‹ Conférences pratiques de médecine légaleChapitre 28 sur 99 · RECHERCHE M K I) I CO-LKC A LE · texte numérisé non relu

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sur 1111 parquet. On obtient, de la sorte, lixées sur le Bristol, les deux projections horizontale et verticale des globules rouges que l’on veut mesurer; la mensuration sera donc extrêmement facile si nous connaissons l’ échelle d’ amplification des images ainsi obtenues, Pour parvenir à ce dernier résultat, nous substituerons à la préparation de sang un micromètre objectif divisé en 100 parties, et nous projetons l’image de ce micromètre à l’aide du même système de lentilles et de la même chambre claire sur le papier Bristol, où sont dessinés les éléments. Nous dessinons sur le Bristol les divisions du micromètre, et l’opération est terminée. En reportant à l’aide du compas (opération qui peut être faite ultérieurement dans le cabinet) les divisions du micromètre sur les éléments dessinés, et en prenant chacune de ces divisions pour unité, nous obtenons les dimensions réelles en centièmes de millimètre. En subdivisant chacune de ces divisions dessinées sur le Bristol en dix parties égales, ce qui peut se faire par une construction géométrique dès plus simples, nous obtenons des millièmes de millimètre, que nous pouvons répartir à l’aide du compas sur les éléments dessinés. On conçoit que pourvu que les dimensions du micromètre aient été projetées avec une amplification égale par exemple à 1 centimètre sur le papier, rien n’est plus aisé que de diviser chacune d’elles en dix et même vingt parties. ETn simple report de chacune de ces subdivisions sur les éléments dessinés permettrait donc d’arriver à mesurer sans difficulté des dixièmes de millimètre (1). »

(1) M. Renaut, loco citato, page 529

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(b) Le sang est coagulé ou desséché. — L’examen des globules se fait de la même manière que dans le cas précédent, mais il faut au préalable les dégager du caillot ou de la tache en la ramollissant dans un liquide approprié. Je ne vous parlerai pas de toutes les substances dont l’emploi est formellement contreindiqué en pareil cas, parce qu’elles altèrent les globules et les rendent méconnaissables, qu’il me suffise de vous rappeler que presque tous les réactifs les détruisent ou les déforment. Il est un précepte surtout que vous ne devez pas oublier, c’est que toutes les fois que vous aurez à recueillir du sang, pour l’examiner au microscope, il ne faut jamaiv le traiter par l'eau pure, qui a la propriété de faire disparaître les hématies. On a recours à des liquides particuliers qui humectent et ramollissent la tache sans altérer les globules et qui pour cela sont appelés liquides conservateurs. Ils sont très-usités de nos jours pour la numération des éléments du sang. Les meilleurs sont ceux qui se rapprochent le plus de la composition du sérum, c’est-à-dire contenant une matière albumineuse dissoute, un peu de chlorure de sodium, ou des sels variés et de l'eau. En clinique on peut se servir du sérum sanguin parfaitement filtré, mais vous comprenez que son emploi en médecine légale est interdit, car on s’exposerait à introduire dans la préparation des globules échappés à la filtration. Les liquides conservateurs les plus usités sont :

1° Le sérum iodé préparé avec de l’eau de l’amnios à laquelle on ajoute quelques gouttes de teinture d’iode, de manière à lui donner la couleur du vin blanc;

2° Un sérum artificiel, fait avec 30 grammes de blanc d’œuf, 270 grammes d’eau distillée et 40 centigrammes de chlorure de sodium.

Ces liquides albumineux ont l’inconvénient de se conserver difficilement et il faut les préparer au moment de leur emploi ;

3° Le sérum artificiel de Malassez et Potain est trèsusité, il est composé comme suit : solution de gomme arabique donnant au pèse-urine 1020, 1 volume; solution de sulfate de soude et de chlorure de sodium, à la même densité, parties égales, 2 volumes;

4° Un liquide composé de 1/2 de chlorure de sodium pour 100 grammes d’eau distillée, ou de 5 à 6 0/0 de sulfate de soude, possède aussi la propriété de conserver les globules. Cette formule est indiquée dans Y Instruction de la Société de médecine légale.

