‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 25 sur 32 · I. PAIS ET DOUCEUR · texte numérisé non relu

I. PAIS ET DOUCEUR

L'amour de Dieu, l'amour du prochain et te détachement du monde, tels sont les préceptes fondamentaux de la morale chrétienne; telles sont aussi pour les peuples chrétiens les garanties qui assurent la douceur de leurs lois. — L'amour de Dieu! la constante direction de la pensée vers ce Dieu qui , dans l'Évangile, a pris la bonté comme son attribut définitif, vers ce Dieu qui a déposé la vengeance, la juste vengeance attirée sur L'homme par le péché, eu déclarant qu'il ne voulait point la mort du pécheur, vers ce Dieu qui s'efforce d'amener à lui le méchant en lui dispensant, comme à l'homme de bien, ses pluies et ses saisons fertiles ! L'amour de Dieu ! la pensée de Dieu pourrait-elle demeurer sans efficace sur ceux qui ont reçu de Lui la mission de dispenser aussi sur cette terre justice et miséricorde? Oui, sans doute, le prince qui se considère comme le messager du Dieu de l'Evangile s'efforcera d'en être l'imitateur; c'est les yeux tournés vers le Ciel qu'il gouvernera la terre, travaillant parla sagesse de ses volontés à y introduire quelque reflet de cet ordre admirable qui règne dans le Ciel, de cette paix inaltérable qui demeure à jamais dans les profondeurs du firmament.

L'amour du prochain ! la charité et l'humanité! ces vertus caractéristiques du chrétien, pourquoi ne distingueraient-elles pas les chefs dos nations et ne se liraient-elles pas dans leurs lois? Les lois sont en réalité la description des mœurs, et si les mœurs sont douces et pacifiques, les lois le deviendront aussi. Or le chris-

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tiauisme, s'il est bien compris et s'il réussit à se faire obéir, ne peut manquer d'adoucir à la fois et les mœurs et les lois; devant lui disparaîtra le despotisme capricieux qui, se jouant de ta justice et des droits les plus sacrés , ne recule devant aucune barbarie ni aucune douleur; devant lui disparaîtra l'abus de la vengeance, et la société effrayée des maux qu'entraîne cet abus, multipliera garanties et précautions pour lui substituer une sage administration de la justice; devant lui et par lui s'élèveront une foule d'institutions charitables destinées à soulager, sinon à faire cesser les infortunes de ce monde; c'est à son appel que les cœurs répondront quand leur sympathie accueillera les manifestations de la charité et quand leur indignation flétrira les actes privés ou publics d'inhumanité; c'est sa voix, sa voix puissante qui, plus tôt ou plus tard, mais infailliblement un jour, donnera aux nations le bienfait d'une civilisation paisible et douce.

Le renoncement enfin , et le détachement des choses périssables de ce monde ! La source incessante et fatale de toute discorde, c'est l'intérêt; le principe de tout ordre et de toute paix, c'est d'une pari le respect pour la justice et les droits de chacun, c'est d'autre part les concessions bienveillantes et le sacrifice de ses propres droits. Or est-il, je vous le demande, une doctrine qui, plus que la doctrine évangélique, ait insisté sur ce double devoir? Faites à autrui tout ce que voulez qui vous soit fait à vous-mêmes, dit le Sauveur; souffrez quelque tort plutôt que d'entrer en procès; ne recherchez point uniquement votre intérêt particulier; voilà les ordres du christianisme; si ces ordres sont suivis, la société présentera l'aspect de la paix.

