‹ Conférences ou discours sur les influences sociales du christianismeChapitre 9 sur 32 · CINQUIEME DISCOURS · texte numérisé non relu

CINQUIEME DISCOURS

L'AMOUR DU PIOCUIN.

Tu aimeras ton prochain comme toi-n Matt. XXII, 39.

C'est ici le triomphe de l'Évangile. C'est ici que nous rencontrons te commandement caractéristique, et que de toutes les bouches, fidèles ou infidèles, nous entendons partir, pour la publication de ce commandement, des accents de reconnaissance. Oui, on peut dire que sur le point de la charité, le témoignage rendu au christianisme a été presque unanime; de tontes parts, cette religion a été proclamée une religion de bienveillance et d'amour. Qui pourrait, en effet, se - représenter l'accomplissement entier des préceptes chrétiens, sans concevoir en même temps sur la terre l'état le plus heureux et le plus doux? Qui pourrait entrevoir la domination de l'Évangile sur les relations des hommes , sans comprendre quel admirable caractère de bienveillance ces relations devraient y puiser ? Où trouver une plus formelle condamnation de toutes ces passions haineuses qui entraînent après elles le désordre et les querelles , l'envie , la jalousie , la recherche exclusive de ses propres avantages , le besoin de la domination , l'absence du support? Où trouver de plus nom-

breux et plus pressants encouragements à la tolérance, au pardon, à la patience envers tous, à l'humilité, à l'aumône , à de fraternelles exhortations , en un mot , à tous ces sentiments , à tous ces actes , qui composent l'imposante règle de la chanté , dont plusieurs étaient entièrement inconnus aux païens , et dont aucun , peutêtre, n'était élevé chez eux au rang de devoir? Combien il nous sera doux, lorsque nous y amènera la suite de nos réflexions, de poursuivre dans ses effets cette belle tendance de la morale évangélique 1 Nous la trouverons se répandant au sein des peuples , et modifiant tous les actes de la vie sociale; les relations individuelles, politiques, internationales, les institutions judiciaires , philanthropiques , religieuses , les mœurs de tribus et de familles nous apparaîtront sous une face toute nouvelle , partout où l'influence du christianisme aura été admise à s'exercer; nous admirerons cette vertu cachée d'un principe vrai qui Lui communique une irrésistible puissance , le fait triompher des oppositions là où il en rencontre , et crée des miracles bienfaisants là où il peut agir sans entraves. Pour aujourd'hui, nous devons laisser tant et de si intéressants développements-, avant d'énumérer les effets, nous devons rechercher les causes; avant d'indiquer les conséquences, il nous faut reconnaître les principes, et tel est le but de notre méditation de ce jour. Interrogeons l'Évangile, cherchons à y découvrir autour de quelles bases générales se groupent toutes les parties de cet édifice magnifique de la charité que le Christ est venu construire; quels sont les faits, quelles sont les doctrines qui doivent assurer partout où domine le christianisme l'exécution de cet ordre : Tu aimeras ton prochain comme toi-même?

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Et d'abord, Chrétiens , rendons hommage à l'exem-' pie sublime qu'a fourni à l'humanité le divin fondateur de notre religion. — Si la corruption ou la cruauté des mœurs furent souvent encouragées chez les nations idolâtres par les abominables qualités qu'elles prêtaient à leurs fausses divinités , de même, la charité doit caractériser les disciples de Celui qui, par sa vie et par sa mort, a manifesté la plus haute charité qui se puisse concevoir. Non seulement il nous a enseigné que Dieu lui-même est charité, et que, par conséquent , si nous voulons devenir les imitateurs de Dieu, il nous faut revêtir la charité; non seulement, après nous avoir appris à aimer Dieu, en nous faisant connaître que Dieu nous a aimés le premier, il a intimement lié à l'amour de Dieu l'amour du prochain qui en est une conséquence immédiate; mais il a voulu nous laisser, en outre, Bur ce point, un modèle parfait, afin que nous suivions ses traces. Participant depuis les siècles à la gloire infinie du Père , et jouissant dans son sein d'un bonheur ineffable , il n'a point hésité à quitter le Ciel , lorsqu'il a vu la misère des hommes, pour venir, au milieu d'eux, combattre le péché et leur apporter le salut; il a pris en pitié les sacrifices vains et les inutiles holocaustes par lesquels le malheureux péeheur s'efforçait d'apaiser le courroux du Ciel , il a vu que le Père n'y prenait point de plaisir, et il a dit : Me voici, b Dieu , je viens pour faire ta volonté (Hébr. X, 8). Descendu au milieu des hommes, les premiers traits de sa vie mortelle furent empreints d'une ineffable douceur ; puis , lorsque le ministère sacré, pour lequel il était venu , eut commencé, il ne laissa aucune branche de la charité sans en donner l'exemple en même temps que la leçon. — Ami des hommes, il ne cessa de les

