‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 4 sur 32 · DEUXIEME DISCOURS · texte numérisé non relu

DEUXIEME DISCOURS

US IMBU SMULIS DE LA DOCTDIHE CIBEIIIISE PIE OPPOSIllOI 1 CELLES DE UTtEULISIE 00 PAIT1EISIE IATEBIAUSTE.

Nous vous ai abandonner ces vaines superstitions pour voua convertir au Dieu vivant qui * (ail le ciel, la terre, la mer et tout ce qu'il»

renferment, qui dans les siècles passés a laissé 1 marcher toutes les nations dans leur* voie*, et qui néaniooini n'a point cessé de donner des témoignage» de ce

Act. XIV, 16-17.

Le Dieu qui nous a parlé par Jésus-Christ, son Fils, avait déjà parlé anciennement par tes prophètes, àpluiiews reprises et en plusieurs manières (Uébr-, 1, 10). C'est assez dire qu'il avait, des longtemps, préparé les voies à la doctrine de celui qui venait accomplir toutes choses, et que le christianisme a dû, par conséquent , adopter d'emblée des principes déjà promulgués dans le# révélations antérieures. Or,, il n'est personne parmi nous qui puisse ignorer en faveur de quels principes l'Éternel s'était choisi un peuple, quel précieux dépôt il avait confié à ce peuple. La religion mosaïque avait un but fondamental, celui de répandre et de maintenir la connaissance du vrai Dieu, complètement effacée par les subtilités des sages et par l'idolâtrie des masses; c'est cette doctrine sublime aujourd'hui familière à nous tous, alors, si étrangère aux nations païennes,

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que l'Éternel avait voulu mettre à l'abri de toute contestation , de telle façon que les prédicateurs de l'Évangile n'eussent autre chose à faire qu'à l'emprunter aux enseignements mosaïques et à lui rendre hommage, pour se vouer en entier à l'accomplissement de leur tâche spéciale, répandre la bonne nouvelle du salut et de la rédemption.

Le dogme chrétien nous offre donc deux parties distinctes , une doctrine ancienne déjà révélée par Moïse et les prophètes, une doctrine nouvelle annoncée par le Christ et les apôtres. Il est aisé de comprendre en conséquence que l'Évangile , quoique pénétré d'un bout à l'autre du grand dogme de l'unité de Dieu, n'a cependant que très rarement à l'enseigner d'une manière directe. — Les paroles que nous avons citées comme texte de cette conférence, sont un des rares passages où l'on trouve la doctrine présentée de face; ce qu'expliquent, au reste , suffisamment les circonstances dans lesquelles elles furent prononcées. Paul et Barnabas ayant prêché la Parole et opéré des miracles dans la ville de Lystre, le peuple païen de cotte ville s'imagina que Jupiter et Mercure avaient pris une forme humaine pour descendre auprès de lui, et se disposa, en conséquence, à leur rendre des hommages divins ; alors les apôtres déchirèrent leurs vêtements, et laissant momentanément de côté la doctrine spéciale de l'Évangile, le salut par Christ, ils durent remonter plus haut encore, pour éclairer les sectateurs de l'idolâtrie; puis, en quelques paroles aussi brèves que nettes, ils résumèrent toute la connaissance du vrai Dieu : « 1° Nous vous annonçons le Dieu vivant, vivant par. soi-même, éternel, parfaitement distinct de l'univers et de la matière, formant une Personne infinie par son intelligence, infinie par

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sa puissance; 2* nous vous annonçons que ce Dieu a seul créé toutes choses, l'univers est son produit; il a voulu, et tout ce qui n'était pas a existé; il a fait te ciel, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent; 3° nous vous annonçons que ce même Dieu veille sur toutes ses créatures et les conserve; par sa volonté, il les a formées, par sa volonté il les maintient;.!'/ ne cesse de rendre témoignage de ce qu'il est , en faisant du bien aux hommes , en dispensant les pluies du ciel et les saisons fertiles, en nous donnant la nourriture avec abondance , et remplissant nos cœurs de joie : tout cela, cependant, sans restreindre la liberté des êtres intelligents qu'il a formés à son image, en laissant marcher toutes les nations dans leurs propres voies. » Unité et personnalité de Dieu; création par sa seule volonté de choses qui n'étaient pas auparavant; conservation providentielle de ces mêmes choses; libre action des causes secondes une fois créées, voilà les bases que Paul et Barnabas se hâtent de rappeler quand ils les voient méconnues. .

