aurait pu réclamer l'invention, n'existe malheureusement pas.
Un grave défont dans un homme de science rendit stériles toutes les qualités que possédait Riolan : partisan absolu du principe d'autorité, il devait croire à une erreur de sa part chaque fois qu'il constatait quelque fait en contradiction avec les idées et les préceptes professés avant lui ; et cela l'empêcha de faire des découvertes; en revanche, il devait rechercher l'érudition, et Riolan fut, en cifet;, extrêmement érudit ; ses livres sont émaillés de citations, car il sembla ne vouloir rien avancer, môme les choses les plus futiles, sans s'appuyer sur une citation.
Dans son discours sur les ongles, il cherche gravement à montrer que les ongles sont utiles pour se gratter; or, ses auditeurs en savaient sur ce point autant sans doute que le professeur; mais Riolan n'ose émettre une pareille proposition qu'en se mettant h l'abri derrière l'autorité de Platon, et il leur dit : les ongles sont
utiles pour se gratter, car a Platon nous rapporte
» que Socrate, étant déchaîné, se réjouit du grand )) plaisir de se gratter la tête avant de boire la potion » de ciguë »
Parfois il choisit ses autorités d'une manière assez singulière. Les mamelles, dit-il, sont comme ornement aussi utiles à la femme que la barbe à l'homme ; l'homme doit avoir aussi des mamelles, cai- il ne doit être en rien inférieur à la femme; elles peuvent être divisées, suivant leur forme et leur volume, en mammce, rncmmillcf
RIOLAN. 125
ol nhera, commo UmIiI. saiul Aii^uslin dans lo livrn : De civitate Dei.
La valonr sciontiiiquo dos hommes n'csl pas ce qui leur donne de l'autorité aux yeux de Riolan. « Para- » celsc et Amatus Lusitaiius ont, dit-il, rapporté This- » toire d'un petit homme formé dans une fiole de verre )) dans laquelle il y avait de la semence de l'homme )) mêlée à du sang menstruel d'une femme ; la fiole était » était entourée de fumier de cheval. Mais ces deux » hommes sont trop peu considérables pour ajouter foi à » ce qu'ils disent, car l'un étant juif ai l'autre athée, nous )) pouvons les mettre au rang des imposteurs, et n'ajouter 1) aucune foi à leurs paroles.» [Enchiridium, page 273.) Qu'eût fait Riolan, si cette fahle ridicule eût été rapportée par saint Augustin?
Très-licencieux dans certains chapitres de son livre, Riolan semble avoir voulu s'appliquer à lui-même et par avance le bénéfice de ce vers de Boileau :
« Le latin dans les mois brave l'honnêteté » ,
et Ton peut dire qu'entraîné par sa verve, il oublia trop souvent que le lecteur français veut être toujours respecté, — môme lorsqu'il lit du latin.
Son caractère envieux et peu sociable lui lit parfois oublier que l'écrivain se respecte en respectant ses adversaires ; on regrette de trouver dans ses ouvrages de polémique des invectives indignes de lui, et elles sont rendues plus coupables encore par la précaution que prend Riolan de garder l'anonyme et d'abriter sa personnalité sous le masque, transparent du reste, d'un vieux docteur de la Faculté de Paris.
Pourrait-on croire qu'il s'agit du doyen de la faculté de Montpellier dans ces lignes que j'emprunte à un livre dont je vous parlerai tout à l'heure :