Demandez aux publicistes, aux philosophes, ils vous

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le diront d'une commune voix; le règne de l'égoïsme est un état de guerre de tous contre tous, tantôt patent, déclaré, féroce comme chez les sauvages, tantôt latent, déguisé, ennobli comme chez tous les peuples où règne une civilisation sans dévouement; avec le principe de l'intérêt, chacun travaille pour soi et s'efforce d'enlever aux autres leurs avantages; avec le principe du renoncement, qui est le principe chrétien, chacun se dispose à céder une partie de son avantage pour procurer le bien général. — Oui, je le répète, humanité et paix, telles sont les promesses de l'Évangile, — Mais ces promesses, les a— t -il tenues?... les a-t-il tenues?.,. Ah ! sansdoute, il n'est que trop certain ; au milieu des peuples chrétiens on a pu compter beaucoup de mauvais princes, on a vu faire des guerres atroces, on a parfois écrit des lois cruelles ; les passions humaines que l'Évangile veutrégler, mais qu'il ne prétend pas détruire, ont mis leurs poids dans la balance et l'ont souvent fait pencher vers le mal ; sans doute il a fallu du temps, beaucoup de temps pour que l'œuvre chrétienne pût triompher et se développer à son aise, et ce long enfantement n'a pu s'achever sans douleurs : tout cela est vrai ; il est même vrai qu'aujourd'hui encore nous pouvons être exposés à voir les principes de l'Évangile méconnus ; mais ce qui est plus vrai, pour ainsi dire, c'est que nulle part plus que dans les pays chrétiens on ne voit le gouvernement et les lois se conformer aux règles sacrées de l'humanité.

Venez, voyez et comparez; quelle est la région du monde où l'on ne connaît plus le despotisme absolu, où les mœurs lui imposent d'étroites limites alors même qu'il n'est pas bridé par des lois précises 1 Quelle est la région qui a vu successivement disparaître de .- t ■

ses codes les barbaries qui en déparent tant d'autres, le droit de la vengeance, la torture, le raffinement des supplices, la prodigalité de la peine de mort? Sous quelle inspiration est né eet admirable droit des gens qui soumet même la guerre aux principes de l'humanité? Cette région, c'est celle qu'habitent les chrétiens; celle inspiration, c'est celle de l'Évangile. Parcourez l'histoire de tous les peuples païens, anciens et modernes, et comparez : allez chez les sauvages, y contempler en plein ta férocité des mœurs, la guerre en permanence, l'extermination des prisonniers, les cruautés les plus atroces; interrogez les peuples qui se disent civilisés, les anciens Romains, les Indous, les Turcs, les Chinois, les Arabes, tous, tous presque sans exception ; là se trouvent ces sultans ou ces pachas, despotes invisibles, adorés comme des dieux, souvent aussi cruels que capricieux, qui ne font aucun cas de la vie, des biens et de l'honneur de leurs sujets ; là est l'absence de toute loi ou la présence de lois barbares sous lesquelles vivent opprimées des populations immenses ; là les guerres sont toujours épouvantables , sans autre règle que la force et le désir d'inspirer la terreur; en résumé, l'inhumanité* le despotisme et la guerre sont chez les chrétiens des exceptions qui doivent diminuer chaque jour, taudis que chez les autres peuples, c'est l'état habituel, sans qu'il soit possible d'en prévoir ta cessation.

Qu'on ne nous objecte pas les guerres de religion que le christianisme n'a point su empêcher et dont son histoire offre malheureusement de trop nombreux exemples! Ces dissensions et ces guerres ont pris la religion pour prétexte, mais celle-ci ne les a jamais ordonnées; elle n'en est pas la cause; c'est malgré l'É-

vangile que l'homme ambitieux et cruel combat ses semblables ; c'est encore plus malgré l'Évangile que ces combats sont placés sous l'égide de la religion. D'ailleurs ne tous imaginez pas que les guerres de religion ne se soient vues qu'au sein du christianisme; il y en a eu chez les peuples païens, et si de telles guerres chez les chrétiens ont été affreuse», chez les païens elles ont été mille fois plus épouvantables : les sectes musulmanes vivent dans un état d'hostilité qui a souvent éclaté par la guerre; les idolâtres indous se partagent entre les dieux Brahma et Bouddha, et leurs rivalités, après avoir couvert de sang le sol de l'Inde, ont amené l'expulsion en masse des bouddhistes. Hélas! partout on voit l'iniquité du coeur de l'homme puiser dans la religion elle-même des aliments et des prétextes; mais s'il 7 a sur ce point quelque différence à établir, elle est toute en faveur du christianisme qui a successivement adouci les barbaries de ces guerres et qui, par l'aide qu'il prête aux progrès de la civilisation, tend ouvertement à en prévenir le retour.

