‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 29 sur 32 · II. LIBERTÉ DE [/ÉGLISE · texte numérisé non relu

II. LIBERTÉ DE [/ÉGLISE

Rien de plus important, mais rien de plus difficile que de posséder la vérité religieuse: chaque secte,

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chaque Église, chaque école prétend en avoir seule le secret précieux; chacune accuse ses rivales d'erreur ou même d'hérésie. Pour noue qui désirons avec ardeur adorer Dieu «n vérité, nous recherchons avec inquiétude quelle Église sera la plus propre à nous «n fournir les moyens; laissant momentanément de «Qié les preuves qui placent pour nous dans l'Évangile, l'éternelle vérité, nous consultons les formes extérieures, la constitution des Églises, avides d'y trouver des garanties pour, te règne de la vérité. Il y a des Églises de mystère, il y a des Églises d'autorité, il y a des Églises de liberté : lesquelles sont les plus favorables à la vérité et par conséquent au salut? lesquelles nous garantissent le mieux contre l'invasion de l'erreur et du préjugé? Chrétiens-protestants, il ne nous est pas permis d'hésiter; nous répondons sans broncher : ce sont les Églises de liberté, c'est-à-dire celles qui arborent la bannière du Christ et qui y placent le symbole du protestantisme, le signe de la liberté de conscience ; c'est là notre foi , et nous la croyons fondée en raison.

Rien n'est d'abord plus antipathique que le mystère à la vérité; rien de plus favorable à la superstition en même temps qu'à l'incrédulité : ces prêtres invisibles, ce langage inconnu, ces cérémonies bizarres, ces livres voilés, ces dogmes mystiques, cette profonde ignorance dans laquelle on maintient les masses sur les choses religieuses, tout cet appareil d'obscurité entendre et maintient les plus déplorables erreurs; le peuple en est imbu, et les lie à un grossier formalisme des préjugés absurdes et des cérémonies. Voilà toute la religion du peuple dans les Églises de mystère; il est vrai que les savants, les philosophes, les

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hommes instruits secouent les influenças mystiques de ces religions prétendues; mais c'est pour se réfugier dans l'abîme non moins effrayant du doute, de l'indifférence ou de l'impiété. Les deux extrêmes se trouvent ainsi réunis : le peuple a une foi aussi abiurda qu'aveugle; les chefs n'en ont aucune.

Cette histoire est celle de tout le paganisme; l'idolâtrie fut entretenue ou l'est encore par le régime du privilège sacerdotal et du mystère qui en est Le soutien habituel; mais la littérature et la philosophie s'en sont ouvertement détachées, sans oser ou sans savoir y substituer aucune doctrine efficace.

L'Évangile a repoussé loin de lui cette organisation mystérieuse des religions païennes : « Ne mettez pas la lumière sous le boisseau, a dit Jésus; ce que je vous enseigne, répétez-le sur les toits, instruisez, toutes les nations; ces choses ont été révélées aux petits et aux simples. Le Sauveur en appelle à une publicité complète; il peut y avoir, il y a sans doute dans ses enseignements des choses sublimes et que notre faible raison ne sait pas comprendre entièrement; mais ces choses mêmes ne sont éloignées des yeux et du cœur d'aucun disciple; tous sont invités à tes entendre et à les croire, tous sont invités à l'examen. Sondez les Ecritures, examinez toutes ces choses et retenez ce qui est bon : ce sont les ordres positifs des premiers prédicateurs de l'Évangile. — Je sais que, même au sein de ta chrétienté, ces ordres ont été méconnus et que l'organisation puissante des Églises d'autorité a prétendu enlever à leur profit les droits de la raison individuelle; on a refusé aux chrétiens le pouvoir d'étudier eux-mêmes la règle seule infaillible de la foi, la sainte Bible; on a fait disparaîtie d'entre