a Voilà les rêveries d'un homme insensé (\u\ mérite
126 CONFÉRENCES IlTSTOnTOrES.
» plutôt dV;Lro étrillé en chien courtaud, tourne-broche » d'une cuisine, que d'être admonesté de sa folie, d'au- » tant qu'il n'a pas la raison de comprendre la répartie » qu'on lui pourrait faire. »
Mais s'il s'agit du pouvoir, c'est autre chose, et telle adresse de Riolan au roi Louis XIII pour lui demander la formation à Paris d'un jardin botanique rend indulgent par coyiiparaison pour d'autres adresses plus molernes : « Sire, vous estes en terre le vray pourtraict de la divinité, le chef-d'œuvre de Dieu, le soleil de la France, la première personne du monde, que Dieu a honoré de toutes les beautés et perfections du corps, embelli et rehaussé par-dessus les autres roys, de toutes les vertus d'une âme divine et royale par la grande piété, prudence admirable et justice incomparable qui éclatent en Votre sacrée Majesté, au printemps de son adolescence, pour inspirer les mômes vertus dans les cœurs de Yos sujets. Pour ce respect. Sire, j'ai pris la hardiesse de présenter à Votre Majesté la- recherche curieuse que j'ai faite depuis seize ans sur tout le corps humain, basty et moulé sur le prototype du corps des roys, premiers enfants de Dieu, pour en dresser un nouvel homme qui n'est de soy qu'une masse de terre, sans vie et sans mouvement, s'il n'est animé des influences favorables du soleil de Votre Majesté, etc., etc. » Avouez, messieurs, que si on dit encore parfois aujourd'hui la môme chose, on garnit mieux l'encensoir. Certes, cette adresse de Riolan respire l'humilité; mais la modestie n'était pas un défaut qu'on puisse lui reprocher souvent. Lorsqu'il s'agit de ses émules, qui pour lui ne sont que des rivaux, son orgueil impitoyable reparaît; il ne respecte môme pas les plus grandes et les plus légitimes réputations, et attaque tous les anatomistes de son temps. Si vous vous en rapportez à l'étude
v.ior.w. 127
hisloriqiio qui sori do pr(^iiii('r chapilro ol commo (rin.trodiiction à VAnt/iropog?vpMe, vous verrez que pour Riolan :
Vésalc a fait rédiger son ouvrage par quelque latiniste de l'époque; Fvchaius n'est que le singe de Vésale; et Colombus, dont le livre ne vaut rien, a pris à Vésale tout ce que son livre a de bon ; Piccolomini a traité l'anatomie en philosophe ; Ambroise Paré n'a pas écrit un mot de son anatomie, et l'a achetée à beaux deniers comptants; quant à Spigel et à Bauhin, ce sont d'indignes copistes dont il est la victime, car tous deux l'ont volé de tout ce qu'il prétendait avoir découvert. Du Laurens enfin, qui l'a fait nommer professeur, n'échappe pas à la critique injuste que dicte un cœur jaloux, et Riolan, croyant aussi, sans doute, que l'ingratitude est l'indépendance du cœur, juge de cette façon cavalière le livre de son bienfaiteur : (( Car, bonnement, trouve-t-on un chapitre dans son )) livre où il n'ait été trompé, n
Des motifs plus avouables sembl'Cnt l'avoir guidé dans son antagonisme si passionné contre Harvez et Pecquet; au début, du moins, car il est à craindre que l'amourpropre si excessif de Riolan ne l'ait empêché plus tard (le reconnaître l'immense révolution accomplie de la science parla découverte de la circulation.
Il n'est que trop fréquent, aujourd'hui encore, de voir de nos savants français critiquer, sans les connaître, les travaux publiés à l'étranger; il arrive même à un trèsgrand nombre de mettre en suspicion la véracité d'hommes qui ont droit au respect de tous, quoiqu'ils soient nés au-delà du Rhin, de l'Atlantique ou de la Manche. Médecin de Henri IV et de Louis XIÏI, Riolan fut pendant dix ans médecin de la reine-mère, Marie de Médicis, qu'il suivit dans son exil et qu'il accompagna en Angleterre. Là il avait été témoin des expériences de
128 CONFÉRENCES inSTORFOUES.
Harvey, el, s'il ne nie pas ahsoliunent la circulation pulmonaire, il soutient a que le mouvement du cœur et du » sang cliez Fhomme est difierent de celui des animaux, )) leurs usages étant même dissemblables. »
Quant à ce qui regarde la circulation du sang chez l'homme, Riolan reste dans les idées anciennes. Le sang se porte au cœur par le tronc de la veine cave, et étant reçu ou plutôt attiré dans la cavité droite du cœ.ur, il passe au travers du septum médium^ dans la cavité gauche, oh en un moment il se change en sang artériel beaucoup plus chaud et plus spirituel que le veineux; car il est subtilisé et épuré dans les ventricules du cœur, comme Tor mêlé se raffine dans le dernier fourneau de la coupelle.
Yoici ce qu'écrivait Riolan en 1661, dix ans après la publication des travaux de Harvey.
S'agit-il de la découverte par Pecquet du réservoir lymphatique aboutissant des vaisseaux chylifères de l'intestin, Riolan indique hardiment, on pourrait même employer un adverbe moins euphémique, cette raison magistrale que les solennels et aphoristiques personnages opposent encore si souvent au progrès^, sous quelque forme qu'il se présente : // faut améliorer, mais non détruire, — même une erreur. En faisant en anatomie une des découvertes les plus importantes, Pecquet avait presque fait, suivant Riolan, une chose abominable, car il faisait changer toute la thérapeutique si l'on acceptait son opinion.