Serait-il nécessaire, chrétiens, de replacer devant vos yeux le tableau des sociétés idolâtres, et de vous montrer ce que l'homme devient, lorsqu'il laisse ces bases s'écrouler? Nous le pourrions, et certes ce serait là une preuve irrésistible de l'heureuse influence qu'exercent sur la civilisation des solutions vraies et rationnelles aux premières questions de la religion. Nous pourrions vous représenter, avec saint Paul, l'état de ces infortunés qui ont changé la gloire du Dieu immortel , en h représentant sous l'image de l'homme mortel, et des oiseaux, et des biles à quatre pieds, et des reptiles, que Dieu, en consé~ quenee , a livrés aux convoitises de leurs cœurs , de telle sorte qu'ils se stmt abandonnés à l'impureté (Rom., 1, 23, 24) et à toutes sortes de choses indignes (Id. 28). Nous pour-

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rions parcourir l'histoire des peuples païens , et vous présenter une lamentable énumération d'idées superstitieuses, de cérémonies odieuses et cruelles, d'institutions despotiques , d'obstacles insurmontables à l'accroissement des lumières et à l'amélioration des mœurs; dans cette multitude de dogmes fabriqués et de rites impurs, nous pourrions vous montrer la marche des passions mauvaises , de l'ambition , de l'intempérance, de la débauche; peut-être même une vive et énergique peinture de ces maux, ou d'une petite partie de ces maux, serait-elle nécessaire pour vous faire sentir l'immense bonheur dont vous jouissez, d'avoir connu la vérité dès votre enfance , et de n'en pas être réduits à la déplorable alternative , ou de vous plonger dans l'absurde, ou de vous réfugier dans l'incrédulité et le doute.

Cependant je renonce à poursuivre cette tâche; je reconnais qu'il n'y a pour vous aucune chance de voir s'obscurcir jamais une lumière si précieuse, et j'espère que vos réflexions ou vos lectures, en vous rappelant combien il y a eu jadis , combien il y a encore aujourd'hui de peuples ensevelis dans l'ombre de la mort, rempliront vos âmes de pitié pour ces malheureux, comme de gratitude pour le Dieu qui s'est manifesté à vous.

Je ne pense pas qu'il soit plus nécessaire de vous prémunir contre l'athéisme que contre l'idolâtrie. L'athéisme ; mais c'est une folie, c'est un mol vide de ' sens, et pour moi , je ne puis croire, je ne pourrai jamais admettre qu'il y ait un seul athée dans l'acception rigoureuse et absolue de ce terme. Existerait-il un seul homme qui, doué de sa raison, eût le courage de prétendre que sa force, que sa puissance soit la der-

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niera limite de la puissance, et que au-dehors de lui, au-dessus de lui, il n'y ait pas d'autres forces, d'autres pouvoirs, d'autres volontés peut-être, devant lesquelles il soit contraint de s'humilier et d'adorer? Que l'homme se trompe sur la nature et l'origine de ces pouvoirs, cela peut arriver, cela arrive malheureusement, et les superstitions de l'idolâtrie en sont une preuve trop positive; mais qu'il les nie, cela est impossible: il peut se faire des dieux de bois ou de pierre, adorer les astres ou lé veau d'or , ou la nature sous le nom de - Dieu; mais aller plus loin, jamais. L'interné a seul pu dire en ion cœur ; Il n'y a point de Dieu. (Pa., XIV, 2). Un homme athée, et par conséquent une société athée, dans le sens absolu du mot, sont choses inconcevables, et nous n'avons pas à en parler.

Mais sur les confins de cette doctrine impossible, il en est une autre infiniment plus redoutable, et dont les conséquences diverses se manifestent au milieu de vous peut-être, sans que vous sachiez en démêler l'origine: cette doctrine, c'est le panthéisme, c'est-à-dire ce dogme qui, au lieu de considérer Dieu comme un Être personnel, distinct de l'univers et des choses créées, confond en un même Être, en une même substance , Dieu et le monde, Créateur et créatures; et qui, tout en ayant l'air de repousser l'absurde assertion que Dieu ne soit rien, s'en rapproche, toutefois, en prétendant que tout est Dieu. Cette doctrine fut celle de la plupart des anciens philosophes; honteux de l'absurde idolâtrie de leurs contemporains, ils se mirent à chercher avec angoisse ce qu'était Dieu, et qui ils devaient adorer ; leur raison élevée entreprit cette œuvre avec courage; mais vous le savez , qui a jamais pn sonder l'Éternel? Ce sont les hauteurs des cieux , ce sont les profondeurs

des abîmes. La raison des sages de l'Inde, de l'Egypte et de la Grèce ayant perdu la trace de cette révélation primitive donnés par le Créateur à la race humaine au temps de son origine , s'égara dans les ténèbres du panthéisme; ils crurent avoir trouvé Dieu dans l'ensemble des choses , et lui donnant les noms variés de Nature, Univers, Ame du monde, Unité absolue, faisant ainsi de la matière une portion de la substance divine, et lui conférant en conséquence quelques-uns des attributs de la Divinité, comme l'éternité , ils méconnurent entièrement le Dieu vivant et vrai.