Au reste, s'il était besoin d'ajouter quelque chose aux preuves que nous avons données, nous en trouverions de nouvelles dans les objections mêmes qu'on a élevées contre l'influence politique de l'Évangile : on lui a reproché d'énerver les caractères, d'affaiblir le sentiment de l'honneur, de conseiller l'abandon do bon droit, de condamner en un mot le courage civil et militaire et de livrer ainsi le faible sans défense à toutes les vexations du fort. Ce reproche apparent ne repose que sur L'exagération d'un fait vrai, savoir que l'Évangile recommande partout la charité, le support et la paix; à ce titre nous acceptons pour l'Évangile avec gratitude, comme un immense éloge, ee qui lui est op-

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posé comme un blâme ; mais ce que nous ne pouvons accepter, ce que nous repoussons en son nom, c'est qu'on dénature ses intentions en lui prêtant des vues exagérées qu'il n'a jamais professées. Non, l'Évangile ne proscrit point cette sainte indignation, cette juète susceptibilité qu'excite la violation du droit et l'oubli du devoir; le Sauveur, qui à la vue des profanations du temple s'arma d'un fouet, renversa les tables des changeurs et chassa ces trafiquants, le Sauveur, qui attaqua en face les hypocrites pharisiens et qui dévoila leurs turpitudes en bravant leur redoutable colère, le Sauveur n'a pas pu, n'a pas voulu paralyser une courageuse sévérité; mais ce qu'il a voulu, c'est que cette sévérité ne se déployât que pour le bien, non pour le mal, et dans ce but qu'elle fût toujours accompagnée de la charité. Le courage sans charité est le courage brutal ; le courage avec charité est un courage moral, c'est-à-dire un courage chrétien. Oui! ils étaient animés de l'esprit du christianisme les martyrs de tant de saintes causes que les passions humaines ont persécutées , les martyrs de la foi , les martyrs de la liberté, les martyrs de la tolérance, les martyrs du dévouement dans les calamités publiques, les martyrs du patriotisme ; leurs noms et leur mémoire seront toujours révérés comme ceux de chrétiens fidèles. — Vous craignez que le christianisme ne favorise le despotisme et le droit du plus fort, parce qu'il prêche Tordre et qu'il recommande la soumission aux puissances établies ; mais encore une fois, regardez les faits; ils sont une victorieuse réfutation de vos craintes. Si l'Évangile favorisait le despotisme, comment arriverait-il que la liberté n'a pu s'asseoir solidement que dans les populations chrétiennes 7 Si l'Évan-

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gile livrait les petits sans protection aux caprices des grands, comment se ferait- il que dans ces populations se trouve le plus de réelle égalité, le plus de lois impartiales, le plus de tribunaux intègres, le plus de magistrats incorruptibles? Si l'Évangile voulait favoriser ou même laisser cheminer sans entraves l'absurde droit du plus fort, pourquoi n'a-t-U pas prêché la morale des intérêts, au lieu de la morale du renoncement? Voilà ce qu'il aurait dû faire, car la morale des intérêts, c'est finalement le triomphe du plus fort, c'est le despotisme, c'est l'oppression. Si vous voulez observer tous ces fléaux sociaux , allez donc vers les peuples païens; il n'y a pas tant de chemin à faire pour les rencontrer; sur eux pèse le niveau commun de l'asservissement ; mais pour vous, chrétiens, vous connaissez le sens pratique de ces mots: ordre, liberté, légalité, paix, humanité : dix-huit siècles de durée vous ont permis de faire, sur tous ces chefs, la comparaison des influences évangéliques et de donner gloire à votre Sauveur.

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