INFLUENCE SUR L'EGLISI IT LI CULTE
Dieu cil esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité.
(JlAB IV, 24.)
S'il est une vérité qui semble devoir être à l'abri de toute contestation, c'est sans doute l'influence que les institutions religieuses d'un peuple exercent sur la moralité de ee peuple, sur son intelligence, sur ses progrès spirituels et même sur ses progrès matériels.
Le fait est évident en ce qui concerne les dogmes et les préceptes de la religion nationale : ou cette religion usurpe le nom qu'elle porte, ou sa doctrine et sa morale religieuse réagissent sur tous les détails de la vie individuelle et sociale; la pensée religieuse est l'âme du corps social,- elle en règle toutes les parties; elle en domine tous les mouvements; chacune des articulations de ce grand corps lui obéit ou en ressent la puissante action. Cette pensée est-elle noble, grande, digne de l'homme dont elle doit remplir le coeur, digne surtout de Dieu dont elle émane, ce souffle divin répandra partout une atmosphère de sainteté et de grandeur; cette pensée, au contraire, est-elle basse, superstitieuse, impure, vous verrez les masBes se dégrader et se corrompre, n'ayant plus devant elles le frein salutaire de la religion, trouvant même un aliment à leurs mauvaises passions dans ce qui aurait dû en arrêter l'essor. Pour nous, en particulier, qai avons suivi le christia-
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nisme dans son œuvre et qui en avons étudié toutes les influences, il est démontré que, sans .l'autorité de ses dogmes, sans celle de ses commandements, la 'marche de la civilisation eût été ou beaucoup plus lente ou beaucoup moins sûre.
Nous pouvons cependant et nous devons ajouter encore, que si l'influence d'une religion est grande par ce qui en constitue l'essence et le fond, elle est grande aussi par la forme et par les dehors qu'elle sait revêtir. Toute religion, en effet, conduit à former une Église, et dans cette Église on trouve un culte, des temples, des cérémonies, des ministres, des fidèles; c'est là le corps dont s'enveloppe la pensée religieuse dès qu'elle aspire à devenir un élément de sociabilité. Rien de tout cela ne serait nécessaire, si la pensée religieuse restait la propriété individuelle de chaque homme, si elle demeurait ensevelie au fond de sod cœur, connue seulement de Dieu à qui elle s'adresse : celte effusion de l'âme vers sou Créateur n'a besoin ni d'autels, ni de temples, ni de ministres; elle se manifeste par une prière, par un soupir, par une émotion vive ; Dieu seul en est témoin et il ta recueille. Mais du .moment où l'on aspire à faire partager à d'autres ses impressions pieuses, du moment où l'on veut prier en commun, adorer en commun, chanter en commun les louanges de l'Éternel, du moment où l'on désire ressentir les vives joies de la sympathie religieuse et la douce contagion de la piété, dès ce moment on doit recourir à l'Église et aux formes qu'elle aura adoptées; la réunion des fidèles est une véritable société qui a ses lois, son gouvernement, sa discipline; c'est dans les temples que les frères se convient à de saintes assemblées; c'est autour d«9 autels, dans des cérémonies communes, que
les coeurs s'unissent en une même pensée; tous prient ensemble par la bouche de l'un d'entre eux. Il y a là pour la religion une nouvelle et immense source d'influence, d'une influence heureuse ou redoutable. L'Église, en effet, est une puissance; les règles de l'Église, les intérêts que ces règles font naître, les hauts privilèges qu'elles confèrent, peuvent efficacement contribuer au but final de toute vraie religion, la sanctification des âmes et le salut, tout comme elles peuvent s'éloigner de ce but ; il est même certain que pour les masses, frappées avant tout de ce qui est extérieur, de ce qui se sent, de ce qui se voit, de la forme en un mot, la bonne organisation de l'Église est de première nécessité.
L'Évangile a suivi sur ce point sa marche habituelle j il a laissé à la liberté de l'homme tout le soin dé cette organisation qui n'est que temporaire et pour ce monde; on n'y trouve qu'un fort petit nombre de préceptes directs sur l'Église, ses cérémonies et ses chefs; encore ces préceptes paraissent-ils pour la plupart spéciauxà l'Église primitive : mais, d'uutre part, l'influence indirecte de l'Évangile est à cet égard aussi puissante et aussi formelle que sur tous les autres points de l'ordre social ; il imprime à sou Église une impulsion générale à laquelle celle-ci ne saurait résister sans danger, et qui se résume dans les paroles de notre texte : // faut que ceux qui adorent le Dieu de l'Evangile, l'adorent en esprit et en vérité. Deux conditions sont donc imposées à l'Église chrétienne : il faut d'abord qu'elle ait un culte d'esprit; il faut encore qu'elle ait un culte de vérité. L'Église chrétienne sera plus que toute autre une Église spirituelle et une Église favorable à la liberté de conscience par laquelle le règne de la vérité parvient à s'établir : spiritualisme et liberté, tels sont le» deux car acte.
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lères disu'ndifs que le christianisme a imprimés à la société religieuse.
