‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 15 sur 32 · II. INFLUENCE SUR LA SCIENCE ET LART · texte numérisé non relu

II. INFLUENCE SUR LA SCIENCE ET LART

La seconde action du christianisme s'exerça sur les sciences et les arts, c'est-à-dire sur l'élément intellectuel de la civilisation. Il assura aux premières plus de certitude, plus de confiance, des progrès plus positifs;il donna aux uns et aux autres une tendance plus spirituelle et plus relevée. Tous ceux qui ont quelque connaissance de la littérature grecque et romaine savent que dès longtemps les philosophes, c'est-à-dire les savants et les hommes de lettres, avaient abandonné la foi du vulgaire; ils se riaient des dieux du paganisme, et s'ils

ménageaient leur culte aux yeux du peuple, ils s'en dédommageaient dans le secret des écoles. La littérature et les sciences étaient essentiellement irréligieuses, et pour les plus croyants elles se bornaient à de vagues espérances. Les uns adoraient la Nature et professaient le plus pur matérialisme; d'autres, quoique partisans d'une philosophie moins abjecte, croyaient à un aveugle Destin qui avait tout établi une fois pour toujours. Cicéron désirait un dieu providentiel et une âme immortelle ; mais là même n'était pour lui qu'un espoir, non une réalité. Horace riait de tout; Virgile penchait au panthéisme ; tous se séparaient de la foule, et se sentaient impuissants à leur rien offrir de satisfaisant. — Tout autre est la philosophie chrétienne : elle rétablit le règne de la vérité sur les ruines de l'erreur et sur celles du doute ; elle s'offre à tous, aux petits comme aux grands, aux ignorants comme aux savants; elle ne s'environne d'aucun mystère, et répondant enfin d'une manière positive aux questions qui de tout temps ont tourmenté l'esprit humain, elle donne à celui-ci une impulsion éminemment favorable à son développement. — Une si immense innovation dans le monde de l'intelligence imprima à la science une vie toute nouvelle, car les connaissances humaines sont tellement en contact de partout avec les hautes questions philosophiques et religieuses, qu'elles ne peuvent avancer tant que celles-ci restent obscures. L'homme a besoin, pour marcher hardiment dans la carrière du vrai, de sentir derrière lui la base assurée. Surtout, il dut y avoir au milieu des générations luxurieuses d'alors, de ces philosophes et de ces penseurs, de cette jeunesse riche, jouissant d'un grand loisir, une vive sympathie pour une doctrine parlant à l'âme,

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propre à satisfaire la pensée, et l'élevant au-dessus des sens. Aux yeux des classes supérieures de la société romaine, les observances du culte païen étaient frappées de ridicule, et voici les chrétiens qui placent les observances au second rang, eu mettant au premier le culte d'esprit et de vérité ! Devant les dominateurs de l'univers, fiers de leur puissance et de leurs richesses, pâlissait le pouvoir de ces dieux à qui leurs sectateurs attribuaient une action essentiellement physique; et voici que le christianisme rétablit les distances, en plaçant fort au-delà de l'univers matériel le Dieu suprême qui en est le créateur et le maître absolu. Ainsi, sous l'influence chrétienne se crée la science des vrais rapports de l'homme et de l'univers avec Dieu. — Ce n'est pas, au reste, ce n'est pas seulement pour les hauteurs de la BCÎence que le christianisme ouvre l'intelligence; il encourage aussi l'éducation des masses, et facilite au pauvre l'acquisition des premiers rudiments. Les prédicateurs de l'Évangile, bien loin de mettre la lumière bous le boisseau, et par exemple de cacher les livres sacrés, comme le faisaient les prêtres de l'Egypte ou de l'Inde, pressaient les néophytes de se procurer les moyens de sonder les Écritures ; ils les engageaient à apprendre à lire et à écrire, pour pouvoir puiser directement à la source des eaux vives; et bientôt, dans tous les rangs de la société chrétienne, il se répandit une instruction que ne possédait point la société païenne. — Ainsi font encore de nos jours les missionnaires protestants, qui portent l'Évangile au milieu de populations ignorantes. — Après avoir étudié le dialecte de ces peuples, et en avoir en quelque sorte deviné les formes grammaticales, ils composent des traités religieux dans ces langues étrangères et traduisent la Bible; ils offrent

