INFLUENCE SOCIALE DU PRÉCEPTE DE L'AIOUR DE DIEU
Ta aimeras le Seigneur ton Dieu de tout Ion cœur, de toute ton ime et de toute U pensée.
Matth. XXH, 37.
Voilà un précepte aussi simple qu'il est grand et majestueux! A Jésus seul, au fondateur du Christianisme, il appartenait de le prendre pour base de sa morale; lui seul, en effet, pouvait se rendre le témoignage qu'il avait doté le monde d'une doctrine éminemment salutaire, et de là, remontant à l'auteur suprême de toute grâce excellente, exiger pour lui reconnaissance et amour. Par une étonnante mais admirable anomalie, la morale chrétienne ne cherche nullement son point de départ dans les avantages et l'utilité de l'homme à qui elle s'impose; elle suppose, et c'est son droit, ces avantages entièrement acquis, cette utilité parfaitement réalisée par la doctrine céleste dont elle doit être le complément; elle abandonne dès lors ce point de vue qui est accompli, et s'occupe à dicter à la créature tellement favorisée les devoirs que sa destination comporte, les sentiments par lesquels ces devoirs deviendront faciles à pratiquer. Oui, la clef de la morale chrétienne, c'est le dogme, c'est la doctrine du salut; sans cette doctrine, il serait inconcevable qu'on eût
DotzedbvGOOgle
jamais eu l'audace de dire à l'homme, en dehors de
toute allusion à son bonheur ni à ses droits : Tu aimerai le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même ; car c'eil la toi et les prophètes.
Tout autre fut le langage des grands philosophes de l'antiquité qui s' efforcèrent de construire une morale systématique pour leurs contemporains; hésitant dans leurs doctrines, osant à peine hasarder leurs principes religieux comme des hypothèses, et leurs vues d'avenir comme des espérances. Ils ne pouvaient proposer des règles de conduite, des lois morales qu'après avoir montré qu'à ces règles et ces lois se trouvait intéressé le bonheur de l'humanité. Dépourvus d'une doctrine assez saine ei ce bonheur, il leur
fallait ( réalisation dans la
morale. t, prirent-ils pour
point d léfinition du souve-
rain bié à l'homme le plus
de bien :st la question que
tous se L , , , ntla solution qu'ils
lui donnent, ils indiquent des règles de conduite. Les uns placent le bien souverain dans les jouissances extérieures, et leur morale est matérialiste; les autres le voient au contraire dans la privation, et professent une morale ascétique, pleine de dureté et de rigueur; d'autres aussi, devinant en quelque sorte la vérité, proposent l'union avec Dieu comme source du bien souve-'rain, et conseillent son imitation comme principe de conduite, mais, sans savoir éviter l'écueil d'une tendance mystique, contemplative, extatique. Ahl si l'un d'eux eût porté un nom par lequel les hommes eussent pu être sauvés, s'il leur eût fait connaître te Dieu créateur qui vit dès l'éternité, s'il leur eût dévoilé les mys-
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tères de sa providence et l'efficace de son Saint-Esprit, s'il les eût enfin délivrés de la' servitude du péché, nul besoin il n'aurait eu plus tard, pour établir l'autorité de sa morale, d'en démontrer l'influence avantageuse; assez grande eût été la somme de ses bienfaits pour qu'il eût pu avec autorité dicter celte loi : Tu aimera* le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-mime. Il lui eût même été légitime d'y voir en quelque sorte le tout de l'homme, et de lui soumettre toutes ses facultés sans en excepter aucune; il eût eu le droit de dire comme Jésus : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cour, de toute ton âme et de toute ta pensée.
Vous avez compris, sans doute, la portée de cet ordre ; vous n'avez pas attendu ce jour pour mesurer l'étendue des obligations qu'il vous impose. Dieu vous demande votre cœur, il veut que vous ayez pour lui un amour profond, cet amour de sentiment, qui ne s'explique pas, qui ne se commente pas, qui possède et qui agit. Dieu vous demande votre âme, c'est-à-dire votre intelligence et votre jugement; il veut que votre amour soit fondé en raison, tout différent de ces passions fougueuses et fugitives qui ne reposent ni sur les liens de la nature, ni sur ceux de la reconnaissance. Et qui plus que notre suprême bienfaiteur a le droit d'exiger de nous un tel amour? Dieu demande plus encore, il veut noire pensée, il veut que notre amour nous porte à penser constamment à lui, à l'avoir toujours présent à notre esprit, à lui tout rapporter, de telle sorte que notre conscience pénétrée de la pensée divine nous porte à lui obéir en toute occasion et sans murmure. La rapidité d'un instinct, la solidité d'une volonté réfléchie, l'efficace d'un principe de conscience, tels sont les caractères que doit revêtir l'amour de.
