‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 26 sur 32 · II. MORALITÉ · texte numérisé non relu

II. MORALITÉ

« Recherchons tout ce qui peut servir à nous édifier les uns les autres. » Cette règle s'applique aux peuples avec autant de justesse qu'aux individus; elle signifie que leurs actes, leurs lois, leurs institutions doivent se distinguer par une tendance de haute moralité, et en cela encore elle place le christianisme fort au-dessus des religions païennes.

Ne croyez pas que la douceur suffise dans le régime social; si cette douceur, cette humanité précieuse se mettent jamais au service de l'immoralité, elles amè-

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nent la corruption ; si elles n'ont pas pour résultat d'assurer le triomphe du juste, mais bien de favoriser le méchant, elles ne sont plus qu'une indigne lâcheté pleine de fruits amers; mieux vaut, mille fois mieux vaut une sévérité momentanée qu'une coupable tolérance, dont le moindre mal est d'ouvrir les voies au retour des vexations et de la tyrannie. Je dis môme que sur ce point, l'indifférence apparente des lois est un funeste symptôme, attendu qu'elles ne sauraient négliger l'édification commune ni oublier la moralité publique, sans faire courir au peuple de sérieux dangers. Pour contre-balancer et paralyser la désolante activité du mal, il faut déployer une activité tout aussi grande en faveur du bien. Ne pensez point en conséquence qu'il vous suffise de voir s'accomplir le but positif et matériel d'une institution, si le but moral est manqué ou seulement s'il est négligé ; peut-être parviendrezvous à subjuguer les corps, mais vous n'aurez pas dompté les passions; peut-être aurez-vous satisfait l'intelligence, mais tous n'aurez point avancé la conversion du cœur; peut-être aurez-vous procuré quelques jouissances passagères, mais vous n'aurez point édifié. Il y a ceci de remarquable, que jamais le but moral bien entendu ne compromet ni n'entrave le but matériel, tandis que la recherche exclusive de ce dernier compromet souvent le premier. Eh bien ! je tous le demande, où peut-on dire que cette tendance d'édification ait été le plus sérieusement voulue, le pins complètement réalisée? Hélas! nulle pari, sans doute, d'une manière suffisante; car ici intervient sans cesse l'action de l'homme, et cette action est toute pleine d'égarement. Partout, en tout temps, on a dû déplorer les excès de la mauvaise foi, de l'intempérance, de la

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cruauté, de l'impiété; mais il y a cependant des différences, et de grandes différences : il y a dans la recherche de la moralité des lois un avantage marqué en faveur des peuples chrétiens, et cet avantage ne peut être attribué qu'à la sainteté de leur précepte religieux. Qu'il me suffise, pour vous convaincre, de comparer rapidement, sur quelques points de l'organisation 1 sociale, les chrétiens avec les païens, et par exemple, sur les suivants : les institutions d'éducation et de phi- ' lanlhropie; les moyens de répression et de police; enfin les plaisirs et les divertissements nationaux. 11 ne me sera pas difficile d'établir que le point de vue moral n'a guère été consulté en ces sujets que depuis l'établissement du christianisme.

C'est déjà une grande supériorité morale pour un peuple que de posséder des institutions d'éducation et de charité ; c'est la preuve qu'on met une haute importance d'une part à perfectionner l'intelligence, d'autre part à ealmer la douleur. Peu importe, au moins directement, pour le progrès matériel de ce peuple qu'on y voie ces précieux établissements; il pourrait à toute rigueur avoir une grande puissance, un commerce étendu, de belles routes ; mais s'il veut soigner autre chose que le corps et la vie matérielle, s'il prend intérêt à l'âme et au cœur, il ne se contentera pas de ces avantages, il en voudra de plus précieux. Or, c'est précisément cet intérêt que le christianisme inspire à tous ses disciples, en les détachant du monde extérieur et en élevant leurs yeux vers le ciel; c'est cet intérêt qu'il développe en mettant la charité en tète des vertus évangéliques. Les anciennes républiques de la Grèce n'avaient point d'institut public; quand les grands philosophes de ce pays voulurent répandre

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leurs doctrines, ils enseignèrent de leur chef, en par* ticulier, dans leurs maisons ou leurs jardins ; l'éducation restait abandonnée aux soins volontaires de chacun. Les hospices publics, les hôpitaux sont aussi une création de l'Église chrétienne; dans Rome païenne, les grands nourrissaient et amusaient un peuple paresseux, mais dans Rome chrétienne, on s'occupa de lui fournir du travail et de soulager habituellement ses misères. N'en douions pas, si l'on vit dès lors des nations qui repoussent l'Évangile, des Mahométans, se distinguer par leurs établissements nationaux, ce fat à la suite des fondations analogues de la chrétienté et' par esprit d'imitation : il y eut cependant, il y aura vraisemblablement toujours une différence notable entre ces dernières et toutes les autres, e'est que chez nous, on pense au perfectionnement moral et religieux; ailleurs on soigne le corps, on s'occupe de la santé, on développe peut-être la mémoire, les connaissances positives ; chez les chrétiens seulement, un veut aller plus loin, on travaille à régénérer l'âme on à lui inspirer des sentiments de moralité. Entrez dans une école chrétienne, vous y trouvez l'instruction religieuse placée à côté de l'instruction civile , peut-être au-dessus ; tous trouvez un maître atlentif à ce que ses élèves aient de bons procédés envers tous et soient conduits par de nobles sentiments; vous voyez les méthodes d'autant plus appréciées qu'elles sont plus aptes à inspirer de louables pensées; vous entendez les directeurs, tous d'accord à souhaiter que l'éducation marche parallèlement à l'instruction, ne différer que sur les moyens. Entrez dans un hôpital chrétien, là aussi le soin de l'âme préoccupe les fondations et les chefs de l'établissement ; à côté de la salle des malades est la chapelle,

