‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 24 sur 32 · ONZIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

ONZIÈME DISCOURS

imnifCE SUB LES CONDITIONS SOCIALES.

Que chacun demeure dans s* condition.

(I Coi. VII, ».)

II y a dans toutes les sociétés des hommes deux faits généralement acceptés, et qui ont pour but d'en lier les diverses parties : un gouvernement et un culte ; un gouvernement chargé de déterminer l'état extérieur de la société et d'en fixer les lois ; un culte destiné à fournir un centre commun d'adoration et de prières à tous les citoyens. Ces deux branches importantes de l'organisation sociale se retrouvent partout; on peut même dire que, sans elles, il n'y a point de peuple. Mais, autant il y a sur ce point d'uniformité entre les nations, autant et plus il y a de variété dans la manière dont chacune d'elles a constitué son gouvernement et son culte ; aussi rapidement on est d'accord à vouloir l'un et l'autre de ces deux liens sociaux, aussi lentement on parvient à s'entendre sur leur organisation. Les débats de la politique et l'appréciation des diverses formes que l'État peut revêtir, les discussions semi-politiques, semi-théologiques que fait naître la constitution de l'Église, les théories variées sur les rapports mutuels de l'État et de l'Église, ont occupé dès longtemps , et occuperont longtemps encore les pensées des hommes. Il y a en effet, dans ces choses sur lesquelles veille l'œil de la Providence et où s'exerce sa sagesse infinie, il y a un élément humain,

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dès lors incertain, variable, imparfait; l'origine d'une nation, le climat qu'elle habite, le hasard des événements historiques qu'elle traverse, celui des volontés et des passions qui se jouent dans son sein, modifient les formes extérieures sous lesquelles elle s'offre à l'observateur, ici d'une manière heureuse, là d'une manière fâcheuse; l'organisation de ces formes est abandonnée par la volonté de Dieu à l'action libre de l'homme. Sous ce point de vue, il est indispensable de séparer la manifestation directe des ordres divins, la religion proprement dite, des manifestations extérieures de l'état social ; la foi du cœur, la croyance en la doctrine révélée, l'obéissance aux préceptes qui.cn dépendent, sont choses distinctes du gouvernement et même du culte; on peut faire son salut enfin, sous tous les gouvernements, tout comme aussi, lorsqu'on possède la vérité religieuse, on peut le faire en adorant Dieu de diverses manières. Oui, inscrivez dans vos cœurs cette vérité aussi positive qu'elle est rassurante, c'est que l'œuvre de votre salut est une œuvre tout autre que celle de la politique et même que celle du culte extérieur ; c'est un travail de sanctification et de perfectionnement qui doit s'exécuter dans le secret de votre cœur, que tes actes du dehors peuvent sans doute faciliter ou entraver, mais qui, en fin de compte, n'en dépend nullement. Dès lors ne vous étonnez point si les enseignements de votre Sauveur, si l'Évangile ne renferme presque aucun précepte direct sur la constitution des États, ni même sur celle des Églises : Celui qui n'avait pas son royaume dans ce monde, Celui qui était venu, non pour gouverner les hommes, mais pour les arracher à la tyrannie du péché, n'avait pas à régler les contestations de ce monde. Une seule chose est

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dite dans l'Évangile en regard des gouvernements et des princes, c'est un conseil, c'est même un ordre donné aux premiers chrétiens de se distinguer par leur obéissance et par leur éloignement des débats politiques : Soyez soumis aux puissances supérieures, dit saint Paul (Rom XIII, 1), soyez soumis à tout établissement humain, aux rois et aux gouverneurs, dit saint Pierre (1 Pierre II, 43, 14); rendez à César ce qui est à César , avait dit déjà leur divin Maître.

Cependant si le christianisme n'a prétendu conquérir aucune influence directe sur l'organisation politique des peuples, il n'en exerce pas moins une immense influence indirecte; ses principes de morale, ses préceptes à jamais admirables étendent leur puissante action sur tous les détails de l'ordre social ; ils sont annoncés aux princes aussi bien qu'aux snjets, et si les lois de ce monde se mettent en opposition avec ce qu'ils prescrivent, elles rencontrent encore un insurmontable obstacle. — Voyez d'abord avec quelle sage réserve les fondateurs du christianisme mettent à l'abri de tout reproche l'ordre donné à leurs disciples de ne point résister aux puissances de ce monde. Jésus, en enjoignant de payer le tribut à César, ajoute aussitôt : Rendes à Dieu ce qui est à Dieu ; saint Paul, en prêchant la soumission, donne pour motif que le mandat des princes est de punir le méchant et de rendre bonne justice ; saint Pierre, en répétant cet ordre, insiste sur le même motif, les gouverneurs et les rois étant envoyés de la part de Dieu pour punir les méchants et pour honorer les gens de bien : c'est donc là, c'est dans l'accomplissement de ce mandat sacré que l'Évangile place le titre des chefs de l'État à l'obéissance de lenrs sujets. —Hais il y aplus, l'esprit du christianisme a ses

affections et ses répugnances, noua l'avons déjà suffisamment démontré; H faut donc que là où règne cet esprit, là aussi les lois en ressentent la sublime influence. Autre est Le prince animé de l'esprit évangélique , autre le despote païen qui adore Les dieux de boue; autres le but et la tendance d'un gouvernement vraiment chrétien , autres les actes du gouvernement des gentils. Qu'il nous suffise, pour vous faire toucher au doigt cette vérité, de nous en tenir aux paroles de notre texte, elles renferment un précepte applicable à tous les hommes, aux grands comme aux petits, aux puissants comme aux faibles, à ceux qui commandent tout comme à ceux qui doivent obéir : « Recherchons tout ce qui peut contribuer à la paix, et tout ce qui peut servir à nous édifier les uns les autres ; » double tendance qui doit caractériser l'ordre social chez les chrétiens et qui, en effet, s'est réalisée chez eux, non parfaitement sans doute, hélas ! par la faute des passions humaines, mais certainement plus que partout ailleurs.

Le gouvernement et les lois d'un pays chrétien doivent être et sont imbus d'un caractère spécial de douceur et de paix; c'est le premier point que nous nous efforcerons d'établir.

Le gouvernement et les lois d'un pays chrétien doivent se proposer et se proposent en effet un but moral, l'amélioration morale en même temps que l'ordre matériel; c'est le second point que nous démontrerons.

Les devoirs des princes et des magistrats chrétiens seront tracés par cette double direction; ceux aussi des simples citoyens, s'ils aiment vraiment leur patrie et s'ils veulent son bonheur.

Aidez-nous du secours de votre bienveillante attention, et que Dieu bénisse nos réflexions. Ainsi soit-ill

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