« Pecquet a commencé à bouleverser la structure du )) corps humain par sa doctrine nouvelle et inouïe qui )) renverse entièrement la médecine ancienne et mo- » derne. Car si le foie, suivant son opinion, n'est plus )) l'organe qui produit le sang dans nos corps, il s'en- )) suivra que les maladies que nous attribuons au foie » dépendront seulement de ces veines lactées nouvelle-
IIIOLAN. 129
» menl découvertes, ou du cœur même, ou des pou- » mons. Et par conséquent, pour ces maladies susdites » il ne faudra plus avoir égard au foie et lui adresser » des remèdes. C'est pourquoi il faudra dorénavant » trouver et forger une nouvelle méthode de guérir. )) Il faudra dire qu'Hippocrate s'est trompé bien lour- » dément, qu'Aristote se sera trompé et qu'il fallut qu'il » fût bien ignorant quand il dit que la nature avait » placé proche du foie les réceptacles des excréments ; » qu'Arétée était démonté d'esprit, que tous les méde- » cins et les anatomistes ont eu bien peu de juge- )) ment n {Enchùndium, p. 689.)
Peu s'en faut que Riolan n'invoque Tintervention du gouvernement contre un pareil révolutionnaire. Laissezmoi encore vous lire ces quelques lignes qui vous montreront comment on entendait alors le principe d'autorité.
(( Les temps, disait Tacite (et nous pouvons encore le » dire avec lui), sont rarement assez heureux pour per » mettre à un chacun d'avoir les sentiments tels que bon » lui semble et de dire hardiment ce qui lui vient dans » la pensée ; mais nous pouvons dire aujourd'hui que » notre siècle est trop rempli de ce bonheur, puisqu'il » est permis à chacun, sans que les lois y pourvoient, » de mettre au jour toutes les nouvelles opinions énon- » cées et pernicieuses que son caprice lui fournit. » Aussi voyons-nous que l'ancienne et véritable méde- )) cine se corrompt et se pervertit entièrement, tant par » l'introduction de nouveaux monstres d'opinions » chimériques, que par l'exhibition de mille sortes » de médicaments venimeux inventés pour tous les » hommes impunément. Un chacun invente à présent » et fait la médecine comme il le veut et l'entend; » maintenant ce n'est plus la médecine qui guérit les >) malades; mais tout ce qui semble avoir guéri est » médecine. »
Si Riolan invoquait pour la défense des idées scientiques nouvelles le principe d'autorité et même l'intervention officielle, il devait l'invoquer bien plus encore dans ces questions de privilège et de monopole qui passionnaient à cette époque et mettaient aux prises la faculté de médecine et celle de Montpellier,les médecins et les chirurgiens, les chirurgiens et les barbiers. Ici encore nous allons retrouver Riolan avec ses qualités, mais surtout avec ses défauts exagérés par la passion ; mais je dois auparavant vous donner une idée de ce qu'était, au commencement du xvir siècle^ la faculté de médecine de Paris.
La faculté de médecine n'était pas, comme aujourd'hui, un corps enseignant, c'était un corps professionnel, une corporation ayant à Paris le monopole de la profession médicale ; l'unité de doctrines était aussi complète que possible, et c'est de là qu'est restée dans l'esprit et dans la langue du public cette expression : « La faculté a dit ceci, la faculté a dit cela. »
Paris compte aujourd'hui dans son enceinte environ deux mille docteurs en médecine. A l'époque de Riolan, il y en avait cent vingt à peu près ; vous vous rappelez qu'en 1300 la faculté, ou si vous l'aimez mieux, Paris n'en comptait que trente et un.
La faculté se recrutait parmi les élèves reçus à l'Université et y ayant passé leurs examens de lettres, comme nous passons aujourd'hui le baccalauréat. L'organisation qui existait à cette époque en France existe encore aujourd'hui dans d'autres pays, pour les docteurs en médecine, en Allemagne et en Angleterre, par exemple.