Ces aberrations de la raison humaine ont été reproduites dès lors à diverses reprises, et l'on a vu des systèmes récents s'en occuper de nouveau.

§ I. Panthéisme matérialiste.

Le panthéisme le plus grossier est celui qui ne regardantcomme réel quece qui tombesousuossens, ne conçoit rien au-delà de l'univers matériel, et confond Dieu avec cet univers qu'ilnommelanature.Pourlui,i!n'existe aucune puissance intelligente, distincte de la création sensible, et lui imposant des lois; cette création obéit aveuglément à certaines forces que le hasard a formées ou qu'elle s'est données on ne sait comment : ces forces et les lois physiques qui les règlent sont absolument immuables ; et quant aux causes, à cette recherche des causes qui de proche en proche nous amène nécessairement à une cause première, l'homme doit s'en abstenir, comme ne pouvant que le conduire dans la région des chimères.

A ce simple exposé on doit comprendre pourquoi ce

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sont les partisans d'un tel système qu'on a fréquemment désignés par le nom d'athées. Cette dénomination manque de justesse, en ce sens qu'ils ne nient pas Dieu ; mais elle est vraie en ce sens qu'ils font leur Dieu du monde physique, et qu'ils nient l'existence d'une intelligence suprême à laquelle le monde soit redevable de sa création et de sa conservation. Pour être conséquents avec eux-mêmes, ces spéculateurs, qui ne distinguent plus l'univers de Dieu, ta matière de l'intelligence, appliquent à l'homme leur manière de raisonner; ta distinction généralement admise entre le corps humain et l'âme qui le gouverne, ne doit pas plus trouver grâce devant eux, que la différence entre la matière créée et ta volonté qui l'a formée; et de même que celle-ci est nulle à leurs yeux, de même ils raient l'âme du catalogue de leurs croyances ; le corps a seul de la réalité; la vie et la pensée tiennent à l'orga- ' nisation du cerveau , et sont soumises à des forces physiques : c'est ce point de vue de la doctrine qui lui a mérité le nom de matérialisme, et nous pouvons en conséquence la désigner par les mots de panthéisme matérialiste.

Nous voici donc en présence d'une doctrine qui divinise la nature , et qui refuse à l'homme une âme spirituelle, coupant à sa racine l'arbre de la doctrine évangélique; car le christianisme reconnaît un Dieu distinct de ta nature, et accorde à l'homme une âme distincte du corps. Voyons ce que vont devenir la foi , la moralité et la civilisation chez un peuple livré à de tels principes.

1* Ses effets sur la foi. — La foi , dit saint Paul, est une démonstration des choses qu'on ne voit point , une reprèsenr («don de celles qu'on espère ( Hébr. , XI, 1 ). Cette défini-

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tion nous d,' 1 ce l l llfi P etlL & tre ' a loi des matérialistes. Les choses qu'on ne voit point n'existent pas pour eux, ils n'admettent que celles qui frappent leurs regards, ou que leurs mains peuvent toucher; le monde des corps , les animaux , les plantes , les astres , le bois, la pierre , voilà les seules réalités dont ils se soucient; mais le monde des idées, mais celui des intelligences, de ces intelligences qui se meuvent, sans doute, par raillions dans les espaces que Dieu leur a donnés à gouverner; ce monde-là est pour eux une chimère, puisqu'ils lui ont enlevé ce qui en est le couronnement et le hut, l'intelligence suprême dont toutes les autres intelligences émanent. Quanta leurs espérances, aux espérances religieuses de leurs cœurs, elles ne peuvent être que néant; l'espérance du chrétien est dans son Dieu, dans cette Providence bienfaisante qui n'abandonne aucun de ses enfants, qui compte même tous leurs cheveux , et qui fait tourner toutes choses au plus grand bien de ceux qui l'aiment; son âme aspire avec ardeur à pénétrer dans les régions célestes, elle est pleine de confiance en Celui qui est son bouclier ou son rocher, elle le prie avec ardeur et avec des élans qui ne sauraient s'exprimer; mais le matérialiste qui ne croit pas à la Providence, qui n'attend rien de la prière, qui lutte avec des forces irrésistibles et fatales, que peut-il espérer ? L'espérance du chrétien, quelles que soient aujourd'hui ses destinées, ne s'arrête point aux choses visibles, et périssables; il se considère comme une créature infiniment malheureuse , s'il n'a d'espérance que pour cette vie seulement; il se transporte par la pensée à ces temps mystérieux où toute larme sera essuyée , et dans l'attente du la rencontre de son Dîeo, il supporte» il se résigne et il aime; mais le