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Dieu pour être vraiment l'amour qu'exige l'Évangile.
Remplissez vos âmes de cet amour, et le Dieu qui ne
se laisse jamais sans témoignage auprès des hommes,
le Dieu qui voua a aimés le premier, répondra à votre
amour en vous Faisant recueillir les plus doux fruits;
car autant le sentiment doit être désintéressé et pur à
son origine, autant, en fait, il devient, par la grade de
Dieu, fertile en heureuses conséquences. Je veux vous
développer aujourd'hui quelques-unes de ces consé-
out ce que l'état social- gagne
e si efficace. Dans ce but,
is et les effets de la substitu-
e, de l'amour de Dieu à la
i imposée comme base de la
i ensuite quelques réflexions
jue suppose nécessairement
l'adoption du principe de l'amour de Dieu.
§ I. l/AMOUR DE DIEU REMPLAÇANT LA CRAIHTE DE IilKlI.
Pour qui réfléchit à la destination de l'homme, il est facile de voir que la crainte ne saurait être le dernier, le plus haut sentiment dont son cœur doive se remplir à l'égard du Créateur; car il faudrait, pour cela, qu'il fût condamné à demeurer sans cesse dans cet état où l'âme encore sauvage ne s'humilie que devant le courroux d'un Dieu fort et jaloux, où le cou encore roide ne le joug irrésistible d'une puissance menamprend, par exemple, que le peuple juif in à retourner aux souvenirs de cette vie i fut celle de ses pères, entièrement igno-
rant dans les arts de la civilisation, rude et barbare dans ses mœurs, fût éloigné de saisir l'immense grandeur du dogme de l'unité de Dieu, dont la garde lui avait été confiée; on conçoit qu'un tel peuple réclamât une main de Fer po at, et
fidèle. A lui surtout, i Dieu
est le principe de la s que
le tout de l'homme e' i-der
ses commandements. Sans le menaçant appareil de grandeur et de force que J jamais il n'eût accompli i son cœur eût passé le pui jours protégé par la bonti gouverné par la puissanct
Cependant, le Dieu qui a doué l'homme est loin d'avoir renfermé ses facultés dans les étroites limites que ne dépassa point la civilisation d'Israël ; il vent, au contraire, que les individus et les peuples croissent sans cesse en lumières, en moralité, en vues élevées; il ne leur refuse pas même te droit de chercher une augmentation légitime de leurs avantages matériels; il veut, en un mot, que la force humaine concoure avec la forée divine à l'accomplissement d'un progrès général et réel. Or, ce concours si désirable, ce concours si pnfrv samment efficace, il s'obtient dès le montent où l'a- 1 mour de Dieu, s' emparant du cœur, y prend la place jusque alors occupée par la crainte.
La crainte de Dieu, a-t-il été dit, est le principe ou le commencement de la sagesse, la connaissance de Dieu est le progrès de la sagesse, l'amour de Dieu est le but et le terme de la sagesse. Cette sentence est pleine de précision et de vérité. Quelles sont, en effet, les influences de la crainte? Elias sont heureuses en ce sens
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qu'elles produisent obéissance et fidélité : le serviteur qui redoute son maître s'informe avec angoisse de an moindres volontés, et s'efforce de les exécuter ponctuellement ; mais autant il y a de fidélité sous l'action de la crainte , autant, d'autre part , il manque d'entrain, de spontanéité, de généreuse audace; l'esprit se soumet parce qu'il tremble , mais il n'ose rien , il n'essaie rien, il n'espère rien de ses propres forces, il n'agit ni ne jouit, il ne fait preuve que d'une sagesse timide et naissante; il a bien le principe, l'indispentsse; mais il n'en a ai le dévête et le terme. Lorsque, pour la s trouvons en rapport avec un i la volonté doit exercer une lotre destinée , un prince redouté, un savant illustre, un magistrat sévère, ces relations sont pour nous flatteuses, plus peut-être qu'elles ne sont agréables ; elles nous peuvent inspirer quelque orgueil, elles nous peuvent même devenir profitables par la bonne direction que la volonté de cet homme imprimera à la nôtre. Mais, dominés par lui, intimidée en sa présence, craignant de lui déplaire, nous n'osons pas nous hasarder à penser, à agir par nousmêmes; instruments presque passifs, nous exécutons scrupuleusement ses ordres, nous suivons ponctuellement ses avis, sans avoir la conscience de notre propre i " " * ma avoir pris en nous-mêmes ni en
e qui devient le gage du progrès. De 'apports de la créature avec le Créa- ; place dans son esprit que pour le affable puissance de Dieu, de ses vos et de ses redoutables cbâtiments, elle apprendra bientôt à-se^oatenter d'une obéissance
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passive , et son activité demeurera comme comprimée.