5" Le liquide de M. Poussin serait le plus employé aujourd’hui, d’après M. Tourdes, surtout pour les macérations qui doivent durer un certain temps ; il ne faut cependant pas trop les prolonger pour ne pas altérer les globules. Sa formule est la suivante : glycérine 3 parties, acide sulfurique concentré et pur, 1 partie; eau distillée, quantité suffisante pour ramener le liquide à une densité de 1028.

Les trois dernières formules que je viens de vous donner ont sur les autres l’avantage très-appréciable d’être préparées facilement de partout, et de se conserver indéfiniment. Mais le liquide de M. Roussin contenant de l’acide sulfurique, c’est-à-dire l’une des substances qui détruisent le plus rapidement l’hémoglobine, me paraît inférieur aux liquides salins ; bien

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que cependant les préparations qui contiennent de la glycérine jouissent de la propriété de mieux dégager les globules que les autres compositions. Taylor a fait, en effet, usage de glycérine pure et a réussi dans un cas à régénérer les hématies contenues dans des taches desséchées depuis cinq ans. D’ailleurs l’expérience clinique est là, les meilleurs liquides conservateurs sont ceux qui ont pour base le sulfate de soude, avec ou sans chlorure de sodium. Voyons maintenant la manière dont on s’en sert pour dégager les globules soit du coaguluiu sanguin, soit de la tache desséchée.

Quand le caillot est encore frais, il suffit d’en délayer une parcelle dans le sérum artificiel, pour obtenir aussitôt les éléments caractéristiques ; mais on a habituellement à examiner une masse de sang desséchée ou une tache imprimée sur une étoffe ou bien une écaille de sang plus ou moins ancienne obtenue par le raclage. Dans tous les cas le mode opératoire est le même.

On choisit la tache dont l’apparence est la plus nette et n’ayant subi ni lavage, ni grattage, on enlève avec précaution la tache entière avec une petite bande du tissu sur lequel elle repose. La partie tachée de sang, linge de toile ou de coton, étoffe de laine, papier ou bois, sera imbibée dans le liquide conservateur, sur un verre de montre. Quant aux écailles du sang, à la poussière de sang obtenues par le raclage, on les porte directement dans le liquide conservateur, entre le verre porte-objet et la lame mince à recouvrir. On laisse macérer les différents échantillons pendant deux

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ou trois heures. Pour les taches très-anciennes, la macération doit se prolonger pendant un ou deux jours; il faut alors placer le fragment à examiner sur une plaque de verre excavée et recouverte d’un verre mince, de manière à constituer une chambre humide et à éviter ainsi l’évaporation du liquide.

Au bout d’un temps de macération qui varie suivant l’ancienneté du sang, on voit, autour des fragments, une zone du liquide qui se teint en jaune; on peut alors commencer l’exploration, en portant sous le microscope une goutte puisée dans cette zone. Si l’on n’y trouvait pas de globules, il faudrait répéter plusieurs fois l’examen, en laissant la macération se prolonger. De plus, il faut examiner les fils du tissu un à un, pour ainsi dire, avec le liquide qui les baigne immédiatement; c’est quelquefois à la limite de ces fils qu’on trouve les éléments.

Les globules rouges ainsi obtenus sont toujours peu nombreux, à moins que la tache ne soit relativement récente, parce que la plupart d’entre eux ont été fragmentés et détruits par dessiccation. « Ils sont tantôt colorés en jaune, dit M. Cornil, comme à leur état normal, et discoïdes, tantôt globuleux et sphériques, comme les globules gonflés par l’eau, tantôt crénelés ou réduits à un même contour double et coloré. Le diamètre de ces globules est variable, car les uns présentent le chiffre normal de 7 millièmes de millimètre ; les autres, rendus sphériques ou desséchés, ou réduits à un simple contour, sont plus petits. Ces variations de volume et de forme des globules desséchés d’abord, puis imbibés par un liquide, ren-

