‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 21 sur 32 · II. DES ENFANTS · texte numérisé non relu

II. DES ENFANTS

Il me faudrait beaucoup plus d'espace qu'il ne m'en reste , pour vous faire sentir toutes les misères dont le christianisme a délivré les pauvres enfants. Sous le règne du paganisme, il n'y avait, que dis-je ? il n'y a pour eux aujourd'hui aucune sécurité ni dans leurs rapports avec leurs parents, ni dans leurs relations comme frères et sœurs. Le principe païen est de considérer les enfants comme n'exerçant en quelque sorte aucun droit sur la société, tant qu'ils ne sont pas en état d'en remplir les devoirs; jusqu'alors, ils sont abandonnés au despotisme absolu de leurs pères; aussi, les dangers auxquels ils sont exposés sont-ils presque impossibles à concevoir pour les coeurs chrétiens. L'infadticide n'est point un crime pour les nations païennes, et chez plusieurs, il s'y réa-

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lise sur une épouvantable échelle. Parmi les sauvages, au milieu des tribus errantes, le dénuement de ressources exige cet horrible sacrifice; chez les uns, l'usage existe de ne point élever plus de deux enfants; chez d'autres, on sacrifie impitoyablement les enfante faibles ou contrefaits, dans la crainte qu'ils ne puissent supporter les fatigues d'une trop rude existence; plusieurs croient honorer leurs idoles par l'affreux holocauste de ces innocentes victimes. Au milieu des nations civilisées, les mêmes faits 8e reproduisent, mais par d'autres causes; c'est la dégradation des femmes qui y conduit. Rien ne les engage à demeurer des épouses fidèles, et il leur faut cacher les suites de leur inconduite; rien ne les engage à se montrer tendres mères, puisqu'elles ignorent si on leur permettra d'aimer et d'élever leurs propres enfants ; même , nous l'avons vu , elles croient montrer leur tendresse, en ôlant à leurs filles une misérable existence. En Chine, dans l'Inde, l'infanticide est un des faits tes plus communs. Les nations même les mieux réglées reconnaissent sur ce point des lois barbares. Les Romains donnaient aux parents le droit de vie et de mort sur leurs enfants; des jugements appelés jugements domestiques étaient autorisés par la loi , et celle-ci ne fut adoucie que sous le règne des premiers empereurs ; les enfants étant une propriété absolue de leurs parents, pouvaient être vendus comme esclaves, et cela, jusqu'à trois fois. Ainsi se réunissaient la débauche, l'avarice et la misère, pour menacer la vie ou la liberté de ces pauvres petites créatures.

Quelle différence depuis que l'Évangile a instruit les nations ! Il n'a porté aucune atteinte à l'autorité légitime des parents : Enfant*, obéissez à vos pères et à vos

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mères, selon le Seigneur 1 Enfants, honores votre père, et votre mère (Éphés. VI, 1 , 4) ; mais il a limité ce pouvoir en substituant l'amour au despotisme. Sous la garde de cette doctrine qui voit daus l'enfant l'âme avec le corps, les soins les plus tendres lui sont prodigués, quelles que soient les apparences physiques; les plus petites forces sont ainsi conservées pour le plus grand avantage de la- société ; parents et enfants, unis à toujours par l'amour et par des services continuels, ne risquent point de se voir confondus avec les animaux où la mère abandonne le fruit de ses entrailles, et le méconnaît au bout de peu de temps. Tout ce qui pourrait altérer cette union sacrée doit être évité : Pires et mères, n'aigrisses point vos enfants, dit saint Paul à deux reprises (Éphés. VI, 4. Coloss. III, 21), car vous abattriez ainsi leur courage. Voilà la loi du christianisme* loi qui a changé du tout au tout le rapport des parents aux enfants.