matérialiste, qui ne croit pas à L'existence (le l'âme, qui place la vie de l'homme dans des organes dont la dissolution se passe sous nos yeux, n'est-il pas bien près de nier également l'immortalité de l'être humain et la vie éternelle? Qu'a-t-il besoin des miséricordes célestes, Lui qui ne comprend pas les nouveaux cieux et la nouvelle terre? Que sont pour lui les craintes et les immenses espérances de l'éternité? Lorsque, malgré lui , une pensée redoutable le ramène au mystère de ses futures destinées , et le tient comme enchaîné de force à cet effrayant problème, il n'aperçoit que l'abîme affreux du néant , ou les terreurs de ce Dieu courroucé qu'il s'est obstiné à renier. Quant aux douces espérances de la foi , il ne peut tes connaître.

2° Sur la moralité. - — Il connaît moins encore les principes sacrés de la morale qui trouvent leur appui dans les enseignements de la foi , et qui font défaut quand la foi manque. Quel sentiment voulez-vous qu'il ait de la haute dignité de l'homme, de cette perfection à laquelle il doit tendre , de cette responsabilité qui pèse sur sa conscience, de cette sainteté dont il doit chercher sans cesse à demeurer vêtu? Les lois du devoir sont pour lui comme n'existant pas; car le devoir BUppose la conscience, la vie intérieure, les inspirations de l'âme, toutes choses qu'il traite avec dédain d'absurde sentimentalisme; le devoir suppose la liberté, le pouvoir de faire et de ne pas faire, et aussi l'obligation de répondre de son choix , et le matérialiste se considère comme une machine soumise aux lois fatales de la matière , n'ayant ni liberté, ni responsabilité ; le devoir se lie intimement au dogme de la vie à venir, du jugement dernier, des récompenses ou des peines réservées aux gens de bien et aux méchants; ces doctrines

sont, pour lui, un puissant encouragement, et le matérialiste qui ue tes admet point , qu'aura-t-il besoin de s'en préoccuper?

La morale du matérialiste se réduira en un seul principe, l'égoïsme ; et même , s'il est conséquent, s'il ue recule devant aucun des résultats de sa désolante théorie, l'égoïsme de l'ordre le plus abject, Yég&Uéu de la matière. H ne reconnaît, en effet, qu'un seul fait positif qui puisse agir sur sa conduite , savoir que le corps est susceptible de douleurs et de plaisirs, et qu'une impulsion naturelle nous porte à fuir les unes et à rechercher les autres; sa morale est toute là, il n'en peut avoir aucune autre. — Le voilà donc v«ué à la recherche des jouissances matérielles , sans aucun frein qui le retienne, Bauf peut-être les calculs d'une prudence mondaine , destinés à le préserver des suites désastreuses de l'excès; jamais la pensée d'un Dieu tout saint , présent partout , jamais le sentiment de sa propre dignité et de sa responsabilité, jamais la vue d'un compte à rendre et d'un jugement qui s'approche ; si quelquefois , par un hasard inattendu , un acte généreux , une noble inspiration , une preuve d'abnégation viennent interrompre la monotone uniformité de cette vie égoïste, ce sont là des protestations involontaires et isolées de ce cœur fait à l'image de Dieu , et qui retrouve de temps à autre quelques traits de cette image.

3" Sur la civilisation. — Jugez maintenant de ce que doit être une société où domine le matérialisme. Une telle société doit être évidemment incrédule et corrompue : absence de foi, absence de mœurs, telles sont les inévitables suites de ces fatales persuasions. Dans cette société railleuse et sans principes, on se rit des instructions de la foi, on se rit des cérémonies du culte, tout

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en les ménageant peut-être par hypocrisie; on se rit de la bonne foi, on se rit des liens du mariage, on se rit de tout ce qu'il y a de spirituel, de sacré, d'intime; on est indulgent et facile pour les doctrines licencieuses et les principes énervants; mais les principes austères et la sévère morale du christianisme sont repoussés comme formant des exigences surannées. Un publiciste célèbre a dit que la vertu devait être le caractère et la sauvegarde des -républiques; cela est vrai; mais je pense qu'il est permis de généraliser cette maxime, et de dire que toute société, pour conserver son existence - comme peuple, pour jouir dequelque liberté, de quelque prospérité, doit nécessairement fuir la corruption et l'incrédulité qui en est la source.