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bénir, allant de lieu en lieu pour faire du bien, pour guérir les maux du corps et ceux de l'âme ; soutien des faibles, il n'hésita point à s'en entourer, cherchant les enfants, les pauvres, les êtres méprisés du monde, donnant ainsi à entendre que devant Dieu la force et la puissance mondaine ne sont que néant ; tendre et compatissant, il ouvrit son cœur aux douces affections de l'amitié, pleurant sur le tombeau d'un Lazare, lémonstrations d'un tr, il en réprima la 'ceux cruels que ce savez ce que voue i sévère que lorsque ït profanée sous ses .vages que préparait : au delà de toute expression, il supporta sans murmurer la haine des Grands, la déplorable ingratitude du peuple, le tâche abandon de ses amis et les affreux tourments du supplice , retrouvant des forces pour couvrir de son amour et de son pardon ses persécuteurs et ses bourreaux. A qui plus qu'à lui était-il permis d'exiger que les siens fussent charitables , et de dire : A ceci , l'on connaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez Us uns les autres (Jean XIII, 35). Quel maître pouvait plus que lui espérer obéissance pour un précepte dont il avait montré en sa personne l'entier accomplissement? Dieu, annoncé comme un Dieu de charité , Jésus, son céleste messager , réalisant en lui-même tous les miracles de la charité, quelle base plus efficace pour faire du christianisme une religion de charité ? Aussi , l'amour mutuel fut-il le premier caractère qui distingua les chrétiens au milieu des peuples atten-

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tifs à ta venue d'une nouvelle doctrine. Voub Bavez ce que fut la primitive Église , quelle union , quelle affection entre tous les Frères, quelle ardeur pour faire part de leurs biens aux autres, pour se sou-' tenir mutuellement , et pour être en bon accord ensemble. A la vue d'une si touchante fraternité, le peuple demeurait étonné, et cela seul, dit l'Écriture, faisait que les chrétiens lui étaient agréables (Actes II, 47). Le spectacle de cette union et de ce désintéressement lui paraissait à la fois si nouveau et si entraînant qu'il ne pouvait s'empêcher d'en être profondément ému. Plus tard, lorsque l'exemple du Seigneur ne fut plus vivant qu'en souvenir, le christianisme , pour atteindre son but, dut invoquer l'autorité du Maître, et rappeler aux disciples que la bienveillance mutuelle était un commandement : il dut faire valoir tous les principes sur lesquels Jésus avait établi les devoirs des hommes les uns à l'égard des autres, et réclamer toute la puissance de la Foi par le maintien de ces principes. — L'égalité des hommes devant Dieu, c'est le premier; la nécessité d'une conduite humaine et bienveillante, c'est le second. — Égalité, humanité! voilà l'Évangile en ce qui concerne les relations des hommes. Ces noms seuls suffisent pour rappeler à l'esprit les vastes changements que le christianisme dut apporter dans l'état social; ils nous serviront à les retracer rapidement , ils nous aideront à mettre en saillie l'espVit de l'Évangile et les commandements vraiment nouveaux qu'il renferme ; ils nous amèneront aussi à faire connaître, pour les écarter, les fausses et abusives interprétations qu'on a données parfois aux tendances évangéliques, dans l'intérêt des passions mondaines.