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ensuite leurs livres à ceux qui peuvent eu profiter, c'est-à-dire qui savent lire, et ne tardent pas à reconnaître quel puissant encouragement cette promesse renferme. Le désir de posséder des livres engage les natifs à se procurer la condition mise à leur don.

Il est donc certain que le christianisme dès sa naissance contribua au développement de l'intelligence humaine. Peut-être objectera-t-on qu'il ne s'efforça pas d'encourager directement les arts. Il est vrai, le culte du beau extérieur, du beau matériel, du beau physique était trop éloigné des tendances chrétiennes pour qu'on pût attendre d'elles une impulsion qui lui fût directement favorable; mais ce que les arts ne gagnèrent pas en vie et en ardeur nouvelle sous l'influence du beau moral qui est l'essence de l'Évangile, ils le gagnèrent en pureté et en sainteté. Les temples, les autels, les images, les statues des païens devinrent pour les chrétiens des objets de dégoût; les emblèmes grossiers des premiers furent remplacés par d'autres, empruntés aux idées évangéliques, aux paraboles et aux discours du Sauveur; une brebis, une colombe, une lyre, une ancre se substituèrent à d'obscènes images. L'art chez les païens était essentiellement dominé par des idées profanes, presque partout par l'idée de la volupté et des jouissances; les tableaux, les sculptures, les formes même des meubles et des objets familiers offraient un continuel reflet de cette idée. Tout, au contraire, invite l'artiste chrétien à représenter la douleur et la privation ; la croix du Sauveur, le martyre de Sain t-É tienne, les journaliers tourments des confesseurs de Christ, inspiraient l'imagination d'une pensée de souffrance, et les saintes émotions d'une douleur résignée prirent sous la main du chré-

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tien la place des enivrantes mais dégradantes séductions du 'plaisir. — Voilà ce que l'action chrétienne se montra dès l'origine sur la raison et l'imagination, il nous reste à voir ce qu'elle devint en regard de l'état civil et politique des peuples.

g III. INFLUENCE SUR l'ÉTAT CIVIL.

Le chrétien au milieu de la société civile n'affectait point de se distinguer par aucune prétention nouvelle ou extraordinaire; il suivait la vocation que le hasard des circonstances lui avait assignée, avec simplicité de cœur et en se confiant à l'Éternel . La nécessité de faire valoir au milieu des hommes le talent reçu de Dieu, nécessité hautement proclamée par son divin Sauveur, l'exemple donné par les apôtres et spécialement recommandé par saint Paul, d'une vie laborieuse, ne devaient laisser aucun doute aox premiers chrétiens sur la légitimité des vocations terrestres, pour l'acquisition d'un pain honorablement gagné. — Aussi, la conversion à l'Évangile ne dut introduire directement presque aucun changement dans l'aspect extérieur de la société ; les mêmes travaux, les mêmes vocations, les mêmes besoins, les mêmes moyens d'y satisfaire existèrent après la prédication des apôtres.