Connaître Dieu, le connaître toujours plus intimement, apprendre à distinguer l'action de ses perfections, sera le moyen de recouvrer la confiance et la vie. — Tel le sujet ou le disciple qui, devenu plus avancé dans l'intimité de son maître, saisissant ses vraies intentions, se familiarisant avec lui, l'observant soigneusement, parvient à faire usage pour lui-même de la connaissance qu'il a acquise, profite de ce qu'il a découvert, obéit sans doute, mais avec réflexion et spontanément, retrouve enfin son activité propre, et s'essaie à coopérer lui-même aux intentions du chef; tel le fidèle qui commence à connaître son Créateur et son Dieu. — Il voit en lui, non seulement de la sévérité, mais de l'indulgence; il s'étonne de trouver à côté de la justice la bonté; et bientôt, il ne sait plus séparer ces inséparables attributs; il découvre que le Dieu souverainement puissant et libre jouit de cette liberté eu la mettant au service de son infinie intelligence, et il comprend que lui aussi, quoique créature limitée, a reçu de Dieu le droit de faire servir sa liberté au développement de son intelligence. Il travaille donc avec courage, il essaie ses forces, et s'il est bien disposé, les emploie à établir un accord parfait entre la volonté de Dieu et la sienne propre.
De la connaissance, de la connaissance intime à l'amour, il n'y a qu'un pas, et l'espace est vite franchi, mais il faut absolument qu'il se franchisse. Celuilà seul qui aime son maître autant qu'il est aimé de lui . peut réellement coopérer avec lui; il devient le confident de ses projets, il prend une part directe à leur exécution; il marche avec lui harmoniquement, mais
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librement ; nulle inquiétude ne l'assiège et ne gêne ses pensées, parce qu'il compte sur l'affection de celui à qui lui-même rapporte tout; nulle crainte ne l'arrête; pour agir, il n'a plus besoin d'oser, il sait que la liberté lui en a été donnée ; bien plus , il est soutenu , excité par une noble et douce passion, le désir de plaire à celui qu'il aime ; tous tes mobiles les plus puissants se réunissent pour donner à sou âme l'essor entier dont elle est susceptible, la liberté, la confiance, l'affection, le désir du succès, même la crainte qui seule comprime, étouffe l'activité, mais qui, accompagnée de toutes ces excellentes dispositions, se change en une dévouée et soumise vénération. A l'égard de Dieu , comme à l'égard de tout autre maître, la crainte et la connaissance se fondent dans l'amour , et y conduisent nécessairement. Dans nos rapports avec Dieu plus encore que dans ceux qui nous lient à tout autre maître, il faut que nous aimions pour que nos facultés prennent sans entraves tout le développement que Dieu leur a assigné. L'amour de Dieu est le eiment qui rattache l'action humaine à l'action divine, tout en élevant la première à la plus grande hauteur qu'elle puisse atteindre.
Il est donc certain, que dans l'histoire du développement de l'humanité, la crainte de Dieu ne marque qu'un premier pas qui par l'intermédiaire de la connaissance doit conduire à un terme supérieur qui est l'amour; il est certain que l'homme est intéressé à ce que cette route qui unit la crainte à l'amour soit parcourue, et qu'à ce prix seulement, il obtient l'affranchissement de son intelligence et de son activité. On peut même dire que là où règne une religion d'amour, là où elle peut revêtir franchement et complètement
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son caractère, là se trouve également une civilisation avancée. La mesure de cette civilisation, c'est L'accord plus ou moins parfait des mœurs nationales avec le principe de l'amour inscrit dans la religion. Bien des traits de la vie des peuples pourraient ici être amenés en preuve; je me contente d'en présenter deux, mais ils sont importants.