Lorsque l'étudiant avait passé ses examens de maître es arts, il pouvait commencer ses études à la faculté de médecine; il fallait, de plus, qu'il eût vingt-cinq ans. Après avoir suivi les cours pendant environ quatre années, il était admis aux examens du baccalauréat en
RIOLAN. 131
médecine, titre que vous trouvez encore, par exemple, en Angleterre, dans les universités d'Oxford et de Cambridge. Le futur bachelier en médecine devait passer des examens qui duraient toute une semaine et qui n'avaient lieu qu'une fois par an, au mois de mars. Il était interrogé par des examinateurs nommés par la faculté, et, de plus, par tous les docteurs présents à l'examen. Les examinateurs et les assistants votaient ensuite, et le recevaient dans la corporation où il était regardé comme apprenti médecin. Mais tout n'était pas fini pour lui ; il avait encore, en quelque sorte, à mériter son titre de bachelier, et deux années se passaient à présenter et à défendre des thèses qui étaient de deux sortes : les thèses quodlibétaires dont le sujet était laissé au choix du candidat, et les thèses cardinales.
L'argmnentation des thèses quodlibétaires durait de six heures du matin jusqu'à midi. De six heures jusqu'à huit, les bacheliers présents argumentaient le candidat; de huit à onze, c'était le tour de neuf docteurs désignes par la faculté; enfin, de onze heures à midi, tous les assistants pouvaient prendre part à la lutte.
Venait ensuite la thèse qu'on appelait la thèse cardinale et qui serait mieux nommée la thèse du Cardinal, à cause des avantages très-grands que le cardinal d'Esloutteville accorda, en 1^52, aux médecins de la faculté de Paris.
La faculté de médecine, comme toute l'Université, était, à l'origine, un corps ecclésiastique, et relevait directement du pape. Les médecins qui la composaient ne pouvaient pas se marier. Le cardinal d'Estoutteville supprima pour tous les bacheliers et les licenciés le célibat obligatoire, mais le maintint pour les docteurs régents. Henri IV, du reste, supprima définitivement cette condition antimatrimoniale.
La reconnaissance engagea la faculté à donner aux
thèses de bacheliers le titre du cardinal leur bienfaiteur. Ces thèses du Cardinal étaient presque aussi longues dans leurs argumentations que les thèses quodlibétaires, un peu moins toutefois, elles ne commençaient qu'à six heures du matin .
Le sujet en était quelquefois des plus extraordinaires. Si je n'avais sous les yeux ces thèses de l'ancienne faculté, je n'oserais vous en dire le titre que je puis vous lire. Celle-ci est intitulée : «Testamen inaugurale me- )) dicum circa usus Veneris saluberrimum. »
Et cette autre : « Potus ille, qui Punch dictus est, pro- » desse potest hominibus sed admodum nocere praeser- » tim feminis; at potus ille qui Bischoff di\Q,i\x^ esthomi- » nibus et feminis prodest. »
Vous comprenez très-bien que quand on avait discuté de cette façon et pendant si longtemps, il fallait bien se refaire un peu. Aussi le candidat avait l'habitude d'offrir à diner à tous ceux qui étaient présents, habitude qui s'est conservée encore dans quelques universités d'Allemagne, seulement on remplace le dîner par de la bière à discrétion. Hazon, par son histoire delà Faculté de médecine, nous a conservé tous ces souvenirs d'un autre âge :
(( Il ne se passait aucun acte public des écoles, aucun » examen, aucune thèse, aucune réception, aucune red- )) dition de comptes, qu'ils ne fussent suivis d'un dîner. » Plusieurs licenciés riches, qui obtinrent le premier )) rang à l'examen, régalèrent splendidement toute la » faculté.
» Les licenciés invitaient à dîner le chancelier de » Notre-Dame et tous les chanoines, le jour de la béné- » diction apostolique, et les chanoines accompagnaient » toute la cérémonie.
» Mais la faculté supprima au dernier siècle ce repas » onéreux; ce qui occasionna quelques contestations et
illOLAN. 133
» ({uelques procédures; car anciennement un repas d'u- )) sage donné par une compagnie était une espèce de dette. » Depuis la suppression de ce repas, les chanoines de leur côté » cessèrent d'assister à la cérémonie. » (Hazon, p. 20.)
Apres deux années passées dans ces exercices , le bachelier devenait candidat à la licence. 11 allait en cette qualité rendre visite à tous les docteurs de Paris (n'oubliez pas qu'ils n'étaient alors que cent vingt), et chacun dans la solitude de son cabinet interrogeait le candidat.
La faculté s'assemblait ensuite et votait au scrutin secret y admissibilité à la licence.
