HUITIEME DISCOURS
IC CHHS11ANISÏE Ail I«TEN AGE.
La sagesse de Dieu agit en une inl manières différentes.
éph. m, iD.
Rien n'est plus propre à démontrer la vérité des paroles de saint Paul et l'inépuisable efficace de l'Évangile, que le rapprochement du tableau tracé par nous dans un précédent discours, et de celui que nous avons à vous présenter aujourd'hui. Nous avons vu se développer les bienfaits du christianisme au milieu d'une société civilisée, mais profondément corrompue; nous l'avons vu faire son œuvre de sanctification et de régénération; les débordements du luxe, les scandales du paganisme, les divertissements inhumains, le despotisme et la dureté des lois, ont successivement disparu de la scène du monde devant les leçons de Christ , par l'exemple de ses sectateurs et par l'heureux appel qu'ils ont au adresser, au nom de leur Maître, aux intérêts les plus naturels de l'humanité; l'empire romain, après avoir Lutté bien longtemps contre la prédication de la croix, a fini par s'y soumettre, en y reconnaissant la sagesse de Dieu. Mais à peine cette grande victoire a été remportée que s'ouvre pour l'Évangile une carrière nouvelle. Tel qu'un malade parvenu au dernier degré de la consomption, à qui de pieuses pensées peuvent rendre quelque sérénité morale sans pouvoir prolonger
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son existence terrestre, l'empire de Rome, affaibli audedans et violemment attaqué au-dehors, avait cessé de vivre; d'immenses populations sauvages et guerrières, quittant les pays du nord, attirées par le retentissement lointain des délices attachées à la civilisation du midi, étaient venues réclamer une part de ces délices ; le sol , occupé autrefois par des milliers de villes florissantes et mondaines, s'était couvert de camps barbares ; la résistance avait produit la dévastation, et les mœurs brutales de peuples encore dans l'enfance avaient succédé aux vieilles et faibles mœurs d'un peuple décrépit. Vous étonnerez-vous de ce qu'en telles circonstances ou eut recours de toutes parts à la religion de Jésus? Non sans doute, si vous réfléchissez aux immenses douleurs et aux calamités épouvantables qui étaient venues fondre sur l'Europe. Déjà, dans les siècles de l'époque précédente, le despotisme des empereurs romains, l'instabilité de leur domination, les persécutions atroces dont leurs sujets avaient à souffrir, les flots de sang que souvent ils faisaient verser, les luttes affreuses des aspirants au trône, avaient rendu plus que nécessaires les consolations religieuses, et au milieu de l'ébranlement général des* choses humaines, on avait bientôt reconnu que les espérances chrétiennes , tes espérances d'un monde éternel étaient seules solides : de même, et pluB fortement encore, pendant les phases de l'invasion barbare. A peine, à force de sacrifices, avait-on apaisé l'ambition des premiers venus, que de nouvelles hordes accouraient, culbutant les premières, et ravageant ce qu'elles avaient épargné; ni trêve, ni repos, jusqu'à ce que la face de l'Europe eût été violemment renouvelée. Qui peut dépeindre le» horreurs d'une telle guerre, et que sont, à leur prix, les
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«aauxbien affreux cependant, dont les guerres modernes nous offrent le spectacle ? Quel ne doit pas être alors le besoin des âmes de recourir avec prières et larmes à la seule protection efficace, à celle de ce Dieu qui seul dans les misères du temps présent pouvait faire entrevoir les gloires ineffables de l'avenir? Combien alors se réfugièrent dans les asiles qu'offraient la religion et l'Église, sous les voûtes des temples, dans la solitude des monastères? Combien revêtirent la robe sacerdotale ou l'austère vêtement du moine pour échapper aux tourments et aux exigences de la vie politique? Le christianisme comme religion et comme Église, dans ses promesses et dans ses formes, s'offrit à tous pour soutenir, pour fortifier, pour consoler, pour aider au renoncement de ces vanités mondaines que d'irrésistibles événements anéantissaient entre les mains de leurs possesseurs; il fit ainsi son œuvre de consolation. 