Écoutez-en les preuves, el comprenez en conséquence les devoirs qui en résultent pour voue, comme membres de cette Église que vous vous plaisez à nommer la communion des saints! Ainsi soit-it!
§ I. SPIRITUALISME DE l'ÉCLIBE.
Le salut, le salut des âmes, étant le but premier, fondamental de l'Évangile, les conditions de ce salut étant placées par lui dans la soumission de la chair et dans le règne de l'esprit, il est impossible que l'Évangile, bien compris et bien expliqué, voie renaître la domination de la chair et l'asservissement de l'esprit. Aussi, dans la constitution de l'Église chrétienne, si du moins elle reste fidèle aux volontés de son-divin chef, le terme final de chaque élément sera l'instruction de l'esprit, l'édification de l'âme ou la sanctification du cœur; toute institution qui n'atteindra pas ce 1 but spirituel sera inutile ou fâcheuse ; éclairer, régénérer, sauver en un mot, inspirer de hautes pensées, de bonnes résolutions, des actes vertueux, tel devra être, au point de vue de l'Évangile, le résultat de tous les éléments qui composent l'Église, >,
Je vois d'abord le culte et les cérémonies de l'Église. . Sans doute un culte parlant aux sens, et pénétrant jusqu'à l'âme par leur intermédiaire, peut contribuer àla bonne direction de la pensée; personne ne saurait demeurer insensible aux pompes* majestueuses de la religion, à la suave harmonie d'une pieuse musique,
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à la beauté des représentations et des peintures religieuses; même pour plusieurs, cet appareil extérieur est nécessaire; et sans son secours, ils ne seraient ni émus, ni ébranlés, ni convertis. Dieu a permis que, par les yeux du corps, les veux de l'esprit pussent être ouverts , et l'Évangile lui-même a souvent désigné l'Esprit divin sous des emblèmes physiques, sous ceux de la lumière ou de la flamme. Il est cependant facile de comprendre quels dangers renferme cette tendance matérielle, si elle n'est contenue dans de sages limites : l'àme, dont on satisfait ainsi les appétits grossiers, s'accoutume bientôt à ne vouloir aucun autre aliment. Pour exciter sa piété, il lui faut des pompes, des chants, des représentations, des tableaux, des cérémonies; elle ne sait plus rentrer en elle-même pour offrir i son Dieu un hommage solitaire; puis elle oublie bientôt que ce Dieu n'habite ni un lieu ni un autre lieu, qu'il ne revêt ni une forme ni une autre, forme, qu'il n'a besoin ni déjeunes, ni de génuflexions, ni de sacrifices; elle adore non plus l'Éternel Dieu, mais ce qu'on lui dit d'adorer et là où on lui dit d'adorer : Nos pires, dit la Samaritaine à Jésus, ont adoré sut le mont Guarizim, et vous, vous annoncez qu'il faut adorer à Jérusalem! (Jean W, 19etsuiv.) Bientôt, répond le Sauveur, vous n'adorerez ni sur cette montagne ni dans Jérusalem t car Dieu est Esprit , et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit. Le culte des sens trompe les âmes des simples sur le but et la nature de l'adoration ; rapidement l'accessoire devient le principal, le signe visible prend la place de l'idée invisible qu'il doit représenter; on révère bientôt une statue, un autel, un prêtre, un costume ; on s'arrête à de petits détails matériels auxquels on attribue une grande importance,
croyant avoir masqué son cuite si ou en a négligé quoi que ce soit. — Le culte païen a été presque exclusivement un culte des sens; aussi l'idolâtrie n'eût-elle pas été le fruit de l'ignorance païenne sur la vraie nature de Dieu, elle serait née rapidement de la forme sensuelle du culte; le paganisme, Bnns aucune exception, a été idolâtre, et, sans exception, il a donné à ses disciples un culte sensible et matériel. Une fois entré dans cette voie fatale, il ne peut plus s'arrêter; les cérémonies deviennent de plus en plus nombreuses et aussi de plus en plus matérielles : on le sait, les sens se blasent, et il faut les réveiller par la vivacité croissante des émotions. Le paganisme dut recourir, ou à l'éclat trompeur des pompes cérémonielles, ou aux déplorables séductions de la licence; presque partout son culte, objet de mépris pour les intelligences supérieures, dégénéra pour les masses en cérémonies impures.
Le christianisme est venu accomplir la déclaration de son divin chef et mettre un à l'adoration du corps en fournissant au Dieu de l'Évangile des adorateurs dignes de lui; il a convoqué autour de cette bannière nouvelle tous les peuples que séparaient autrefois des ouïtes aussi variés que leurs climats et leurs régions. Il a fait un solennel appel à ce qui est de tons les temps, de tous les pays, à ce qui est universel, au cœur de l'homme, à son esprit, a son intelligence; il lui a proposé un culte simple, un culte accompagné d'un fort petit nombre de cérémonies , un culte, enfin , qui rappelle toujours quelque idée grande et sainte : Le sabbat a été fait pour l'homme, dit le Sauveur, «t non pat l'homme pour le $abbat. Pourquoi, en vous acquittant des prescriptions de la loi, demandait-il aux pharisiens».