Et d'abord, je ne conçois le culte d'esprit et de vérité que sous l'influence de L'amour de Dieu. — Je dis 'eu conséquence que ce principe épure le culte, proscrit l'adoration qui ne serait que de formes, de cérémonies, de manifestations extérieures, et lui substitue une adoration qui, tout en empruntant le secours de formes simples et nobles, part en réalité du cœur. — Le culte de la crainte, de la crainte seule, c'est le culte grossier des cérémonies. On y multiplie les sacrifices, les sabbats, les macérations et les jeûnes; le malheureux pécheur tremblant devant son Dieu ou devant ses prêtres, ignorant la pure et douce confiance de L'âme aimante, se précipite au pied des autels, courbe son corps avec désespoir et avec larmes, s'environne de tout ce qu'il peut croire capable d'apaiser le Dieu jaloux qu'il adore; mais malgré ses larmes, malgré ses présents, pour peu que son esprit soit éclairé, pour peu qu'il soit disposé à ne se pas contenter, pour chasser ses terreurs, de vains prestiges ou d'absurdes amulettes, il sent qu'il demeure sous le courroux, et son âme n'est point tranquille. Un seul symptôme, mais un symptôme certain, peut lui persuader qu'il passe de la condamnation à la miséricorde , c'est lorsqu'on son cœur, à la crainte succèdent la confiance et l'amour. Alors, mais seulement alors, il se sent soulagé du poids de ses frayeurs, il comprend, en aimant, que lui aussi
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est aimé, et même qu'il a été aimé le premier : dès ee moment, son culte devient celui de l'âme, le culte d'esprit et de vérité.
Que de fois le divin auteur de l'Évangile n'a-t-il pas mis ces vérités eu lumière ! Que de fois ne s'est-il pas efforcé de faire comprendre aux Juifs grossiers qui l'entouraient que La loi de Dieu devait être une loi de liberté et d'amour, que leB sabbats étaient faits pour l'homme, et non l'homme pour les sabbats, que les sacrifices agréables à Dieu étaient ceux de cœurs brisés,' et non ceux des animaux et des viandes ! Oui, sans doute, une religion qui invite à aimer ne peut qu'être une religion interne et spirituelle. Ne pensez pas que je veuille recommander par là ce que déjà j'ai hautement condamné , une religion mystique et contemplative; non certes, moi qui tout au contraire vois dans le principe de l'amour diviu un principe de progrès, de confiance, d'activité, de continuel développement; moi qui sais que celui qui aime Dieu volontairement, c'est celui qui garde ses commandements et qui fait sa volonté; moi qui trouve dans l'Évangile l'amour de Dieu constamment accompagné du précepte de L'amour du prochain, je ne saurais que déplorer l'erreur de ceux qui changeraient la lumière parfaite de l'Évangile en une lumière incertaine et vacillante ; je n'hésite pas même à dire que ce flambeau divin éclaire une activité d'autant plus grande que l'amour de Dieu est plus profond. Le peuple qui aime Dieu sincèrement fréquente son culte, honore les cérémonies de la religion, tout en comprenant très bien que cela ne suffit pas, et qu'il faut aller plus haut; le peuple qui aime Dieu est intimement pénétré du sentiment du devoir qui se confond pour lui avec celui de l'amour, et son plus ardent
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désir est de prouver cet amour par des faits; il se montre alors austère dans ses mœurs, zélé, actif dans sa charité, dévoué dans son patriotisme, laborieux dans la vie privée, ferme et résolu dans la vie publique.