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) I. ÉGAMTÉ DES HOMMES.

Tous les hommes sont frères, nous l'avons établi d'après l'Évangile, parce que tous sont enfants de Dieu, et que tousaussidescendentd'Adam. Une commune origine les rend égaux, et de même qu'un bon père de famille ne fait aucune différence entre ses enfants, de même, lePère commun des hommes les regarde tous avec la même tendresse, et leur accorde à tous le même amour. — Aux yeux de Dieu ils sont égaux. Combien cette doctrine est éloignée des dogmes ou des préjugés du paganisme ! Il semble que celui-ci ait pris à tâche de multiplier en quelque sorte les différences, et de parquer les hommes en catégories distinctes pour accorder les privilèges à quelques-uns, et réserver l'humiliation aux autres; différences de races : le Blanc et le Nègre , l'Indien et l'Éthiopien, se refusent avec obstination le titre de frères, et ne veulent à aucun prix se reconnaître comme appartenant à une même famille ; différences de nations : le Grec et le Romain , l'habitant des Indes comme celui de la Chine , traitent à l'envi de Barbares les citoyens des autres peuples , et leur fabriquent je ne sais quelle généalogie qui leur assigne une place inférieure; différences de castes : les Prêtres de l'Orient, les Guerriers et les Artisans, ne permettent, sous aucun prétexte, qu'on les confonde entre eux, ils ne se mêlent jamais , parce qu'ils se disent d'une origine diverse , se réunissant toutefois dans un mépris commun pour une caste abhorrée que l'on- maintient dans un état d'esclavage. — Il semble que de toutes parts la petite ambition de l'homme cherche à mettre

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une infranchissable barrière entre lui et ceux qui se disent ses semblables ; même au sein du christianisme, cette ambition a cherché à prendre essor, et souvent le Noble s'est cru d'une race étrangère au pauvre Paysan qui labourait sa terre. Que serait-ce si cette religion n'avait pas hautement déclaré que Dieu a fait naître d'un même sang tout le genre humain (Actes XVII, 26), et que tous nous sommes la race de Dieu (Actes 29)?

Tous les hommes sont frères, ajoutons-nous encore, en ce que Dieu dans l'Évangile leur assigne à tous la même tâche à accomplir pendant leur pèlerinage sur la terre; à cet égard, ils sont égaux. Quelle que soit leur puissance, elle n'est que néant devant l'infinie puissance de Dieu; tous doivent, en conséquence, courber leur front et adorer leur Maître commun; quelle que soit leur position sociale , tous sont pécheurs, selon ce gui est écrit, il n'y a point de juste, non pas même un seul (Rom. III, 1 0). Tous, en conséquence, demeurent sous la condamnation de la loi , et il faut qu'ils accomplissent toutes les conditions qu'impose cette loi; il faut qu'ils revêtent la foi, l'humilité, ta bonté; il faut que dépouillant le vieil homme, ils naissent de nouveau : foi , repentanee , régénération , telles sont les obligations imposées au grand comme au petit, au fort comme au faible, au Juif comme au Grec, au maître comme à l'esclave.

Puis, quand vient la fin, et ici encore, tous les hommes sont égaux, se présentent pour eux la même destinée, les mêmes menaces et les mêmes promesses. Tous alors, il nous faudra comparaître devant le tribunal suprême, pour que là chacun y soit jugé selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps ; - heureux alors, ceux-là seulement qui auront êlè affamés et