Il s'effectua, cependant, deux changements assez graves dans l'organisation industrielle de l'empire romain par l'influence du christianisme. Le premier et le plus important fut un changement moral; les chrétiens s'efforcèrent de travailler en demeurant fidèles aux lois du devoir et de la vertu, tandis que les païens ne consultaient guère que celles de l'intérêt qui les

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menaient souvent au vice. Sainteté, pureté, fidélité dans les transactions, sécurité dans les rapports, inviolabilité d'une parole donnée, tous ces éléments qui assurent seuls la vie sociale dans ses détails journaliers, devinrent l'objet du respect des sectateurs de l'Évangile ; et sans vouloir exagérer l'exemple qu'ils donnèrent de la pratique des vertus sociales, on peut affirmer qu'ils se distinguèrent, à cet égard, de la masse des païens, ne regardant plus aux hommes et aux intérêts périssables, mais à Dieu et au salut éternel. Ils s'efforcèrent pour la plupart de demeurer irrépréhensibles au milieu de leurs occupations mondaines; aussi, leur loyauté ne tarda-t-elle pas à être reconnue; le commerce avec eux inspira pleine confiance; certaines vocations, comme celle de maître-d'hôtel, généralement regardées comme entachées de fraude, furent exercées avec droiture ; l'empire de la bonne foi augmenta sensiblement. Un second changement s'opéra dans le matériel des professions. Les chrétiens renoncèrent ouvertement à un petit nombre de vocations qui leur parurent incompatibles avec la sainteté de leur doctrine ; sur quelques autres ils jetèrent du doute, et par conséquent de la défaveur. Parmi les premières nous citerons toutes celles qui se rapportaient à l'idolâtrie et au culte des faux dieux; la confection et la vente des statues, des images d'idoles, des amulettes et des fétiches durent être nécessairement bannies du catalogue des professions chrétiennes, et cela ne laissa pas que d'avoir une sensible influence sur l'état social. Déjà les ouvriers d'Ëphèse avaient pressenti le tort que la prédication de saint Paul devait faire à leur industrie, basée sur la crédulité des adorateurs de Diane. Ce fait prit dès lors une grande extension, et une foule de

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gens vivant aux dépens des superstitions nationales, virent leurs ressources diminuer par l'action du christianisme. On vit également disparaître les métiers de devin, d'enchanteur, de magicien, jusqu'à l'époque fatale où un nouveau paganisme les réintroduisit dans le monde chrétien. Ainsi, une assez vive perturbation se fit sentir au sein de ces intérêts matériels qui louchent par tant de points aux pensées religieuses des peuples. A peine est-il nécessaire de dire que les chrétiens repoussaient aussi toutes les vocations qui se rapportaient à des plaisirs condamnés par eux, à cause de leur impureté ou de leur cruauté. Ainsi, l'état de comédien et la fabrication des objets concernant les jeux des cirques et des théâtres étaient bannis du milieu d'eux. H s'éleva enfin quelques doutes sur la convenance, pour les chrétiens, d'embrasser le métier des armes et de participer aux charges et fonctions publiques. Comme ces doutes tenaient moins à des scrupules de conscience basés sur les préceptes de l'Évangile qu'à la position spéciale de la société chrétienne, au milieu d'états qui lui étaient hostiles, ils disparurent lorsque cette hostilité cessa. — Ce que nous venons d'exposer suffit à faire comprendre comment la nouvelle société, tout en se mêlant complètement en apparence avec l'ancienne, en devint cependant bientôt profondément distincte. Éloignée de celle-ci, en attaquant, en froissant les intérêts sous le point de vue du culte et sous celui des divertissements, elle s'en séparait surtout par l'esprit général avec lequel elle envisageait les occupations terrestres; en faisant les mêmes choses, elle les faisait autrement, avec d'autres principes, avec d'autres vues j elle constitua donc une société au milieu de la société.

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§ IV. IHFL0EHC1 SDR I.'ÉTÀT POLITIQUE ET LES LOIS.