Il se montre aussi, et c'est le second avantage qui me frappe dans la substitution de l'amour à la crainte , il se montre animé d'un ensemble de dispositions bienveillantes et douces qui caractérise tous ses actes et qui fait un continuel contraste avec les dispositions des autres peuples. Oui, sans doute, on ne saurait assez le répéter, avec des mœurs dures, avec une civilisation barbare, marche toujours une religion dure ellemême, quelquefois cruelle; et là où se trouve une religion douce, une religion aimante, un Dieu miséricordieux et bon, là vivent des nations qui savent faire cas de ces précieuses influences, et qui s'empressent de les réaliser dans la pratique. Qui pourrait, d'ailleurs, s'étonner de cet accord? N'y a-t-il pas une correspondance intime entre les principes religieux d'un peuple et les destinées de sa civilisation? S'il est inhumain et grossier, comprendra-t-il un Dieu qui ne se plaît que dans la douceur et l'affection? Et, si ce Dieu lui est représenté comme redoutable et dur, ne s 'empressera- t.il pas de marcher sur ses traces, comme il ne manque jamais de faire à l'égard de ses princes, en façonnant ses mœurs sur les leurs? Le christianisme est lui-même une démonstration parlante de cette vérité; car lui aussi a dû traverser des époques de barbarie et de ténèbres; et alors, comme obéissant à l'action d'une loi fatale, il s'est obscurci, mettant les formes et les cérémonies à la place du dévouement et de l'amour, et d'autre part, s'armant d'une sévérité despotique. A ce prix-là, seulement, à ce déplorable prix, il a pu être
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saisi et à moitié compris par les peuples de ces temps ; mais, admirable efficace de cette sublime religion ! elle n'a cessé de réagir contre ce mélange d'humanité qu'elle s'était vue contrainte de subir; elle seule, malgré les entraves, a déclaré la guerre à la barbarie, attaquant les institutions farouches et les mœurs sauvages, jusqu'à ce que, réussissant à faire entendre de nouveau la voix du Dieu de charité et d'amour, elle ait glorieusement triomphé, et se soit rétablie dans sa pureté primitive en un siècle justement célèbre, d'autre part, par la grandeur des découvertes scientifiques dont il fut le témoin. — Pureté du culte national, douceur des mœurs nationales, voilà deux fruits excellents que la crainte de Dieu contribue à faire naître, mais qu'elle ne saurait conduire à maturité sans la douce chaleur que fournit l'amour de Dieu. N'avais-je pas raison de dire que cet amour est un principe de développement, de civilisation et de progrès?
§ II. l'amour de dieu dans ses effets divers.
Au reste, pour se convaincre des heureux effets sociaux de l'amour de Dieu , il n'est point nécessaire de le mettre en parallèle avec aucun autre sentiment. Examiné en lui-même, directement, ce principe abonde en résultats importants.
Vous savez de quelle nature est cet amour ; vous savez que c'est l'amour filial, et vous en avez pour gage le titre d'mfants de Dieu que l'Évangile a conféré à tous les chrétiens, ce titre magnifique qui jusqu'alors avait été réservé aux héros ou aux demi-dieux. Quand le
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temps marqué a Hé accompli, dit saint Paul, Dieu a envoyé ton Fils, afin que Dieu nous adoptât pour ses enfants (Galat. , IV, 5). Voyez, dit saint Jean, quel amour le Père nous a témoigné de vouloir que nous soyons appelés enfants de Dieu; dés à présent, mes bien-aimès. nous sommes enfants de Dieu (IJean, III, 1-2J. Dieu, de son côté, nous est représenté comme un Père; c'est à notre Père que nous nous adressons en l'invoquant; nous l'appelons Père, même lorsqu'il juge, parce qu'il le fait sans acception de personnes. Quoi de plus doux, mais surtout quoi de plus noble! quoi de plus efficace pour relever la dignité de l'homme à ses propres veux t A quel héros le chrétien porteraitil envie? Il eat enfant de Dieu ! Quelle noblesse assez antique pourrait lutter avec la sienne? Il a été destiné avant la fondation du monde à devenir fils adoptif de Dieu par Jêsus-tihrist (Ëphés., 1, 4-5). A quelle famille s'allierait-il pour augmenter sa considération? Il appartient à la famille divine, et il est participant de sa gloire. Aussi l'apôtre saint Paul glorifie-t-il le chrétien pour avoir obtenu ce titre et les prérogatives qu'il emporte: Parce que vous êtes ses enfants, il a envoyé dans vos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie Abba, c'est-à-dire Pire ; ainsi vous n'êtes plus esclaves, mais vous êtes fils (Galat., IV, 6-7). — Vous n'êtes plus esclaves; plus ne vous est imposée cette profonde dégradation- qui constitue la servitude; ni cette distance presque infinie qui sépare l'esclave du fils de famille; ni ce sentiment amer d'un être condamné à obéir et à souffrir toujours, sans aucune espérance de changement, sans oser même lever sur ses maîtres un regard de supplication. Toutes les servitudes sont abolies par la loi sublime de la liberté ; vous n'êtes donc plus esclaves, mais vous êtes fils, et avec ce titre vous sont accordés tous les privilèges de
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l'homme libre qui l'accompagnent; sur vous rejaillit une partie de l'honneur qui appartient à votre Père, sur vous reposent les espérances et toutes les faveurs de ce bon Père; à vous enfin est promis l'héritage, car il est dit : S% vous êtes (ils, vous êtes donc héritiers dt Dieu par Jésus-Christ (Galat., IV, 7). Même dès à présent, vous sentez en vous-mêmes, et votre cœur se glorifie de posséder l'Esprit du Fils qui est le don accordé aux enfanta de Dieu.
