SIXIÈME DISCOURS
LE PAtGIPTI II lINtNCEIIU
Ne vous aintarae z pss an liècle prêtent, mail qu'il ae f»sse en vous un changement entier par le renouvellement de votre esprit, afin que vous éprouviei que ce que Dieu veut de vous est bon, agréable et parfait. J'avertis ebacua de von, en vertu de la giice gui n'a été donnée, de n'avoir pas une trop haute opinion de lui-même, mais d'avoir des sentiments modestes. (Rom. XII, 3-3.)
Arrivé au terme de l'exposition des principes dogmatiques et moraux par. Lesquels le christianisme exerce son influence sur les cations, nous nous sommes demandé s'il n'était pas possible de résumer les principes en une tendance commune, et de découvrir l'ennemi à la destruction duquel il» concourent tous. Oc, il nous a paru que cette question était susceptible d'une solution nette et précise. A nos yeux, la tendance de l'Évangile se résume pour l'homme dans la loi de rettmctnwit ; l'ennemi à combattre, c'est l'amour exclu«f de soi, e'estl'égoMwe, — Notre vie estlacbamp de bataille sur lequel se livre un continuel combat entre le renoncement et l'égoïsme, et l'Évangile nous annonce que ce combat ne doit pas rester indécis, qu'il faut choisir entre les deux partis) vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et Maramon, le Ciel et le Monde, le devoir et l'intérêt ; choisissez, il le faut; mais si vous êtes sages, mais si vous êtes croyants, n'hésitez pas à
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choisir la bonne part, Dieu, le Ciel et la vertu, au risque même de perdre les séduisan ta avantages que vous promettent Mammon, Le Monde et l'intérêt; choisissez la bonne part, car d'elle seule on peut dire avec sécurité qu'elle ne vous sera point ôtée. Mammon est une divinité trompeuse qui se plaît à désespérer ses adorateurs; le Monde est un espace vide qui n'offre à l'âme que néant; l'intérêt est un conseiller perfide qui souvent s'égare lui-même après avoir égaré la conscience ; renoncez donc à tout cela avec courage, en vous élevant au-dessus de ces choses essentiellement passagères.
Il ne vous aura point échappé que ce pressant langage de l'Évangile s'est présenté à nous à l'occasion de chacun des sujets que nous avons successivement étudiés. — Partout, en effet, nous avons rencontré l'égoïBQie comme un ennemi sans cesse présent, prêt à combattre chacun des principes évangéliques : il forme à lui seul la morale du matérialiste qui nie le Dieu de l'Évangile et ne croit pas à l'existence de l'âme; Use retrouve au fond des froides et sèches spéculations do panthéiste; il est enfin incompatible avec le précepte de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain, puisqu'il a précisément pour caractère de bannir tout autre amour, et de régner seul sur les ruines de toute affection étrangère.— C'est donc essentiellement contre lui que le chrétien doit revêtir toutes ses armes, s 'enveloppant de ia/b» et de lacharitè comme d'une mirastt , se. couvrant de l'espérance du saint comme d'un casque (i Thessal. V. 8). Il a certains caractères qui en font un ennemi soudainement redoutable. 11 est d'abord toujours présent; le moi fatal ne nous quitte jamais, et s'offre à notre conscience avant qu'elle ait pu eonaidé-
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rer aucune autre chose; nous nous complaisons dans le moi tyrannique, dans cet éternel je qui nous domine; notre opinion, notre intérêt, nos paroles, nos actes, sont les compagnons habituels de notre pensée, et nous reviennent à tout propos ; notre personne se met ellemême enjeu dans chaque occasion , elle intervient en temps et hors de temps ; en elle, nous pensons trouver toujours un ami ; mais cet ami manque souvent de sincérité. — L'égoïsme est d'ailleurs habile à nous séduire, en prenant mille formes diverses, en nous attaquant de tous les côtés; il connaît tous les points vulnérables de notre pauvre nature, et chacun lui fournit un moyen de victoire; il se compose de mille éléments variés, de telle sorte que ceux qui lui échappent d'une part tombent quelque autre part en sa puissance ; il se nomme tantôt orgueil et amour-propre, et sous ce nom il embrasse une quantité infinie de sentiments fâcheux , trouvant des applications en foule; tantôt honneur, et sous ce nom, il est d'autant plus dangereux qu'il affecte certaines apparences de générosité ; tantôt droit, et sous ce nom il trompe en prenant un faux air de justice , en agrandissant le champ de nos droits prétendus, et en diminuant celui de nos devoirs; tantôt pia»- »r et jouissance, et sous cette forme, il est sûr que sa voix ne manquera pas d'être entendue. Protée insaisissable, s'il fuit à votre approche, il reparaît bientôt sous de nouveaux traits. Rien d'étonnant, en conséquence, que le Sauveur des hommes, si profondément rempli delà connaissance du cœur humain, ait multiplié les avertissements et les préceptes pour nous aider à dompter cet adversaire redoutable, rien d'étonnant que ses apôtres aient insisté à tant de reprises sur la nécessité du renoncement chez celui qui veut revêtir vérita-
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bîemeftt l'esprit de Christ; ils ont cherché la conséquence des principes du Maître, ils ont trouvé qu'elle se résumait en ceci : abnégation de soi-même et du monde. Consacrons quelques instants, nous aussi, à développer cette importante conséquence. Au point de vue social, il n'est que trop certain, en effet, que l'égoïsme est un fléau pour le bonheur des nations. Entrons dans tes vues de notre divin Maître, en enlevant le prestige dont il Bail s'environner, et en mettant à nu ses dangereux effets, non pas Bans doute avec L'espérance de l'arracher en entier, le temps et les moyens nous manquent pour atteindre ce bu t ; mais au moins avec le désir de montrer sous quelles formes il est surtoutà craindre de nos jours. Poursuivons l'égoïsme au milieu des sociétés actuelles, travaillons à en reconnaître les principaux caractères afin de nous mettre en garde contre lui. — Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'il est trois formes principales sous lesquelles l'égoïsme nous tourmente aujourd'hui : l'égoïsme de la pensée, ou l'esprit d'indépendance qui prétend ne se soumettre qu'à 6a propre pensée, et ne reconnaît qu'en frémissant l'empire de la règle; l'égoïsme de l'opinion, qui prétend obtenir l'assentiment de l'opinion publique, et qui, pour y réussir, s'y asservit lui-même, se mettant ainsi enquête d'une dangereuse popularité; enfin, l'égoïsme de la matière, qui s'efforce de réaliser en foule les jouissances mondaines et les délices du bienêtre. — Ne reconnaissez-vous pas là des traits réels et vivants de nos sociétés européennes? Ne frémissezvous pas en pensant que ce sont là les symptômes précurseurs de la corruption? Ne voulez-vous pas travailler à remplacer ces dispositions par de plus nohlea motifs?
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