Chrétiens, les peuples civilisés, au moment où ils atteignent le développement si longtemps désiré des arts, des sciences et de l'industrie, voient s'ouvrir devant eux deux routes différentes : la première, spacieuse et large à son entrée, porte le drapeau du matérialisme; il s'y étale avec son cortège d'égoïsme, de recherche des biens matériels, de négligence pour les biens de l'âme, de luxe effréné, d'éducation purement industrielle, de lois et d'institutions qui poussent au développement extérieur, et jamais au développement moral. A l'extrémité de cette route, de plus en plus entrecoupée par les précipices et les écueils, se trouventla dissolution et la mort; et il n'a pas manqué de philosophes misanthropes qui ont regardé toute civilisation comme fatalement condamnée à y entrer pour y périr. Heureusement il est possible, à l'aide du christianisme, de donner un démenti à de si tristes théories. II ouvre aux peuples une seconde route, dure et pénible en apparence, parce qu'elle suppose dévouement et abnégation

de soi-même, mais fertile en fruits savoureux; c'est la route de l'esprit et de la foi. Le peuple qui la parcourt bous l'œil d'une Providence qu'il invoque, ce peuple assigne partout la première place à ce qui assure le développement de la pensée el du cœur; les biens spirituels sont à ses yeux la seule chose absolument nécessaire ; et si les autres, comme cela a Heu presque toujours, si les biens matériels viennent aussi s'offrir à lui, il en use comme n'en usant pas, avec une sage modération, prêt à les sacrifier au maintien de ses principes et de ses croyances.

Oui, c'est seulement au prix de la foi en Dieu, del'absence d'égoïsmc, du spiritualisme pratique, qu'une nation peut.se procurer les conditions d'une existence longue, honorable et honorée.

Ces conditions, chacun le sait, c'est d'abord le courage chez les citoyens, ce courage civil que rend inébranlable la vue claire de ce qui est vrai et de ce qui est juste; or, l'égoïsme, la molle recherche des aises, la crainte de se compromettre, la terreur de perdre quelque chose de cette paix trompeuse au milieu de la' quelle on s'endort pour ne se réveiller qu'au bruit de la tempête, voilà les plus dangereux ennemis de la fermeté chrétienne; et ce sont aussi ceux-là qui perdent les nations. Les méchants ont un appui qui leur manque rarement, c'est l'audace ; et ils usent de ce levier avec d'autant plus d'acharnement, qu'on semble faiblir devant eux : mais l'homme de bien, s'il ne sait s'appuyer ni sur des croyances positives, ni sur des principes fixes, ni sur l'inviolabilité des ordres de la conscience (et tout cela disparaît devant l'influence du matérialisme), l'homme de bien reste désarmé. On le voit hésitant, inquiet, flotter à tout. vent de doctrine, se

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consumer en inutiles soupirs, se débattre aveuglément dans le chaos, puis succomber, et le peuple avec lui. Les siècles du matérialisme ont été des siècles de faiblesse d'une part, et de despotisme d'autre part; les âmes s'y amollissent, les caractères s'y énervent, et le mal n'ayant plus de barrière dans le coeur des citoyens fait d'effrayants progrès.

L'incrédulité matérialiste et égoïste enlève également aux peuples une seconde condition de vie, c'est la confiance mutuelle des citoyens. Cette confiance suppose la bonne foi comme générale , et la droiture comme dominante; or, cela est impossible sous l'action seule admise de l'intérêt particulier, et lorsque chacun cherche avant tout à se procurer à lui ces biens extérieurs si universellement ambitionnés, c'est à qui luttera de finesse et de ruse. On promet, et l'on ne tient pas; on soutient aujourd'hui une cause, et demain une autre; on flatte celui qu'au fond du cœur on méprise; on revêt ainsi un vernis trompeur, et le mensonge se voit divinisé. Son règne est d'autant plus assuré que le point d'honneur et les convenances interdisent de l'attaquer en face pour le démasquer et le confondre. Ainsi, le succès est acquis habituellement au plus habile, rarement au plus droit.