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dent souvent très-difficile et meme impossible la question de savoir s’ils appartiennent aux sang de l’homme ou. à celui de certains mammifères, chez lesquels le diamètre des globules se rapproche beaucoup du diamètre des globules humains. »

B. Recherche de la fibrine et des globules blancs. — Le sang, au point de vue histologique, est encore caractérisé par d’autres éléments que les globules rouges, par la fibrine et les leucocytes, que l’on peut constater dans le liquide provenant de la macération de la tache sanguine.

La fibrine se reconnaît à ses minces fibrilles, qui se gonflent et prennent un aspect gélatiniforme, par l’addition de quelques gouttes d’acide acétique. Quant aux leucocytes, ils sont tantôt isolés, tantôt emprisonnés dans le réseau fibrineux, et ils se reconnaissent à leurs noyaux, rendus apparents par le même acide. La présence des globules blancs ne suffit pas à caractériser le sang; mais si l’on trouve à la fois de la fibrine, des fragments colorés de globules rouges et des leucocytes, on a la certitude que le liquide examiné renferme du sang. Il est néanmoins indispensable de compléter l’expertise par les autres épreuves que nous étudierons dans un instant.

Lorsque le sang est putréfié, la recherche des globules devient impossible, car ils sont réduits à l’état de débris informes et mêlés à d’innombrables bactéries, à de la graisse et à des corps amorphes ou cristallins, qui n’ont rien de spécial.

Il est encore une circonstance où l’examen histologique est insuffisant, c’est lorsque les taches ont

été soumises à un lavage à l’eau froide. La fibrine est enlevée, et la partie séreuse, contenant en dissolution la matière colorante échappée des globules, reste infiltrée dans le tissu. Si le lavage a été opéré à chaud, l’albumine est coagulée et imprégnée de matière colorante, elle empèse le linge. Cette coagulation de l’albumine constitue un double obstacle à l’expertise ; d’une part, à la recherche des globules qui sont détruits par le lavage, et de l’autre à la formation des cristaux d’hémine, qui ne se produisent pas par les réactions ordinaires dans le sang coagulé par la chaleur.

Je me suis étendu longuement sur l’examen histologique des taches de sang, parce que c’est un mode d’expertise où le médecin à une compétence spéciale qu’on ne saurait lui dénier.

II. Détermination des taches de sang basée sur l’étude de la matière colorante. — Lorsqu’il s’agissait de la recherche des éléments figurés du sang, je vous ai dit qu’il ne fallait jamais vous servir de l’eau pure pour ramollir les taches; ici, au contraire, son emploi est indiqué. La matière colorante du sang est en effet soluble dans l’eau, et donne une solution rougeâtre qui contient de l’hémoglobine et de l’ albumine. Cette solubilité est déjà un caractère à noter, car parmi les taches qui ressemblent à celles du sang et peuvent être confondues avec elles, il en est qui sont complètement insolubles, telles que les taches de rouille. Si donc la tache que vous examinez ne se dissout pas, il est infiniment probable qu’elle n’est

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pas formée par du sang, à moins que le linge n’ait été lavé à l’eau chaude, ce qui coagule l’albumine et rend l’hémoglobine insoluble.

La matière colorante du sang, l’hémoglobine, a la propriété de cristalliser sous des formes différentes dans chaque espèce animale. On aurait donc là un signe de première valeur, qui résoudrait à la fois deux points de l’expertise : la présence et l’origine du sang. Malheureusement la cristallisation de l’hémoglobine ne peut s’obtenir que par des procédés très-incertains et dans des conditions que l’on rencontre rarement dans la pratique médico-légale. Elle n’a lieu que si l’on opère sur du sang frais et en quantité notable, et comme je tiens à rester sur le terrain pratique, je ne vous parlerai pas des opérations délicates qui amènent la cristallisation de cette substance, opérations qui sont plutôt du ressort de la chimie biologique pure que du ressort de la médecine légale.