11 fit aussi son œuvre de civilisation, œuvre bien autrement grande, puisqu'il s'agissait non plus de corriger une civilisation déjà existante, mais d'en créer une qui n'existait point encore; la sagesse de Dieu prouva surabondamment en ces temps qu'elle sait agir en mille manières* différentes. Et d'abord, te christianisme convertit les Barbares, il leur donna son nom; ces fiers vainqueurs reconnurent à leur tour l'empire de Jésus, et fléchirent le genou devant sa religion; conquérants des royaumes de ce monde, ils furent amenés captifs à l'obéissance de l'Évangile. C'est là un phénomène presque unique dans l'histoire. Habituellement les peuples conquérants détruisent à la fois les propriétés, les mœurs, les lois et le culte des vaincus. Ici, au contraire, la Providence fléchit leurs cœurs, et les dispose à recevoir cela seul qui dans la civilisation dé-
truite méritait de subsister; les ans sont frappés de [a pompe majestueuse des cérémonies, et devant elles on voit se courber respectueusement la tète d'un Attila que sa férocité avait fait surnommer fliau de Dieu; d'autres, comme Clovis, cèdent à des motifs d'ambition et se procurent par leur conversion de puissants auxiliaires ; d'autres encore, déjà quelque peu instruits de la bonne nouvelle du salut, veulent la connaître en entier, et s'y rangent pour toujours ; tous proclament le nom de Christ, et l'on voit se renouveler ainsi, dans la conservation du christianisme, le miracle qui avait signalé son établissement.
Que les voies de Dieu sont admirables! comme les événements les plus compliqués, les plus invraisemblables se produisent et s'encbaînent pour accomplir les vues du Très-Haut I Voici l'Europe, voici l'Asie! elles sont livrées à une civilisation matérialiste, tout y sent la décrépitude et la corruption. L'Évangile, il est vrai , y a essayé ses forces avec succès, mais le mal était trop profond, et l'Église elle-même a souffert de sa contagion; il faut un nouveau déluge pour anéantir cette race perverse, il faut une pluie nouvelle de feu et de soufre pour purifier les Sodomes et les Gomorrhes; te fléau part du Nord, et il balaie les nations; mais quoi ! l'Évangile succomberait-il? Celui qui est le chemin, la vérité et la vie disparaîtrait-il aussi dans la tempête? Le salut des nations lui serait-il enlevé par l'orage? Non, il subsistera pour déployer autour de lui sa merveilleuse vertujrtandis que de toutes parts s'élève ce cri lugubre : Nous périssons ! à la voix de Jésus, les vents et la mer se calment comme autrefois, et sur la terre renouvelée s'élève triomphant lesymbole'de la croix.
Si donc, Dieu permet un mal devenu malheurcusc-
ment nécessaire, s'il ordonne l'épouvantable perturbation qui dévasta l'Europe pour retremper le' genre humain, s'il soumet la civilisation de ce vaste continent à recommencer sa marche, d'autre part, il lui donne le plus puissant auxiliaire en lui laissant l'Évangile. Sur un sol moins cultivé, il est vrai, mais encore vierge, sur une terre sauvage mais fertile et toute pleine de vigueur, la semence de l'Évangile put croître et se déployer à son aise; de nombreux et forts rameaux se développèrent en tous sens et à l'aide du temps l'arbre du christianisme put abriter de nouveau des peuples civilisés. Nous sommes ces peuples heureux, nous, les enfants de ces Barbares du Nord qui, 1400 ans avant nous, envahirent toutes les régions. À qui sommes-nous redevables de tous ces biens dont la Providence nous comble, de ces mœurs adoucies, de ces lois protectrices, de ces industries florissantes, de cette liberté presque sans bornes dont nous jouissons? Quel a été le principal instrument de cette précieuse civilisation de laquelleDieu veuille écarter la corruption et les excès qui en ont détruit tant d'autres? A cette question nous répondons sans hésiter : C'est encore le christianisme, ce sont les principes chrétiens, c'est l'Église chrétienne,,