Le candidat admissible allait alors, accompagné des appariteurs portant leurs masses, faire visite au chancelier de l'Université, lequel devait être chanoine de Notre- Dame. Le chancelier fixait le jour de la séance dans laquelle la licence devait être accordée. Au jour dit, on se réunissait à l'archevêché et l'on allait en corps et processionnellement à Notre-Dame. Là, après avoir entendu la sainte messe à l'autel des Martyrs, les candidats recevaient la bénédiction apostolique et avec elle le droit de pratiquer la médecine urbi et orbi.
La licence était donc une investiture ecclésiastique donnant droit à la pratique ; le doctorat conféré par la faculté seule, plaçait le candidat au premier rang de la corporation.
Six semaines au moins après la licence, les docteurs se réunissaient à la faculté et votaient à huis clos l'admissibilité au doctorat. Le président, qui devait être un docteur de l'ordre des anciens, prononçait un discours dont le texte était ordinairement l'éloge de la faculté, sans oublier l'éloge du récipiendaire; il proposait ensuite une question de controverse, qu'il discutait avec le candidat, et il ne restait plus dès lors qu'à procéder à la cérémonie.
Celle-ci n'avait lieu que plusieurs jours après, le née-
13/i CONFÉRENCES HISTORIQUES.
phyte se rendait toujours processionnellement, accompagné des appariteurs et de deux bacheliers, chez ses futurs collègues et les personnages marquants de la bonne ville de Paris, les invitant gracieusement à la séance solennelle. La séance avait lieu avec grand appareil, le candidat était le personnage principal d'une cérémonie dont Molière, en la ridiculisant, nous a conservé le tableau; il prêtait serment d'observer les statuts et de défendre la faculté contre tous ses ennemis. Le président prenait alors un bonnet carré et, le tenant avec deux doigts de la main droite, l'agitait en faisant le signe de la croix au-dessus du candidat, et le lui mettait sur la tète en l'enfonçant d'un léger coup : Paris avait dès lors un docteur de plus. C'était une réminiscence de l'accolade qu'on donnait jadis aux chevaliers en les frappant sur les épaules du plat de l'épée. Ce souvenir symbolique était resté plus vif encore à Montpellier, mais il s'appliquait aux bacheliers et non aux docteurs ; et lorsque le nouveau bachelier descendant de la chaire où il avait été argumenté, traversait les rangs pressés de ses camarades, c'était à coups de poings que ceux-ci lui donnaient l'accolade amicale et confraternelle. L'amitié dans le Midi était plus vive dans ses manifestations.
Les différences entre les deux facultés étaient bien autrement sensibles sur d'autres points. La faculté de Paris était un corps enseignant et une corporation prétendant à la pratique exclusive, au monopole de la médecine à Paris; la faculté de Montpellier n'était plus^ depuis le milieu du xvi*" siècle, qu'un corps enseignant composé de six professeurs et de deux agrégés. Mais la faculté de Montpellier conférait aussi le titre de docteur, et comme celle de Paris elle avait la prétention, ou se croyait le privilège, de leur donner aussi droit de pratique urbi et orbi. Un jour devait venir où les deux monopoles devaient se heurter et se trouver aux prises,
RIOLAN. 135
Henaudot, docteur de Montpellier, venu h Paris en 1612 pour y exercer la médecine, fit éclater une querelle inévitable, à laquelle Hiolan prit une part très-active.
Un mot, messieurs, sur Renaudot, qui fut à bien des titres un des personnages les plus curieux de cette époque.
Né à Loudun, en 158/;, Renaudot vint jeune encore à Paris, étudia quelque temps sous la direction, nous pourrions dire dans la boutique, d'un chirurgien barbier, et après avoir gagné quelque argent, il retourna à Montpellier où il se fit recevoir docteur en 1606.
En 1612, il revint à Paris dans l'intention de s'y établir et d'y pratiquer la médecine. Fort intelligent et arrivé il Paris sans presque de ressources, il comprit que s'il ne voulait pas être victime des tracasseries de la faculté, il lui fallait, à défaut du titre de docteur de Paris, se mettre à Tabri derrière un titre respectable. Dans ses nombreux voyages, Renaudot avait rencontre le père Joseph, l'éminence grise, cette âme damnée de Richelieu , et il usa de cette utile et toute-puissante protection pour obtenir le titre de médecin de Louis XIIl; titre purement honorifique, car suivant toute apparence Renaudot ne fut jamais appelé auprès de son royal client.