La solution d’hémoglobine, provenant même d’un sang desséché depuis plusieurs années, possède trois propriétés fondamentales de la plus haute importance pour la médecine légale : elle donne au spectroscope des raies d’absorption caractéristiques; traitée par l’acide acétique et le chlorure de sodium, elle abandonne des cristaux d’hémine; enfin elle bleuit au contact de la teinture de gaïac et d’un liquide ozonisé. Ce sont ces trois propriétés fondamentales que nous allons étudier successivement.

Il faut tout d’abord dissoudre le sang desséché. Pour cela on place soit l’écaille de sang, soit la tache enlevée sur le linge avec des ciseaux, dans un verre de

montre contenant une faible quantité d’eau, proportionnée d’ailleurs au volume de l’objet à dissoudre. On doit avoir soin de ne se servir que de l’eau pure, contenant très-peu de chlorure de sodium, ou mieux d’eau distillée, pour éviter certains ennuis de l’opération, dont nous parlerons plus loin. Avec une petite baguette de verre on agite légèrement la pièce mise dans l’eau, en pressant sur la surface du lambeau d’étoffe, de façon cà l’exprimer.

Cette dernière manœuvre est interdite lorsqu’il s’agit de retrouver les éléments figurés du sang; mais dans le cas présent elle est permise, puisque l’on est pas retenu par la crainte de détruire, de fragmenter les globules. Au bout d’un temps, qui varie suivant que le sang est plus ou moins desséché, on voit se former autour du corps déposé une zone colorée en rouge, qui indique un commencement de dissolution. Quand le liquide a pris une teinte de fleur de pêcher, le degré de macération est suffisant, et l’on peut procéder aux recherches.

(a) Analyse spectrale. Elle est basée, comme vous le savez, sur la propriété qu’ont les corps colorés d’absorber certaines irradiations colorées delà lumière blanche et non les autres. L’hémoglobine en particulier absorbe des rayons compris dans le jaune et le vert du spectre solaire.

Pour étudier le sang par ce procédé, on met dans une cuve ou dans un tube de verre le liquide obtenu comme ci-dessus, et on le laisse reposer de façon à ce qu’il soit aussi clair que possible. On le fixe ensuite dans la fente du spectroscope. Lorsque 1 on n a

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qu’une minime quantité de sang à sa disposition, il faut faire usage d’un réservoir de faible capacité; on y porte directement la tache sanguine, qui se dissolvant dans une faible quantité de liquide, donnera une solution assez concentrée pour F analyse spectrale.

M. le professeur Glénard se sert à cet effet d’un tube de verre de 7 à 8 millimètres de diamètre, terminé inférieurement par une partie brusquement rétrécie et longue de 3 à 4 centimètres. On remplit d’eau le tube jusqu’au quart inférieur de la partie large et on y dépose directement la tache à examiner. Le fragment de linge est arrêté par l’étranglement et la dissolution s’opère dans la partie étroite du tube. On voit des stries de matières colorantes descendre jusqu’à l’extrémité terminale. Quand le liquide est bien homogène, que la diffusion est complète, on porte cette partie effilée du tube devant la fente du collimateur.

Les rayons lumineux du spectre qui passe au travers du liquide présentent deux bandes d’absorption entre les lignes D et E de Fraünhofer. Mais pour cela il ne faut pas que la solution soit trop forte ou trop faible. Dans le premier cas tous les rayons du spectre à l’exception des rayons rouges seraient absorbés ; dans le second, au contraire, il n’y aurait pas d’absorption.