Au milieu de ces éléments de faiblesse et de défiance, on voit évidemment disparaître une dernière et importante condition dévie, l'unité nationale, l'accord des principes et des vues, l'harmonie des sentiments et des mœurs ; la recherche de l'intérêt personnel peut aller jusqu'à engendrer un état intolérable de guerre et de rivalité de tous contre tous; mais, en admettant qu'on évite une si funeste extrémité, il n'est pas moins vrai qu'il forme un puissant dissolvant, et qu'il s'en

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va relâchant chaque jour lea liens qui peuvent seuls faire d'un peuple un indestructible faisceau! Sous son action, petit à petit l'individu se substitue à la nation; il cherche non ce qui pourra contribuer au bien général, mais ce qui procurera sou avantage spécial ; il ne se sent animé d'aucun sentiment commun à ses compatriotes. La foi, les principes, les souvenirs, les mœurs, là où ils existent, sont une source inépuisable d'union «t de force. Qui les invoque s'adresse à tous, et peut communiquer à tous une impulsion électrique, s'il parle 'en leur nom ; mais l'absence de tous ces moyens d'union, mais l'infinie variété des exigences intéressées, mais l'abaissement des âmes qui ont plié sous le .joug de la matière sont d'énergiques agents de dissolution et de ruine.

Qu'on ne m'accuse point d'amplifications exagérées ! ■L'histoire parle, et nous pouvons entendre son énergique langage; ils ne sont pas rares les exemples de mort et de destruction qu'elle nous offre par suite de la gangrène matérialiste.

Qu'est-il devenu cet empire gigantesque qui, à la naissance du Christ, se composait de provinces immenses dans toutes les parties du monde alors connu ? Qu'ést-il devenu avec cette indifférence religieuse que ses chefs avaient érigée en dogme politique, .et qui se traduisait en incrédulité dans leur. propre esprit, en idolâtrie pour les masses? Qu'est-il devenu avec cette orgueilleuse ostentation et ce luxe effréné qu'il déployait, cette fureur de jouissances obtenues sans aucun travail, par ta guerre ou par le pillage, ou par l'aumône? qu'est-il devenu ? En proie à tous les fléaux que crée la corruption la plus hideuse , l'absence de patriotisme, la mauvaise foi et la bassesse, tourmenté pai

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un despotisme dont un ne saurait trouver un second exemple, incapable de résister aux commotions intérieures, ni aux attaques du dehors, ne se soutenant guère que par la résistance inerte de sa propre masse, il a fini par crouler en ruines, et les barbares qui t'ont achevé n'ont rien accepté de lui, sauf l'Évangile, qui, par la puissance de Dieu, avait pris racine sur son sol malgré lui.

Qu'est-il advenu à cette société brillante, spirituelle et sarcastique, dont le xviu 8 siècle a vu les étonnants succès? Audacieuse dans son incrédulité qu'elle décorait du nom de philosophie, infatigable à proscrire sous le nom de préjugés toute noble croyance et tout principe de conscience, ardente à détruire et à dissoudre au nom des droits de tous et sous prétexte de réformer les abus, héritière des traditions avilissantes d'une cour Ucencieuse et corrompue, elle a déchaîné ■ sur l'Europe, et principalement sur la France, d'épouvantables orages : le sol a été jonché de ruines sous lesquelles elle s'est abîmée elle-même, malgré les cris de désespoir et les larmes de repentir d'une foule de gens qui avaient arboré ou défendu sa bannière. Disons-le, ces tempêtes et ces affreux tremblements de terre étaient le seul moyen d'éviter la mort et de mettre un- frein à la corruption. On doit, à ce point de vue, les envisager comme un bienfait de Dieu, qui demande avant tout la conversion des pécheurs, et qui, au lieu de laisser la plaie s'envenimer, y a porté le feu pour la cautériser. Aussi, devons-nous, nous qui avons succédé à ce siècle de désastres, nous qui vivons dans ses traditions et sous le poids de son influence, ne point méconnaître les intentions de notre Père céleste, et ne pas mépriser les mei - veilles> de sa longue tolérance. Que la voix

