I. DES FEMMES
Rien de plus misérable que le sort des femmes dans les pays non chrétiens. Cette assertion n'est peut-être pas entièrement nouvelle pour vous; mais, vous vous doutez peu sans doute à quel point elle est générale; elle ne souffre cependant que de faibles et rares exceptions. Historiens , voyageurs , philosophes offrent à l'envi leurs témoignages pour en constater l'exactitude, tellement que si je voulais faire passer ces témoignages devant vous , le temps n'y saurait suffire. Je choisirai donc, et en quelque sorte au hasard, suivant que les auteurs tomberont sous ma main, sûr que je suis de rencontrer partout les mêmes faits. Je vous citerai d'abord ce qui se passe chez les peuples sauvages. — Ces hordes errantes dans les forêts, dans les déserts ou sur les rivages, ne connaissent guère que l'usage et le droit de la force; rien d'éton-
DMzedbvGOOgk
naa.t à ce que la portion la plus faible, du genre humain y soit opprimée et comme méprisée. Le farouche guerrier, fier de ses belliqueux exploits, se croirait déshoiîbré si on lui proposait d'essayer, ses forces aux arts de la paix; il passe de la guerre à la paressa, et ne sort de celle-ci que pour retourner à ses violents exercices; tout le reste est imposé aux malheureuses femmes. « La condition des femmes chez les sauvages « américains, dit un des meilleurs historiens de la dén couverte de l'Amérique(l), est aussi malheureuse « qu'humiliante : le mépris des femmes est la marque « caractéristique des sauvages dans toutes les parties « du globe ; l'homme qui fait consister tout son mérite « dans sa force et dans son courage, regarde sa femme « comme une créature inférieure et la traite avec dé- « dain. Le mariage, au lieu d'être une union d'affecn tion et d'intérêt , comme entre des êtres égaux, de- « vient la liaison d'un maître avec son esclave. C'est « une servante que le sauvage acquiert, et il la traite k comme telle. Une femme, obez la plupart des tribus, « n'est pas mieux traitée qu'une bête de charge; pen- « dant que les maris passent le jour dans, l'oisiveté, les « femmes ne cessent de travailler, on. leur impose les, k tâches les plus rudes, et ou ne se croit tenu à aucune « reconnaissance de leurs services ; leurs maris, étant h des êtres de nature supérieure no leur permettent h souvent point de manger devant eux. 11 y a des. dis- « tricts où cette servitude est tellement insupportable ce que les femmes, par un excès de tendresse materx celle, tuent les filles qu'elles mettent au, monde, « pour leur épargner les souffrances qu'elles auraient « à endurer. » Aucune cérémonie, partant, aucune
(l) Hobeitw», Hf. IV-
précaution n'accompagne le mariage chez ces peuples ; à peine les parents s'en mêlent-ils pour convenir du présent donné en échange de l'épouse ; celle-ci s'assied à côté de son époux, et cela suffit. Aussi , une telle union n'a-t-elle rien de sacré ni de solide ; les époux se séparent aussi facilement et sans plus de cérémonies; car, partout où le mariage est trop facile, là aussi, le divorce est fréquent. Ces mœurs des sauvages américains sont encore aujourd'hui dominantes chez eux ; on les retrouve également avec peu de changements chez toutes les tribus errantes des autres parties du monde.
Peut-être supposez-vous que c'est précisément un des traits de cette férocité qui les distingue; peut-être croyez-vous que chez des peuples plus policés la dignité de la femme est relevée ; peut-être vous attendezvous à y trouver le mariage plus en honneur et la famille pins solidement constituée; détrompez-vous. Les nations païennes les plus civilisées des temps passés comme des temps actuels, n'ont pas sur ces points des principes beaucoup meilleurs que les pauvres habitants des forêts américaines; la manière dont les principes sont mis par elles en pratique diffère dans quelques détails, mais au fond ils sont les mêmes; je cite pour preuve ce qui se passait chez les Grecs et ehez les Romains, ainsi que ce qui se passe aujourd'hui chez leslndous; on ne me reprochera certes pas de prendre mes arguments dans l'histoire de peuples peu célèbres.
