‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 2 sur 32 · PREMIER DISCOURS · texte numérisé non relu

PREMIER DISCOURS

unmtioh di vnmm \mmm mua vwa mlkim.

Le rojaumede Dieu sera donné è une nation qui en rapportera lea fruits.

M ait. XXI, 43.

Quels sont ces fruits promis par le Sauveur aux nations qui accueilleront son Évangile, et qui salueront avec foi l'avènement du règne de Dieu? Ce sont sans doute, avant tout, les fruits de l'Esprit qui consistent en toute sorte de bonté, de justice et de sincérité (Éphés. V, 9), savoir, la charité, la joie, la paix, la patience, Ut douceur, la bonté, la fidélité, la bénignité, la tempérance (Gai. V, 22). Heureux ceux qui, ne marchant plu» selon la chair, raajs selon l'esprit, recueilleront en abondance ces fruits précieux! Ils ont crucifié la chair, ses passions et ses convoitises; et dès lors, appartenant à Christ, ils sont citoyens de ce royaume nouveau qui leur sera donné eu héritage dans le Ciel! Heureux ces fidèles serviteurs qui, ayant accompli ta volonté de leur Maître et soigné ees intérêts, seront admis au jour de l'éternité dans la joie du Seigneur!

Mais d'autres biens encore sont attachés à la profession de L'Évangile; d'autres bienfaits plus prochains ,

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quoique peut-être moins spirituels, découlent de ce don magnifique du royaume céleste aux nations qui veulent le recevoir. Comme ce royaume est annoncé aux hom- . mes pendant leur séjour sur la terre; comme il leur est proposé non seulement pour qu'ils meurent en Christ, mais aussi pour qu'ils vivent en Christ, il est impossible, s'ils en pratiquent les lois, que déjà sur cette terreils ne recueillent les fruits de leur obéissance. C'est ce que l'apôtre saint Paul enseigne à ses disciples, lorsqu'il leur promet qu'en se laissant conduire pari' Esprit, ils éviteront l'idolâtrie, les inimitié», les divisions, les jalousies, et que, ne recherchant plus la vaine gloire, ils cesseront de se provoquer les uns les autres , mais vivront en paix et en liberté. (Gai. V.)

C'est aussi ce que savait notre divin Sauveur, lorsque, franchissant l'immensité des temps, il contemplait les merveilleux effets de cette doctrine de vie dont il était le consommateur et le chef. Comment, en effet, concevoir la foi la plus pure et la morale la plus sublime, sans comprendre en même temps quelle immense révolution devait se réaliser par son moyen au milieu de nations arrachées à l'idolâtrie, aux superstitions, aux dissolutions et aux vaines querelles? Comment prêcher une religion d'amour, de charité,, de support mutuel, d'égalité, sans en espérer des fruits favorables à l'humanité et à la justice? Se pourrait-il qu'une doctrine qui élève l'âme, qui tend constamment à spiritualiser la pensée, qui s'adresse à tout ce qu'il y a de plus noble dans le cœur de l'homme, qui agrandit à ses propres yeux la puissance morale et la sainte destination de l'être créé à l'image de Dieu; se pourrait-il qu'une telle doctrine demeurât stérile? Et ne doit-on pas attendre, au contraire, qu'elle donne à ceux

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qui la professent cette supériorité que procurent toujours une intelligence plus éclairée et on cœur mieux dirigé?

Oui, notre Sauveur connaissait l'inestimable prix de ce don qu'il venait offrir aux peuplée di* la terre, il mesurait la hauteur à laquelle s'élèveraient par-dessus toutes les autres les nations assez fortunées pour être comprisesdans son héritage. — A sa voix se réalisait en effet la condition essentielle, moyennant laquelle une religion peut exercer sur la société humaine une influence heureuse et durable ; savoir, que n'envisageant jamais l'état social d'une manière directe, elle l'atteigne indirectement en s'adressait t aux sentiments moraux qui doivent occuper le cœur de chaque individu. L'action individuelle, voilà l'affaire principale d'une religion; l'œuvre de la conversion , celle de la régénération du cœur, voilà le but essentiel qu'elle doit se proposer : et pour cela il faut que, laissant les formes extérieures sous lesquelles l'homme en société doit nécessairement se placer, elle pénètre à l'intérieur, jusque ' dans les replis cachés de cette conscience et de cette • raison dont chaque homme a été doué en naissant. Si, répondant aux questions qui occupent et tourmentent son intelligence, et dévoilant à ses yeux une partie des mystèresque cache l'infini, ejle parvient à satisfaire son esprit en l'éclairant; si, au eentre de ce dédale où se jouent tant de sentiments variés, tant de désirs confus, tant de passions tumultueuses, elle sait mettre en lumière les lois fondamentales qui doivent régler la conduite de l'homme vertueux , et soumettre à ces lote les cœurs rebelles; si, au milieu des vicissitudes d'un monde passager , et des incertitudes dont il est plein, elle sait obtenir la confiance du malheureux qui y est

