‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 13 sur 32 · IH. ÉGOISME DE LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

IH. ÉGOISME DE LA MATIÈRE

Le plus sûr, le plus efficace de ces moyens se trouve dans une troisième espèce de renoncement, dans le détachement des biens de ce monde et des vanités terrestres. A celui qui n'acceptant pas l'esclavage du monde, qui ne s'àsservissan t jamais aux choses passagères, s'attache aux choses d'en haut, à celui-là il est permis d'espérer qu'il saura revêtir à la fois un charitable désintéressement et une vertueuse fermeté. — Qui ne sent, en effet, quelle facilité, quelle bienveillance, quelle largeur dans les idées et dans les procédés inspire au chrétien une vue élevée sur la mesquine importance des biens du monde, un coeur qui a réussi à s'en détacher, et s'est mis à même d'en supporter la privation? Qui ne sait, au contraire, que d'élroitesse, que d'égoïsme, que d'individualisme jaloux, que d'avarice, que de débats engendre l'attachement exclusif aux choses visibles? Le désintéressement est la source de l'humilité et de la charité; l'égoïsme leur porte un coup fatal. D'autre part, il n'est pas moins vrai que l'bomme détaché du monde en est d'autant plus fortement attaché à tout ce qui est bon , à tout ce qui est honnête, à tout ce qui est digue de louange. Ou le retrouvera dqnc aussi solide, aussi inébranlable pour soutenir les principes du bien, qu'il est facile et coulant quand il ne s'agit que d'abandonner quelque frivole avantage terrestre. — Si vous voulez du dévouement à la chose publique, ce patriotisme vrai qui se manifeste toujours par l'abandon de ses propres prétentions, allez auprès de lui ; si vous voulez que dans vos conseils et vos administrations on

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voie, non une lutte de mesquines ambitions et d'intérêts cachés, mais l'accord de tons pour le triomphe du bien, placez-y des hommes comme le chrétien vertueux. On attend aujourd'hui la paix et l'ordre du choc desintérêts contraints de se tolérer et de se combiner, c'est une erreur; leur sourde hostilité demande et n'attend qu'une occasion pour éclater. Bien plus sûre est la garantie qui repose sur ta disposition commune à l'abnégation de sa propre utilité devant le bien moral ou devant le bien général. Chacun sachant qu'il trouvera chez les autres bienveillance et même appui, vit en Bécurité pour lui-même, et B'acquitte envers la société, en lui rendant bienveillance pour bienveillance, dévouement pour dévouement.

Malheureusement les époques de lumière et de liberté sont aussi celles où se manifeste le plus fortement l'écueil opposé à la vertu du détachement, la recherche de l'aise et l'amour des jouissances. Ce sont, eu effet, des époques de civilisation où les jouissances s'offrent en grand nombre et créent une continuelle tentation. Aux uns, à ceux qui les possèdent, elles inspirent une molle apathie, la crainte de tout dérangement; aux autres, à ceux qui en sont privés, elles soufflent la jalousie, double disposition également fa* taie au bonheur et à la paix des nations. Voulez-vous savoir comment on peut à la fois demeurer fidèle à l'esprit du christianisme, et eependant profiter des bénéfices des temps de civilisation? Cherchez à découvrir quelles sont les jouissances dont la recherche assidue est dangereuse à la moralité et au bon ordre, et prescrivez-vous la règle de n'en point poursuivre la possession. Vous vous réduirez par là forcément à l'amour des jouissances relevées, on, ce qui revient au même,