Voici comment s'exprime un historien de la Grèce , en décrivant la condition des femmes dans les beaux temps de la république d'Athènes, à l'époque de Périclès. « Exclues du commerce social, les femmes grec-
DMzedbvGOOgk
« ques étaient rigoureusement confinées dans les ap-
* parlements les plus retirés, et employées dans les « plus bas offices de l'économie domestique. On pen- « sait qu'il était indécent de leur part de se montrer f. au-dehors, à moins que ce ne fût pour suivre une « procession , pour accompagner des funérailles , ou « pour assister à d'autres cérémonies religieuses. Les
* femmes grecques, mariées ou non, étaient dans une c étroite contrainte; On ne s'occupait point de les « rendre dans aucun temps de leur vie agréables à la « sociétéj leur éducation était, ou complètement né- « glîgée, ou réduite à des soins si bas, qu'au lieu de u développer et d'élever leur âme, elle ne tendait qu'à « l'avilir et à la resserrer; on ne leur permettait rien h qui pût divertir leur esprit de ces occupations ser- « viles dans lesquelles elles étaient condamnées à « passer leur vie. » Cette contrainte, cette réserve, imposées aux femmes grecques, eurent peut-être pour effet de les rendre modestes ; mais il n'en résulta point une amélioration dans les mœurs nationales, loin de là . Du moment où les agréments de l'esprit sont considérés comme une preuve d'immodestie, et que Ton oblige les femmes honnêtes à ne point rechercher cette parure, elle devient la propriété des femmes immorales, et rend leurs séductions d'autant plus dangereuses. S'il n'est permis de paraître aimables, instruites, spirituelles qu'au prix de la vertu, il s'en trouvera qui feront le honteux marché.
Rien de plus semblable au sort des femmes athéniennes que celui des femmes dans l'Inde orientale. Ce pays d'une civilisation essentiellement statidnnaire est aujourd'hui, sous la domination anglaise, presque entièrement ce qu'il était, lorsque, il y a plus de deux <
DotzedbvGoOglc
mille ans, les armées de la Grèce y pénétrèrent. Et qu'y voyons-nous ? Un missionnaire chrétien (1) vous le disait, il y a peu de temps; là aussi, les femmes sont considérées comme d'une nature inférieure à celle des hommes; a ce titre, elles sont condamnées àuneservile obéissance , ne pouvant acquérir aucune connaissance, ne devant se mêler d'aucune affaire sérieuse, et n'ayant à s'occuper que des soins matériels de la vie. On ne voit dans ce pays aucune école. de filles; car les connaissances élémentaires elles-mêmes sont censées leur être entièrement inutiles ; bien plus, y prétendre serait s'exposer à l'accusation d'empiéter sur les droits des hommes, ou de violer la décence. Aussi,' dans l'Inde comme dans Athènes, le beau privilège des dons de l'esprit est-il abandonné aux femmes vicieuses; indigne profanation des facultés de l'âme ! Étrange abandon qui enlève à la société- cette douceur, cette urbanité, ce bon ton, cette retenue qu'inspira toujours le commerce des femmes instruites et honnêtes! Puis vient la polygamie, ce fléau de l'esprit de famille qui, détruisant la vie commune, détruit en même temps toute affection sincère ; la polygamie arrivée à ce point, que l'époux renonce à réunir ses femmes autour de lui, et les laisse souvent à Leurs familles sans s'inquiéter autrement de leur sort qu'en leur faisant de rares' et courtes visites. Rien d'étonnant que là également la destinée d'une fille soit envisagée par sa mère comme une destinée de malheur, et qu'en conséquence, une foule de ces créatures infortunées soient condamnées à mourir au moment où elles viennent au monde ; tandis qu'à l'autre extrémité de la vie, les veuves, astreintes par les préjugés du pays à une existence de privations
(Il Lacroix.
DMzerlbvGOOgk
et de peines, ne redoutent pas, pour y échapper, de se sacrifier sur le tombeau de leur époux, en brûlant leur corps avec le sien.