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altérés de la justice, car Vis seront rassasiés (Matth. V, 6). Heureux, non ceux qui auront possédé ici-bas les richesses, la gloire et la fortune de ce monde ; mais tout autant, mais plus encore, les pauvres (Luc VI, 20) et ceux qui auront été persécutés pour îa justice (Luc 1, 10). A l'entrée de cette vie qui ne doit jamais finir, au début de l'éternité, l'homme n'emporte rien de «ette terre à laquelle, en naissant, il n'avait rien apporté; ses ceuvres seules le suivent (Apocal. XIV, 13). Le plus riche alors, c'est celui qui s'est amassé pour la vie éternelle un trésor où les vers ni la rouille ne pénètrent, un trésor de sainteté et de charité ; le plus puissant alors, c'est celui qui , par sa bonté et son zèle à maintenir la paix, a mérité le nom d'enfant de Dieu ! (Matth. V, 3) ne s'étant montré violent qu'à l'égard de ses propres passions, et pour conquérir le royaume du Ciel; le premier alors, le premier dans ce royaume, c'est celui qui aura été humble comme un enfant (Hatth. XVIII, 4). Il n'y aura donc aucune acception de personnes, et le Dieu qui sur tous les hommes règne en juste Roi, ne cessera pas d'être juste en les jugeant.

Les hommes sont, donc égaux et frères; ils le sont devant Dieu, ils le sont aux yeux de la religion. Ne vous méprenez pas sur le vrai caractère de cette égalité ; elle est en elle-même purement spirituelle , et notre divin Sauveur n'en a voulu établir directement aucune autre. Peu importe à l'Évangile les inégalités sociales qui séparent les hommes ou les distinguent ; ces inégalités, sont inévitables et il les respecte. Il faut bien que, dans ce monde, les uns soient riches et les autres pauvres, les uns puissants et les autres faibles, les uns savants et les autres ignorants, les uns gouvernants et les autres gouvernés, les uns maîtres et les autres assujet-

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lis; travailler à renverser les inégalités, c'eût été donner à la doctrine de la fraternité des hommes un sens et une tendance tout autres que le sens et la tendance évangéliques ; c'eût été en faire un instrument au service des ambitions terrestres et des intérêts mondains, tandis qu'elle n'a en vue que les intérêts éternels ou ceux de la charité ; c'eût été tromper les hommes en leur persuadant que leur bonheur, leur vrai bonheur, consiste dans la possession égale d'avantages périssables, tandis qu'au contraire, ce bonheur réside essentiellement dans celle des avantages invisibles auxquels, en conséquence, tous ont le même droit. Rendez à chacun ce qui lui est du, dit saint Paul aux premiers Chrétiens, le tribut à qui vous devez le tribut, les impôts à qui vous devez les impôts, la crainte à qui vous devez la crainte, l'honneur à qui vous devez l'honneur (Rom. XIII, 7). Soyez soumis au# puissances supérieures (Rom. XIII, 1). Si même vous avez été appelés étant esclaves, ne vous faites point de peine de la servitude (1 Corinth. VII, 21). Rien ne serait donc plus contraire à l'esprit de l'Évangile que de travailler à réaliser une égalité factice sur cette terre, au prix de la tolérance et de la paix. Les passions jalouses qui se déchaînent contre toute supériorité, et ne pouvant pas atteindre une haute position, s'efforcent d'abaisser les autres à leur niveau, ces passions sont de celles que l'Évangile réprouve ouvertement; il n'a pu vouloir de ce nivellemerit brutal qui détruit toute élévation , méconnaît tous les talents , amoindrit toute grande vue, rabaisse toute pensée noble, et prive ainsi les peuples de leurs gloires et de leurs illustrations. Bien au contraire, il n'a mis aucun empêchement à ces choses qui peuvent être bonnes, tout comme aussi elles peuvent devenir mauvaises; U les a abandonnées au

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cours naturel des événements, réservant pour le jour du rétablissement de toutes choses, l'anéantissement de ces différences , réservant de n'avoir plus égard alors qu'aux œuvres de chacun, à la manière dont chacun aura bit valoir le talent à lui confié. Oui encore une fois, l'égalité évangélique est une égalité spirituelle, source d'un légitime orgueil pour celui qui en comprend la véritable portée , encouragement- toujours présent à se rendre digne de porter le nom glorieux d'enfants de Dieu.