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tous tous astreindrez à la privation des périlleuses vanités de ce monde. — N'est-il pas vrai, par exemple, que de nos jours on aime les succès prompts et faciles? Défiez-vous de cette ambition, elle ne saurait être satisfaite qu'au prix de la vertu ou de la paix. C'est un hasard qui procure à quelques-uns des triomphes subits, ce n'est point le lot du plus grand nombre; te lot du grand nombre, c'est le travail, et un travail assidu. Par son moyen, on développe l'intelligence, ou l'on augmente ses ressources. Vouloir réussir sans travail et sans l'aide du temps, c'est invoquer des moyens violents, c'est s'obliger en quelque sorte à trahir la bonne foi , c'est se préparer de cruels désappointements et de cruels remords. Cherchez donc des succès qui se fassent acheter et qui exigent de vous une pénible coopération. — N'est-il pas vrai que de nos jours on ambitionne des jouissances présentes, sans étendre ses vues jusqu'aux conséquences éloignées de cette ambition? Ne soyez pas assez imprudents pour suivre cet exemple; plus vous vous hâtez de jouir, plus vite arrive l'instant où vous dites : Je n'y prends plus de plaisir. Plus vous êtes empressés de céder à vos déBirs ou à vos caprices du moment, sans réflexion, sans pensée d'avenir, plus vous vous exposez à de tristes retours. Les jouissances que procure ta vertu sont essentiellement durables; celles qui passent ne sont par conséquent pas des jouissances vertueuses. — N'est-il pas vrai, enfin, que de nos jours on recherche avant tout le bien-être matériel avec une ardeur bien autrement active que celle dont on s'anime à la recherche des biens spirituels? Kenoncez à cette fâcheuse préférence; les biens spirituels s'adressent à l'âme, à l'intelligence, à la volonté; les biens matériels ne satisfont guère que le corps. Sans

les premiers, ceux-ci n'ont aucune valeur, pleins qu'ils sont de lassitude, d'ennui et de dégoût, peut-être de remords; les premiers, au contraire, peuvent se passer. du concours des autres; leur possession est le but que l'Évangile nous propose constamment, quand il recommande le détachement du monde : Tous ceux qui veulent combattre dans let jeux publics, observent la plus exacte tempérance ; ils le font pour avoir une couronne «orruplible, et nous, ne le ferions-nous pat pour en obtenir une incorruptible ? (1 Corinlli. IX, 25). Oui, sans doute, nous verrons en nous V homme, extérieur se détruire ; mais nous ferons eu sorte que {'nomme intérieur se renouvelle, considérant les choses qui sont invisibles, et nous tournant vers le Ciel oùte trouve un édifice éternel (2 Corinth. IV, 16, 18. Id. V, 1). Fidèles aux ordres du Maître que nous reconuaissons pour notre Seigneur , noue noue glorifions en lui, afin que nous puissions un jour être loués par lui (2 Corinth. X. 17, 18). Si nous voulons appartenir à Chritt, nous n'oublierons point qu'il faut crucifier la chair avec ses passions et ses convoitises (Galat. V, 24).

Cherches donc premièrement h royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses vous seront données par dessus (Matth. VI, 33). Cette sentence qui résume en quelques mots le but et les avantages du renoncement, nous fournit la conclusion de nos réflexions de ce jour, en même temps qu'elle retrace à notre esprit toute la tendance, tout le génie du christianisme tel que nous nous sommes efforcé de vous le dépeindre dans l'ensemble de ces discours. Il nous semble, en effet, que le trait caractéristique de cette religion a été de concilier parfaitement toutes les exigences de notre nature,