Faut-il, pour achever notre preuve, vous citer encore Rome, la maîtresse du monde? Personne n'ignore quelle était à l'époque célèbre des premiers empereurs la profonde corruption de ses mœurs. Les femmes romaines n'étaient peut-être pas exposées au même degré à l'odieuse servitude que nous avons décrite; mais par lenr conduite, elle» s'étaient avilies elles-mêmes; le mariage n'était considéré que comme nne charge à laquelle ehaeun s'efforçait de se soustraire, --bien loin d'être la sainte et pure union qui doit devenir la source do bonheur domestique* L'empereur Auguste , d'une immoralité publique, dut promulguer des lois peur ordonner le mariage et punir tous cent qui vivraient dans le célibat; et (chose honteuse à dire!) H rencostra des obstacles è ses desseins louables, non seulement dans les viles passions des hommes , mais encore dans celles des rem mes. Le mariage n'avait jamais été à Rome un lien assea solide, et il l'était moins encore à l'époque dont nous parlons ; la polygamie, la facilité des séparations et des divorces au gré de l'an et' de l'autre époux, avaient complètement ruiné cette institution, et avec elle l'unité de famille; le moindre caprice suffisait pour amener un divorce et un nouveau mariage. Ce même Auguste, dont nous venons de citer avec éloges une pensée, épousa successivement quatre femmes dont la dernière réussit seule à- obtenir son affection.
Tel était donc, avant le christianisme, tel est encore en dehors du christianisme le- sort des institutions de. famille; partout» à quelques changements prts> se
DMzedbvGOOgk
retrouve le môme tableau : l'esclavage de la femme, la polygamie, le divorce, et en lin de compte, la corruption des mœurs se voient partout. L'intimité de la famille, l'union des époux, celle des enfants à leurs parents sont impossibles, et la société civile est privée de sa base. C'est le christianisme qui la lui a rendue ; ce sont les moeurs chrétiennes qui ont enfin solidement constitué la famille; ce sont tes dogmes et les préceptes évangéliques, directs ou indirects, qui ont condamné tous ces usages déplorables dout nous vous avons offert le tableau.
Le christianisme d'abord a relevé la dignité de la femme, en déclarant qu'elle est l'égale de l'homme, elle est chair de sa chair, et es de ses' os; elle est comme lui devant Dieu une créature immortelle, qui a les mêmes devoirs et les mêmes droits pour l'éternité , à laquelle est offert le même salut, et pour laquelle aussi le Christ est mort sur la croix; son âme douée des mêmes facultés a besoin des mêmes développemente. Dès lors, la culture intellectuelle et la culture morale lui sont dues; la société n'a pas le droit d'en priver les femmes en les condamnant à l'ignorance et a l'inactivité d'esprit; elfes hériteront avec vous h grâce de fa vie, dit saint Pierre (I Pier. HI, 7), la faiblesse même de leur sexe leur donne droit à toutes sortes d'égards, et le même apôtre en fait aux maris la pressante recommandation. Si l'Évangile met quelques limites à l'activité et ihi droits des femmes , ce sont celles-là seulement que comporte la nature des choses; plus faibles dans leur volonté, plus sensibles dans leur caractère, mieux désignées pour l'accomplissement journalier desdevoirs domestiques, plus propres à persuader, à insinuer qu'à commander, les femmes
DMzedbvGOOgk
doivent ne jouer aucun rôle direct dans le monde politique, et s'abstenir également de vouloir directement enseigner les autres : Je ne permets à la femme , dit saint Paul, nt d'enseigner, ni de prétendre à l'autorité (I Timot. H, 12). Qu'elles te taisent aussi dans les assemblées de l'Eglise, car il ne leur est pas Bèanl d'y parler (I Cor. XIV, 12). Mais si elles demeurent fermes dans la foi, dans la, charité, dans la sainteté, dans la modestie, elles seront sauvées (l Timot. II, 15).