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du passé ne soit pas perdue pour nous! N'y a-t-il point encore parmi nous trop d'égoïsme, de mollesse, de recherche des aises? Ne voit-on pas s'affaiblir un peu partout la puissance de la règle et l'amour de l'ordre? Pouvons-nous réellement compter sur la parole les uns des autres, et ne sent-on pas le sophisme menteur prendre la place de la vérité? Le besoin du matérialisme pratique, de se reposer et de jouir, ne possèdet-il pas encore beaucoup d'âmes? Je l'avoue, je serais tenté de répondre à ces questions d'une manière sinistre, et de Taire sur notre avenir de tristes pronostics, si je m'en tenais à l'examen superficiel des apparences. H y a bien des symptômes qui justifieraient mes inquiétudes; mais j'ose espérer que le Dieu de bonté saura, dans son infinie miséricorde, réveiller au milieu 'de nous les sentiments de piété et de renoncement qui sont la source première d'un amour vrai de la patrie ; il devra peut-être nous châtier pour nous ramener à lui, nous faire sentir Les coups de L'adversité et les sollicitudes qu'elle amène. Puissions-nous, si telle est sa volonté, comprendre le but qu'il se propose, accepter avec soumission ses paternels avertissements, rentrer dans les sentiers de la foi , et nous sanctifier parfaitement pour lui plaire !

§ II. Résistance libre et efficace du chrétien.

Il semble qu'en parlant des inquiétudes que me fait éprouver l'état actuel de la société, je me contredise moimême et je vienne donner en quelque sorte, dès l'en r trée, un démenti à la thèse dontces conférences doivent

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offrir le développement. Nous sommes chrétiens, en effet. Si donc, le christianisme possède une influence sociale, heureuse et durable, qu'avons-uous à redouter? Ne sera-t-il pas là, près de nous, pour nous préserver des doctrines contagieuses et pour écarter de nous les miasmes de ta corruption ? Ne devra-t-il pas nous remplir d'une suffisante gratitude pour la Providence et nous pénétrer assez profondément de la nécessité du salut pour nos âmes, pour que nous n'ayons à redouter ni les écarts de L'athéisme, ni les fatales conséquences du matérialisme 7 Ne doit-on pas voir nécessairement régner partout, sous son action, l'amour de Dieu et le dévouement '!

Cette accusation dirigée contre le christianisme d'être impuissant à faire le bien qu'il semble promettre, cet étoonement qu'on affecte d'éprouver en voyant le mal se reproduire dans les régions qu'il semblerait devoir en préserver, ont fourni aux ennemis de l'Évangile de nombreux prétextes pour en amoindrir les bienfaisantes influences ; je veux donc m'expliquer sur ce point, et je saisis la première occasion de repousser cette attaque.

Elle repose sur une interprétation aussi fausse que dangereuse de l'action divine , sur une conception entièrement erronée du but de la révélation. Elle suppose que Dieu eu se révélant a voulu contraindre par la force la volonté et La liberté de l'homme ; elle imagine qu'il a été question, non de l'éclairer, mais de le violenter. Ce n'est pas, -dans ce système, ce n'est pas l'obéissance réfléchie et spontanée que Dieu exige, c'est en réalité une obéissance inerte et forcée ; ce n'est pas une impulsion, un encouragement au bien qu'il a donné, c'est une contrainte morale qu'il a exercée, et

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devant laquelle disparaît toute responsabilité. Or, nous l'avons déjà dit précédemment, nous le répétons encore , cette doctrine fataliste , cette doctrine qui anéantit la liberté de l'homme pour ne donner d'action qu'à la grâce, au lieu d'unir ensemble ces deux influences, une telle doctrine, fertile en conséquences fâcheuses , est, en outre, ouvertement démentie par toute l'économie des dispensations divines. Non, Dieu n'a jamais procédé par contrainte, et il a toujours réclamé la libre coopération de l'homme à l'œuvre du salut. Dès lors, si vous vous y refusez, si vous endurcissez vos cœurs, si vous fermez les oreilles à sa voix, il ne peut ni être accusé du mal que produira votre résistance, ni accepter les murmures que provoqueront les suites de ce mal. Lorsque dans l'ordre naturel Dieu vous avertit, ou par les bienfaits dont il vous comble, ou par l'action de ses fléaux, ou par la voix de votre conscience, il espère que vous serez attentifs, mais il vous laisse libres, et vous pouvez choisir de lui obéir oh de lui résister. De même, dans l'ordre de la révélation ; à ses avertissements ordinaires, il en ajoute par son moyen d'extraordinaires ; il dit plus clairement ce qu'il est et ce qu'il veut; il communique à l'âme des lumières plus abondantes et une impulsion plus énergique; mais dès lors, commence l'action humaine, et la liberté de cette action en laisse à l'homme toute la responsabilité. Si les passions mauvaises viennent à s'exalter, si le génie du mal empêche le cœur de se convertir, si les exigences de notre misère naturelle se multiplient et grossissent au point de voiler le flambeau des instructions d'en haut, alors, à côté de cette lumière divine, malgré son éclat, se répandent de nouveau les ténèbres de l'incrédulité et du péché; il. y aura

des individus, il y aura des peuples, il y aura des siècles qui se déroberont à cette bienfaisante influence; ils affecteront même d'oublier, de mépriser les ordres venus du Ciel; ils ne devront accuser que leur propre folie des résultats désastreux dont elle se verra suivie.