. lancé, affermir sa foi, lui faire entrevoir des refuges , assurés contre la tentation, et des consolations à l'en- ' contre de l'affliction; alors, pour la religion fertile en ' de tels fruits, tout est accompli. Réagissant sur joutes les manifestations de cette pensée qu'elle gouverne, et decette conduite qu'elle maîtrise, elle fournira à l'homme dans la société de ses semblables des directions suffisantes et des principes assez efficaces pour assurer son bonheur, s'il consent à se rendre attentif à de si précieux enseignements. Il ne sera nullement nécessaire que cette religion se préoccupe des formes et de l'organisation sociales ; en dehors d'elle demeureront la politique, les lois humaines, les constitutions, les gouvernements et les révolutions ; elle y sera étrangère en apparence; mais en réalité elle dominera tout cela, elle imprimera partout son divin caractère, parce qu'en s'agitan t au milieu de ces faits variables et passagers, l'homme se reporte involontairement aux indications permanentes et sûres que Lui fournit sa conscience éclairée par la religion; sensible à cette sublime harmonie, à cette magnifique unité de l'homme et de Dieu qui a mis en lui son image , il sait que là , et là seulement il peut trouver les principes éternels propres à assurer la moralité et la prospérité sociales; instruit par la vue des ruines dont leur oubli a jonché le sol des empires, et par celle des admirables produits obtenus sous leur abri ttrtélaire, il s'efforce, souvent sans même s'en rendre compte, de les transporter au milieu de la société et de leur assurer l'hommage de tous.

Sur le point de commencer l'étude approfondie des bienfaits sociaux de l'Évangile, désireux d'augmenter en nous, s'il es*, possible, la reconnaissance pour le Dieu qui nous a fait un tel don, et pour le Sauveur qui

en a été le messager.je sens le besoin de m'arrèter quelques instants sur cette importante condition, qaejfl viens de signaler, et que le christianisme a complètement réalisée. Je veut dire avec plus de détails pourquoi une religion qui ne s'adresse pas aux. sentiments et aux besoins de l'homme individuel, ne peut obtenirsurla société qu'une influence passagère ou fâcheuse, lors même qu'elle prétend peut-être en régler les formes; pourquoi, au contraire, une religion qui satisfait l'esprit et le cœur, domine et gouverne les sociétés, lors même qu'elle semble ne rien prescrire sur leur nature et leur constitution. Il manque à la première de ces doctrines trois caractères qui se rencontrent dans la seconde , et sans lesquels il ne peut y avoir eu elle aucune action bonne et permanente sur la société. Il lui manque en premier lieu la vérité. Si la vérité religieuse, comme tout le monde en convient, se manifeste en ceci qu'elle satisfait pleinement les besoins de l'intelligence et ceux du cœur; sans cette harmonie entre l'homme et la révélation qui porte l'un à accepter l'autre avec des transports de gratitude, il ne peut y avoir ni conviction intime, ni foi, ni par conséquent les œuvres que la foi produit, enfin aucune action profonde sur la vie et la conduite. — IL manque en second lieu à une telle religion l'autorité, l'autorité qui assure l'obéissance, et qui n'appartient qu'aux .religions scellées du cachet de la divinité. En effet, dans une religion qui vient de Dieu, les intérêts éternels de l'homme, c'est-à-dire ceux de son âme, doivent occuper la première place; ses intérêts temporels doivent être sur le second plan, et n'apparaître que comme dominés et dirigés par les princi pes généraux de la foi et de la morale. — H manque errlin à cette religion Y universalité. Elle est d'un certain

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temps et pour un certain peuple; elle n'est pas de tous les temps et pour tous les peuples; elle ne s'adresse pas à ce qui est commun à l'humanité entière, mais à ce qui caractérise spécialement telle ou telle fraction de l'humanité. — Vérité, autorité, universalité, telles août, pour une religion, les garanties d'une heureuse et durable influence sur les sociétés; et je Yeux prouver que ces garanties ne se trouvent que dans la religion qui se propose avant tout d'instruire, de diriger, de corriger , de convertir l'homme daus sa raison et dans son cœur.