Femmes chrétiennes, soyez donc heureuses et fières durang que l'Évangile vous assigne; ne prétendez pas à dominer, à gouverner, à faire les lois; l'empire de la persuasion par le cœur, par l'amour, par la douceur, par les bons conseils, cet empire vous appartient, l'Évangile vous l'a donné en vous plaçant dans la position qui vous est due; il a supposé que vous pouviez gagner vos maris à la bonne cause, influer sur eux par l'exemple de vos vertus, obtenir leur confiance par votre sagesse et votre bonté. Votre part est belle, n'en désirez pas une autre ; ne prétendez point davantage à dominer spirituellement, à enseigner, à dogmatiser, i prêcher; ici également, votre influence doit être indirecte, et elle n'en sera que plus efficace. L'Évangile vous a rendu le droit et la possibilité d'orner votre esprit de connaissances variées, profitez de cette heureuse facilité en tant que cela peut se concilier avec vos devoirs de filles, d'épouses et de mères; profitez-en pour répandre autour de vous , Bans prétention et avec modestie, agrément et instruction; mais, que celles d'entre vous qui possèdent cet inestimable avantage, n'en tirent jamais vanité. S'il y en a dont les facultés intellectuelles aient été extraordinairement développées, et qui aient pénétré dans les profondeurs de la
DMzedbvGOOgk
Bciencc, qu'elles conservent ce trésor caché dans leur sein, comme une fleur suave dont elles laissent à peine parvenir le parfum à leurs amis ou à leurs proches; qu'elles jouissent en silence de cette grande part qu'elles ont obtenue à l'image de Dieu ; et qu'à force de vertu elles fassent pardonner et même aimer leur supériorité.
Le christianisme a rendu à la femme un second et signalé service, en faisant que dans son union avec un époux, elle se présente comme une compagne et non comme une esclave. Dans ce nouvel état, elle conserve ce privilège d'une créature immortelle, d'une rachetée . du Christ, de ne pouvoir jamais retomber dans la servitude; c'est une compagne: compagne au sein de la prospérité, pour en jouir librement avec celui qui peutêtre lui en est redevable en partie ; compagne dans l'adversité, pour en adoucir Les amertumes en les partageant et en donnant l'exemple d'une pieuse résignation; compagne dans la maladie, pour entourer de ses soins celui à qui son sort est uni , et pour calmer ses douleurs par les charmes d'une vigilante sympathie; compagne dans les succès et dans tes joies que procure l'éducation des enfants ; compagne, enfin, et confidente et sincère amie dans toutes les circonstances de la vie, sans exception. Si l'Évangile ordonne à la femme de respecter son mari et de lui obéir, il parle de cette obéissance confiante et spontanée par laquelle Le faible cède à l'ascendant du fort ; c'est l'obéissance toute volontaire de l'Église à l'égard de Christ qui est son chef. Tel est le dévouement du citoyen à l'égard du magistrat chargé de gouverner sa patrie , tel le dévouement de la femme à l'égard de celui qu'elle a accepté comme chef de la famille. Il y a d'ailleurs une
condition à cette obéissance et à ce dévouement, une condition qui en 6te tout danger, c'est que le mari aime sa femme : Que les femmes soient soumises à leurs maris, dit saint Paul, et vous maris, aimes vos femmes. (Éphés. V. 24, 25). Que chacun de vous, ajoute-t-H, aime sa femme comme soi-même, et que la femme respecte son mari (id. 33). L'affection profonde d'un époux lui inspirera sans cesse- les égards qu'il doit à sa femme, il n'abusera jamais de sa force ni des droits que lui confère l'Évangile, pour faire do son autorité une tyrannie. Si au milieu des siens, il se montre despote ; si sa malheureuse épouse est victime de ce despotisme, e'est qu'il ne l'aime pas. (1 exige alors l'obéissance, mais il oublie ta condition qui rend cette obéissance facile et douce; si au contraire, il aime sincèrement, il s'efforcera de compenser, en quelque sorte, à force d'égards, de confiance et d'attentions, ta supériorité que lui assurent la nature et l'Évangile.