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el dans cette salle même de pieux exercices ramènent les malheureux à la pensée de leur Dieu ; là se font de sérieuses investigations sur les causes morales de la misère et sur les moyens de la prévenir; là se donnent de bons conseils et de sages directions ; des hommes et des femmes dévouées, en se consacrant à l'œuvre de la charité, ne craignent pas de déclarer qu'ils t'ont entreprise comme une œuvre religieuse, comme un vrai sacerdoce pour leur propre salut et pour celui des affligés : ce sont là des fruits de l'Évangile; lui seul a su dicter un si grand zèle et le diriger vers la réalisation d'avantages purement spirituels. Guérir l'âme, tel est donc le but premier de la philanthropie chrétienne.

C'est assez dire que ce but ne sera point méconnu, quand il s'agira des rapports de la société avec les hommes qui cherchent à lui nuire, avec les criminels : la nation chrétienne ne se contentera pas de les tenir en respect et de les faire surveiller par une police purement matérielle; cette victoire sur leurs corps ne lui suffira pas ; elle en désirera une autre plus grande et plus difficile, la disparition des causes morales du crime. Les magistrats s'efforceront .sans doute de connaître et de comprimer les classes dangereuses de la société, mais ils iront plus loin ; pénétrant dans le mystère des besoins eachés, des désirs secrets, des tentations ignorées, ils travailleront à prévenir le mal ou à en empêcher le retour; ils proposeront des améliorations sociales, défendant là où il faut défendre, et permettant là où il faut permettre; ils appelleront ainsi au secours de la société la force morale tout aussi bien que la force matérielle. Puis, s'ils sont contraints de punir, dans ce moment-là même ils redoubleront d'empressement et de vigilance. J'entends parler sou-

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vent du peu de succès que les philanthropes chrétiens obtiennent dans leurs tentatives en faveur de la régénération morale des prisonniers; peut-être a-t-on exagéré sur ce point les espérances pieuses; peut-être là plus qu'ailleurs doit-on attendre des désappointements ; mais que l'œuvre esl belle et qu'elle est digne de Celui qui est venu pour sauver tes pécheurs ! Une seule âme vraiment convertie, ou par les religieuses réflexions et les instances sérieuses des ministres du culte, ou par des lectures bien choisies, ou même par le mode de répression qu'ont adopté les lois du pays; une seule âme ainsi gagnée au repentir est une récompense. La prison est presque partout un lieu d'endurcissement et de corruption; chez les païens, elle n'a jamais été autre chose. H était réservé à l'esprit de l'Évangile d'y faire entendre le mot de régénération; il lui est réservé de rendre cette œuvre de plus en plus efficace. Quittons maintenant, pour quelques instants, le spectacle des infortunes ou des crimes de l'humanité pour considérer ses délassements et ses jeux, et nous retrouverons encore ici la vertu sanctifiaote de l'Évangile. Les divertissements populaires, nous ne saurions le dissimuler, forment une partie importante des mœurs nationales, et pour bien comprendre un peuple, il faut aller le contempler dans ses fêtes ; s'il a besoin de spectacles cruels où l'on répand le sang des animaux, et peutêtre celui des hommes, ses mœurs sont encore barbares; s'il aime Les propos indécents ou les jeux qui outragent la pudeur, les mœurs sont corrompues. Or, ce sont là les caractères qui distinguent presque toutes les fêtes nationales du paganisme; il n'est, dans le monde païen, pas une nation, même civilisée, qui, à toutes les époques de son existence, n'ait eu ses diver-

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lissements sanglants ou ses orgies licencieuses. Tour arrêter le développement de cette excitation que procure l'humanité ou la débauche, il faut une influence supérieure, une influence religieuse : cette influence, l'Évangile l'a offerte aux peuples. Sans doute ils ne l'ont pas toujours acceptée avec autant d'empressement qu'ils l'auraient dû; il y a encore des restes de barbarie dans les jeux de quelques peuples ; on voit encore des théâtres beaucoup trop libres, et des goûts condamnables mettent de temps en temps à la mode une littérature déhontée. Toutefois, la chrétienté ne tolère nulle part rétablissement public des fêtes licencieuses ; on sait que les gouvernements y prennent ostensiblement la morale publique sous leur tutelle; leurs lois et leurs règlements de police se proposent d'eœpécker tmt excès public, et cria non seulemeet das* l'intérêt de l'ordre, mais aussi 'dans celui des mœurs. Il y a même à espérer que plus le christianisme acquerra d'empire et avancera son œuvre de civilisation, plus il popularisera une sage et prudente retenue. Il est donc vrai, l'élément moral est toujours présent au milieu de la société par l'action évangéltque : la politique intérieure ou extérieure des nations païen • nés , leurs diverses institutions peuvent à toute rigueur se passer de moralité, jamais la politique et les institutions des peuples chrétiens. L'Évangile anime tout l'édifice social d'un souffle de vie; par son moyen, le principe moral, que la raison humaine aurait dû conserver, et que presque toujours elle a laissé perdre, ce principe fécondant a pénétré toutes les parties de la société; il s'y est en quelque sorte infiltré, et l'on en reconnaît les traces, même dans les plus mauvais temps. Bienfait inappréciable! immense miséricorde!

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source toujours préseate de pures et saintes bénédictions !

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