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leurs mains ce livre sacré; on s'est arrogé le droit de dicter le sens des paroles divines et de les interpréter par des décrets; on a mis ainsi l'autorité à la place de la liberté. Cette violation des ordres du chef suprême de l'Église a été un fait déplorable, et à sa suite ou a vu renaître quelques-uns des abus dont les Églises païennes semblaient avoir le triste privilège, la domination sacerdotale , les superstitions populaires et la multiplication exagérée des cérémonies; fatale intervention des passions humaines au milieu des choses divines ! Heureusement l'esprit de Christ est plus puissant que ces passions, et it en a triomphé; le principe de la liberté a été proclamé de nouveau, et les droits de la raison ont trouvé leurs défenseurs; l'Église réformée a rendu l'Évangile à tous et l'a définitivement arraché aux voiles mystérieux dont on l'avait entouré. Sans doute il est fâcheux qu'une révolution religieuse ait été nécessaire et qu'il ait fallu lutter pour obtenir la libre adoration du Dieu de ta vérité, mais cette réforme a été un immense bienfait, et nous voulons en rendre grâces à son auteur, au Dieu même de l'Évangile. Oui, l'Évangile seul a pu produire le protestantisme, parce que seul it s'est donné comme étant la loi de la liberté; toute autre religion a pu compter des adeptes ou des croyants aveugles; le christianisme seul peut supporter des disciples éclairés et libres.

Usons donc de nos droits comme -protestants , avec joie et avec zèle; mais ne nous méprenons pas sur te sens et la portée des libertés évangéliqucsî Il est deux libertés que l'Évangile désavoue et que le protestantisme doit désavouer avec lui, et puisque nous professons que la liberté de conscience est le plus sûr garant du triomphe final de la vérité, nous

devons soigneusement vous prémunir contre les fausses libertés qui lui sont hostiles.

Ne pensez pas que la liberté chrétienne, que la liberté protestante, soit celle de ne rien croire, ou de croire le moins possible ; vous n'êtes pas libres de choisir ce qui est dans la Bible pour prendre une chose et en laisser une autre; vous n'êtes pas libres de rien retrancher, ni de rien ajouter aux déclarations de la parole divine ; vous n'êtes pas libres enfin de modifier le sens clair, précis et positif de ces déclarations. Voilà la limite posée à vos libertés : ne vous croyez pas chargés de vous faire une religion, la religion vous est donnée, elle vient d'En Haut, elle s'offre à votre raison qui doit s'efforcer de la comprendre, d'en interpréter les volontés et de lui obéir; cette tâche est encore assez grande, et l'homme qui l'entreprend a le droit d'exiger qu'on lui permette d'y consacrer sans entraves toutes ses facultés; il a le droit de ne recevoir sa foi que de Dieu, mais quand la voix de Dieu s'est fait entendre, il doit lui ouvrir tout sen cœur ; il a le droit de bâtir en paille, en pierre, en chaume, pourvu qu'il prenne Christ pour la base et le fondement; tout le reste disparaît comme par le feu ; le fondement subsistera toujours.

Il est une autre liberté qui a été essayée an sein des Églises chrétiennes et qui n'y a produit aucun fruit heureux, c'est la complète séparation de la société religieuse et de la société civile. Comme cette liberté est réclamée aujourd'hui par de bons esprits, nous tenons à vous dire que l'Évangile ne lui donne aucun sérieux encouragement, et qu'on peut être fort bon chrétien tout en appartenant à une Église d'État, à une Église nationale; nous tenons à vous dire que l'indépendance

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absolue de l'Église est une chimère, et que dans les pays mêmes où on a prétendu la réaliser, de nombreux liens ont rattaché le culte ai) gouvernement; nous tenons à tous dire que cette indépendance, tout en donnant pleine carrière aux passions, en multipliant indéfiniment les sectes , en encourageant les aberrations les plus excentriques, n'a contribué en rien au règne de la vérité ; celle-ci a fait des pas beaucoup plus certains au sein des Églises libres quoique attachées à l'État, qu'au sein des Églises volontaires. —Tout arbre se reconnaîtra à son fruit, et c'est le motif pour lequel nous repoussons les Églises de mystère , les Églises d'autorité et les Églises indépendantes. Les unes comme les autres nous semblent s'éloigner du but, qui est de procurer l'adoration de notre Dieu en esprit et en vérité.

Serions-nous aveuglés dans nos préférences par les principes au milieu desquels nous avons été élevés ou par les formes que nous avons été accoutumés à vénérer? 11 est possible, et nous ne craignons point d'avouer combien nous sont chers, ainsi qu'à vous, ces principes et ces formes; mais nous osons aussi nous croire assez impartiaux pour dire que, si l'esprit de l'Évangile ne nous paraissait leur être éminemment favorable, nous ne les indiquerions point comme les meilleurs ; c'est parce que nous les croyons en toute sincérité propres à avancer te règne du Dieu de vérité, que nous les célébrons comme un des bienfaits dé ce Dieu. Nous efforçant d'en écarter les abus, d'en corriger les détails et les applications, nous rapportons avec confiance tous ces efforts à celui qui est le chemin, la lumière et la vérité.

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