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EXECUTION DE CERTAINS ORNEMENTS

L'arpègement d'un accord nécessaire (arpègement souvent indispensable à cause de la grande extension de cet accord), doit toujours être accompagné de la grande pédale mise strictement sur la note fondamentale de cet accord. (Exemple).

À l'exception de cet arpègement indispensable, le trille, le mordant, l’appogiature double et simple, longue ou brève, le grupetto, les séries de petites notes, accompagnées ou non, mesurées ou non mesurées, peuvent et doivent être différés, tant que la mesure, ses divisions, l’exacte proportion des valeurs n'ont pas été comprises : on peut même, pour mieux établir le point de départ d’un groupe rythmique, supprimer temporairement la liaison de notes syncopées ou non syncopées. ( Exemple.)

Si le trille (Exemple de sa variété dans Danhauser ) se proloige durant une ou plusieurs mesures, il peut être (comme dans le chant )ralenti, mesuré sur

des valeurs plus longues d’abord, puis de plus en plus petites, avec un accent sur la note principale et légèrement retardé à sa terminaison. (Ex ): mais, s’il est court, il vaut mieux l’attaquer avec accent sur la note principale et dans un mouvement également rapide. ( Ex.) Il faut toujours éviter la brusquerie dans la terminaison.

Si le mordant est exprimé en toutes notes, il laisse l'accent à la note principale ; mais s'il est exprimé par le signe A4 l'accent est fait sur la première des petites notes et attaqué à sa place sur la partie forte coïncidant avec la basse. ( Ex.) Le grupetto (suivant Danbauser ).

L'appogiature est de trois sortes. La longue emprunte, avec accent, la moitié d’une note simple et les deux tiers d'une note pointée, parfois seulement le tiers dans la mesure composée. La brève ( petite note traversée par un trait) bien que substituée à la note principale, lui laisse son accent de temps fort ou de fraction forte du temps. Pour exception voir certaines valses de Chopin où plusieurs mesures de cette appogiature se jouent, ainsi que la note qui suit, avec une extrême légèreté, de l’avant-bras avec un effleurement passif des doigts. (Kx.) L’appogiature demi brève prend l'accent, comme dans Moza’t. ( Ex. )

Les séries des petites notes (si fréquentes dans Chopin, ingénieusement mesurées dans l'édition Peters et celle (plus dispendieuse ) de Klindworth ) doivent être, comme tout ornement d'ailleurs, exécutées avec plus de douceur et de légèreté (leggierissimo ) que les notes auxquelles elles se rattachent ; entre les notes principales qui lui servent de limites, elles sort comme d=: “uirlandes, des festons reliant les colonnes d’un édifice. Quand elles sont marquées ænforza ( avec forcc }, elles ont j-lus de brillant et font exception à la règle. (Ex. Nocturnes de Chopin.) Sur une note servant de pédale (Ex. Scherzo en SI bémol mineur de Chopin ), ces petites notes s’éprènent très douces avec les deux pédales, comme un écho allant en s’affaiblissant vers le haut. ( Ex.)

L'arpège d'une seule main, le plus souvent de la main gauche, est, par nécessité, toujours accompagné de la pédale ; la note fondamentale est la plus forte, ct, pour en assurer la précision, on peut temporairement et tout d’abord y faire une pause (Ex. de ces arpèges). Quand, à l’arpège de la main gauche, se supe’ ose une mélodie ( Le chant du Gange de Heller), c'est évidemment cette mélodie qui est accentuée ; souvent une simple petite note accompagnée de la pédale, tient lieu d'arpège et sert de note fondamentale à cette mélodie,

Cette petite note marque aussi la fin d’une partie au moment où une autre partie commence (Ex. dans le Mennet de Mozart par Kuloff ou Warum de Schumann). Dans |'irpège de la main gauche, avec ou sans mélodie de la note supérieure, la main droite attaque simultanément avec cette note. ( Ex.) Quand les deux mains arpègent simultanément (les bonnes éditions l'indiquent généralement ) les notes fondamentales dans chaque main s’attaquent simultanément. Quand l'arpège s'étend sans interruption d’une main à l'autre ( Ex.) toutes les notes sont successives à partir de la basse à moins d'un arpège renversé ; et si cet arpège très doux, comme il arrive parfois pour un accord final légèrement ralenti, sert d'harmonie à une mélodie, cette mélodie domine naturellement. ( Ex.)

Dans les arpèges en toutes notes, la grande pédale est toujours admissible, et concourt à enrichir la sonorité, surtout dans les dessus privés d'étouffoirs ; mais il faut l'enlever avec la dernière note. (Ex.) La durée de l'arpègement qui sert à orner les accords, est déterminée par la valeur des notes. (Ex. La Fileuse de Raf.)

En dehors des ornements proprement dits, nombre de notes sont accessoires au corps d’une mélodie. À une harmonie, ces corps ou squelettes s'appellent «Schema». Les notes accessoires à ce schema sont des notes de passage, d'anticipation, des notes échappées (Ex. la Fille du Régiment), et comme elles sont généralement plus brèves, elles sont aussi plus douces. Toutes les variétés d’accentuation sur des notes plus longues, sur des sommets d'appogiature, sur des accents de temps forts ou partie forte des temps reposent sur cette distinction à faire entre notes de schema et notes accessoires ; donc, en faisant remarquer cette distinction à l'élève, on la fait lire avec plus de facilité et d'intelligence. Une connaissance élémentaire des principaux accords devient alors très utile.