Il s'installa rue de la Calandre, et y fonda, sous l'enseigne du Coq d'or, un bureau d'adresses où chacun pouvait avoir celles des personnages marquants et même non marquants de la capitale; c'était notre almanach des 50 000 adresses, c'est encore le bureau d'adresses qui fonctionne actuellement à Saint-Pétersbourg. Rientôt au bureau d'adresses s'ajouta un bureau de placement où Ton pouvait venir se fournir de domestiques de toute sorte.
Plus tard Renaudot fonda, ou plutôt importa d'Italie à Paris un mont-de-piété où il prêtait à trois pour cent sur toute espèce de choses , et sa maison du Coq d'or ne
tarda pas à s'emplir de hardes de toute espèce. Ce ne fut pas sa seule invention. Il était chimiste, et en cette qualité il avait fondé, toujours dans la maison de la rue de la Calandre, un laboratoire de chimie où les élèves de la faculté venaient suivre ses cours et s'exercer aux manipulations.
Mais une autre invention, bien plus importante de Renaudot, c'est l'invention de la presse périodique. Il fonda un journal qu'il appelait tout simplement la Gazette, journal dont la Gazette de France, aujourd'hui à sa 285^ année, prétend être la continuation.
Ce journal n'était d'abord qu'un manuscrit; Renaudot bientôt installa des presses chez lui et le fit paraître une fois par semaine, avec non pas un premier Paris, mais un dernier Paris , car les nouvelles de Paris venaient les dernières, la priorité étant donnée aux nouvelles venant des points les plus , éloignés. Le journal avait comme de raison une quatrième page, car Renaudot ne pouvait manquer d'inventer la réclame, et la dernière page de son journal contenait une liste des médicaments qu'on pouvait trouver chez lui, et les louanges de l'antimoine qui, à cette époque, était proscrit par la faculté comme un poison dangereux.
Tout cela suscita à Renaudot de nombreux ennemis, invidia medicorum pessima, et il n'eût pas résisté s'il n'eût été soutenu par Richelieu, qui fut peut-être le seul ministre partisan et protecteur de la presse périodique, et même par Louis XIIL qui écrivit, dit-on, quelquefois des articles dans le journal de Renaudot.
Ce n'était pas tout encore^ Renaudot avait inventé les consultations gratuites qu'il donna d'abord tous les samedis, puis tous les jours de la semaine et toujours dans sa maison à l'enseigne du Coq d'or.
Il y avait donc là dans cette maison de la rue de la Calandre un mont-de-piété; un journal, un bureau de^
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adresses, un laboratoire de chimie et une consultation gratuite.
Rcnaudot, ne pouvant suffire seul à tout cela, avait appelé de Montpellier et de quelques autres petites facultés de France plusieurs médecins qui, en 16^i0, étaient au nombre de quinze.
Ceci était une grave atteinte portée aux prérogatives de la faculté de médecine de Paris.
Elle intenta donc un procès à Renaudot, celui-ci devait le gagner et le gagna, car il avait la protection du cardinal. Mais, à la mort de ce dernier les choses changèrent de face, on attaqua Renaudot devant le Châtelet sous l'inculpation d'exercice illégal de la médecine ; chose inouïe, messieurs, à cette époque,
a Suivant que l'on était puissant ou misérable,
» Les jugements de cour vous rendaient blanc ou noir. »
Renaudot privé de son protecteur fut condamné, mais il interjeta appel, l'appela cette époque se portait devant le parlement. La faculté de Paris, qui se portait partie plaignante, comparut devant le parlement; mais la faculté de Montpellier, qui avait dans le nombre des inculpés plusieurs de ses docteurs et entre autres Renaudot, crut devoir intervenir officiellement, se portant partie dans la défense. Pour la première fois, la faculté de médecine de Paris et celle de Montpellier se trouvèrent face à face^ toutes deux réclamant le même privilège pour la pratique de la médecine : la faculté de Paris soutenant que son privilège empêchait qui que ce soit de pratiquer la médecine à Paris, si ce n'est les docteurs de la faculté ; et la faculté de Montpellier disant : « J'ai le droit comme vous de pratiquer la médecine urbi^ c'est-à-dire à Montpellier, et orbi, c'est-à-dire partout, à Paris comme ailleurs.
