DO G I M ASIE O PT I Q U E
pas encore pris le caractère endothélial. Ces cellules sont prismatiques, et formées d’un noyau central entouré d’une petite masse de protoplasma grenu ; elles se touchent toutes par leurs faces latérales, c’està-dire que la disposition compliquée de l’alvéole adulte n’existe pas encore, et que les fossettes intercapillaires ne sont pas, à ce moment, différenciées. Au point de vue purement médico-légal, le caractère de l’épithélium alvéolaire, tel que je viens de le décrire, est suffisamment net pour permettre de dire que l’on a affaire à un poumon fœtal, mais il est insuffisant pour permettre d’affirmer que ce poumon n’a pas respiré. En effet ce n’est que peu à peu que les cellules du revêtement alvéolaire s’aplatissent et se transforment en minces lames de protoplasma transparent dont les noyaux se logent par groupes adjacents entre eux dans les intervalles des vaisseaux sanguins.
Mais sur de très-jeunes embryons de cobaye et de lapin, longs de quatre à six centimètres, j’ai observé des caractères très-importants de l’alvéole pulmonaire et qui indiquent non-seulement que l’on a affaire à un poumon fœtal, mais encore que ce poumon est à une telle période de son développement qu’il appartient à un embryon fort jeune et incapable de respirer.
Un poumon de très-petit embryon que l’on veut examiner est plongé dans le bichromate d’ammoniaque en solution à 2°/,. Au bout de quelques semaines il est devenu assez consistant pour qu’on y puisse pratiquer des coupes minces. Il faut bien se garder de plonger la pièce dans la gomme arabique en soin-
CYANOSE.
lution sirupeuse pour achever
le durcissement, car
on aurait ainsi une cause d’erreur très-préjudiciable à la rigueur de l’observation. Les coupes seront
reçues dans un petit baquet rempli d’alcool à 36° de Cartier, afin d’éviter que, sous l’action de l’eau, elles
ne tourbillonnent et ne se désagrègent. La préparation sera ensuite portée sur une plaque de verre ; on y ajoutera une goutte de glycérine neutre pour servir de liquide additionnel, puis on la colorera, soit avec une goutte de picro-carminate d’ammoniaque, soit, ce qui donnera une élection infinimentplus nette, avec une goutte d’éosine hématoxylique. Dans ces conditions il suffira de dix ou quinze minutes pour obtenir une coloration suffisante.
Si la préparation a été colorée avec le picro-carminate d’ammoniaque, on la montera dans la glycérine picro-carminée à 1 %• — Si l’on a employé l’éosine hématoxylique on prendra comme liquide additionnel la glycérine saturée d’alun, que l’on introduira par capillarité, sous la lamelle à recouvrir, en suivant pour cela le procédé ordinaire (1).
Examinons maintenant une coupe du poumon coloré avec l’éosine hématoxylique : les alvéoles sont séparés les uns des autres par des travées de tissu embryonnaire d’un violet pâle. Les noyaux des cel-
(1) Pour substituer sous la lamelle, et sans l’enlever, un liquide à un autre, l’on place à l’une des extrémités de cette lamelle un morceau de papier filtre qui boit rapidement le liquide qu’on veut enlever. On met à l’autre extrémité une goutte du liquide que l’on veut introduire, et ce dernier pénètre régulièrement entre les deux verres et prend la place de l'ancien très-exactement. Ce procédé est aujourd’hui classique. R.
DOCIMASIE OPTIQUE.
Iules sont teints en violet foncé. Les capillaires en voie de développement parcourent les travées et sont remplis de globules rouges teints en rouge brigue par le réactif. L’épithélium embryonnaire qui revêt la cavité alvéolaire est constitué par des cellules qui forment une couche continue et qui se distinguent à peine des cellules connectives embryonnaires qui leur sont subjacentcs. Mais un fait très-important, c’est que, chez les très-jeunes embryons, l’aire de l’alvéole est occupé par un liquide coagulé traversé par un réseau délicat de fibrine, ou renfermant d’innombrables granulations de ce dernier corps ; ces réseaux et ces grains sont colorés en rose vif, par l’éosine qu’ils ont fixé avec élection.
Ainsi donc, au début du développement, les alvéoles pulmonaires sont pleins d’un liquide analogue au sérum sanguin, ou plutôt à lu lymphe, et ce liquide en se coagulant laisse déposer des réseaux et des grains de fibrine. L’alvéole pulmonaire, qui sera plus tard si analogue par sa structure et ses affinités pathologiques à une cavité séreuse, renferme aussi à l’origine un liquide très-semblable au plasma de la lymphe. Dans ce liquide cependant, je n’ai trouvé que de rares globules blancs, ces éléments sont ici moins abondants que dans la lymphe des cavités séreuses persistantes.
L’aspect d’un poumon donné, tel que je viens de le décrire, répond donc à une phase initiale de développement qu’il sera intéressant de déterminer exactement chez F embryon humain. On pourra avoir ainsi l’âge d’un poumon embryonnaire .
En effet, au fur et à mesure du développement ultérieur le contenu do l’alvéole subit des modifications. Sur des fœtus presque à terme de cochon d’Inde ou de lapin, les caillots intra-alvéolaires ne sont plus formés de réseaux et de grains distincts, ils constituent des masses homogènes, colorées en rose sous l’influence de l’éosine, ou en jaune orangé, lorsqu’on a employé le picro-carminatc d’ammoniaque. Leur bord devient festonné comme celui des caillots de lymphe, enfin nombre d’entre eux se résorbent peu à peu; l’alvéole revient alors sur lui-même, emprisonnant dans la fente qui résulte du rapprochement de ses bords un globe anguleux ou arrondi, parfois comme empelotonné sur lui-même, et qui est le vestige du large coagulum intra-alvéolaire initial.
Je n’ai pas retrouvé ces caillots devenus colloïdes ou diminués de volume chez les petits cobayes nés depuis deux ou trois jours; je pense qu’ils sont expulsés lors des premières expirations survenant après la naissance. Le phénomène de disparition du contenu des alvéoles devra être actuellement suivi avec soin, afin de savoir si, dès que le jeune cobaye a respiré, l’expulsion de ce contenu est ou non complète. Mais le principal intérêt des faits que je viens d’indiquer consiste, au point de vue médico-légal, dans la connaissance d’un nouveau caractère du poumon fœtal, ou plutôt du poumon embryonnaire. Quand les caillots intra-alvéolaires seront fibrineux et granuleux, et de plus largement répandus dans l’organe, on pourra conclure que le poumon considéré était encore en voie d’évolution, incapable par cela même de res-