‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 3 sur 32 · JO · texte numérisé non relu

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classes moyennes, réhabilitation des classes ouvrières, artstocr&tie, démocratie, légitimité des princes, souveraineté du peuple ! Que pouvons -nous faire de tous ces systèmes qui se croisent et se combattent ? S'il en «st un qui ait triomphé et qui domine les esprits, qu'il se nomme, nous acceptons d'avance l'autorité qu'il aura conquise comme un symptôme de sa vérité. Mais non, tous ces systèmes ont du vrai, comme tous ont du faux ; le publiciste et le philosophe ensuivent avec iplérêt le développement et les combinaisons; seulement aucun d'eux ne subjugue les coeurs, parce qu'aucun d'eux pris à part ne correspond à lotit l'ensemble des besoins de l'individu 'ou <hj l'homme social; aucun d'eux sur- . tout, aucun ne parle àj'homme d'éternité et d'intérêts impérissables; ils prétendent régler les intérêts visiblesde ce mofidé passager, et leurs auteurs n'ont pas compris que pour atteindre ce but désirable, le moyen le plus sûr, c'est de s'adresser aux principes éternels du devoir pour en assurer le règne dans les ceeurs.

Voilà la pierre de .touche d'un système vrai et utile : parler à l'homme de «es devoirs et de ses destinées éternelles, atteindre le présent par l'avenir, au lieu de vouloir toujours régler l'avenir par le présent, corriger et diriger l'état social par la régénération et la sanctification du cœur. Pensez-vous, je vous prie, qu'à aucun autre système Dieu accorde cette démonstration d'esprit el ik puissance (-1 Côrint. II, 4) qui subjugue les âmes et les amène captives? Pensez-vous qu'il mette au service d'aucun autre ses prophéties et ses miracles? Non sans doute; ne cherchez donc l'autorité divine que dans une doctrine qui sera fidèle à ces conditions. On a vu tout ré«emment quelques soi-disant régénérateurs de peuples revendiquer celte autorité pour leurs rêveries, et

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se d«nner*comme préchant une religion- nouvelle; ils avaient senti qu'ils ne pourraient rien, s'ils ne parvenaient à persuader à leurs dupes que par leur organe la voix de Dieu se faisait entendre; maie, pour faire cette preuve, il leur manquait avant tout de parler le langage saint dos prophètes et des envoyés divins; ils devisaient sur la richesse et la pauvreté, et sur le règne qui . est de ce monde. Comment auraient-ils obtenu cette puissance de la foi quine se déploie qu'en faveur de la conscience et des lois de la conscience?

§ III. Universalité.

Il est d'ailleurs absolument impossible aux systèmes . humains de se dégager complètement de» circonstances locales au milieu desquelles ils sont nés, et en particulier de ne pas adresser quelques flatteries à ceux des mauvais penchants du cœur qui, dans chaque époque, sont le plus excités ; ce qui leur donne nécessairement un caractère de spécialité, et les rend impropres à instruire toutes les nations. L'artiste qui veut enlever à tout prix t'enthousiasme et la gloire, flatte les goûts du jour, il sacrifie à la mode, il s'enivre de succès et d'éloges; mais le moment de la justice arrive, la postérité le condamne à l'oubli, tandis qu'elle accorde son éternelle admiration n celui qui a consciencieusement cherché le beau réel, le beau en soi, le beau qui ne change point suivant les temps ou suivant les caprices. Celui-ci s'est efforcé, autant que le permet la faiblesse humaine, de ne faire aucune infraction aux règles immuables de l'art ; l'autre n'a pas craint d'en violer

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ouvertement quelqu'une pour satisfaire aux exigmees tyranniques du mauvais goût. De même, pour les théories sociales et les préceptes humains, ils se cherchent. des partisans, et pour en obtenir, ils proposent, non ee qui peut convenir à tous, mais ce qui peut en flatter et en attirer quelques-uns.

Ici, c'est une règle sensuelle pour gagner les peuples matériels. Là, c'est un culte de cérémonies et de spectacles pour une nation grossière. Ailleurs, c'eet une doctrine extatique et contemplative pour des races inertes qu'une vie active effraierait. L'un systématise les prétentions des grands et des riches, exaltant leur orgueil aux dépens des petits et des faibles. L'autre rêve un ordre social où îl n'y aura plus de pauvres, ne craignant pas d'exciter la jalousie des malheureux, el d'entraîner par de chimériques espérances la multitude à faire le mal.

Cependant l'homme est le même partout et dans tous les temps ; à la surface de son cœur bouillonnent, sans doute, des diversités et des caprices ; mais le fond est uniforme : tous ont les mêmes besoins, les mêmes facultés, les mêmes doutes, le même but, la même route à parcourir ; les mêmes hommes dans toutes les époques, à tous les degrés de civilisation sont , ou des pécheurs qui ont besoin d'être préservés du mal, ou des infortunés qui soupirent après le soulagement et ta consolation, ou des ignorants qui attendent avec angoisse une lumière céleste ; une âme à instruire el à sauver, un cœur à régénérer, c'est là ce qui appartient à tous. La religion qui instruit, qui sauve et qui régénère, sera doue accueillie de tous, et sous sa tutelle, le progrès social s'accomplira comme tout autre progrès. Elle prendra chaque étal, chaque époque, chaque position

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par ce qui s'y rencontre de vrai, el travaillera à corriger ce -qui s'y trouve d'imparfait; elle sourira à l'énergie du Barbare, mais adoucira sa férocité, et l'encouragera sans cesse à marcher dans la voie du perfectionnement; elle s'établira avec joie au milieu des peuples civilisés, comme sur un sol fertile; mais elle signalera l'écueil de l'égoïsme et de la corruption ; elle parlera aut savants un langage Bublime, et toutefois sera à la portée des simples; elle donnera des consolations au malheur, et des conseils à la prospérité} le puissant et le riche, le faible et Le pauvre y trouveront des directions et des ressources. Je me nuis fait tout à tous, disait saint Paul, Juif auprès de» Juifs, avec ceux qui ont la loi, comme avec ceux oui M t'ont pat, comme sijt n'en avais point, faible avte les faibles (I Corint., IX, 20-22).