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nigliges-vous les grande» choies, savoir : la justice et ta miséricorde? Il suffit que deux ou trois personnes soient assemblées au nom du Seigneur, et cela fait un culte, et Dieu se trouve au milieu d'elles. Il suffit qu'os demande avec foi de bonnes choses au nom de Jésus, et Dieu les accorde. Il suffit de dire -.Notre Pire, avec le cœur et en sentant profondément ce qu'on demande, et le Père entend ces soupirs qui le touchent à eora*passion. Quelle simplicité ! Quelle grandeur également dans ce culte chrétien ! Quelle distance entre ces adorations spirituelles et les superstitions licencieuses du paganisme ! — Jésus en venant accomplir la loi morale et les prophètes a détruit toutes les cérémenies de l'ancienne économie, et après son sacrifice le sang des victimes a cessé de couler sur les autels. Deux actes cérémoniels, deux seulement, ont été indiqués par lui et institués dans son Église : le baptême, un peu d'eau versée sur le front du nouveau disciple en invoquant sur sa -conversion le Père, le Fils et le Saint- Esprit; la sainte Cène, du pain et du vin partagés entre les communiants avec quelques paroles simples et brèves; voilà tout Ce sont là les seules cérémonies directement instituées par le Sauveur; tout ce qui y a été ajouté par les diverses sectes de l'Église vient des hommes et non de lui. — Ces cérémonies elles-mêmes sont intimement liées à de grandes et majestueuses idées dont le Sauveur exige qu'on ne les sépare jamais. Le baptême indique l'entrée dans l'Église chrétienne , il suppose la connaissance et la foi : Ailes, dit Jésus à ses apôtres, instruisez les nations et baptisez-les ; la sainte Cène rappelle le péché, le sacrifice expiatoire du péché et le salut dont ce sacrifiée est devenu le gage : Faites eesi, dit le Sauveur, en mtmoire de moi; toutes la fois
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que voua- mangerez de ce pain et que vous boirex de cette coupe, vous annoncerez la mort du Seigneur.
Gardez-Yous donc d'exagérer le culte des sens et de mettre en seconde ligne les idées dont le culte doit être uniquement le symbole ; n'étouffez jamais le fond sous la forme ; ne croyez pas à la vertu magique des cérémonies, elles ne peuvent rien à elles seules; mais par elles on vient en aide à la faiblesse humaine qui a besoin d'employer toutes Bes ressources pour ne point demeurer trop en dessous de ce que Dieu a le droit d'attendre; par elles on communique à ses frères l'ardeur religieuse dont on est possédé soi-même, par elles on rend communs à tous les précieux souvenirs et les grands symboles de la foi.
Si l'Église doit être spirituelle par son culte, elle doit l'être aussi par la constitution du sacerdoce. L'Evangile a laissé cette, constitution à régler par l'Église et il s'est contenté de donner aux ministres du culte quelques préceptes spéciaux de pureté et de zèle. Hais cas préceptes mêmes ont frayé la route et montré combien le sacerdoce chrétien doit différer du sacerdoce païen. — Celui-ci se propose pour but le privilège et la possession des avantages terrestres ; il emploie pour moyens les pompes extérieures de la religion et le mystère dans ses dogmes; le prêtre chrétien, au contraire, a pour but unique le salut des âmes, il cherche à tes atteindre par un culte de vérité et par la persuasion de la conscience : il y a tout un monde de distance entre les deux. Les prêtres de l'Inde se constituent en une caste héréditaire, ayant le monopole de la science et de l'instruction, cachant à tous les livres saints, enveloppant leurs doctrines du plus absolu mystère et décrétant arbitrairement leurs sentences; les prêtres de
la Grèce fabriquaient de prétendus oracles dans lesquels leurs dieux prononcent d'inaolnbles énigmes ; les uns et les autres font du temple un dépôt de richesses et gorgent d'or leurs idoles, la puissance et la fortune sont le terme de leur ambition : en est-il de même, du ministre de Jésus-Christ? Non. Si l'on peut reprocher à certains siècles et à certains hommes des déviations de l'esprit évangélique, si l'on a vu le sacerdoce s'oublier dans la recherche des dignités mondaines et perdre la trace du Maître qui fut méprisé des hommes, bientôt l'Évangile a repris son empire, et de salutaires réformes ont fait justice de ces aberrations. Ne redoutez pas actuellement l'ambition et tes empiétements des ministres de Christ; craignez plutôt d'embarrasser et de gêner le ministère par trop de défiance et trop d'obstacles. Ne supposez pas qu'ils veuillent jamais condamner l'intelligence au sommeil et la civilisation à un état de torpeur; les progrès de la science les intéressent autant et plus que d'autres. Venez à eux comme aux messagers de Celui qui proclame le salut après avoir vécu dans la pauvreté; réclamez hardiment leur ministère pour l'amélioration du cœur, pour de pieuses exhortations, pour des œuvres de charité, pour l'édification de tous; vous trouverez, nous en sommes convaincus, qu'avec leur aide vous pouvez adorer en esprit le Dieu qui est Esprit.