Lorsque l’hémoglobine ne contient pas d’oxygène, elle fournit un spectre différent du précédent, et caractérisé par une seule bande, aussi large que les deux autres réunies, et située exactement dans l’espace coloré qu’elles laissent entre elles. Il est donc

bon, lorsque l’on a étudié le spectre du liquide examiné, de vérifier si par la réduction on obtient celui de l’hémoglobine réduite. Pour cela on traite la solution de la matière colorante par un corps avide d’oxygène (fer réduit, sulfure d’ammonium, etc.); quand on a obtenu successivement ces deux spectres, on a la certitude que la substance examinée contient de l’hémoglobine. Si l’addition d’ammonium ne fait pas disparaître les raies, on peut en conclure que l’hémoglobine renferme de l’oxyde de carbone. Les deux bandes sont en effet caractéristiques de la matière colorante du sang, oxygénée ou oxycarbonée, et n’appartiennent à aucune autre substance colorée.

L’analyse spectrale donne donc des signes d’une grande précision, une certitude absolue même, quand les résultats de l’examen sont positifs. Mais quand ils sont négatifs cela ne prouve point que la tache n’était point formée par du sang. La puf réfaction, par exemple, détruit l’hémoglobine et l’analyse spectrale est sans valeur. Enfin, il y a une limite à sa sensibilité qui varie suivant que le sang est plus ou moins ancien. Avec du sang frais, un liquide qui ne renferme que 1/10,000 d’hémoglobine, examiné sous une épaisseur de un centimètre, présente encore nettement les deux bandes. La bonne proportion pour bien voir les raies est de 1/1,000 à 4/1,000 suivant l’état de conservation du sang.

(b) Recherche des cristaux de chlorhydrate d’hématine ou d’hémine. — La découverte de cristaux d’hémine a été une véritable révolution dans les procédés

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d’expertise du sang et a apporté à cotte recherche une précision qui jusqu’alors lui faisait complètement défaut. Elle a été faite par Teichmann, qui examinant au microscope du sang traité par l’acide acétitique et le chlorure de sodium, vit apparaître des cristaux, dont la forme extrêmement tranchée n’appartient à aucune autre substance et il leur donna le nom d’ hémine. Brücke est le premier qui a mis cette découverte à profit dans une expertise, et depuis lors cette réaction est devenue classique non-seulement en médecine légale, mais encore dans les laboratoires d’histologie. Vous devez donc avoir à cœur de vous familiariser avec les procédés de son exécution.

Dans les livres classiques ils sont décrits en détail assurément, mais la plupart des auteurs n’insistent pas assez sur le tour de main; et si l’on s’en tient à leur description, il est bien difficile d’arriver d’emblée à un résultat positif. On prend avec l’extrémité d’un agitateur une goutte de la solution sanguine obtenue comme précédemment, et on la porte sur une lame de verre en l’étendant circulairement, de façon à lui donner une faible épaisseur. On chauffe la plaque en la maintenant très-élevée au-dessus de la flamme d’une lampe à gaz ou à alcool, et on lui imprime un mouvement de va et vient, pour éviter de trop chauffer. La température de la lame tenue par la main droite est appréciée en la portant de temps en temps sur le dos de la main gauche. On s’assure ainsi que la température ne s’élève pas à plus de quarante degrés, terme éloigné d’ailleurs du point de coagulation de l’ albumine. Si cette coagulation avait lieu, l’opé-'

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ration serait manquée. On peut également souffler sur la goutte de liquide, pour en hâter l’évaporation qui est le but de ce premier temps de la recherche. On arrive au même résultat en portant la plaque dans une étuve dont la température est d’environ 35° à 40°, ou bien en laissant l’évaporation se faire à l’air libre.

Lorsque la dessiccation est complète, on aperçoit sur la lame une tache arrondie de coloration jaunâtre et constituée par des zones plus colorées et concentriques. C’est le moment de faire intervenir le chlorure de sodium. Quelques auteurs recommandent de placer directement le sel dans la goutte de dissolution sanguine; mais il est très-difficile pour un débutant d’apprécier exactement sous cette forme solide la quantité de sel nécessaire; le plus souvent on dépasse la mesure et la préparation ne consiste plus qu’en une cristallisation en masse du chlorure de sodium. La proportion de sel .à ajouter doit être si faible, que si l’on opérait sur du sang frais et liquide, cette addition serait inutile. Il vaut mieux pour un opérateur inexpérimenté procéder de la façon suivante : faites à l’avance une dissolution de sel marin au titre de vingt à cinquante centigrammes au plus, pour un litre d’eau. Quelquefois l’eau ordinaire est suffisamment salée, et même, si l’on opère avec de l’eau provenant d’une fontaine d’appartement, celle-ci peut être trop chargée de substance saline. Pour plus de sûreté il est préférable de préparer sa solution comme je l’ai indiqué. On porte sur la lame de verre une goutte de ce liquide avec l’extrémité de l’agitateur et on la