Croyez-vous que ce haut sentiment de dignité n'ait influé en rien sur la destinée des peuples chrétiens, n'ait contribué en rien à leur procurer cette supériorité qui les distingue? Pour moi, j'en suis persuadé, il a été parmi les causes de ce fait une des plus importantes. Non seulement le chrétien relevé à ses propres yeux par les déclarations de son Dieu, se respecte lui-même, ne voulant pas déshonorer l'image et le nom de son divin Père; non seulement il s'efforce de se conduire d'une manière digne de sa vocation; non seulement il revêt ainsi une sainteté bien plus grande que celle dont l'esclave rampant peut jamais offrir l'exemple, se souvenant que comme Celui qui l'a appelé est saint, lui aussi doit être saint, répandant au milieu de son peuple une suave odeur de perfection, et travaillant à faire luire devant les hommes une lumière de vertu qui les porte à glorifier eux-mêmes leur Père céleste : mais eu outre, il se développe en lui un légitime orgueil, une conscience de sa valeur spirituelle, du prix de cette âme qui l'élève à la catégorie des intelligences et qui émane de la substance divine. Lors même que par l'absence de foi, il lui arrive d'enlever à cette âme l'aliment qui seul la peut faire vivre, lors même que par ses passions il la dégrade, alors encore, il demeure pénétré de
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la noblesse de son origine, il se sent fier d'être diretien, parce qu'à ses yeux, c'est appartenir à une race supérieure, à la race divine. Aussi, quelle confiance, ' quelle ardeur animent les disciples de l'Évangile dans leurs rapporte et dans leurs luttes avec ceux des fausses religions 1 Le soldat sur le champ de bataille, le diplomate dans ses négociations, le général à la tête d'expéditions lointaines, se sentent comme possédés de cette dignité du chrétien, et responsables de l'honneur du nom chrétien; ils ressentiraient comme une honte intolérable tout échec qui les humilierait devant une race inférieure, devant une race qui ne connaît pas Dieu, ni le glorieux privilège d'être appelé enfant de Dieu. Leur devoir, leur devoir impérieux, leur honneur exige, au contraire, qu'ils répandent au loin la gloire du Christ, et avec elle, la bonne nouvelle du salut. Ainsi, l'Éternel en élevant l'homme jusqu'à lui par l'Évangile, en remplissant son cœur d'une noble fierté, a préparé dans sa sagesse les voies au triomphe de la vérité religieuse. L'Évangile porte en lui-même la source et le gage de la victoire définitive; tous, un jour, seront reconnus comme étant enfants de Dieu, et s'uniront par Christ dans l'amour de leur Père céleste.
En attendant cette époque fortunée, ne comprenezvous pas quelle obligation le titre d'enfants de Dieu qui appartient indistinctement à tous ceux qu'il a adoptés par Jésus-Christ, impose aux hommes qui le reconnaissent et qui s'en glorifient? Ne voyez-vous pas que si vous êtes tous enfants du même Père, vous êtes tous frères, et ne trouvez-vous pas ainsi, dans le précepte de l'amour divin, la source et le fondement de l'amour des hommes? Ne saisissez-vous pas alors, et d'un coup d'œil, l'efficace de ce précepte pour maintenir l'ordre
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social? Quelle distance le sépare, à cet égard, des systèmes jusqu'alors admis?
Autant il introduit d'union et de rapprochement, autant existaient auparavant de sources de distinctions, de rivalités et de déchirements. Chaque peuple avait son Dieu, et souvent au milieu d'un même peuple une foule de divinités se disputaient les hommages, de telle sorte que la religion qui devrait toujours unir, creusait, au contraire, entre les hommes des abîmes infranchissables. Chaque famille avait sa caste, ses privilèges, ses coutumes distinctes, et rien ne s'offrait pour dominer ce principe de division ; aucun principe supérieur d'unité n'était donné pour en paralyser la fâcheuse action. Les inégalités sociales, inévitable résultat de la diversité des dons naturels, étaient presque partout corroborées par le temps, et prenaient souvent un caractère de fixité qui se manifestait par un profond dé- * dain chez les uns, par la bassesse et la jalousie chez les autres. Tout cela devant les principes évangéliques doit disparaître. H n'y a qu'un Dieu, dit saint Paul, qui est le Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous et en vous tous. (Éphés. IV, 5). — Le Père de famille reconnaît tous ses enfants, il n'en éloigne aucun, car il est le père de tous ; il exige de tous la même obéissance, autant du maître que de l'esclave, autant du riche que du pauvre, autant du fort que du faible, car il est au-dessus de tous; il les environne tous des mêmes faveurs, et partage entre eux sans distinction ses gratuités, vivant au milieu d'eux, n'en abandonnant absolument aucun , car il est parmi tous et en tous. Peu lui importent les prétentions de castes, de familles ou de races ; devant lui ces prétentions sont nulles et non avenues, et le premier dans le royaume du Ciel,
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n'est pas celui qui marche en tête dans les empires de ce monde.