Certes, il ne viendra dans L'esprit de personne de nier que le christianisme ait élevé haut la bannière de la charité. Ses principes sont ceux de l'humanité, de la fraternité; cependant, il y a encore parmi les peuples chrétiens de déplorables violations de ces principes ; il y a des actes de cruauté, des guerres entachées de férocité, de terribles divisions intestines ; il y a encore des jalousies et des querelles. Qu'est-ce à dire 7 L'Évangile est-il donc impuissant? Ah! comparez l'histoire des peuples chrétiens avec celle des peuples païens, et jugez ! L'Évangile n'a jamais prétendu faire disparaître subitement, instantanément les maux moraux qu'entraîne la corruption du cœur de l'homme ; mais il prétend adoucir les maux, les atténuer' en les attaquant dans leur racine, au cœur de l'homme, en remplissant celui-ci de bons sentiments, de nobles pensées, de convictions vraies et fortes. Or, cette tâche sublime qui laisse intacte la liberté de chacun, le christianisme l'a admirablement accomplie; nos conférences en seront la preuve, s'il plaît à Dieu.

De la même manière agit l'Évangile en ce qui concerne les principes matérialistes. Ses pages prêchent partout le détachement des biens du monde, la nécessité d'élever les yeux en haut, le dévouement désintéressé; il ordonne de marcher selon Y esprit et non selon la chair, de travailler pour l'âme qui est distincte du corps, de chercher le possession des nouveaux cieux et de la nouvelle terre. S'il est des hommes qui méconnaissent ces

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ordres, s'il est des peuples qui les violent, et des époques où l'on n'en tient compte, l'Évangile ne saurait en être responsable. Ici encore, et sous cette fatale écorce de vices et de crimes, l'œil exercé de l'historien et du philosophe sait distinguer les influences chrétiennes toujours présentes pour panser les plaies morales, et pour saisir l'occasion de les guérir.

Soyez donc pleinement rassurés et prenez confiance en l'efficacité de l'Évangile! Sans lui, le règne du mal risque de devenir la règle, et une règle favorisée; avec lui, le règne du mal est une exception qu'il s'efforce constamment de faire disparaître. Prenez confiance, mais aussi, souvenez-vous, et que cette leçon ne soit point perdue, souvenez-vous que votre confiance doit être accompagnée d'activité et de vigilance; si vous ne pouvez rien sans Dieu, si vous pouvez tout avec Dieu, Dieu De veut rien sans vous; il vous appelle à travailler avec crainte et tremblement à l'œuvre de votre sanctification ; il exige que vous soyez ouvriers avec lui, et sous cette condition, il vous offre libéralement sou appui. Courage donc, disciples de Jésus, achevez soigneusement dans vos cœurs l'œuvre de l'Évangile; combattez vos mauvais penchants, et son secours ne vous manquera point. Fortifiez par de bonnes résolutions les encouragements qu'il vous donne, et demeurez fidèles à vos promesses I Je redoute peu que ceux qui me lisent tombent directement dans les aberrations dn panthéisme matérialiste; mais je crains davantage les influences éloignées de ces doctrines, les suggestions de l'indifférence religieuse, les séductions de la mondanité, les perfides conseils de l'égoïsme ; aussi, je les conjure avec saint Paul de ne point faire comme ceux qui dorment et qui. s'enivrent-, mais de Miller et d'être so-

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ores, comme cela doit être chez les enfants de la lumière (I Thessal. V). La lumière est venue de Dieu , c'est l'Évangile de son Christ; mais il faut que nous la cherchions et que nous demeurions en état de la voir partout où elle brille. Revêtons-nous donc de la cuirassede la foi, et prenons pour casque l'espérance du salut ( I Thessal. V.), sachant que Dieu ne nous a point destinés à la colère, mais à l'acquisition du salut. Si nous aspirons à devenir les cohéritiers du Seigneur, nous devons travailler pour obtenir des droits à ce magnifique héritage. Le Seigneur nous a ouvert la voie, U est lui-même le chemin, la vérité et la vie (Jean XIV, 6). Entrons courageusement dans ce chemin ; alors nous trouverons la vérité, et nous trouverons aussi la vie éternelle.

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