Le christianisme rend aux femmes un troisième service, en proscrivant la polygamie, et en assurant à l'épouse qu'elle aura seule des droits au cœur de son époux. La polygamie a de tout temps accompagné la dégradation des femmes; elle donne à peine à l'une d'entre elles une ombre du rang d'épouse, et condamne toutes les autres à celui d'esclaves; elle détruit toute intimité dans le mariage ; elle cause d'épouvantables jalousies et amène souvent des crimes horribles ; elle corrompt les mœurs en ouvrant une porte facile aux liaisons illégitimes : aussi, est-elle incompatible avec les exigences d'une civilisation progressive, et ne peutelle se concilier qu'avec les usages d'une civilisation immobile et stationuaire qui enlève toute influence aux femmes, et qui engage les hommes dans une vie sen-
DMzedbvGOOgk'
siielle. N'en doutons pas, les peuples chrétiens doivent en grande partie leur supériorité à ce qu'ils ont banni de leurs mœurs la polygamie, et l'ont même flétrie comme criminelle; ils ont obéi en cela à l'esprit de l'Évangile qui a témoigné combien cette institution lui répugnait, en en interdisant l'usage à tous ceux qui prétendaient à l'honneur du sacerdoce chrétien ; que l'évique soit mari d'une seule femme, ordonne saint Paul (I Timot. III, 2). En rappelant la première loi du mariage, établie dès les temps de la création : N'avez-vous pas lu, dit le Sauveur, qu'au commencement Dieu fit un seul homme et une seule femme? (Matlh. XIX, 4). En recommandant enfin, dans le mariage, cet amour mutuel, cette confiance, ces égards, dont l'accomplissement est impossible sous le régime de la polygamie. Les lois de l'Occident ont proscrit ce régime, c'est une barrière qui doit le préserver à toujours de l'invasion des mœurs orientales, et cette barrière, l'Évangile l'a posée.
11 a enfin élevé le mariage au rang d'un contrat indissoluble, d'un contrat éternel , et lui a rendu ainsi son vrai caractère. Que Vhomme ne sépare pas ce que Dieu a/omf(Matth. XIX, 6). Tel est l'ordre donné par le Sauveur en parlant du mariage; qu'il ne puisse pas au gré de ses passions rompre l'engagement sacré volontairement contracté par lui ; qu'il ne puisse pas, à la voix d'un caprice, priver ses enfants d'une mère, ou abandonner sans ressource la femme qu'il a aimée j qu'il n'y ait plus dans la trop facile dissolution du mariage, un encouragement à la dissolution des moeurs. Celui qui épouse une femme divorcée, commet un adultère, dit encore Jésus, et celui qui répudie sa femme , «te* ri' est pour adultère, commet lui-même adultère QA&iÙi. XIX,
DMzedbvGOOgk
9). C'est eu effet, c'est presque toujours quelque passion coupable, qui chez les peuples où le divorce est facile, engage un époux à répudier sa femme, ou une femme à quitter son époux : C'est à cause de la dureté de vos cœurs gué Moïse vous a permis le divorce, mais il n'en a pas été ainsi au commencement (Matth. XIX, 8). Il y eut là un immense changement, un progrès essentiel vers l'esprit de famille; car, nous l'avons vu, même chez les peuples où le mariage était institué, comme chez les Romains, la facilité de le dissoudre en anéantissait tes heureux effets. De pauvres femmes risquaient de se voir chassées sous le moindre prétexte; ce support mutuel qu'exige l'obligation de passer ensemble une vie en- ' tière n'avait plus aucune nécessité; de malheureux enfants se voyaient violemment séparés de leur mère; ou, chassés avec elle, tombaient sous la tutelle indifférente et peut-être haineuse d'un second mari ; la famille n'existait réellement pas. Mais sous l'influence chrétienne ces déplorables coutumes ont cessé; le mariage, même sous les lois les plus faciles, ne peut se dissoudre que dans des cas rares, après de nombreuses formalités, et moyennant un laps de temps suffisant pour permettre le rapprochement. Lorsque malgré ces précautions et malgré l'influence chrétienne, le divorce devient fréquent, c'est un signe de temps mauvais, c'est une preuve que les coeurs se sont endurcis, et qu'il y a du mal dans la société ; c'est qu'on oublie l'Évangile.