Cependant, il y a dans cette noble assurance, une réelle et puissante influence sociale; il y a dans ce sentiment d'égalité, tout spirituel qu'il soit, quelque chose qui, relevant l'homme à ses propres yeux et aussi aux yeux de ses semblables, qui, formant un principe de respect pour les droit» de tous, paralyse et arrête l'action des passions ou de» préjugés destructifs de la prospérité sociale. 11 est en particulier une tendance à laquelle les influences évangéliques ont déclaré une guerre incessante, et qui sous ces influences a succombé ou doit succomber, c'est le droit de la force. Le droit du plus fort, c'est la tyrannie, c'est la substitution de la violence à la justice, c'est la domination non motivée, et l'oppression de tous par quelques-uns; c'est donc la destruction de toute égalité. Jamais le christianisme n'a reconnu ce prétendu droit. Aussi, n'est-ce pas sans surprise que l'on a vu l'Évangile accusé de favoriser le despotisme, parce qu'il recommande aux vrais disciples de travailler à leur affranchissement moral, beaucoup plutôt qu'à un affranchissement purement politique. Une doctrine qui ne cesse de rappeler aux rois, aux princes sur la terre, qu'ils ont eux-mêmes un Maître dans le Ciel, et qu'il leur faudra comparaître

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devant lui comme le plus humble de leurs sujets ; une doctrine qui adresse à tous, sans exception aucune, cet ordre significatif : Tu aimeras ton prochain comme toimême, une telle doctrine ne peut avoir qu'un -effet, ' celui de rapprocher les distances au nom de la religion, et de donner au gouvernement plus de douceur. Le despotisme et ses rigoureux caprices sont essentiellement antipathiques à l'esprit du christianisme, et l'histoire prouve que nulle part moins que dans les contrées chrétiennes, il n'a réussi à étouffer la liberté. Dans ces contrées, les abus d'autorité et les cruautés de la tyrannie sont infiniment plus rares qu'ailleurs, durent infînimentmoins et rencontrent des obstacles beaucoup plus énergiques. Lorsque dans ces pays la barbarie règne encore, lorsque le droit de la force possède encore une puissance redoutable, et qu'il se montre dans ' la plupart des transactions sociales, c'est par les influences chrétiennes qu'il est le plus vigoureusement attaqué, de telle sorte qu'au moment où il se sent vaincn, personne n'hésite à leur attribuer sa défaite. Le christianisme n'a-t-il pas en particulier constamment encouragé la protection du faible? n'a-t-il pas combattu sous toutes ses faces le préjugé qui refuse au faible tout droit et ne lui laisse que des devoirs à accomplir? A-t-il jamais introduit dans ses promesses, dans ses espérances, dans ses préceptes ou dans ses menaces, la moindre différence entre le fort et le faible ? Aussi , voyez quelle disparate entre les mœurs des nations chrétiennes et celles de la plupart des autres peuples ! Ici, la femme est considérée comme esclave et habituellement soumise aux travanx les plus rudes; les vieillards sont une charge pour des populations guerrières et nomades ; les enfants sont livrés au des-

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potique arbitraire des parents, et l'infanticide passe à peine pour un' crime ; l'étranger, objet de haine ou de déûance, se voit menacé ou maltraité. Chez les Chrétiens, rien de semblable ; la femme est rentrée dans les privilèges de compagne et d'amie de l'homme, et la faiblesse de son sexe la rend l'objet de nombreux égards; le vieillard est honoré et son expérience utilisée ; l'enfant est confié à la tendresse de ses parents qui conservent soigneusement ses forces naissantes pour l'avantage de la société ; l'étranger est accueilli avec bienveillance, et chaque jour voit disparaître les vexations de la barbarie à son égard. Où voit-on, sinon chez les Chrétiens, les relations internationales mitigées et réglées dans l'intérêt de l'humanité? Le fléau de la guerre y est adouci par les conventions du droit des gens ; le prisonnier et le vaincu n'y sont jamais voués à l'extermination ; Les horreurs du pillage y sont presque inconnues; les dévastations gratuites y sont généralement condamnées. Ainsi, sous L'égide de la loi tutélaire du Christ sont recueillis tous ceux qui ne sauraient se défendre à cause de leur faiblesse; ils trouvent un ami et un protecteur dans Celui qui ne fait acception de personne, et devant qui aucun tw doit « glorifier (1 Corinth. I, 29).

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