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de notre nature matérielle qui a sa réalité, de notre nature spirituelle qui lui est unie, pour un temps, et, toutefois, d'indiquer clairement que celle-ci doit exercer l'influence dominante, puisque, seule, elle peut servir de but d'action permanent. Un corps nous a été donné, unséjour passager nous aété assigné, où nous sommes environnés d'objets matériels et d'événements fugitifs; de làdes nécessités, des désirs, des résultats à obtenir, un but à atteindre. L'Évangile nous autorise à remplir celte portion de notre vocation, et il s'offre pour nous diriger. — Une âme nous a été donnée, un séjour céleste nous a été préparé, l'Évangile dirige notre attention et nos plus grands efforts vers la régénération de cette âme et l'acquisition d'une bonne place dans ce séjour. — Accomplissement de nos devoirs pour le présent et pour l'avenir, nécessité de rechercher avant tout les avantages spirituels que l'avenir renferme, promesse d'obtenir en même temps les avantages présents, voilà le christianisme. — Il s'efforce de lever toutes les oppositions, d'aplanir toutes les difficultés que notre double nature peut engendrer; il nous recommande une vie active, laborieuse, charitable, mais repousse une vie matérielle, dévouée aux intérêts de la chair ; H nous apprend que nous sommes égaux, mais en nous montrant que cette égalité est surtout spirituelle, une égalité devant Dieu; il nous interdit d'en faire ici-bas un instrument d egoïame et de désordre; il nous engage à faire valoir le talent que nous avons reçu, mais jamais à mettre nos penchants et nos passions au-dessus des lois du devoir et de la vertu; il entretient avec soin l'horreur du péché; il encourage les larmes du repentir, et d'autre part, il offre au pécheur les seuls gages de pardon qui aient jamais eu quelque valeur,

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et s'empresse de faire renaître en lui courage et confiance; il nous explique aussi comment concilier la fermeté dans les principes avec la charité et la tolérance, l'humilité du cœur arec la noble fierté d'enfants de Dieu, l'abandon aux vues de la Providence avec l'énergie et la volonté. Tons les mystères de la vie sont éclaircis par lui, parce qu'il accorde à tous les éléments de ta nature humaine leur juste part d'action ; H sait et il montre ce que chacun a de vrai et de bon, ainsi que les limites dans lesquelles il doit savoir se contenir.

Aussi vous ne sauriez supposer aucun détail dans l'histoire de l'humanité où le christianisme ne paisse exercer son influence, rien ne lui peut échapper. La vie intellectuelle de l'homme, les sciences, la philosophie reçoivent une haute impulsion et une noble direction de sa tendance toute spirituelle. — La vie de l'imagination, les arts et la poésie se modifient sous sa morale austère et ses préceptes de sainteté. La vie sociale dans ses mœurs et dans ses lois est profondément imbue des hautes doctrines qu'il proclame. L'industrie elle-même, en tant que dominée par l'intelligence, reflétant les pensées, les habitudes, les besoins moraux d'un pays, se ressent de sa présence. Ce sont ces effets de tout genre que nous avons encore à étudier pour achever l'histoire rapide des influences sociales qui appartiennent à l'Évangile; ce sont eux sur Lesquels, s'il plaît à Dieu, nous allons appeler votre attention. Nous reconnaîtrons alors, comme produit par l'Évangile, comme bienfaits émanés de lui, mille privilèges sociaux dont nous jouissons, et dont tant d'autres nations sont privées.

Il semble cependant qu'il ne nous doit point être né»

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cessaire d'attendre cette démonstration de fait pour donner carrière aux sentiments d'amour et de gratitude dont nos cœurs sont remplis. L'exposé de la doctrine chrétienne, celui de la morale évangélique nous ont fourni tant et de si grandes conséquences pour le bonheur social de l'homme qu'à moins d'être aveugles ou souverainement ingrats, il nous reste à bénir la miséricorde divine qui nous a honorés d'un don si précieux. Oh 1 quelle société que celle où se réaliseraient les influences chrétiennes sans exception! Quels citoyens que les hommes qui, pleins de foi en la sagesse de la Providence , d'espérance dans les compassions du Rédempteur, d'amour pour le Père céleste, animés d'une charité sincère et active, prêts à sacrifier leurs avantages mondains au triomphe de la vertu et du bien, offriraient un modèle parfait du vrai disciple de l'Évangile ! Hélas 1 un si bel idéal ne peut se réaliser, et combien les misérables passions de ce monde nous en tiennent éloignés 1 Cette société excellente, ce bonheur spirituel qu'elle nous devrait procurer, nous les repoussons par la séduction d'un bonheur fragile et des promesses menteuses du monde. -

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