Était-ce un État au milieu de l'État? Eu d'autres termes, l'influence politique et légale de l'établissement évangélique amena-t-elle d'importants changements dans la constitution et les lois de l'empire? En apparence, non. Le principe chrétien est en effet ici, comme pour les vocations civiles, de ne rien innover directement, mais de se plier aux lois et coutumes du pays. Obéir aux lois, obéir aux princes, voilà la morale évangélique au sujet de l'ordre politique. Saint Paul ayant recommandé d'être soumis aux puissances supérieures, et l'action des gouvernements étant censée être une action purement temporelle, les chrétiens ne firent aucune tentative pour se soustraire à cette action ; aussi, en ce qui concernait la terre et l'accomplissement des charges, les empereurs romains n'eurent-ils point de sujets plus soumis. Rendant à César ce qui est à César, les chrétiens acquittaient l'impôt avec un scrupule qui en augmenta sensiblement le produit ; les esclaves, tout en désirant la liberté, ne cherchèrent plus comme jadis à l'obtenir par la violence; même sous le coup de la persécution, et tout en maintenant les droits de leur conscience, les chrétiens reconnaissaient humblement tes droits de l'autorité civile sur leurs propriétés ou leur vie.

Le christianisme s'est ainsi montré, dès l'origine, une religion d'ordre et de légalité; est-ce à dire que ce fut une doctrine de despotisme, ou une doctrine inerte sans effet réel sur l'organisation sociale? Tout au

contraire. Ses principes d'égalité devant Dieu et ses préceptes d'humanité ne pouvaient manquer d'amener une immense révolution, mais à la longue, par la force des choses, sans rébellion et sans émeute. Quand le maître et l'esclave se rencontraient ensemble dans les assemblées religieuses, quand ils se plaçaient à la même table pour célébrer la Cène du Seigneur, quand la chaire chrétienne les proclamait égaux pour le ciel, il était difficile qu'ils ne se reconnussent pas un jour pour frères sur la terre. Quand le pauvre, quand le faible, le prisonnier, le gladiateur entendaient les touchantes avances de Celui qui fut le protecteur des méprisés du monde, il était difficile qu'ils n'espérassent pas voir un jour leur sort s'adoucir à la voix de Jésus. Quand tous, sans exception, le plébéien, les étrangers, les femmes comprirent la dignité de leur âme immortelle qui pouvait faire les premiers de ceux qui étaient les derniers, ils durent entrevoir la destruction des lois tyranniques sous lesquelles ils vivaient. En effet, l'adoption du christianisme par Constantin fut le signal d'une modification considérable dans le droit romain. Les décrelB de ce prince, ceux de Théodose et de plusieurs autres empereurs, soumirent aux principes chrétiens toute la législation sur les personnes et sur le mariage; on vit s'adoucir le sort des esclaves, des prisonniers, des femmes, des veuves, des orphelins, des gladiateurs, de tous ceux qui jusqu'alors étaient faibles et opprimés ; on vit les liens de famille se resserrer, et cette base première de la société civile prendre une solidité jusqu'alors inconnue. — Cette aurore de civilisation préparée pendant ■ les trois premiers siècles de l'Église, y avait, au reste, déjà commencé. Trajan, tout en rendant des édita

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sévères contre les chrétiens, indiquait des formes de procédure indulgentes et douces, afin d'éviter les apparences d'une inutile cruauté. Adrien adoucit la législation de l'esclavage, et les affranchissements se multiplièrent sous l'influence de la liberté chrétienne. Domitien sévit contre l'infidélité conjugale, et proscrivit certaines coutumes barbares d'une civilisation jalouse. Ainsi faisaient leur chemin les grands principes de la pureté et de la liberté , malgré les persécutions, ou peut-être, à cause des persécutions elles-mêmes ; malgré le mépris, ou peut-être, à cause de ce mépris même qui se changeait en admiration ; malgré la bassesse et les misères des chrétiens, ou plutôt, à cause de ces misères mêmes qui les rendaient d'autant plus ardents à poursuivre le but glorieux de leurs espérances.