Est-ce à dire que saint Paul fût flottant à tout veut de doctrine, allant avec indifférence d'un principe à un autre? Non, sans doute; cela signifiait qu'il abandonnait toutes ces diversités sociales qui distinguent l«s peuples et les hommes, et que s attachant à ce qui leur est commun à tous, il parlait un langage que tous devaient entendre, tous sans exception. Ce tangage, je le répète encore, c'est celui de la conscience; celui-là seulement qui sait le parler peut espérer qu'avec le secours de Dieu il fera aux hommes un bien réel, un bien durable.

Le christianisme est-il une religion sociale? Ses préceptes et ses dogmes sont-ils favorables au bonheur, à l'honneur, et au perfectionnement des peuples rangés sous m bannière? — Parlant à des chrétiens, je croirais leur faire injure, si je doutais de leur réponse a cette importante question : c'est avec un légitima »r-

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gueil que les nations chrétiennes se considèrent comme occupant le haut bout dans l'échelle de la civilisation, de la puissance et des lumières; ce sont de nobles espérances qui les animent, lorsqu'elles entrevoient dans l'avenir la conquête du monde pour une foi qui leur communique une si frappante supériorité. Et quel glorieux passé dix-huit siècles d'existence n'ont-ils pas déjà légué à l'influence évangélique ! Le culte des faux dieux anéanti, ainsi que les immoralités dont il était accompagné ! la famille constituée sur la base du mariage! la pureté et la solidité de ce lien hautement commandées ! l'épouse et la mère reconnue comme l'amie et l'égale de son mari ! les enfants soustraits au despotisme et confiés à l'amour de leurs parents! l'esclavage successivement ébranlé , touchant enfin au terme de son existence par l'action des principes évangéliquesl les droits civils et politiques régularisés! l'amour des lumières étendu ! les relations internationales adoucies! les hases de toute gloire pour une nation, savoir l'union et la liberté, mises en lumière et avidement recherchées ! Tels sont les bienfaits du christianisme, bienfaits tous obtenus par cette unique condition, o'est que l'Évangile s'est efforcé de convertir le cœur, ce qui a mis en évidence sa vérité , en même temps qu'il y gagnait une inébranlable autorité. L'Évangile a promulgué les vrais rapports de l'homme avec Dieu, avec l'univers, avec ses semblables; cela seul a suffi pour assurer son règne.

J'espère obtenir sympathie et secours dans l'entreprise que je commence aujourd'hui, celle de dérouler le tableau des immenses avantages que la civilisation des peuples a retirés de la promulgation du christianisme. L'œuvre est de longue haleine, et je serai con-

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Lraint de la diviser. Dans une première série de conférences, j'exposerai tes principes du christianisme en regard de l'état social. Je m'attacherai d'abord à l'étude des influences sociales de la théodicée chrétienne, c'est-à-dire des dogmes chrétiens relatifs à Dieu , . à la création, à la Providence, au péché et au salut: j'examinerai ensuite les effets de cette morale qui a promulgué pour ses bases l'amour de Dieu, du prochain, et le renoncement.

Plus tard, je prendrai le christianisme à l'œuvre et poursuivrai directement ses effets, en premier lieu ses effets généraux pendant les principales périodes de son existence; puis ses effets spéciaux sur la famille, sur les lois civiles, sur les conditions sociales, sur les constitutions politiques et religieuses des nations.

Nous rencontrerons sur notre route des écrivains(ils se prétendent philosophes) qui tout en rendant hommage aux bienfaits du christianisme, affirment que son rôle est fini, et que désormais l'homme doit chercher en ses propres forces les principes de ses progrès. Fatale erreur de l'orgueil humain ! Ils affectent de ne pas voir que leurs principes, s'ils sont efficaces, ne sont autres que ceux du christianisme toujours agissants et toujours nécessaires; que si, au contraire, ils sont nouveaux, ils ne peuvent qu'amener après eux désolation et ruine. — Nous en rencontrerons d'autres qui, soumis au christianisme, s'efforcent d'en populariser les tendances, et travaillent en outre avec ardeur à éclaircir les nombreux problèmes spéciaux que les phases de l'état social soulèvent à chaque époque- Bien loin de décourager ces efforts et ces travaux, nous leur témoignerons notre vive sympathie; heureux- si la réunion de toutes ces forces morales par-

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vient à rendre lés hommes plus sages, et par conséquent plus contents I heureux nous-mêmes, si avec le secours de Dieu nous parvenons à pénétrer nos cœurs toujours plus fortement de la nécessité de contribuer au règne de Dieu, au règne des principes évangéliques, et en nous-mêmes et tout autour de nous.

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