11 n'y a pas, au reste, jusqu'aux conditions purement mondaines du mariage que le christianisme n'ait changées dans un sens favorable à la fois à la dignité de la femme et au maintien de l'esprit de famille. C'est ainsi qu'aujourd'hui l'usage général est que la femme
DMzedbvGOOgk
apporte une dot à son mari; elle témoigne ainsi qu'elle veut aider aux besoins et aux frais de la vie commune, et faciliter à son mari la tâche dont il reste chargé. Celui-ci, en acceptant, reconnaît qu'à lui incombe l'obligation principale de fournir à la subsistance de sa famille, et de travailler pour lui procurer d'honorables ressources; il reçoit de son épouse une efficace coopération, et se trouve ainsi directement intéressé à voir en elle une compagne et une égale. Tout autre est la coutume chez presque tous les peuples païens. Là, non seulement l'épouse n'apporte point de dot, mais encore l'époux doit, pour l'obtenir, donner un prix aux parents , tantôt de l'argent , tantôt des troupeaux , tantôt du travail. Jacob travaille sept ans chez Laban pour obtenir Léa, et sept autres années pour obtenir Racbel; Osée achète sa femme pour de l'argent et de l'orge; César et Tacite nous disent que les Gaulois et les Germains faisaient donner une dot aux parents en échange de leurs filles; les sauvages de l'Amérique avaient le même usage; les peuples nomades de l'Afrique, les nations civilisées de l'Orient le reconnaissent encore aujourd'hui; partout le mari achète sa femme qui devient ainsi sa propriété et son esclave, et qui, en outre, ne contribuant en rien aux dépenses, doit combler ce déficit par un travail matériel. Ainsi tout se lie dans la dégradation du sexe féminin. Considéré comme étant d'une nature inférieure, il n'est l'objet d'aucun égard, mais souvent condamné aux plus viles et aux plus dures obligations, il fournit des esclaves qu'on achète en nombre quelconque, puis, qu'on renvoie ou qu'on échange sans aucun scrupule; on refuse à la femme toute participation à l'instruction même élémentaire, et dès lors, toute influence soit sur la
société en général , soit sur l'éducation de ses propres enfants; à peine se voit-elle en divers lieux honorée d'une ombrageuse jalousie, et à ce titre, séquestrée da monde, cachée à tous les yeux, enfermée dans les mura d'un harem où elle charme ses ennuis par la médisance et la toilette. La conséquence, l'inévitable conséquence d'une si misérable condition, c'est d'éloigner complètement la femme de Ba vraie, de sa belle destination; le rôle moral et social qu'elle doit remplir, lui est entièrement dissimulé, elle ne peut pas même le soupçonner; au christianisme il était réservé de le lui faire comprendre.
Oui, la femme a sur cette terre un beau rôle à jouer, un rôle que les institutions chrétiennes seules lui permettent d'accomplir, elle est le représentant naturel du principe de la bienveillance, de ce principe éminemment chrétien, auquel se rattache en réalité le bonheur de la société; elle est le centre autour duquel se groupent toutes les affections, l'être devant la parfaite douceur duquel doivent se calmer tous les orages de la vie domestique. N'est-il pas vrai, femmes chrétiennes, que là est votre plus beau privilège? Consenliriez-vous jamais à ce qu'on vous privât de cette influence toute spontanée que vous procurent la constante égalité d'humeur qui vous doit distinguer, votre continuelle attention à adoucir tous les petits frottements au sein de la famille, l'affectueuse complaisance avec laquelle vaus prévenez les innocents désirs de ceux qui vous entourent, cette auréole de bonté qui autour de vous impose dans le monde aux passions violentes et aux méchants discours? Quand votre époux, à la fin d'une journée laborieuse, se montre heureux de vous retrouver au foyer domestique, et reconnaissant de l'accueil qu'il y reçoit
de tous; quand les tribulations et les petits désespoirs de l'enfance cherchent à vos côtés leur consolation; quand ou écoute, quand on recueille ces conseils, ces enseignements que voua savez donner moins comme des ordres rigoureux que comme d'affectueux avis, ne vous sentez-vous pas vous-mêmes heureuses et fières de celte angélique vocation qui est la vôtre ? Ne comprenez-vous pas tout ce qu'il vous est donné de répandre dans la société de bonté, d'aménité et de paix? Votre action persuasive et insinuante, cette action dont saint Paul attendait la conversion de maris païens, a un poids immense dans la direction des mœurs sociales ; mais elle ne peut s'exercer qu'au sein des nations chrétiennes ; partout ailleurs, elle est nulle.