Le christianisme, religion d'ordre, fut donc également religion de liberté. Le premier, en particulier, il proclama la plus importante de toutes les libertés, la liberté de la conscience, la liberté religieuse. La, les chrétiens posèrent la limite de leur obéissance, déclarant qu'en cela, il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. La religion avait été jusqu'alors une affaire de loi, et un nouveau culte se décrétait à Rome par le sénat et par le peuple, comme on décrétait un monument ou une guerre; les chrétiens déclarèrent que ta religion était une affaire de foi, de conviction interne, à laquelle ne pouvaient rien les décrets et les codes. Sur ce point, mais sur ce point seulement, ils se mirent en opposition ouverte aux ordres des souverains, s' offrant à sceller leur résistance de leur sang. Les apologies de leurs écrivains offrirent le premier exemple de la liberté religieuse

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élevée au rang de théorie. « C'est un droit de l'homme, s'écriait Tertullien, il entre dans la liberté naturelle de chaque individu de pouvoir vénérer ce qui s'accorde avec sa persuasion particulière, et la religion de l'un ne peut faire à l'autre ni bien ni mal. D'ailleurs, une religion imposée par contrainte n'est plus une religion, car la religion doit être reçue volontairement et sans violence; on ne veut de sacrifices que ceux qui partent d'un cœur libre; ainsi lorsque vous nous obligez à sacrifier, vous ne donnez rien à vos dieux, car, ils ne recevront pas des sacrifices forcés. » Ce langage était pour des oreilles païennes aussi nouveau qu'audacieux; mais sa vérité dut faire une profonde impression, et la conquête qu'il assura, celle de la liberté de conscience, eut dans le monde entier un retentissement qui dure encore.

Principe d'ordre, principe de liberté, le christianisme fut enfin pour l'empire romain un principe d'unité, et par conséquent de stabilité. — Ceci semble au premier coup d'oeil paradoxal. Les divisions religieuses, les persécutions et les troubles résultant de la prédication évangélique, n'ont-ils pas fortement secoué cet empire? Il est vrai, mais cet effet fut plus que compensé par l'union fraternelle, et l'entente spirituelle qui s'établit entre les chrétiens de toutes les provinces. Au milieu de la diversité des climats et des langues, ils formaient une seule famille n'ayant qu'un cœur, qu'une espérance, qu'un intérêt. Il avait suffi dans les vues de ta Providence, pour assurer la prompte dissémination de l'Évangile, de réunir sous un pouvoir commun une foule de peuples demeurés au reste parfaitement distincts par leurs coutumes et leurs mœurs ; mais pour cimenter quelque temps

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encore l'union factice de ces peuples, il fallait plus. Mi la puissance, ni les grands et variés talents des empereurs, d'un Vespasien, d'un Ttle, d'un Trajan, d'un Adrien, d'un Àntonin, d'un Marc-Aurèle, n'auraient assuré la durée de cet immense corps sans cesse menacé de dissolution j il fallut l'unité de la pensée chrétienne, de cette pensée à laquelle les princes finirent par rendre hommage en l'adoptant euxmêmes. Ils firent par cette conversion un acte de haute politique qui donna à leur empire quelques siècles encore d'existence, et permit aussi au christianisme d'acquérir une telle puissance morale, qu'il triompha des barbares en les amenant captifs au joug de l'Évangile.

Les voies de Dieu ne sont pas nos voies, d'où résulte que souvent nous ne pouvons en comprendre la mystérieuse portée ; mais arrive le moment, lorsque les événements se sont déroulés, lorsque le résultat a été obtenu, où brille même à nos faibles yeux l'admirable ensemble des dispensations providentielles. Telle est notre position à l'égard des faits qui amenèrent et qui suivirent l'établissement du christianisme au sein des nations; nous reconnaissons l'action de cette main puissante qui distribue ses bienfaits avec sagesse, dirigeant à ses fins l'esprit des hommes, et faisant tourner toutes choses au plus grand bien de ses créatures. L'Évangile s'est donné au monde au milieu d'une immense convulsion ; mais par là seulement, le monde a été doté de la sagesse d'En- Haut qui est pure, pacifique, pleine de miséricorde et de bons fruits.