CONSEILS DIVERS POUR LA CORRECTION DES DEFAUTS RESULTANT D'UN TROP GRAND DESIR DE PERFECTION

Pour assurer la précision, faire étudier « legato » d'abord un passage « Staccato». Aux élèves qui manquent de tempérament, de spontanéité nerveuse, faites jouer de simples exercices et des gammes avec pauses, suivis de groupements ryth-

18 CONFÉRENC4S SUR L'ENSRIGNEMENT

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miques aussi rapides que possible. On recommande alors cinq ou six études où les deux mains ont quelque chose à faire ( La Vélocité de Czerny ) mais jouées. le plus tôt possible dans le mouvement, sans trop tenir compte de quelques: fausses notes.

Aux élèves lentes dans la lecture, c'est à-dire portées à épeler, recommandez de regarder le moins possible à leurs doigts, excepté dans les écarts où le doigté ne peut plus les guider. Faites-leur remarquer le sens, la forme et le dessin que produit la suite des notes, plutôt que la note même ; faites attaquer ensemble ies notes d’un accord brisé. Habituez-les à lire à l'avance, en cachant une partie d ‘notes qu'elles vont jouer. Faites remarquer la répétition d'un même trait, soit comme marche, soit comme écho. (Ex. dans une sonatine.)

Faites lire mentalement la valeur des notes et exprimez ces valeurs par un mouvement de la main, et, s’il est possible, faites en reproduire le son, l'intervalle par la voix.

Prévenez de plus, au moyen du crayon, certaines fautes que vous pouvez prévoir contre la mesure et ses divisions, contre les divisions à subdiviser en mouvement lent, contre une mesure plus chargée de valeurs, ou la répétition d'une note altérée au début de la mesure.

Quand une élève oublie de s'écouter, intervert’ ez les rôles ; mettez-vous au piano, demandez-lui de vous corriger en faisant vous-même les mêmes fautes : soit mauvais toucher, dureté heresse, omission de la pédale, fautes de notes ou de mesure; prenez-la, pour si dire, par surprise, en évitant ou en faisant les mêmes fautes.

Quand l'élève fait une faute d'habitude, marquer la correction au crayon à la place des temps ou fraction des temps: pour cela attendez que la phrase ou le membre de phrase soit terminé, et cela surtout si votre élève donne des espérances, ‘afin de ne pas la rendre nerveuse. L'élève moins douée, ou négligente, paresseuse, demande des corrections plus fréquentes. Insistez sur le travail technique, surtout celui qui est relatif à l'égalité et à l'indépendance des doigts faibles, car c'est surtout ce qui manque le plus quand le morceau est trop difficile pour l'élève.

Faites jouer les gammes ne octave ascendante à la main droite, descendante à la gamme gauche, un nombre de fois déterminé (comme d’ailleurs pour toute répétitior d'exercices ou d'une seule note à la fois), commençant assez vite.

DE LA MUSIQUE . 1œ

augmentant et retardant jusqu'à la fin, en levant et en accentuant beaucoup les éme et Bme doigts. Ce lever des doigts dans ce qu'on appelle la gymnastique, ne doit pas se continuer dans les gammes, lesquelles doivent servir successivement d'exercice (legato) dans ces trois espèces: martellato, expressivo, leggiero, de crainte que dans un mouvement rapide, le legato ne dégénère en staccato des doigts

Dans le travail technique, faites servir successivement les simples formules. d'exercices, avec appui du pouce, pour conserver le repos du bras, aux différentes manières d’articuler : martellato avec grande gymnastique d'impulsion, puis plus modéré; touche de pression, expression, leggiero; simple chute du doigt retombant sur son propre poids; demi staccato et enfin staccato toujours avec les doigts.

Prenant un point d'appui sur une ou plusieurs notes, exercez le pouce à toutes ces articulations par des notes répétées de plus en plus rapides, en usant de rythmes : croches, doubles croches, triolets, etc. Dans la lecture, faites observer rigoureusement les silences et les accents mais sans exagération. Ne faites jouer les passages staccato que lorsque ces mêmes passages auront été travaillés legato; on peut en dire autant des coulées, des incises.

Réduisez les mouvements inutiles en mouvements nécessaires et à leurs justes proportions: ce qui paraît naturel sonne généralement bien.

Evitez la sécheresse dans les notes qui terminent une incise, e”agérant la brièveté ; quand une note sépare deux incises, le simple changeme:: de doigts peut produire la petite séparation nécessaire. La sécheresse est causée par le mouvement nerveux du bras arcompagnant le lever de la main; ce qui arrive encore quand la main s’enlève par l’activité du poignet au lieu de rester suspendue avec l’inertie voulue.

Dans: les éditions anciennes, les |: courbes couvrant des séries plus ou soins longues de notes, expriment « at tout le jeu legato, ou tout au plus la répétition d’un même dessin mélodique. Les nouvelles éditions, surtout celles de « Cotta» dans le Schirmer’s Library, expriment le mieux les véritables incises et aur.es groupements.

Comme la respiration dans le discours, l’incise n# doit être ni exagérée, ni bruyante, mais naturelle et presque imperceptible. Oublierait-on une légère ine cise que l'accent y suppléerait pour l'auditeur.

‘20 CONFÉRENCES SUR L'ENSRIGNEMENT

Evitez l’exagération dans les retards. Evitez de les faire Molto ritenuto, lorsqu'ils sont prescripts « poco rit» ou simplement «rit». Quand vous sentez un «rall» nécessaire pour indiquer la fin de la phrase ou de la période, que ce soit très peu de chose. Rien de plus pénible à entendre que ces retards exagérés, qui rompent tout l'équilibre d’une mesure, sous prétexte de bien ponctuer. D'ailleurs la ponctuation est suffisamment indiquée par les silences dans l’une ou l’autre des parties.

Quand un jeune arbre est trop courbé d’un côté, on obtient qu’il devienne droit en le courbant en sens inverse. Servez-vous de cet exemple pour corriger certains défauts ou mauvais plis, ou faiblesse des articulations.

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