§ I. Vérité.

A peine l'homme commence-t-il à penser et à se comprendre, que déjà se lèvent devant lui d'immenses et redoutables problèmes. Quel est son rôle au milieu de ces créatures nombreuses qui peuplent l'univers? A qui doit-il la vie ? à qui la doivent les innombrables êtres qui se jouent autour de lui ? Quelles sont les mystérieuses puissances qui ont tout formé et qui conservent tout? Quel est le passé , quel est aussi l'avenir de cet être qui se dit le roi de la création? Dans quel but lui ont été données les facultés éminentes qui élèvent si haut sa dignité? Quelle est sa destination actuelle et future?

A toutes ces questions qui comprennent les rapports de l'homme avec Dieu et l'univers, l'homme veut, l'homme a toujours voulu obtenir une réponse, et c'est à la religion qu'il l'a demandée. Incertain, hésitant, désespéré, il a tourné vers le Ciel des regard»

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suppliants , en implorant La grâce de voir ses doutes disparaître et ses espérances se consolider.

Supposez qu'il devienne le jouet de fatales illusions, et que , prenant à tort pour la voix du Ciel les accents de l'imposture , il adopte une religion qui ne donne à ses dontes que des solutions absurdes, incapables de le satisfaire ; représentons-nous alors ce que devra être (a société sous cette désastreuse influence. Trompé sur l'objet de ses adorations, sur les attributs elles volontés de Dieu, sur son origine', sur son avenir, il réalisera en superstitions déplorables ou en doutes effrayants les dogmes qui lui auront été inculques. Au lieu de cette communauté de vie spirituelle que donne la pureté de la foi , le peuple trouvera contagion et mort sous l'action d'un fatal dogmatisme. Voyez son y culte, entrez dans ses temples, consultez ses prêtres : nulle part ne règne le Dieu spirituel et tout-puissant qui veut être adoré en esprit et en vérité ; tout ce qui offre quelque apparence de force, tout ce qui étonne, tout ce qui effraie, se voit dresser des autels; de viles créatures, des êtres abstraits, le vice, l'envie, la peur obtiennent des adorateurs et des prières; de monstrueux attributs donnés à ces folles divinités ne manquent pas de trouver des gens qui croient bien faire en imitant leurs dieux, et la corruption des mœurs, le scandale de la fraude ou celui de la>débauche se produisent en plein jour bous l'abri des croyances religieuses. Voyez aussi chez ce» peuples les institutions sociales et politiques; certes, au milieu des passions qui maîtrisent l'homme, la jalousie, l'ambition, Uégoïsme, il n'est pas trop d'une voix divine pour placer les institutions sous la règle de l'amour et sous celle de la justice; et si cette voix vient à manquer, à plus forte raison, si

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elle ne rend que des Oracles menteurs, que deviendra la société ? Quel frein trouvera la tyrannie ou à l'anarchie? quel tempérament aux inégalités inévitables de l'ordre social? Ici, les princes prétendent aux honneurs divins, et ces dieux d'espèce nouvelle voudront prouver par l'excès do despotisme que leur puissance est sans limites. Là, le dogmcsacré de l'unité et de la fraternité des hommes qui tous ont une même origine, et qui tous auront une même fin, ee dogme sera méconnu, et sous prétexte d'une diversité fondamentale* d'origine et de nature, on verra des maîtres opprimer des esclaves, ou des castes ambitieuses fouler aux pieds d'autres castes humiliées et méprisées; partout la notion du juste étant faussée, et celle de l'humanité presque ignorée, les hommes deviendront, suivant l'énergique peinture de saint Faut, remplit d'injustice, de méchancett, pleins d'envie, de querelles, de fraudes, perfides, sans affection naturelle, implacables el impitoyables. (Rom., ï, 29-31). En vain oes religions affecteront-elles de régler la société , en lui dictant ses lois ou en plaçant ses institutions tous la tutelle de leurs oracles, rien ne pourra paralyser l'action délétère de leurs déplorables principes ; ils s'infiltreront dans le corps social tout entier, ils en corrompront toutes les paities, et bientôt institutions et lois refléteront leurs tristes couleurs.

