‹ Conférences pratiques de médecine légaleChapitre 18 sur 99 · DOC I M A S I K 1> U L M ON A I H E · texte numérisé non relu

DOC I M A S I K 1> U L M ON A I H E

durée de l’existence. Les preuves du troisième ordre ont une valeur plus générale. Elles se tirent des signes fournis par l’établissement complet ou incomplet. de la respiration dans les poumons, au moment ou après la naissance. Ce sont les seules dont je veux m’occuper aujourd’hui, en vous indiquant les moyens à l’aide desquels on démontre l’existence ou l’absence de la respiration.

Vous voyez qu’en définitive cette question, l’enfant a-t-il vécu ? se transforme en celle-ci : l’enfant a-t-il respiré ?

La fonction respiratoire est en effet la première fonction nouvelle qui s’établit après la naissance. A part les cas de mort apparente, aussitôt après la sortie des parties maternelles l’enfant fait des mouvements respiratoires d’autant plus complets qu’il est doué de plus de vitalité. Ces mouvements, d’origine réflexe, sont provoqués par l’excitation cutanée, qui résulte de l’impression de l’air, du changement de milieu et de température. L’air atmosphérique pénètre ainsi dans les voies respiratoires et dans les alvéoles pulmonaires, jusqu’alors effacés, atélectasiés comme l’on dit.

En même temps s’effectue une modification importante dans la circulation. Le sang de l’artère pulmonaire, qui naguère était directement conduit dans l’aorte par le canal artériel, change de cours et afflue dans les capillaires que contiennent les parois alvéolaires.

Pénétration de l'air dans les alvéoles, pénétration du sanrj dans les capillaires du poumon, telles sont

les deux modifications qui transforment complètement l’aspect et le poids spécifique des organes respiratoires. Ces changements sont tellement caractéristiques qu’ils deviennent l’élément le plus précieux et le plus certain pour apprécier si l’enfant a respiré.

La pénétration de l’air dans le poumon détermine une augmentation de volume et un changement d'aspect de ces organes. Quelques auteurs ont attribué une certaine importance à Y ampliation plus grande du thorax qui en résulte, et ils en ont fait un signe de l'établissement de la respiration ; mais c’est là un signe dont on ne peut tirer parti dans un cas déterminé, puisqu’on ne connaît pas les dimensions primitives de la cage thoracique.

Le changement d' aspect a une valeur beaucoup plus grande, et quand il est très-accusé, qu’il n’est pas masqué par la putréfaction, il suffirait à lui seul. Je vous présente les poumons d’un enfant qui a vécu quelques jours et ceux d’un mort-né; vous pouvez voir, en les comparant, combien ils diffèrent les uns des autres.

Ceux-ci, qui n’ont pas été pénétrés par l’air, sont formés d’un tissu compact, analogue au tissu du foie d’adulte ; ils sont denses et charnus et il faut beaucoup d’attention pour reconnaître ces espaces quadrangulaires qui tiennent à leur structure lobulaire. La coloration est uniforme et d’un rouge vineux.

La coupe en est homogène, lisse, compacte, sans apparence d’alvéoles; à la pression il s’en échappe une faible quantité de liquide rosé sans mélange de bulles gazeuses.

DOCI.MASIE PULMONAIRE.

Les autres, qui proviennent de l’enfant né vivant, ont un aspect bien different. Ils sont beaucoup plus volumineux, moins denses, moins charnus et crépitent sous les doigts. Leur coloration est moins uniforme; ils sont marbrés de plaques d’un rose pâle ou foncé suivant les points. Leur structure lobulaire est des plus évidentes. A la coupe, on reconnaît facilement l’ apparence vésiculeuse ; quand on presse un fragment entre les doigts, on expulse une certaine quantité de liquide rosé, mélangé à de nombreuses bulles gazeuses fines, qui le rendent mousseux.

Puisque j’en suis sur la description générale des poumons dans les différents cas, il me paraît utile d’y adjoindre celle des poumons qui ont été insufflés chez des enfants que l’on n’a pas pu rappeler à la vie. Quant aux organes respiratoires des enfants ranimés par l’insufflation, ils présentent, vous le comprenez, le même aspect que ceux qui ont respiré naturellement.

Les poumons insufflés se rapprochent, par leur volume, de ceux qui ont respiré, ils ont été dilatés comme eux par la pénétration artificielle de l’air ; mais la circulation ne s’est point effectuée dans les parois alvéolaires, ou bien elle y a été incomplète. Il en résulte qu’ils 11e sont pas colorés par le sang et qu’ils ont une coloration pâle d’un blanc mat. La coupe d’apparence vésiculeuse présente la même teinte pâle, la même absence de vaisseaux ou d’arborisations capillaires. Ils crépitent sous les doigts, mais c’est à peine, si, exprimant un fragment, 011 en fait sourdre une petite quantité de liquide. D’ailleurs, l’insufflation pratiquée par la main la plus habile ne 'dilate jamais

complètement les deux poumons; il reste toujours des portions qui offrent les caractères de l’état fœtal. Ajoutons enfin que les efforts d’insufflation déterminent presque toujours la rupture de quelques vésicules et que l’on constate ordinairement de l’emphysème sous-pleural ou interlobulaire.

En vous reportant au tableau que je vous ai dressé à cet effet, vous serez plus vivement frappés des dissemblances qui existent entre les trois états des organes respiratoires que l’on peut rencontrer à l’autopsie des enfants nouveau-nés.

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