Les lois chrétiennes ont encore fortement contribué à l'esprit de famille en déterminant les vrais rapports des frères et des sœurs. Sous les coutumes du paganisme ces rapports ne sauraient être ni assez intimes ni assez purs. Pas assez intimes, car vraisemblablement le même sang ne coule point dans leurs veines, et si la jalousie, la haine viennent diviser quelquefois des enfants appartenant aux mêmes parents, que oe doit-il pas arriver entre des enfants ués sous le régime de la polygamie ou du divorce? Pas assez purs, car, si l'affection mutuelle des enfants risque de ne point avoir l'intimité de l'amitié fraternelle, elle risque d'autre part, par les mêmes motifs, d'en passer les bornes. Les jalousies des fils de Jacob, les scandales et les crimes qui souillèrent la famille de David, sont des faits trop

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connus à l'appui de nos assertions. L'Évangile a pu seul garantir l'affection fraternelle, et les lois des peuples chrétiens se sont conformées à ses ordres en proscrivant le mariage des parents rapprochés.

Il faut finir, chrétiens; vous avez compris par le rapide tableau que je vous en ai retracé, quels ont été les bienfaits inouïs produits par l'Évangile au regard de la famille. Il faudrait presque un livre pour vous dépeindre tout ce qui en résulte d'avantages pour la société en général. L'histoire vous apprendra que là où se trouve le despotisme domestique, là aussi se rencontre le despotisme politique, et que, par conséquent, l'Évangile .en constituant la famille sur la base de l'amour, et non sur celle de la force, a répandu partout sur ses traces un principe fécond de liberté. L'histoire vous apprendra que la vie de l'homme est une vie d'égoïsme s'il n'a pas une famille, une femme et des enfants auxquels il puisse rapporter son existence. Sanscet intérêt toujours vivant, il rapporte tout à luimême, se faisant le but unique de toute son ambition. Point de patriotisme plus large, soyez-en sûrs, que celui du père de famille qui vent assurer aux siens une patrie heureuse et libre. Si les moines célibataires ont pu le remplacer par l'esprit de caste, ce n'a jamais été sans nuire essentiellement aux libertés communes. L'histoire vous apprendra que l'influence bien dirigée du sexe féminin a toujours été utile à la puissance nationale. La société asiatique, qui a banni cette influence, plie de toutes parts devant la société européenne qui la reconnaît. L'histoire vous apprendra que

le droit de propriété, et les lois qui règlent la transmission des propriétés, lois d'une haute influence sur l'ordre social, dépendent eux-mêmes d'une régulière constitution de la famille ; les procès et la dilapidation des propriétés accompagnent tout autre système. L'histoire, enfin, vous apprendra que la vie de famille est la plus sûre sauvegarde de ces principes religieux et moraux sans lesquels les peuples courent à leur ruine. H y a eu, même au sein du christianisme, des siècles de scepticisme et d'irréligion; jamais ces siècles n'ont ménagé l'esprit de famille, ils ont toujours grandement affaibli, sinon complètement détruit, les liens du mariage , semé le doute sur la nécessité des vertus domestiques, et précipité la société à la recherche de plaisirs excessifs entièrement étrangers aux douces joies de la famille.

Il serait, sans doute, superflu d'insister davantage; vous êtes pénétrés d'une profonde reconnaissance pour le Sauveur. Si ce sentiment faisait défaut dans vos cœurs, des paroles ne l'y feraient pas entrer. Je vous dirai donc en terminant : Travaillez tous, selon le Seigneur, à maintenir tes conditions d'un véritable et profond esprit de famille, ces conditions qui se résument toutes en une seule, l'amour. Maris, aimez vos femmes, ayez pour elles beaucoup d'égards; aimez aussi vos enfants, et ne les traitez point avec aigreur, de peur do leur ôter le courage. Femmes, soyez modestes et soumises, respectant vos marie, et travaillant à leur complaire en tout ce que Dieu approuve; n'imitez jamais les femmes oisives à qui saint Paul reproche d'être curieuses, causeuses, courant de maison en maison, et parlant de choses qui ne les concernent point (ITimoth.V, 13); mais gouvernez bien votre propre maison, et donnez-y

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toujours l'exemple de la bonté. Enfants, obéissez à vos parents, car cela est juste. Enfin, soyez tous en parfaite intelligence, compatissant les uns aux peines des autres ; ayant une charité fraternelle, de la miséricorde et de V humanité ([ Pierre III, 8). Alors, le Dieu de l'Évangile tous bénira, et déjà sur cette terre, il vous fera recueillir en abondance les doux fruits de la justice.

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