Une seule chose pourrait prévenir ou guérir de tels maux, c'est le souffle de vie de l'Éternel Dieu, seul capable de dicter aux nations les oracles de l'immuable vérité. Je suis Celui qui suis (Ex., III, 14) ;' (m adoreras le Seigneur ton Dieu, el tu le servira» lui seul (Matt. , IV, 1 0) . Voilà le principe d'un culte pur, et les hommages de la créature, hommages du cœur et de l'esprit, vont à Celui qui seul règne d'éternité en éternité. Dieu a fait

l'homme à son image ; soyez donc saints comme Celui gui vous a appelés est nun((IPîer.,I, 1 5). Voilà pour l'homme la source d'un noble orgueil et le principe de la dignité. Enfant de Dieu, il porte en lui-même les traits de son divin Père, pour ne pas souiller cette image, il sent la nécessité de conserver irrépréhensibles son corps, son esprit et son cœur, Dieu a créé aux premiers jours un seul homme et une seule femme, et tous les habitants de la terre son! leurs enfants ; il n'y a donc devant Dieu, ni- Greo, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni Barbare, ni Scythe, ni esclave, ni libre (('oloss. , III, -1 1 ) , ni riche, ni pauvre. Voilà la source, l'inépuisable source de cette charité gui est le plus parfait des liens (Coloss., III, 14). Et maintenant, laissez aller la société sous l'action de ces principes sublimes ; gardez sans doute l'œil ouvert et vigilant sur les atteintes que les mauvaises passions de l'homme peuvent leur porter, sur les obstacles qu'elles ne cessent de leur opposer; mais ayez confiance, la piété sans "superstition, la tempérance sans ascétisme, la justice sans roideur, la charité sans faiblesse, sont l'égide de la révélation de Dieu; et dès lors, ces vertus essentiellement sociales feront leur chemin au milieu des peuples, qu'ils le veuillent ou qu'ils ne le veuillent pas; elles y répandront ieuus bien* faits bon gré* mal gré; elles imprégneront de leurs sucs délicieux toutes les racines et toutes les branches de l'arbre social; elles se refléteront dans les lois et les institutions, et les peuples étonnés admireront d'autant plus leur merveilleuse efficacité, qu'elles auront moins prétendu dicter à ces peuples des lois civiles ou politiques.

Si les besoins intellectuels de l'âme doivent être 'satisfaits par ta religion, pour que celle-ci obtienne une

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heureuse influence, sociale, à plus forte raison doit-il en être de même des besoins moraux. L'homme est un être doué d'activité, il y a pour lui Nécessité et pouvoir d'agir; mais, dès le moment où il veut exercer cette importante faculté, il voit se dresser devant lui de nouveaux problèmes menaçants, dont son cœur demande aussi la solution; et pour me borner dans ce vaste sujet à un seul trait, dès le moment où il se connaît comme être libre, dès le moment où il veut jouir de sa liberté, il rencontre en face de lui, comme obstacle, la volonté infinie de Dieu, puis les droits des autres hommes; il faut, il faut absolument qu'il concilie son action soit avec celle de Dieu, soit avec celle de ses semblables, et c'est encore à la religion qu'il s'adresse pour obtenir le traité de paix. Si la religion le trompe à cet égard, il est perdu; si elle le guide dans une bonne route, il est sauvé. — On a vu des systèmes, dirai-je religieux ou * irréligieux, dans lesquels l'action divine et providentielle se trouve complètement inconnue, où l'on exalte les puissances morales de l'homme, conjointement avec les forces physiques de la nature, dont au reste on les dislingue à peine. Une société où dominent ces systèmes est une société incrédule, une société matérialiste , et nous nous réservons de dire plus tard, ce que peut devenir une telle société; elle a banni de son sein la grâce divine, et la grâce divine s'est retirée d'elle. — H est aussi d'autres systèmes dans lesquels on anéantit la puissance de l'homme devant l'action divine ; or, quoique celle-ci soit infinie et parfaite, et celle-là limitée et imparfaite , nous pensons que Dieu n'a pas voulu, puisqu'il a donné à l'homme la conscience de sa liberté, le priver du droit d'en faire usage; il exige de lui une obéissance libre, et non une