Qu'elle dut paraître nouvelle, quel étonnement elle dut exciter partout, cette doctrine de la fraternité des hommes et de leur égale dignité, tous étant par Christ enfants de Dieu ! Que de craintes à la fois, et que d'espérances ne dut-elle pas exciter! Quel renouvellement complet de la face du monde ne dut-elle pas faire entrevoir ! De quel ébranlement ne menaça-t-elle pas, en particulier, cette domination romaine assise Bur la terreur, portant le despotisme à sa tête, l'esclavage et la sujétion partout ailleurs; et cependant, elle n'était autre chose que l'énoncé d'une vérité céleste et d'un principe entièrement spirituel. Les prédicateurs de l'Évangile redoublèrent de précautions pour qu'on n'en tirât aucune conséquence mondaine qui pût faire douter de sa pureté. Que ceux qui sont esclaves, dit saint Paul, regardent leurs maîtres comme dignes de toutes sortes d'honneurs, de peur qu'on ne -parle dêsavantageusement du nom de Dieu et contre sa doctrine. Que ceux qui ont des fidèlespour maîtres, ne les méprisent pas, sous prétexte que ce sont leurs frères ; au contraire, qu'ils les servent mieux par cette raison-là mime qu'ils sont fidèles ( I Timoth. VI, 1 -2).
Ainsi, c'était par elle-même, par sa propre vertu, et non par aucun éclat violent que la sainte doctrine de la fraternité devait faire son chemin; mais cette route ne pouvait manquer de s'accomplir, et dans sa marche triomphale elle devait renverser les obstacles que lui opposeraient les préjugés et les passions. Cette doctrine était en elle-même trop claire, pour l'humanité trop flatteuse, dans ses résultats trop efficace pour qu'on pût supposer jamais qu'elle demeurât stérile. Ici, elle atteindra son but presque d'emblée; ailleurs, des siècles
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peut-être lui seront nécessaires pour arriver; mais partout elle parviendra. Le titre d'enfant de Dieu, de frère et de cohéritier de Jésus-Christ, est un titre trop glorieux pour que chacun ne s'efforce pas de le mériter; même en le partageant avec les autres hommes.
Vous sentez sans doute tout ce qu'il y a pour nous d'avantageux et de noble à répondre par votre amour à cet amour parfait que Dieu vous a témoigné par Jésus-Christ. Vous voulea, j'en suis convaincu, revêtir ce caractère fondamental du chrétien, obéir à ce commandement qui est à la fois le premier et le plus grand, et vous disposer par là à la vie du Ciel , où l'amour parfait du Créateur fera les délices de ceux qui l'auront aimé sincèrement sur cette terre. Mais, pour que cet amour pénètre vos âmes, il ne suffit pas d'en comprendre la portée et d'en désirer la possession, il faut le vouloir , il faut en conséquence agir pour l'obtenir, et se mettre promptement à sa recherche. Or, l'étude que nous en avons faite, nous enseigne par quelle route ou y parvient; elle nous ôte tout prétexte à rejeter la faute hors de nous, si, malheureusement, ce précieux sentiment nous demeure étranger.