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dépose sur la tache évaporée, on la redissout ainsi en remuant le liquide avec la baguette; on évapore de nouveau avec les mêmes précautions que tout à l’heure.

Quand la dessiccation est encore une fois complète, on recouvre la goutte desséchée avec une lamelle de verre. Au contact des deux lames on insinue un peu d’acide acétique cristallisable, qui pénètre entre elles par capillarité. Il faut attendre que l’acide se soit bien réparti dans toute l’étendue de la tache desséchée, puis on chauffe la plaque de verre sur la lampe cà alcool, de manière à provoquer une ébullition trèslégère, accusée sous la lamelle par de très-petites bulles de vapeur. Une ébullition tumultueuse projetterait la lamelle et la matière colorante. Quand le sang est frais, il suffit d’avoir chauffé une fois pour obtenir sous le microscope les cristaux de Teichmann. Si le sang est vieux, il est nécessaire souvent d’apporter de nouveau de l’acide glacial au contact de la matière colorante et de chauffer de nouveau et cela à plusieurs reprises.

Pour l’examen il faut un grossissement assez considérable (300 diamètres) et vous servir par exemple de l’objectif 7 de Verick.

Les deux causes d’insuccès de cetfe manipulation, d’ailleurs très-simple, sont la coagulation de l’albumine et l’addition d’un excès de chlorure dé sodium. L’expérience démontre, en effet, que la coagulation albumineuse est défavorable à la formation des cristaux d’hémine. La transformation chondrique de l’albumine la rend réfractaire à l’action dissolvante

de l’acide acétique. Il faudrait chauffer très-longtemps en présence de cet agent, pour obtenir la dissolution. Pendant cette ébullition prolongée au contact d’un grand excès d’acide acétique glacial, le chlorure de sodium peut être inutilement décomposé. Et c’est à l’état naissant, dans les conditions où l’on opère, que l’acide chlorhydrique paraît contracter plus facilement sa combinaison avec l’hématiné. De là les échecs constants éprouvés dans le traitement des taches de sang coagulé par la chaleur (1).

Il faut également que l’acide employé soit de l’acide cristallisable, sinon la décomposition du chlorure est plus difficile ou même impossible.

Si l’on n’avait à sa disposition qu’une très-petite tache de sang, il faudrait opérer sa dissolution directement sur la plaque de verre et dans la solution saline. Pour cela on dépose sur la lame du microscope une goutte d’eau chlorurée à 0,50 0/0 et on y porte la tache découpée dans le tissu ou enlevée de l’objet. On laisse la macération s’effectuer en ayant soin de recouvrir le tout d’une petite cloche, afin que l’évaporation ne soit pas trop rapide. Quand l’eau s’est emparée de la matière colorante on enlève le tissu en macération. Alors on continue l’opération suivant les indications précédentes. On évapore et il reste une goutte sèche, constituée par une série de zones de matière colorante, que l’acide acétique transforme en cristaux d’hémine (2).

(1) Cazeneuve et Clément : Quelques considérations critiques sur les taches de sang, in Lyon médical, 4879.

(2) Idem.

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Au lieu d’employer le chlorure de sodium on pourrait se servir de sels dont l’acide appartient au meme groupe chimique que l’acide chlorhydrique. M. Cazeneuve a obtenu, en effet, des cristaux de bromhydrate et d’iodhydrate d’hématinc. Ces résultats ont certainement plus d’importance au point de vue théorique pur qu’au point de vue de la pratique de la médecine légale; ils indiquent néanmoins que l’on a affaire à un principe bien défini, ce qui donne plus de confiance et d’autorité à la méthode qui est basée sur sa recher' che.