obéissance servile; il l'autorise, il l'excite même à déployer dans ce monde toute Bon activité, toute sa spontanéité, pour dominer les événements matériels, et pour ne pas se laisser dominer par eux. C'est là ce qu'oublient les nombreuses populations de l'Orient qui gémissent sous le joug d'un absurde fatalisme, et que leurs principes religieux conduisent à la plus complète inertie. Rien ne peut éveiller leur énergie, ni les fléaux naturels, la peste, l'incendie ou l'inondation, ni les fléaux humains, le despotisme, la guerre ou les révolutions; elles acceptent tout sans résister au mal, sans chercher de remède. A nos yeux, tout cela serait une épreuve envoyée par Dieu pour nous secouer et nous régénérer; à leurs yeux, c'est un don qu'elles doivent recevoir, tout amer qu'il soit en réalité. Leur conduite semble de la résignation , c'est au fait de l'apathie, elles renoncent à l'activité morale qui seule fait le prix de la vie; aussi, s'en vont-elles dépérissant à vue d'œil sous l'influence de ces principes débilitants. Ce fatalisme est un poison qui s'infiltre dans leurs veines et les conduit à la mort. Exemple instructif pour les chrétiens imprudents qui, tout en exaltant l'influence de la grâce, vont jusqu'à éteindre sous cette influence toute activité et toute intervention de l'homme; preuve sans réplique que la religion doit ménager à la fin, et concilier l'action spontanée de la liberté et l'action soumise de la prière. A la sainte lumière de ce flambeau, l'homme doit savoir discerner ce qui, dans les événements, dénote le doigt de Dieu et impose l'adoration silencieuse, de ce qui lui est abandonné pour exercer ses forces et sa vigilance.

C'est aussi cette lumière divine qui doit concilier dans son âme l'activité toncbillonnante et souvent ca-

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pricieuse de ses désirs avec le respect dû aux. droits de ses semblables, et réaliser ainsi dans la société cet idéal qu'elle poursuit partout avec angoisse, l'accord de l'ordre avec la liberté. Pour nous, heureux disciples du Christ, les principes de cet accord ne sont plus un mystère, quels que soient les obstacles que lui opposent dans la pratique les passions haineuses et les désirs égoïstes; à quelque distance que les peuples se trouvent par ce motif de la possession parfaite de cet idéal, il n'est pas moins certain que tous nous en savons le secret; il nous semble même que c'est la chose la plus simple, et nous n'hésiterons pas à dire tous ensemble qu'il est renfermé dans ce peu de mots : la liberté sous la toi de la justice et sous celle de l'amour.

Oui, voilà le vrai, et notre cœur ne nous trompe point, lorsqu'il sympathise avec une solution si élémentaire et si parfaitement claire. Cependant cette solution, tout évidente qu'elle paraisse, est un privilège pour nous, enfants de l'Évangile; il a fallu la religion du Crucifié pour la mettre en pleine lumière et forcer les hommes à confesser que leur cœur où elle était inscrite n'avait pas su la découvrir. — Ici, en effet, je vois la liberté, mais la liberté sans loi ; ou, ce qui revient au même, la liberté sous la lot brutale de la force ; c'est-àdire la liberté des peuples sauvages. C'était aussi celle des Barbares dont nous sommes les descendants; mais qui, moins heureux que nous, n'ont pas trouvé les influences chrétiennes irrévocablement acceptées, et leur ont, au contraire, opposé une résistance dont celles-ci n'ont triomphé qu'à la longue. Au milieu de ces peuples il règne une exubérance, une continuelle expansion des forces individuelles. Comme Ici enfants dont les allures capricieuses ne semblent reconnaître aucune

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règle et qui s'essaient à courir sans réflexion ni gêne d'un objet à un autre objet, les citoyens de ces sociétés naissantes éprouvent en quelque sorte l'impérieux besoin de sentir eux-mêmes, de développer leur activité personnelle, et défaire au hasard un usage illimité de leur puissance individuelle. Le frein moral leur est presque inconnu, et ils ne plient que sous le joug matériel d'une force supérieure.

