‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 5 sur 32 · TROISIÈME DISCOURS · texte numérisé non relu

TROISIÈME DISCOURS

LES 1SFLIBHGB SOCIALES DE Li DOCTRINE CBRFTlIUNï PAB OPPOSITION A CELLES DU MATÉRIALISME OU PAIMÉISIE SPIBITtlALISTE.

Il n'y ii Je salut en aucun autre.

Act. IV, 12.

11 y a, dans le panthéisme matérialiste, quelque chose d'essentiellement antipathique aux nobles instincts de l'âme humaine : elle réclame la foi, et il lui donne Tincrédulité, portant son doute jusque sur Dieu lui-même; elle aime le dévouement, et il lui conseille l'égoïsme ; elle se sent propre aux jouissances spirituelles , et il la détourne sans cesse vers les biens visibles. Il est donc à attendre que malgré les séductions dont cette doctrine entoure ses mauvais penchants, l'âme s'insurgera contre de si perfides suggestions; elle réagira avec d'autant plus de force qu'elle aura vu l'abîme de plus près, et qu'elle aura senti les miasmes qui s'en échappent.

Sans attendre l'énergique protestation de l'histoire, qui montre le matérialisme s' ensevelissant lui-même dans les ruines qu'il prépare, disparaissant par l'anéantissement des peuples chez lesquels il a établi son influence corruptrice, bien des cœurs protesteront en leur propre nom, s' efforçant de prévenir de si grands désastres. Les hommes dont l'âme est haut placée ne pourront se voir de sang-froid plongés dans la boue fétide de la matière ; abandonnant la chair, ils se tourneront vers l'Esprit; fatigués de la terre, ils lèveront

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les yeux au ciel , et lui demanderont avec larmes et prières le retour d'un règne d'esprit et de vérité, le retour de l'espérance et de la foi. Qu'ils ouvrent l'Évangile, et leurs demandes seront exaucées; qu'ils invoquent sa lumière et se rangent ouvertement au nombre des enfants de lumière , et le vide de leur âme sera comblé. Ile y trouveront dans toute sa pureté la doctrine de Dieu et de la Providence; ils y contempleront les mystères de la vie à venir et les promesses de la rédemption ; ils y liront la sainte morale de l'amour, de la justice et du renoncement; leurs doutes seront éclaîrcis, et les influences de la matière n'apparaîtront plus à leurs yeux que comme de dangereuses déceptions condamnées par la voix de Dieu.

Oui, la religion du Christ, dès le moment où elle parut sur la terre, prit parti dans cette lutte incessante que se livrent l'esprit et la chair, la sainteté et le péché, la vérité et l'erreur. Elle fut accueillie aussitôt avee enthousiasme par les âmes simples, droites, élevées, qui avaient faim et soif de la justice, et qui, en entendant le nom du Christ, comprirent instantanément que ce nom était le seul par lequel «lies pussent être sauvées; elle s'offre encore aujourd'hui plus puissante et plus efficace que jamais pour calmer les mêmes inquiétudes et guérir les mêmes maux. A elle reviennent et reviendront toujours, après des détours plus ou moins longs, tous ces pauvres humains travaillés et chargés, que le monde fatigue et ne soulage pas, mais à qui Dieu par l'Évangile offre et donne sa paix.— Aller à l'Évangile, s'y réfugier, en adopter sans réserve les enseignements et les préceptes, telle est donc en réalité l'ancre du salut donnée aux individus et aux peuples pour échapper aux écueils du matérialisme.

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Cependant, l'homme habile à chercher le danger, au risque même d'y périr, a su le trouver sur celle foute même qui lui semblait aplanie par le Christ. — La raison humaine s'est persuadée que seule, par ses propres forces, elle pouvait connaître et comprendre Dieu, saisir dans toute son étendue la vérité religieuse et en déduire elle-même les règles de conduite de l'homme; elle est remontée sur ses propres traces jusqu'à ces' temps où, dépourvue de la clarté évangélique, elle s'efforçait, à l'aide de quelques grands génies, de résoudre les mystères de la religion; elle a invoqué à son secours toutes les ressources de la philosophie, et, se persuadant avoir atteint le bul de ses efforts, elle a tenté d'écarter, comme superflue, l'intervention du christianisme. Par cette marche présomptueuse, la raison est retombée dans le panthéisme, non dans un panthéisme grossier et tout matériel, mais dans un panthéisme subtil et mystique qui a grandement compromis, qui compromet aujourd'hui grandement encore les bienfaisantes influences de l'Évangile; perdue dans un cercle sans fin, qu'elle en entreprenne le tour sur la droite ou sur la gauche, elle rencontre constamment le même abîme.