J'ai lu quelque part, et souvent j'ai entendu répéter,

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que le christianisme avait terminé son œuvre, et qu'il était désormais impuissant à guérir les maux des peuples à la civilisation desquels on reconnaît qu'il a fortement contribué; j'ai recueilli de nombreux appels aux forces de ta raison pour qu'elles suppléassent à ce qui manque aux forces de l'Évangile. J'ignore s'il est un ensemble de faits, ou même un seul fait social qui ait démontré cette impuissance de notre sainte religion ; je n'en connais point, je vais plus loin et je dis, il ne peut point en exister. Le christianisme, à ne l'envisager que dans sa doctrine et ses tendances, le christianisme ne peut pas périr, il ne peut pas faire défaut à l'humanité; il lui est en tout temps indispensable, tellement que là où il n'existe pas, les peuples y tendent sans le savoir; et que là, où il existe, ils -vivent de lui et respirent de son atmosphère. Dites-lemoi, je vous en prie, socialistes orgueilleux, lequel des éléments du christianisme excite votre dédain? vous venez de les voir tous se manifester dès sa naissance pour Le bien et le salut des nations ; lequel aujourd'hui a perdu son efficace? Est-ce la sainteté, ta pureté des mœurs, la probité dans les transactions qui distinguèrent si honorablement la première société chrétienne? Mais, cette morale que peut-être vous négligez en pratique, dont l'austérité vous pèse peutêtre en réalité, vous l'acceptez en apparence, vous n'osez pas la renier, vous vous en déclarez les apôtres, vous allez même jusqu'à confesser que l'Évangile eu est le code le plus pur. Serait-ce la spiritualité du christianisme que vous blâmeriez? Peut-être, à vous entendre parler sans cesse de richesse, d'industrie, d'intérêts matériels, on le croirait ; mais l'expérience est là pour vous donner un démenti formel; elle vous

crie qu'un peuple matérialisé esl un peuple perdu, elle proteste contre l'emploi de votre remède, comme d'un poison mortel. Lorsque l'empire romain, parvenu au souverain degré du luxe et de la corruption, tomba de pourriture et ne fut plus qu'un cadavre, cela seul qu'il avait de spirituel subsista, savoir, l'Évangile que ses vainqueurs acceptèrent.

Serait-ce le principe d'ordre que renferme le christianisme que vous estimeriez suranné? Peut-être encore, peut-être exclusivement préoccupés de vos droits et des théories sociales ou politiques qui tendent à les augmenter, vous vous défiez des préceptes évangéliques sur la paix et la soumission; rassurez-vous. L'Évangile a dit aussi : Si vous cherchez avant tout le royaume de Dieu, c'est-à-dire les intérêts du Ciel, la foi et la vertu, toutes ces choses, c'est-à-dire le bienêtre temporel, vous seront données pardessus. Aux nations honnêtes, pacifiques et vertueuses ont de tout temps appartenu la prospérité sur la terre et la plus grande somme de vraie liberté ; une longue expérience l'a prouvé, et je ne puis que vous le rappeler en un mot. — Seraient-ee les doctrines de liberté morale et d'émancipation que vous redouteriez dans l'Évangile? Oh! non, sans doute; ces doctrines sont aujourd'hui d'entre celles qui vous sont le plus chères. Rendez au moins à Christ la justice de dire qu'il en a été le plus puissant promoteur, et convenez avec franchise qu'en supprimant maintenant l'influence évangélique, tout comme en franchissant les sages limites qu'elle a indiquées, vous compromettez l'existence de toutes vos libertés. N'essayez pas, nous vous en conjurons, n'essayez pas de vous passer d'un gouvernail dont la solidité a été si souvent éprouvée; depuis le temps des

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apôtres il n'a rien perdu de sa force, il a été à l'épreuve et partout il a résisté; aujourd'hui donc, il ne saurait vous faire défaut.

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