Comme je vous le disais, les choses étaient changées
1ÎJ8 CONFÉRENCES HISTORIQUES.
depuis la mort de Richelieu, on s'apergut de bien des peccadilles qu'on n'avait pas osé voir^, et Renaudot fut condamné le l^*" mars 1(544. Montpellier succombait devant le monopole de la faculté de Paris.
Le calme ne dura que peu de temps; en octobre 1644, Courtaud, doyen de Montpellier, prononça l'éloge de cette faculté. Cet éloge, publié l'année suivante, excita la colère de Riolan. En 1651, il y répondit par un livre intitulé : « Recherches curieuses sur les écoles^ par un ancien docteur de la Faculté de médecine de Paris. » Mais personne ne pouvait se tromper sur la personnalité de l'auteur, à Montpellier surtout. Ce livre eut une réponse en 1653, intitulée : (( Seconde apologie de r Université de médecine de Montpellier. »
Riolan avait dans une de ses attaques joué sur le nom de Courtaud, le doyen de la faculté, en l'appelant « courtaud, chien de tourne-broche. » La faculté de Montpellier répondit sur le même ton.
(( Voyez, dit l'auteur de la réponse faite à Riolan, » voyez quel homme ce peut être, lequel ayant vieilli » dans l'anatomie et ouvert tant de centaines et milliers u d'hommes, n'a jamais eu l'adresse de trouver la circu- )) lation du sang. Jugez quel homme c'est, puisque dans » un si grand âge et si long exercice il n'a pu rencon- » trer les veines lactées, mais il a fallu qu'il les ait ap- )) prises d'un homme plus expert et plus clairvoyant que /) lui en son métier, à savoir Asellius. Moins encore a-t-il )) eu de l'adresse pour découvrir le transport du chyle ') dans le cœur par les veines jugulaires; mais il a fallu )) qu'un petit poisson, ce bel esprit architectonique de » M. Jean Pecquet, de Dieppe, docteur de l'Université » de Montpellier, ait montré le chemin à cette pesante » baleine. En somme, il ne lui sort jamais de la bouche » le nom d'aucun homme de vertu, mort ou vivant, qu'il » ne lui donne un coup de dent au passage. M 'étant
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» quelquefois entretenu avec lui, je n'ai reconnu qu'un » gros cœur, sourcilleux, médisant, plein de fiel, rempli » d'estime de soi et du mépris des autres. » {Seconde apologie de l' Université de médecine de Montpellier, p. 5.)
Ce portrait peu flatteur est singulièrement injuste, Riolan eut, cela est vrai, le grand défaut d'être envieux et jaloux, cela l'empêcha d'être juste, et l'injustice souvent retombe sur celui qui s'en rend coupable. Mais s'il fut l'adversaire de Pecquct et de Harvey, il rendit au moins, comme je vous le disais en commençant, un trèsgrand service à l'anatomie, ce fut d'apporter dans ses descriptions une exactitude qui était, on peut le dire, i\ peu près inconnue avant lui.
C'est surtout la myologie qui a dû à Riolan de recevoir la précision qui lui manquait. Sylvius avait commencé à donner à beaucoup de muscles des dénominations, Riolan continua son œuvre.
En regardant la vie sociale de Riolan, on n'a guère, il est vrai^ que des reproches à lui adresser ; car il fut presque toujours le défenseur des vieilles choses, et surtout des privilèges de la faculté de médecine de Paris, mais nous aussi, messieurs, soyons justes. Nous ne pouvions pas demandera Riolan qui vivait au xv!!*" siècle, de se laisser guider par des idées qui ne devaient se produire qu'au xviii'' siècle. On comprend qu'à une époque où il y avait tant de corporations, où tout le monde était embrigadé, où chacun avait son privilège, on comprend que Riolan ait pu défendre ceux de la faculté de Paris et réclamé pour elle le monopole exclusif de l'enseignement et de la pratique; mais pour nous les temps sont changés, et ce que nous devons demander, ce n'est plus le monopole mais la liberté de l'enseignement, aussi bien pour les élèves que pour les professeurs, et, quoique dans cette enceinte, quoique faisant partie de cette faculté, je le dis hautement, parce que c'est pour moi
une conviction profonde, puisée dans l'étude de l'organisation et des progrès de l'enseignement médical dans les grands États de l'Europe, il n'y a dans le domaine de la science qu'une seule manière de progresser, c'est dans l'application de ces deux principes : « La libre concurrence et à chacun selon ses œuvres, n