Apprenez d'abord à connaître Dieu, car la connaissance est le chemin qui mène à l'amour; or, connaître Dieu, c'est connaître ses perfections et sa volonté.. Ne pensez pas être vraiment chrétiens, ni porter véritablement dans vos cœurs l'amour de Dieu, tant que vous ne serez pas pénétrés d'une profonde admiration pour la grandeur de Dieu, et d'un ardent désir de savoir ce qu'il veut de vous. — Si la contemplation des œuvres de Dieu vous touche, vous élève, vous transporte, si
elle vous inspire les élans d'adoration qu'éprouvait à leur vue Le Roi-Prophète, si la beauté du firmament, et aussi la merveilleuse structure de l'insecte vous attirent, surtout en ceci, que vous y appreniez à connaître la puissance et la sagesse du Créateur; alors, vous êtes bien disposés, et bientôt vous aimerez Celui qui a fait tant de si belles et de si bonnes choses. Si dans les événements de votre vie, publics ou particuliers, vous savez chercher autre chose que tes faits matériels, et vous élever à ta cause intelligente et suprême qui les a ordonnés; si vous vous efforcez de découvrir tes vues toujours miséricordieuses, quoique sévères quelquefois, que ces faits vous révèlent; si en un mot, partout, la Providence vous apparaît, alors vous êtes bien disposés, et bientôt vous aimerez Celui dont les voies infinies se dévoilent insensiblement à vos yeux, dans leur inouïe variété et dans leur admirable unité. Si vous profitez avec empressement des moyens que Dieu vous fournit en abondance pour connaître sa volonté, si vous écoutez attentivement les inspirations de la conscience, si vous l'éclairez par la comparaison assidue que vous en faites avec les oracles de la révélation, si vous ne vous refusez point à contempler les trésors de grandeur , d'élévation , de spirituelle tendance qu'offrent avec profusion ces deux grandes sources de la vie religieuse, alors vous êtes bien disposés, et bientôt vous aimerez Celui qui a daigné s'approcher de vous et se. révéler de tant de manières.
Allez plus loin, ne vous contentez pas de ces bonnes dispositions si nécessaires qu'elles soient ; allez de suite aux actes, et la volonté de Dieu une fois connue, hâtezvous de vous en faire les fidèles serviteurs. Vous le savez, nous sommes assurés que nous le connaissons, lorsque
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nous gardons ses commandements ; celui qui dit qu'il le connaît et qui ne garde pas set commandements est un menteur, et la vérité n'est point en lui ; mais si quelqu'un garde sa Parole, il a pour Dieu un véritable et parfait amour (I Jean II, 3-5). Quel est en effet le symptôme et le gage de l'amour ? C'est de faire ce qui est agréable à celui qu'on aime. Quelle est la preuve la plus convaincante d'une sincère affection? Ce sont les actes. Dire que l'on connaît un ami et qu'on lui est attaché, et ne rien faire pour lui, c'est mentir. Dire que l'on connaît Dieu, et ne pas garder ses. commandements, c'est aussi mentir. Joignez donc à la connaissance l'obéissance) ; profitez de la première pour passer immédiatement à la seconde ; vous ne tarderez pas à en ressentir les heureux effets. Cette paix de la conscience que vous éprouverez, ce jentiment de douce approbation dont votre cœur se remplira par la grâce de Dieu, vous annoncera sa présence. De même que l'on s'attache avec force à celui qu'on a rendu heureux, de même, vous arriverez à aimer Dieu en lui obéissant, et en faisant naître de la joie dans son Ciel par votre obéissance.
Je pourrais vous rappeler encore que l'amour de Dieu est inséparable de l'amour des hommes qui sont comme vous ses enfants, et qu'en conséquence, la charité est un acheminement à la piété. Car il est dit : Celui qui aime son frère est dans la lumière, mais celui qui hait son frire est dans les ténèbres ( I Jean H, 1 0-1 1 ). Je pourrais aussi insister auprès de vous dans le même but, sur la nécessité du renoncement pour faire place à l'amour divin. N'aimez point le monde, dit saint Jean, ni ce qui est dans le monde ; si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui (I Jean II, -15). Mais ce sont là des préceptes trop importants, trop caraclé-
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ristiques de la morale chrétienne, pour qu'il soit possible de n'en parler qu'occasionnellement ; ils méritent une attention spéciale, et nous devons y revenir.
Maintenant il ne me reste qu'à vous conjurer de sonder vos cœurs, pour savoir si vous avez véritablement de l'amour pour votre Dieu ; que chacun interroge sa conscience, et se demande s'il travaille sincèrement à connaître Dieu et à lui obéir; que chacun juge en soi-même s'il est digne des promesses que Dieu fait à ceux qui l'aiment, et pour le monde présent et pour le monde à venir. Chrétiens heureux, avancés déjà dans la possession de cet amour, recevez nos félicitations ! Vous qui avez fait quelques pas dans cette route, acceptez nos encouragements ! Vous qui en êtes demeurés éloignés, ne soyez pas sourds à nos avertissements età nos sérieuses exhortations 1 Et toi, grand Dieu, toi qui donnes la pensée et l'action, inspire-nous à tous de .te demander dans nos prières un cœur plein de foi, de gratitude et d'amour.
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