DOC I M ASIE PU LMON A IRE
de l’eau. Tous 110s tissus ayant un poids spécifique plus considérable que ce liquide ils ne sauraient surnager qu’à la condition d’être pénétrés en tout ou en partie par des gaz.
La pénétration des gaz peut avoir eu lieu dans les poumons seuls, ou dans les autres organes à l’exclusion des poumons, ou dans tous à la fois.
Dans les poumons, les gaz sont introduits, par la respiration naturelle ou artificielle, ou par la putréfaction; dans le thymus et le cœur, ils sont développés par la putréfaction. Nous verrons bientôt comment on se met à l’abri de ces causes d’erreur; mais du moment que les causes d’erreur existent, la surnatation de la masse ne doit donner que des présomptions en faveur de l’existence de la respiration.
(b) V ensemble des organes reste entre deux eaux. — Si la presque totalité de la masse entre dans l’eau et que les poumons tendent particulièrement à gagner la surface, c’est une simple présomption de respiration ; car le thymus qui se putréfie plus tôt que les poumons peut être assez infiltré de gaz pour retenir à demi-natation les autres organes.
(c) Immersion totale de la masse. — Si elle est complète et rapide, c’est une présomption d’absence de respiration. En effet, si la respiration s’est établie imparfaitement, les poumons peuvent être entraînés au fond de l’eau par le surcroît de charge du cœur et du thymus.
Ce premier temps do la docimasie pulmonaire ne fournit donc que des présomptions, et cependant, je vous le répète, il ne faut jamais le négliger dans la pratique.
1 2 i FOETUS MORT EN ÉTAT DE CYANOSE.
Deuxième temps. — Séparer les poumons des autres organes et répéter sur chaque poumon isolément l’épreuve de la docimasie.
(a) Les poumons ainsi détachés vont au fond de l’eau. C’est une présomption en faveur de l’absence de respiration ; présomption simple, parce que la respiration peut avoir été trop incomplète pour modifier suffisamment le poids spécifique des organes respiratoires, réparti sur leur volume total.
(b) Les poumons pris isolément surnagent entièrement ou à demi. — On ne peut tirer de ce fait que des présomptions en faveur de la respiration complète ou incomplète.
Il est bon de répéter la môme épreuve sur le thymus plongé isolément dans l’eau et de voir s’il surnage. Dans ce cas la putréfaction , qui certainement a envahi le thymus, pourrait également avoir atteint les poumons et être la cause de la surnatation de ces organes.
Troisième temps. — Couper les poumons en petits fragments et répéter sur chacun d’eux successivement l’épreuve de la docimasie après les avoir pressés entre les doigts sous l'eau.
Ce troisième temps demande à être exécuté avec beaucoup de soin car seul il donne des résultats concluants. Il importe donc de ne négliger aucune des précautions qui sont recommandées ; sous peine d’enlever à l’expertise la plus grande partie de sa valeur.
On doit étudier chaque poumon séparément, le couper avec des ciseaux par petits morceaux, du vo-
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lumo d’une noisette, et mettre chacun d’eux successivement dans l’eau, en notant la partie du poumon d’où ils ont été détachés.
Soit qu’ils surnagent , soit qu ils aillent au fond de l'eau, il est indispensable de les presser entre les doigts sous l'eau, et assez fortement (1).
(a) Le fragment va au fond de l’eau. On le malaxe entre les doigts, en le maintenant sous l’eau ; la pression n’en fait rien sortir; on l’abandonne de nouveau, et il va au fond comme avant la compression ; dès lors on en conclut que cette portion n'a pas respiré.
Si le résultat est le même pour toutes les parties de chaque poumon, la conclusion à tirer de l’expérience, c’est l’absence complète de respiration.
(b) Le fragment surnage, et comprimé sous l’eau, laisse échapper une série de bulles extrêmement fines, formant mousse à la surface de l’eau, ainsi que quelques traces de sang ; puis abandonné à lui-même, il remonte à la surface de l’eau, malgré la compression qu’il a subie; c’est une preuve certaine de l'existence de la respiration.
Si tous les fragments se comportent de la même manière, la respiration s’est établie dans toute l’étendue de chaque poumon. Dans le cas contraire, on indique dans le rapport les parties du poumon qui ont respiré.
(c) Le fragment surnage. A la compression sous l’eau, il s’en échappe des bulles d'un certain volume,
(l) Règles de la docimasie pulmonaire. (Société de médecine légale, M. Devergie, Bulletin, tome n).
qui so crèvent à la surface sans former mousse. Puis, abandonnant la portion comprimée à elle-même, au lieu de surnager comme tout à l'heure, elle va au fond du liquide; c’est la preuve d’absence de respiration, et d’un état de putréfaction gazeuse, qui s’est établi entre les lobules pulmonaires non pénétrés d’air.
La putréfaction est une cause d’erreur, dans l’épreuve de la docimasie pulmonaire, trop importante pour ne pas nous arrêter un instant. Elle n’a lieu, dans les poumons, que sur des cadavres extrêmement putréfiés, et plus particulièrement sur ceux qui sont restés exposés à l’air. D’une façon générale, ces organes se putréfient moins vite que les autres viscères, et toutes choses égales d’ailleurs, ils se putréfient encore moins vite chez les nouveau-nés, que chez les autres sujets. Cette résistance des poumons est surtout remarquable sur les cadavres qui ont séjourné dans l’eau : « Si le corps d’un fœtus mort-né s’est pourri dans l’eau, les poumons ne surnagent pas tant que les parois dé la poitrine n’ont pas été détruites par la macération, à moins toutefois que ce cadavre, avant d’être ouvert, n’eût été exposé à l’air pendant plusieurs heures, surtout par un temps chaud ; dans ce cas, en effet, les poumons peuvent être emphysémateux et surnager (1). »
Lorsque les poumons, envahis par la putréfaction, sont infiltrés de gaz, ils prennent un aspect particulier; ils ont perdu leur forme régulière, leur surface
(1) Orfila, Traite de méd. lêg., t. n, p. 192.