Cette forme nouvelle du panthéisme, le panthéisme des sages, ne va pas jusqu'à placer brutalement Dieu dans l'univers, en ne cherchant que dans ce dernier tes forces supérieures; mais il forme de Dieu et de l'univers un grand tout, une substance unique, un ensemble gigantesque, où chaque partie se perd pour ne laisser place qu'à l'absolue unité. Dans ce système, comme dans le précédent, on voit disparaître la personne divine, en tant qu'essentiellement distincte de l'univers, et aussi en tant que supérieure à l'univers,

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lui ayant donné naissance et te conservant par sa puissance. Il n'y a de différence que dans les expressions et dans la tendance qui. d'un côté, sont plus matérielles, tandis que, de L'autre, elles paraissent plus spirituelles. Le Dieu de ces panthéistes, lorsqu'on les contraint à le distinguer de la nature, n'est plus un être réel ; il devient une abstraction, une idée, une force; pour les autres, il était dans la boue, pour eux, il est dans les nuages. Ce n'est plus Jebova, l'Éternel, Celui qui est, dont la parole a fait le monde, dont les ordres sont irrésistibles, de qui les créatures tiennent la vie par un effet pur de sa volonté, et à qui celles qui ont reçu l'intelligence en partage rendront compte de l'usage qu'elles en auront su faire ; plus de rapports fixes, déterminés, certains, avec les êtres de la création, et particulièrement avec l'homme; toute une doctrine ténébreuse et mystique.

Peut-être vous figurez-vous que vous n'avez rien à craindre de ces spéculations bizarres ; peut-être vous sentez-vous disposés à me faire reproche de vous entretenir de rêveries sans danger pour votre foi. Il est vrai , à ne juger que la rapidité avec laquelle se succèdent et disparaissent les formes diverses du panthéisme, nous serions (entés d'en détourner les yeux sans trop nous inquiéter de leur passage ; mais cette sécurité serait imprudente et funeste. Détrompez-vous, le panthéisme est aujourd'hui le plus redoutable ennemi de l'Évangile, et les seuls coups retentissants qui soient portés à notre foi , viennent de sa main. ■ — Le matérialisme du dix-huitième siècle dangereux encore, très daugereux dans la pratique et par la corruption qu'il a laissée dans les masses, est répudié comme système, et dès lors, l'incrédulité a du se réfugier

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dans la religion insaisissable du panthéisme vaporeux. — Bien des penseurs de l'Allemagne et de la France , tes uns demi -croyants et retenus par quelque fausse honte de venir se placer ouvertement sous la croix du Sauveur, les autres incrédules et désireux de sauver quelques débris de cette pauvre sagesse humaine qui s'est si rudement fourvoyée, ont travaillé et travaillent encore à populariser des systèmes panthéistiques ; ils disent aux chrétiens qu'ils ne viennent point abolir l'Évangile, mais qu'ils veulent lui donner une forme plus rationelle et plus philosophique , et sous ce manteau trompeur ils cherchent à glisser leur fausse monnaie; ils disent aux esprits forts que le christianisme avait du bon , qu'il était un des degrés par lesquels l'homme devait passer, mais que maintenant son temps est uni et qu'il doit céder la place à une philosophie plus substantielle. — Par ce langage à double sens ils détournent bien des âmes de se rendre captives au joug de l'Évangile.

Je n'ai ni l'intention, ni le loisir d'énumérer tous les maux que peut produire la science de ces dangereux docteurs ; les résultats en sont très variés , et tous également fâcheux : fidèle au but spécial que je me suis proposé, j'en poursuivrai les conséquences pratiques en opposition avec celles de l'Évangile; j'envisagerai l'influence qu'elle exerce sur le bonheur et la moralité des peuples , et je vous dirai : 1" qu'une religion favorable à la prospérité des sociétés humaines y dépose le germe d'une piété et d'une bienveillance actives; mais que le panthéisme y substitue au contraire une bienveillance inerte et une vie contemplative;

2° Que la religion, pour exercer une heureuse influence sur la société, doit en outre appartenir à tous ,

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se faire reconnaître de tous , et pénétrer toutes les parties du corps social , tandis que le panthéisme tend à faire de la religion un objet de mystère et le privilège d'une caste;

5° Enfin, que dans ce même but, une religion doit être précise par ses dogmes comme par ses formes, tandis que le panthéisme en enlève tout ce qui est positif et clair.

Ces trois points établis, je vous conjurerai de tourner avec moi de nouveau les yeux vers le Christ , pour contempler dans son majestueux ensemble cette doc- . trine de vérité et de paix, assise à jamais sur les inébranlables bases de la Providence et de la rédemption ; après avoir vu ce que produit l'oubli de ces bases, vous comprendrez ce que vous devez de gratitude au messager divin qui les a mises en évidence, et nous nous écrierons ensemble : À qui irions-nous, Seigneur? par aucun autre que toi , il n'y a de salut , car aucun autre nom n'a été donné aux hommes , par lequel ils puissent être sauvés. (Actes IV, 12.)

§ I. Le panthéisme, source d'une vie contemplative

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