Les cristaux d’hémine, quand une fois on les a vus, ne peuvent être confondus avec rien autre. Ce sont de petits losanges, dix à douze fois plus longs que larges, aplatis et terminés aux deux bouts par une ligne oblique. Ils forment des prismes allongés et ont par conséquent une certaine épaisseur. Le plus ordinairement les aiguilles se superposent en croix ou en étoiles, et il suffit d’une ou deux de ces croix ou de ces étoiles pour annoncer l’hémine. Ces cristaux sont colorés et varient du jaune clair au brun rougeâtre. Ils sont de volume variable, quelques-uns très-petits n’ont que 0min,005 de long; d’autre moyens mesurent 0mm,008, et les plus gros atteignent 0mm,01 et même 0mm,03. On rencontre sur une même préparation toutes ces diversités de types, mais avec prédominance de l’un d’eux. Lorsque l’on a repris plusieurs fois de suite la préparation par l’acide acétique, les cristaux sont d’ordinaire plus volumineux.

Ils jouissent d’une fixité remarquable, et dans une préparation lutée ils se conservent presque indéfini-

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ment. C’est encore une propriété précieuse pour l’expert, puisqu’ils forment une pièce à conviction facile à produire au moment des débats.

Ils ne peuvent se confondre avec aucune autre formation cristalline, pas même avec les cristaux d’indigo tine. Cependant si l’on garde quelque doute, on peut sous le microscope essayer les caractères de solubilité : l’hémine est insoluble dans tous les liquides neutres, dans les divers acides dilués, mais elle est soluble dans les alcalis.

La production des cristaux d’hémine est la meilleure preuve de la présence du sang, puisqu’il suffit d’un fragment de sang desséché presque imperceptible à l’œil nu. On peut l’obtenir sur du sang desséché depuis de nombreuses années; c’est ainsi que l’on a retrouvé ces cristaux dans des taches de sang provenant de l’assassinat de Ivotzebue. C’est en même temps le plus certain de tous les signes, car l’hémine n’est à confondre avec aucune autre substance. « Ces cristaux sont si parfaitement caractéristiques et la réaction en vertu de laquelle ils prennent naissance est d’une fidélité telle, qu’on peut par leur existence affirmer celle du sang. Ce procédé dispense de l’analyse spectrale en même temps que celle-ci peut rendre inutile celui-là. » (Instruction de la Société de médecine légale).

Le seul reproche qu’on puisse faire à ce procédé de recherche, c’est qu’il peut donner des résultats négatifs, bien que l’objet examiné contienne du sang. Mais cela n’a lieu que si l’on opère mal, ou bien dans le cas où le sang a été putréfié. L’alcalinité putride

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modifie profondément l’hématinc, de telle sorte que la formation du chlorhydrate n’est plus possible. Toutefois, en saturant cette alcalinité avec l’acide acétique, avant de faire évaporer sur la lame, on peut parfois encore obtenir l’hémine. Mais si la putréfaction du sang est très-avancée, la réaction est impossible.

On trouve encore un obstacle à la production des cristaux d’hémine lorsque les vêtements examinés ont été lavés à l’eau bouillante par l’assassin pour faire disparaître les traces de sang. Dans ce cas l’albumine est coagulée et s’oppose à la formation des cristaux. Cet empêchement n’a rien d’absolu; mais l’opération devient plus compliquée et doit être pratiquée par une main exercée (1).

En résumé, comme signe positif, la formation de l’héminc est d’une certitude absolue pour attester la présence du sang.

La proposition inverse n’est pas toujours vraie, car l’absence de cristaux peut tenir ou à une opération mal conduite, ou à une altération putride trop avancée du sang examiné.

(I) Cazeneuve et Clément, loco citato.

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