Ailleurs encore, je vois la liberté, la liberté sous une loi; mais sous une loi artificielle, sous la loi politique, sous laloi écrite. C'est, par exemple, la libertédont jouissait le citoyen de l'illustre ville de Rome , dans les beaux temps de cette puissante république; mais qui peut affirmer que les codes humains soient toujours l'expression pure du droit et de la justice ? Qui peut dire que les lois ne soient jamais dictées par des vues d'intérêt, étroites, passionnées, temporaires ? Qui peut espérer qu'elles balanceront équitablement les droits delà liberté et les devoirs qu'impose ta nécessité de l'ordre? Personne, sous peine de se voir immédiatement démenti par l'évidence des faits. Personne, parce qu'il n'est pas donné à l'homme seul d'asseoir celte conciliation sur des bases inébranlables : Où est VEsprit du Seigneur, dit saint Paul, là seulement est la vraie liberté (II Corint. III, 17). L'Esprit du Seigneur peut seul, en effet, démêler dans l'obscur labyrinthe du cœur humain quels sont les éléments impurs qu'il faut rejeter, quels sont les éléments nobles qu'il faut mettre en lumière; seul, il peut faire ce départ de l'ivraie et du bon grain, avec une telle sûreté que l'homme en reconnaisse immédiatement la parfaite justesse, et qu'entendant enfin le langage qui parle vraiment à son âme, il prenne courage àen réaliser les intentions, soitdans

sa conduite privée, soit dans la société deses semblables. J'ai dit qu'il prenne courage; il en faut, en effet, du courage, et aujourd'hui plus que jamais, pour demeurer ferme au milieu des hommes dans la ligne du bien etdu beau moral.'; il en faut, du courage, au sein d'une société égoïste, apathique ou corrompue, pour ne transiger jamais quand parlent les convictions ou les principes. Ne nous le dissimulons point, une société où, par faiblesse, on se laisse entraîner à nommer bien ce qui est mal, ou mal ce qui est bien; une société qui permet que le sophisme ou le doute envahisse le domaine des croyances et des idées, de telle sorte qu'il ne soit plus possible de distinguer ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est bon ou ce qui est mauvais, une telle société est sur le penchant de sa ruine. Or, pour prévenir un si grand mal , uiir seul préservatif est efficace ; c'est la foi religieuse, c'est cette conviction profonde et cette inébranlable confiance qu'inspire une religion vraie qui vous éclaire et qui vous guide. Peu importe que cette religion se préoccupe des détails; si elle illumine la conscience, si elle fait vibrer toutes les nobles fibres du cœur, si elle pénètre la raison, elle remplit chaque citoyen de YEsprit du Seigneur, et dès lors, pour chacun le devoir est tracé. A une religion vraie appartient, à elle appartiendra toujours l'honneur d'introduire et de populariser au seindes sociétés humaines les germes de la vertu, du devoir, de la piété, de la charité, de la juslice, de la paix, de l'ordre et de la liberté.

g II. Autorité.

Une religion qui satisfait les besoins fondamentaux

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de la raison et, du cœur est seule vraie, seule capable, par ce motif, d'exercer sur la société une influence heureuse; c'est assez dire que, seule, elle peut revêtir un suffisant caractère d'autorité.

Cette vue nette, précise, immédiate des principe»' premiers et des causes réelles, est ce qui distingue es- ' sentiellement l'intelligence infinie d'un Dieu, de la pensée finie de l'homme. L'homme se débat dans les ' questions spéciales; les événements du moment présent ■ l'occupent presque seuls; des obstacles qui ne doivent durer qu'un jour, l'effraient et l'abattent; des jouissances éphémères le séduisent et le trompent; il ne sait jamais mesurer d'emblée la vraie portée des choses, et rarement, même avec l'aide du temps, il parvient, à en connaître le fond. Aussi quelle solidité peuvent avoir ses théories ? Surtout quelle eonfiaace peuvent-elles inspirer? Qui voudra s'écrier, après les avoir entendues : Voilà la vérité, nous n'avons plus besoin d'autre chose ? Des systèmes mort-nés se succéderont avec une étonnante rapidité; chaque matin verra prôner quelque remède infaillible aux. maux sociaux qui, le soir, disparaîtra sous la risée publique, peut-être même avant d'avoir été 1 essayé. Le mauvais succès de la plupart des tentatives pratiques sèmera du doute, de l'hésitation et de la défiance ; on s'apercevra bientôt qu'il n'y a là que vanité. — Venez à nous, oracles des temps modernes, '■ ingénieux auteurs de tbésries sociales, montrez-nous la grandeur de votre foi par vos œuvres, et dites-nous ce que vous avez produit. Apportez-nous vos discours, vos journaux, vos livres, nous écoutons... Grand Dieu! quelle incertitude, que d'hésitations, quel bruit confus de doctrines et de mots contradictoires! Individualisme, socialisme, communauté des biens, règne des

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